Les Profondeurs

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Yuimen
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Les Profondeurs

Message par Yuimen » mar. 2 janv. 2018 14:21

Les profondeurs
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Omyre est une ville ancienne. Très ancienne. Au point qu'aujourd'hui, plusieurs vestiges de villes ont tendance à se superposer, de sorte que, par les caves des maisons ou parfois même simplement par des trous s'ouvrant dans les rues, on peut déboucher dans des cavités, voire dans un vaste dédale souterrain. Nul ne sait jusqu'où il s'étend, au minimum sur toute la surface de la ville...

Lieu étrange, sinistre et impossible à cartographier, ce monde souterrain tentaculaire, aux murs oscillants entre le noir morbide et le vert glauque est peuplé de bandits et de contrebandiers. Mais on y trouve aussi des mort-vivants errants et autres monstres créé par les 13. Il est en effet bien connu que ceux-ci ont tendance à jeter leurs créations ratés dans les ombres pour s'en débarrasser. C'est d'ailleurs pour ça que personne ne descend jamais dans les zones les plus profondes.

On raconte qu'il s'y trouverait, dans une immense caverne ténébreuse à peine éclairée par quelques champignons phosphorescent, une colonie de choses qui étaient des elfes bleu ayant survécu à la prise de la ville par Oaxaca il y a 7900 ans de cela. Devenus incapables de supporter la lumière du jour et corrompus par les émanations de la tour noire, ils ne s'aventureraient même pas dans les couches supérieurs des profondeurs. Mais sans doute tout cela n'est-il qu'une légende...

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Eteslë
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Re: Les Profondeurs

Message par Eteslë » ven. 6 nov. 2020 19:19

L'Antichambre

Le passage à l'arène est bref, la jeune femme se faisant rapidement panser par un segtek bougon qui tourne les talons aussitôt son baume appliqués et les linges serrés contre les blessures. Le reste de la journée, Eteslë le passe à observer quelques entraînements menés par maître Gorchak, sans y participer, préférant conserver ses forces pour la soirée où tout pourrait parfaitement mal se passer. On n'entre pas dans le milieu clandestin sans un minimum de prudence et la jeune femme n'est pas téméraire au point de croire qu'y aller la fleur au cœur suffira. Elle se doit d'être en forme, ou du moins suffisamment capable pour tenir si jamais elle devait jouer des poings pour se tirer d'un mauvais pas.

Pas qui, une fois la journée bien avancée, l'emmènent vers le Rat Putride, la fameuse auberge dont a fait mention Virek à son arrivée. Elle ne sait pas trop à quoi s'attendre, mais un simple regard la renseigne suffisamment pour qu'un rictus narquois apparaisse sur son visage lorsque le fameux bâtiment est face à elle. Elle peut déjà entendre le tapage présent à l'intérieur alors que la devanture, aussi douce et raffinée que le reste de cette ville, invite plutôt les voyageurs à essayer de dormir dehors plutôt que de tenter de poser un seul orteil à l'intérieur. La pièce ornée d'yeux dans la main, elle pousse la porte, ses oreilles sifflant un instant face au vacarme présent à l'intérieur. Ici comme partout, des garzoks, mâles et femelles, qui boivent, jouent ou semblent essayer de s'écharper sous l’œil peu vigilant d'un thorkin portant un collier de cuir qui s'occupe de faire le service.

Son arrivée passant peu ou prou inaperçue, la jeune femme pose ses fesses sur un tabouret et tapote le comptoir pour attirer l'attention du thorkin qui finit par s'approcher. Vêtu de peu, il porte sur son bras un linge qui devait être blanc à l'origine, mais qui approche davantage de la couleur crasse qui emplit l'auberge. Sa barbe n'est que poils hirsutes virant vers le blanc et le gris tandis que ses petits yeux mornes semblent afficher une résignation profondément ancrée qui fait grimacer Eteslë. Elle lui montre discrètement la pièce avant de refermer le poing.

- Je cherche Virek.

Le nain ne répond pas, mais hoche la tête et lui fait signe. Sans un mot, elle lui emboîte le pas, traversant la bruyante auberge où quelques femelles garzoks, vêtues de ce qui s'apparente plus à des ficelles qu'à de vrais vêtements, lui jettent de curieux regards intéressés avant que le nain n'ouvre une porte menant à l'arrière de l'auberge, puis vers une trappe qu'il soulève, révélant un passage souterrain accessible par une simple échelle. Sans un mot ou explication, il quitte la pièce, laissant seule la jeune femme qui n'hésite pas et commence à descendre. Veillant à ce que Taloril, toujours attachée dans son dos, ne soit pas cognée contre les parois, elle s'enfonce dans une obscurité relative et atterrit dans un couloir souterrain fait de nuances de noir et de vert où des torches et des braseros semblent lui ouvrir le chemin.

