Le Manoir de Faronia

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Yuimen
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Le Manoir de Faronia

Message par Yuimen » sam. 6 janv. 2018 14:13

Le manoir de Faronia
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Le manoir de Faronia est une grande maison qui se trouve aux abords de la ville et non dans son centre. C’est une propriété qui tient debout depuis des années, qui a essuyé de nombreuses batailles et de nombreuses pertes. Elle appartient maintenant à la famille royale vivant à Tahelta. Cette dernière cède la propriété à un citoyen Sindel qui s’est fait remarquer, que ce soit sur le champ de bataille, par une invention ou par tout autre fait marquant. Elle peut ainsi revenir à une famille Taheltienne, Balsinaise, Cyniraine ou Nessimoise.

La propriété offre ce que la ville ne peut offrir : un cadre calme, lumineux et rafraichissant. Le cours d’eau qui passe près de la demeure alimente la centrale d’eau un peu plus loin. C’est un havre de paix pour quiconque cherche un peu de repos, les nombreux bancs sur la promenade faisant le tour du domaine permettent aux voyageurs de se reposer et d’admirer le paysage environnant.

Que le propriétaire soit présent ou non dans le manoir, la porte vous sera toujours ouverte si vous êtes un Sindel en mal du pays ou cherchant simplement un endroit pour se reposer loin de la capitale. De plus, si vous n’êtes pas un Elfe Gris, la propriété accueillera tous les étrangers qui souhaitent en apprendre plus sur la ville et la culture Sindel.

Sachez, étranger, que cette propriété recèle en son sein de nombreux secrets que seuls les habitants connaissent.

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Lalle
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Lalle – 0001 – Le Manoir de Faronia

Message par Lalle » sam. 20 mars 2021 04:02

Courageuse mais pas téméraire
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L’immense manoir de Faronia ne demandait qu’à être exploré. Pourtant, Lalle, au milieu de ce long couloir, armée de son tout nouveau « bâton de combat invincible sans plumes » se trouvait déjà dans une situation délicate. C’était bien la première fois de son existence qu’elle était ainsi contrainte à un choix cornélien. Néanmoins, lorsque l’on n’est pas née de la dernière pluie, mais seulement de la nuit dernière, il apparaît que les premières fois sont monnaie courante.
Toutefois, celle-ci était particulière. En effet, c’était bien la première fois que Lalle se rendait compte d’une première fois…
« Une double première fois ! La vie est merveilleuse ! s’extasia-t-elle en sautillant sur place. »
Son enthousiasme à profiter pleinement et de façon immédiate de sa neuve existence était palpable.
Exécutant une petite, autant que ridicule, danse de la victoire – probablement usitée par feu son créateur – Lalle fit voltiger son bâton dans les airs puis le rattrapa… presque bien. Mais pour une première fois (Encore ! Yeah !) c’était déjà pas mal.
Pourtant, soudainement, la poupée vivante s’arrêta. Elle frappa le sol avec sa canne en os et repris sa réflexion insoluble tout en portant sa dextre à son menton.
« Hmm… fit-elle d’un air de profonde introspection. »
Rien ne se passa.
« Hmmmm… recommença-t-elle plus fort, comme si elle attendait qu’une source extérieure lui apportât la solution. »
Rien ne se passa là non plus.
« Pfff ! Bon alors je pars à gauche ! ».

Du haut de ses 75cm, le couloir, haut de plafond même pour un elfe gris, était gigantesque. Le solarium d’où la poupée vivante venait de sortir ne l’avait pas autant impressionné. Dans cette pièce, les maîtres artisans sindeldi avaient fait un travail remarquable ; la véranda avait été façonnée à partir d’une seule feuille de verre enrichie de fluides, si fine qu’elle semblait ne pas exister. D’autre part, le petit jour se levant à peine, l’extérieur, à travers cette vitre improbable, n’avait pas encore vraiment été révélé à l’Aniathys. La nuit, malgré la clarté de la Lune, le paysage ne lui était apparu que comme un bain d’obscurité.
En revanche, ce corridor surdimensionné dont la voûte se trouvait peinte d’une grande fresque et éclairée de cristaux luminescents, était en tout point époustouflant.
À présent que Lalle avait pris sa décision sur la direction à suivre, elle pouvait profiter pleinement du spectacle. Si elle avait été humaine, en proportion de sa taille, elle aurait pu se croire dans un temple dédié à la gloire d’un dieu, d’un dieu elfe, naturellement.

Ainsi, le jouet animé avançait avec le nez en l’air tout en émettant force de « Oooooh ! » et aussi quelque « Waaaah ! ».
Tout à son admiration, la petite fille mécanique ne fit pas attention aux portes qu’elle dépassait. L’une d’elles, entrebâillée, laissa apparaître dans son dos une paire d’yeux jaune sous laquelle s’ouvrait une gueule garnie de crocs, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le souffle rauque de la créature était très faible, mais perceptible. Si seulement l’Aniathys avait la présence d’esprit de mieux observer son environnement…
Le quadrupède passa son museau cuirassé par le chambranle de la porte et déplaça cette dernière sans le moindre bruit. D’un pas lent, l’animal se rapprocha petit à petit de la poupée vivante.
Celle-ci, totalement absorbée par ses découvertes picturales, ne se rendait compte de rien. Elle arriva ainsi à la fin du couloir face à une grande fenêtre… du moins, elle aurait été devant si sa tête avait pu atteindre au moins le bas de l’huisserie. Mais par le fait, elle se trouvait plus en dessous qu’en face.
(Mais quelle idée de les construire aussi haut ? On ne peut même pas voir ce qu'il y a au-delà.)
Un rien frustrée, la petite aventurière, bien décidée à ne pas se laisser arrêter par cet obstacle, s’apprêtait à tendre les bras pour se hisser sur le rebord. Ce fut à cet instant qu’elle le sentit enfin, le souffle chaud et humide sur sa nuque. Redirigeant ses perceptions, elle entendit le grognement guttural qui s'échappait de la gorge de la créature.

Lentement, très lentement, Lalle se retourna.
Tout en écaille, le monstre la toisait d’un regard où semblait poindre un certain intérêt, ou de l’avis de l’Aniathys un intérêt certain.
« Je ne suis pas comestible, se prit-elle à déclarer. »
À cette remarque, la créature répondit en rapprochant encore plus sa tête et en sortant sa langue pour visiblement juger par elle-même la véracité des allégations de la jeune aventurière. Celle-ci recula instinctivement pour se retrouver plaquée contre le mur.
Que fallait-il faire dans cette situation ?
Faisant tourner son processeur interne à plein régime, l’être mécanique parcourut l’index de ses connaissances compressées afin de trouver une échappatoire.
Par bonheur, ce mot-clé sembla le bon. Elle entreprit de mettre en pratique la stratégie de la première fiche explicative à passer dans son esprit.
(Roulade !)
Se laissant volontairement tomber sur le côté puis rentrant la tête et poussant sur ses jambes, Lalle échappa de justesse au contact de l’organe qui semblait aussi humide qu’il était nauséabond. L’acrobate débutante se rétablit alors comme elle le put tandis que le monstre léchait le mur. Profitant de ce court répit, la poupée recula prudemment dans la direction opposée sans lâcher la bête des yeux afin de mettre de la distance entre eux.

Une fois dans une position plus favorable et surtout plus éloignée, au lieu de prendre la fuite, la petite aventurière pointa son arme en os en direction de son adversaire.
« Ah ah ! On fait le moins le malin quand on ne bénéficie plus de l’effet de surprise ! »
Le monstre se tourna vers la combattante novice avec flegme.
« Ta déroute participera à l’avènement de ma glorieuse destinée ! lui lança-t-elle pleine d’une neuve fougue. Prépare-toi à subir les ravages de mon juste courroux ! »
Comme elle élevait la voix, la créature elle aussi poussa un cri. Un rugissement puissant et quelque peu agacé.
L’assurance de l’Aniathys fondit soudainement comme neige au soleil. À la réflexion, tourner les talons n’était peut-être pas une si mauvaise idée après tout…