D'un pas calme, les sens néanmoins aux aguets, la cogneuse avance, suivant le tracé enflammé qui serpente dans les souterrains, probablement vastes, qui courent sous la ville d'Omyre. Ceux-ci ressemblent à d'anciennes rues, comme si une ville entière se trouvait ensevelie sous l'actuelle. Des vestiges, témoins d'une époque lointaine aujourd'hui largement révolue dont Eteslë se fout complètement. Elle se contente de suivre le chemin des lueurs, pressée d'arriver à sa destination pour enfin essayer d'en apprendre plus. À l'idée même d'enfin trouver des réponses, son sang bouillonne et elle se sent prête à tout pour parvenir à ses fins.

Elle ralentit pourtant et fronce le nez, une odeur familière parvenant jusqu'à elle. Une odeur froide et métallique qu'elle ne connaît que trop bien. Comme si cela l'excitait davantage, elle reprend sa route d'un pas plus vif, avant que la clameur lointaine d'un rassemblement ne murmure à ses oreilles avant qu'elle ne se trouve face à deux garzorks. Solidement campés devant une lourde double porte bardée de fer, ils portent tous deux une armure de plates où l'ocre et l’ébène se côtoient. Chacun d'eux portent un attirail complet, masquant jusqu'à leur visage dont seuls les deux yeux fixant la jeune femme à travers leur heaume indiquent qu'ils ne sont pas statues, mais être de chairs. L'un porte un marteau de Lucerne qu'il tient fermement dans son gantelet sombre, tandis que l'autre, plus standard, avance d'un pas, la main sur la poignée du fauchon qui pend à sa hanche. Sans se démonter, Eteslë présente sa pièce. Le Garzok hoche la tête en direction de son comparse et tous deux poussent les battants de la lourde porte qui s'ouvre alors.

La clameur qui s'insinue jusqu'aux oreilles d'Eteslë la fait légèrement grimacer alors qu'elle entre dans une vaste salle. Elle se tient au sommet d'impressionnants gradins de pierre noire installés en cercle et plongeant jusqu'au bord d'un autre cercle entouré de chaînes où elle peut apercevoir deux silhouettes se battant furieusement sous les cris d'un public extatique encourageant l'un ou l'autre des deux combattants. La porte derrière elle se referme dans un claquement sourd alors qu'elle avance d'un pas, perchée au dessus d'un spectacle qu'elle n'aurait jamais imaginer voir sous la ville. Et tandis qu'elle observe avec attention une grande créature aux bras puissants écarteler sans grande difficulté son adversaire qui hurle avant de s'éteindre dans un geyser d'hémoglobine sous les cris de la foule, une voix à sa droite lui fait tourner la tête et croiser le regard satisfait d'un visage connu. Virek.

- Bienvenue dans l'Antichambre. Je savais que tu viendrais. Par ici. Hmm.

D'un signe de la main, il l'invite à le suivre. Lui emboîtant le pas, Eteslë descend peu à peu les gradins pour finalement en faire le tour et passer à travers une porte gardée par un garzok similaire à ceux gardant l'entrée. La clameur des gradins s'efface peu à peu après que la porte se soit refermée tandis qu'elle suit Virek dans un couloir étonnamment propre. D'autres couloirs vont à droite ou à gauche. Ils passent devant des portes closes sans s'y attarder avant de finalement prendre à gauche pour ouvrir l'unique porte au fond d'un court couloir. Virek s'efface pour laisser passer la jeune femme qui entre dans un appartement composé d'un petit lit, d'un large bureau auquel est accolé un fauteuil de bonne qualité. Une commode, une armoire et quelques étagères pleines d'objets insolites complètent la décoration plutôt chiche du lieu. D'un geste il l'invite à s'asseoir sur une des deux chaises faisant face au bureau tandis qu'il grimpe sur son fauteuil. Elle s'exécute, son dos négligemment appuyé contre le dossier.

- J'ai eu vent de tes actions dans l'arène. Je ne m'étais pas trompé. Pourquoi es-tu venu, finalement ?Hmm.

- Les contacts.

- Les contacts ? Plutôt étonnant, mais soit. J'ai quelque chose à te proposer. Il y a un genre de tournoi qui se déroulera dans à peu près une dizaine de jours. Je cherchais un combattant pour me représenter, et tu es là, qu'en dis-tu ? Hmm.