À cet instant, une Sindel, vêtue d’une simple robe tunique de couleur verte, sortit d’une pièce avec une mine furibonde :
« Non, mais c’est pas bientôt fini ce raffut ! On peut plus méditer en paix ! »
Lalle jeta un coup d’œil derrière elle pour découvrir la grande elfe grise. Voilà qui changeait la donne ! À présent qu’elle avait un public, la fuite lui était interdite. La gloire ne peut s’acquérir avec lâcheté.
« Ne vous inquiétez pas, Dame. Je suis le chef-d’œuvre d’Almoriel Kandalaïr. Je vous protégerai de ce monstre au péril de ma vie ! »
La seule réponse de la Sindel fut une onomatopée exprimant autant la perplexité que la surprise.
« Gné ? »
La protectrice autoproclamée avait regagné un peu de courage grâce à son discours autant qu'à la faveur des yeux – bien qu’incrédules – qui l’observaient.
Agrippant son arme à deux mains, l’impétueuse aventurière s’élança au-devant de son ennemi. Le monstre en fit autant. Alors qu’ils se rejoignaient la furie, pris appui et bondit en poussant son cri de guerre.
« Que la toute-puissance de la Pureté te pourfende ! »
Elle abattit son bâton de toutes ses forces sur le crâne du terrible monstre ! La bête sembla ainsi stoppée dans sa course tandis l’arme rebondissait sur l’épaisse cuirasse d’os qui protégeait le dessus de sa tête. Conséquemment, l’ancien manche de plumeau échappa aux mains de l’Aniathys pour voltiger dans les airs. La créature de griffes et de crocs fit alors une chose spectaculaire.
Sautant à plusieurs mètres de hauteur, elle rattrapa le bâton au vol puis se réceptionna sans dommage aucun, son trophée dans sa gueule.
Dire que Lalle affichait une mine décontenancée aurait été bien en deçà de la vérité. Les épaules basses, ma mâchoire pendante, elle ne croyait tout simplement pas ce qu’elle voyait.
« Mais je suis le chef-d’œuvre de Kandalaïr, la Pureté Primordiale et la gloire qui… »
La bête, d’un coup de mâchoire, brisa le bâton d’os et commença à le mastiquer. La poupée ouvrit grand ses paupières.
(Tant pis pour la gloire !)
Tournant les talons, Lalle déguerpit à grands cris et à toute vitesse en passant devant l’elfe qu’un instant auparavant elle avait juré de protéger au péril de sa vie. Cette dernière, hilare, se tenait les côtes alors que son animal de compagnie venait tranquillement à sa rencontre.


Objet perdu : Bâton de marche en os (détruit et mangé par la bête).



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Modifié en dernier par Lalle le lun. 22 mars 2021 23:23, modifié 7 fois.

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Lalle
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Lalle – 0002 – Le Manoir de Faronia

Message par Lalle » dim. 21 mars 2021 23:06

Jamais deux sans trois
0001 Liste ?

Lalle courait au hasard des embranchements sans oser se retourner pour vérifier si son adversaire victorieux la poursuivait. La peur guidait ses folles enjambées. Elle passa en trombe devant plusieurs elfes qui s’en désintéressaient complètement, derrière quelques humains encore à moitié endormis, et même à côté d’autres Aniathys cavalant elles aussi, mais pour exécuter les ordres de leur maître respectifs. À force de fuite, l’aventurière en déroute se retrouva dehors. Tandis qu’elle franchissait l’huis, le soleil vint frapper ses capteurs oculaires ; ce qui l’aveugla un instant. Instant que ses pieds mirent à profit pour la faire trébucher sur ce qu’elle identifia au contact de ses jambes comme de grosses racines poilues…
« Haaaaa ! cria-t-elle en tombant.
— Aïe ! Eh, mais où est-ce que tu cours comme ça, tierce-portion ? »
Étrangement, les appendices ligneux semblaient douées de la parole et disposaient en outre de suffisamment de force pour tirer la poupée paniquée par la capuche de sa robe afin de l’empêcher de choir.
« Lâche-moi, plante ! Je suis poursuivie par un monstre ! hurla-t-elle en agitant les bras en tous sens.
— À part un monstre d’impolitesse qui m’a percuté sans un mot d’excuse, il n’y en a pas d’autre ici, affirma la racine.
— Ah ? « Un monstre d’impolitesse » ? répéta la poupée entre surprise et soulagement. Le créateur est donc là ? Aidez-moi créateur ! lança-t-elle.
— Hein ? Non, je parle de toi, tierce-portion.

Alors que son système de vision réajustait les paramètres d’ouverture et d’exposition, Lalle découvrit que ce qu'elle prenait pour un végétal loquace ressemblaient plutôt à une immense peluche blanche tigrée de noir. Ainsi le Woran qui était assis sur les marches devant l’entrée du manoir se releva. Cet homme-tigre, pour un spécimen de son espèce, était un des plus grands. Mesurant dans les deux mètres trente, soit la stature d’un elfe gris ayant bien mangé sa soupe pendant l’enfance, le géant faisait littéralement trois fois la taille de l’Aniathys. En revanche, chose encore plus inhabituelle, il était extrêmement maigre, à tel point que sur certaines parties de son corps, ses os relativement épais transparaissaient sous sa fourrure.

L’examen rapide de ce qui apparaissait à Lalle comme la quintessence de la magnificence ne lui fit en rien oublier le prédateur féroce qu’elle pensait à ses trousses. Ainsi, le décharné l’ayant lâché, elle se réfugia derrière ses jambes efflanquées.
— Aidez-moi, Monsieur Peluche ! implora-t-elle de sa voix la plus enfantine.
Le félin bipède hésita un instant devant la peur réelle que montrait la poupée vivante. Bien qu’il ne sortît pas ses griffes rétractiles de leur fourreau de chair, il s’abaissa légèrement, adoptant une posture bien stable, prêt à réagir à la moindre alerte.
Soudain, un humain apparut dans le chambranle de l’immense porte ouvragée que la fuyarde avait traversé quelques minutes auparavant. L’homme richement vêtu était accompagné d’un elfe gris qui marchait à son côté.
« Je suis un peu déçu de ma visite, Eldryel. En tant que votre plus gros fournisseur, je m’attendais à contemplerler vos installations. Celles que vous m’avez tant vantées…
— Les portes du manoir sont ouvertes aux étrangers en quête d’admiration de la culture sindel, mais malheureusement, et j’en suis le premier attristé, celles de la ville, comme je vous l’ai déjà dit, sont closes à tout autre peuple que le nôtre. »
Les efforts diplomatiques de l’elfe envers cet humain se discernaient sans mal. Les trésors d’hypocrisie qu’il déployait semblaient presque palpables. Toutefois, lorsqu’il avisa le Woran, son expression faciale se mua d'une affabilité feinte en un dégoût des plus authentique.
« Les bêtes sauvages ne sont pas admises ici ! Garde ! Éliminez cet animal !
— J’ai un laissez-passer ! clama vivement l’homme-tigre. »
Deux elfes en arme sortirent de la bâtisse. Ils semblaient furieux de ne pas avoir repéré cet intrus au domaine plus tôt. D’autre part, la haine raciale qui brillait au fond de leurs pupilles, de même que leurs épées au clair, ne permettaient aucun doute ni espoir quant à leurs intentions.
(Oh non ! s'affola Lalle. Ils vont faire du mal à Monsieur Peluche ! Non, cette fois-ci pas question de fuir ! Je dois me rattraper pour faire oublier ma défaite contre le monstre. Et puis j'aime trop sa forure blanche et ses gros os ! Mais que faire ? Je ne suis pas de taille...)
« Je suis ici à la demande d’Almoriel Kandalaïr. Je suis en mission pour la Corporation des Chasseurs de trésors de Kendra-Kâr.
— Oui ! Oui ! renchérit la poupée vivante qui venait de quitter sa cachette en agitant ses petits bras. Le créateur a dit qu’il devait arriver ! Il me l’a dit ! mentit-elle avec conviction. »
Les deux factionnaires hésitèrent.
« D’où tu sors toi, le jouet ? fit le plus petit.
— Heu, eh bien, de là, répondit simplement Lalle en pointant le manoir.
— Pfff, stupides Aniathys. Non ! Je veux dire : tu es qui ? À qui tu appartiens ?
— Je suis Lalle ! Je suis le chef-d’œuvre ultime d’Almoriel Kandalaïr, mon créateur. ! »