- J'y gagne ?

- Bien sûr ! L'argent, la renommée et donc les contacts, le prix du vainqueur et, le plus important, mon éternel gratitude si tu parviens à me faire gagner ce qu'il y a pour le représentant du vainqueur. Hmm.

La jeune femme fixe un instant le segtek qui lui sourit de toutes ses dents. Elle n'est pas dupe, sait très bien que Virek se servira d'elle si elle accepte, mais ne pourrait-elle pas également se servir de lui dans ce cas. Un léger sourire apparaît sur son visage tandis qu'elle tend la main vers son nouveau partenaire qui la lui serre sans cesser de sourire. Marché conclu, semble-t-il.

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Eteslë
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Re: Les Profondeurs

Message par Eteslë » jeu. 26 nov. 2020 11:25

Terre de ruine

Les dix jours qui suivent ne sont qu'attente pour la jeune femme qui prend son mal en patience, tout en profitant de ce temps accordé pour s'entraîner en vue du prochain événement. Elle se sert de la sale de l'arène des milles lances pour se préparer et, le jour venu, patiente nonchalamment dans les gradins, observant les autres combattants d'un œil critique. Il y a de tout, à vrai dire. De gros garzoks en armure sans une once de subtilité, des elfes noirs plus gracieux que mortels et quelques humains dont peine à voir les capacités, certains se gardant bien d'afficher ostensiblement leurs armes. Celui qui attire son attention, en revanche, n'est si un garzok, ni un elfe, ni humain, mais ce qu'elle imagine être un segtek. Portant un étrange casque blanc fait d'un crâne de ce qu'elle imagine être un rongeur par dessous une épaisse capuche, il avance bizarrement, courbé comme s'il portait quelque chose sous ses larges habits amples. Il marche à l'aide d'un bâton terminé par deux cornes de métal hérissées de pointes aussi bien vers l'intérieur que l'extérieur.

Lorsqu'il tourne soudainement la tête vers elle, elle croise deux pupilles brillantes d'un jaune-vert étrange surmontant ce qui ressemble plus à un museau que véritablement un nez au milieu de son visage. Elle l'observe tandis qu'il semble renifler vers elle avant de claquer la mâchoire et de se détourner, les autres combattants ne faisant pas plus que cela attention à lui. Eteslë se rend compte qu'un frisson lui parcourt l'échine lorsqu'elle observe l'étrange segtek et un mouvement qu'elle n'arrive pas à identifier fait bouger les vêtements dans son dos, comme s'il portait quelque chose ou quelqu'un... Le son bruyant d'une corne retentit, lui faisant tourner la tête vers l'origine du bruit avant qu'une voix forte n'invite les combattants à descendre rapidement dans l'arène située au bas des gradins.

Après être descendue par un échelle e corde, la jeune femme atterrit sur le sable tapissant le fond de la fosse pouvant à vue de nez accueillir bien plus de participants qu'ils ne sont. La vingtaine de combattants présents ne remplit que bien peu d'espace et la jj femme commence à se demander si ce « tournoi » est vraiment ce que Virek lui a expliqué. Et alors qu'elle cogite un instant su l'intérêt de faire descendre tout le monde sans distinction, la voix retentit de nouveau, annonçant le début des festivités, tirant un grognement exaspéré de la gorge de la jeune femme. Virek s'était manifestement fichu d'elle en parlant de tournoi. Ce n'est pas un tournoi, c'est chacun pour soi dans une arène avec une vingtaine d'autres combattants prêt à étriper le premier qui s'approche. Elle remarque que tous se sont éloignés les uns des autres et ont sorti leurs armes. Dardant un regard mauvais au segtek perché dans gradins, elle fronce davantage les sourcils lorsqu'il lui renvoit un sourire assuré. Certain de sa victoire ? Probablement qu'il est certain de s'en tirer à bon compte car si elle perd, elle n'aura aucun moyen de lui expliquer sa façon de penser.