Concernant la question sur l’appartenance, la poupée vivante ne la comprenait pas. Elle n’était la propriété de personne, s’était bien spécifié dans sa mémoire. Mais la phrase du garde semblait indiquer qu’il croyait le contraire. Dans le doute, Lalle décida de faire comme si elle ne l’avait pas entendu. Si vraiment cela était important, l'elfe demanderait de nouveau.
Ce dernier paru troublé par la réponse de la poupée ; aucune création du maître des lieux ne sortait d’ordinaire du manoir, du moins, pas de sa propre volonté. La sentinelle rengaina alors son épée – au contraire de son pair – puis s’approcha. Elle posa un genou à terre afin de se mettre à la hauteur de l’Aniathys.
« Et que fais-tu ici, Lalle, Chef-d’œuvre de Kandalaïr ?
— Je suis venue accueillir l’invité du créateur bien sûr ! »
(Ouais ! Je suis trop forte !)
Il était indiqué dans la mémoire de la poupée que les êtres biologiques ne parvenaient à mentir que très imparfaitement. Aussi, la facilité avec laquelle elle avait pu travestir la vérité augmenta notablement le niveau de sa jauge d'estime personnelle.
« Hmm, je n’étais pas au courant qu… »
Le garde s’interrompit lorsqu’il croisa pour la première fois le regard vide de l’Aniathys. Ses yeux entièrement blancs le mirent mal à l’aise. Il poursuivit néanmoins en dirigeant son attention ailleurs.
« On ne m’a pas informé qu’un visiteur était attendu. Quel est son nom à cet invité ?
— Il s’appelle M…
— Je suis Atios Œil-de-mort, elfe ! coupa le Woran. Si tu veux connaître mon nom, demande-le-moi directement.
— Il fait bien du vacarme ton chaton, petite poupée, éluda l’intéressé. »
(Un chaton ? Quel chaton ?)
Lalle ne comprenait pas très bien qui parlait de quoi à qui. Une rapide recherche dans l’index de ses archives internes lui indiqua l’existence de fiches d’apprentissage spécifiques : conversation évoluée, subtilités de langage, rhétorique, etc. Mais le processus de décompression de ces secteurs mémoriels prendrait un peu de temps. Leur consultation devrait attendre, la vitesse de réaction était importante pour bien mentir ; le guide pratique détaillant le sujet, déjà accessible, le précisait bien. Il lui fallait donc une phrase d’esquive, maintenant.
« Oui, confirma-t-elle ainsi pour donner le change, il n’est pas très discipliné.
— Non en effet. Apporte-moi donc son laissez-passer. Empoté comme il est, il serait capable de l’abîmer. »
À la mention dudit laissez-passer, la novice dans l’art de l’insulte sophistiqué commença à saisir un peu mieux la situation. Elle se retourna vers l’homme-tigre et tendit la main. Ce dernier sortit un parchemin soigneusement plié d’une de ses escarcelles. Il s’accroupit ensuite et céda le document à l’Aniathys, mais sans incliner la tête pour observer sa réaction. Non, avec les oreilles baissées et les babines légèrement retroussées, c’est le factionnaire qu’il dévisageait. Et celui-ci, avec un sourire méprisant aux coins des lèvres, avait bien l’intention de soutenir son regard fielleux avec le sien.
Cependant, une surprise attendait le garde trop sûr de lui. Le Woran avait les yeux aussi blancs que ceux de la poupée.
Si chez cette dernière l’aspect solide du matériau utilisé amenuisait quelque peu l’inconfort de cette vision, les globes oculaires de l’homme-tigre étaient bien faits de chair. Quelques veines rendues écarlates par la colère en parcouraient même les côtés.
Ainsi le sobriquet du chasseur de trésor n’était pas une appellation fantaisiste. L’elfe en fut persuadé en sentant la lourdeur de la menace émanant de cette bête pourtant famélique, c’était bien la Mort qui était en train de scruter les tréfonds de son âme.
Aussi lorsque Lalle se retourna pour lui tendre le parchemin, il fit face à deux paires d’yeux vides.
Au comble du malaise, le factionnaire arracha la pièce écrite des mains de la poupée et se releva précipitamment tout en reculant de quelques pas.

C’était au tour du Woran d’esquisser un sourire mauvais. L'elfe qui avait lu le parchemin venait de partir le montrer à son collègue. Alors, à voix basse, Atios, ne s'étant pas encore relevé, parla à l’Aniathys qui observait les sentinelles.
« Dis-moi tierce-portion, tu étais vraiment venue m’accueillir ?
— Absolument pas, Monsieur Peluche, répondit sincèrement la poupée.
— Et si le garde s’entretient avec ton créateur ?
— Aucune chance, il est désactivé pour le moment… Enfin je crois.
— Désactivé ? Mouais… fit l’homme-tigre avant de se redresser. »

Le Sindel revint.
« Suivez-moi… Tous les deux, ajouta-t-il après une pause. »
Mais avant de se retourner pour ouvrir la marche, il rendit le laissez-passer à l’Aniathys. L’homme-tigre leva les yeux au ciel devant tant de bêtise tandis qu'il reprenait son bien des mains de son intermédiaire forcée.
(Hein ? On retourne à l’intérieur ? Non, mais non ! Le monstre, il est toujours là... Oh... quoi que, maintenant je ne suis plus toute seule. Monsieur Peluche est avec moi. Et au pire on pourra toujours jeter elfes en pâture au monstre pour gagner du temps... Je ne les aimes pas ces deux là.)

L’échauffourée n'ayant pas eut lieu, le dénommé Eldryel, qui avait assisté à la scène en retrait, maugréa devant l’issue déplaisante de cette altercation minime. D'humeur noire à présent, il se mis rapidement en marche pour raccompagner son partenaire commercial à la sortie du domaine tout en l'exhortant à prestement regagner ses pénates humaines.

Ainsi, chaque groupe partant de son côté, la situation aurait pu être oubliable. Mais c’était sans compter sur l’espièglerie de Zewen.
« S’il vous plaît ! héla une voix féminine. Je cherche le Manoir de Faronia, c’est bien ici ?  »
Eldryel quitta son interlocuteur du regard pour lever le nez en direction de la nouvelle venue.
« Mais c’est la foire aux monstres aujourd’hui ou quoi ! s’exclama-t-il en levant les bras au ciel de consternation. »
Pourtant un sourire cruel pointa sous son masque de désappointement. Il allait peut-être bien assister à ce bain de sang qui égaillerait sa fastidieuse matinée. Plein de se vil espoir, il observa les gardes elfes qui escortaient Lalle et Atios à l’intérieur du manoir se retourner en même temps que leurs « protégés ». Avisant la créature féminine, la sentinelle préposée aux discussions problématiques souleva ses épaules puis les laissa retomber en les accompagnant d'un soupir sonore.

Arrivée là comme une fleur, ne faisant pas cas de l'esclandre du Sindel odieux, c'était une belle femme-louve au pelage d'ivoire qui s’approchait avec grâce et légèreté. Le factionnaire à la démarche pesante, et à l'humeur s'alourdissant à chaque pas, rejoignit la Liykor fujonienne sans tarder. Dans une surprise émoussée par le fatalisme, il nota que la nouvelle venue disposait elle aussi d’yeux entièrement blancs et que malgré cela, tout comme le Woran, elle semblait y voir parfaitement.
« Ne me dis rien, lança le gade en guise d'introduction, je vais deviner. Tu es Médora Pupilles-Des-Enfers, invitée par ce bon Kandalaïr pour accomplir je ne sais quelle mission en sus de pourrir ma journée…
— Heu… il y a quelques détails inexacts, mais je suppose qu’il doit bien s’agir de moi.
— Ton laissez-passer, maintenant ! ordonna-t-il tout en tendant la main. »
Elle lui confia un parchemin quasiment identique à celui qu'il venait de remettre à l’Aniathys. Il examina le document puis le lui rendit.
« Hmm. C'est par là, déclara-t-il en tournant le dos à la femme-louve et en commençant à marcher. Viens, les autres phénomènes de foire t'attendent… »

La Liykor obtempérant sans faire d'histoire malgré les manières du rustre, Eldryel fulmina intérieurement avant de jeter plus que de raccompagner l'humain dehors.

(Ooooh ! Une nouvelle peluche blanche ! s'enthousiasma Lalle. Chouette, chouette, chouette !)



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