C'est un hurlement guttural suivi des acclamations la foule ayant empli les gradins qui sort Eteslë de son duel visuel avec Virek. Autour d'elle, des combats ont commencé. Principalement des duels, mais elle voit aussi certains se mettre à plusieurs contre une seule cible. Du regard, elle cherche l'étrange segtek mais ne parvient pas à le trouver. Elle reste pourtant persuadée qu'il est bien un des combattants, mais son attention est bientôt accaparée par un humain se ruant sur elle après avoir terrassé l'elfe contre qui il se battait, ce dernier baignant dans le sang coulant de la large balafre sabrant sa gorge. Vêtu d'une armure de cuir brun, l'humain porte une hachette dans une main et un katar dans l'autre. Sa barbe brune est tâchée de sang et ses yeux sombres sont fixés sur elle alors qu'il lui fonce dessus sans chercher à cacher ses intentions. Si la jeune femme pense initialement à une feinte, elle évite un coup de taille de la hachette en reculant d'un bond, comprenant que son adversaire n'a aucune subtilité et compte sur le fait qu'elle ne porte pas d'arme pour la vaincre.

Masquant difficilement un sourire narquois, Eteslë évite le coup de kata en s'abaissant , fléchissant les genoux avant de remonter dans la garde de l'humain. Sa dextre serré le frappe dans le plexus solaire, lui coupant la respiration, tandis que sa senestre lui fracasse la mâchoire et l'envoie prestement au sol en crachant un peu de sang. Il se relève pourtant d'un saut carpé face au regard appréciateur d'Eteslë. Et alors qu'elle s'apprête à apprécier un combat, un hurlement strident semble figer tous les combattants de l'arène et même la foule semble se taire. À l'opposé de sa position, Eteslë aperçoit un Garzok hurler de douleur en se tenant ce qui fut son bras, mais n'étant plus qu'un moignon sanglant. Si la vision en elle-même n'a rien d'étonnante dans cette situation, c'est de voir son adversaire dévorer le bras encore sanguinolent qui fait tiquer la jeune femme. Adversaire qui n'est nul autre que le fameux segtek. Sentant l'attention se tourner vers lui, l'être lâche le bras qu'il a commencé à ronger et relève les yeux, balayant l'arène d'un regard plus animal que conscient. Sa voix, hachée, rapide et légèrement aiguë, perce alors le silence.


- Choses garzoks faibles oui-oui. Hrm, Hrm. Facile à vaincre. Hrm. Facile à tuer-dévorer. Repas abondant pour contrer la faim-faim.

Et tandis qu'il se met à baver, mettant aussitôt tous les autres combattants sur leurs gardes, son bâton se met à luire d'une lueur verte. Eteslë jure intérieurement, imaginant sans mal que ce segtek est un mage. Comme pour lui donner raison, un pic de roche empale le garzok, achevant la peau-verte dont les hurlements s'éteignent dans un gargouillis sanglant. Comme un seul être, les combattants décident de s'occuper du segtek en priorité, tous se tournant vers lui, armes lui faisant face. Cela ne semble pas le déranger plus que cela car il ne bouge pas davantage. Puis, soudainement, il frappe son bâton sur le sol et tous se mettent en garde, prêts à lui bondir dessus. Rien ne se passe pourtant alors qu'il frappe une deuxième fois, puis une troisième. Eteslë plisse les yeux et son instinct lui dicte de rapidement s'éloigner du segtek avant qu'il ne termine de frapper le sol. Elle se rue en arrière, apercevant un shaakt faire de même alors que d'autres foncent plutôt vers le segtek qui tape en tout treize fois le sol avant que tout ne se mette à trembler.

Surgissant du sol en partant du mage, de grands pics de terre sortent du sol, empalant jambes et mollets des combattants trop proches du mage. Eteslë, qui s'est éloignée, se rue alors vers le mur le plus proche et se propulse en hauteur après quelques pas sur le mur pour atteindre une des chaînes entourant l'arène. La zone entière se couvre de pics. Certains, déséquilibrés, s'empalent sur les pics en tombant dessus, tandis que la plupart sont simplement blessés aux jambes. Les cris des blessés prennent le pas sur les cris de la foule qui semble soudainement bien plus calme. Prudente, Eteslë se laisse glisser le long mur pour rejoindre le sol désormais déformé de l'arène et observe la situation. Le seul combattant encore en lice, excepté le segtek, est le shaakt ayant eu le même flair qu'elle. Les autres sont visiblement hors-jeu et la jeune femme peste intérieurement. Elle ne s'attendait pas à croiser un mage dans ce genre d'endroit, surtout un visiblement assez puisant pour lancer ce genre d'attaques.

D'un hochement de tête, elle s'accorde avec l'elfe qui tire un kukri et une faucille, prêt à attaquer le segtek. Si elle sait bien qu'il n'y aura qu'un seul vainqueur, la cogneuse sait aussi que, seule, elle aura bien du mal à se défaire du segtek et compte sur le shaakt pour l'aider à le terrasser avant de reprendre un combat plus équitable. Et tandis que tous deux se ruent en avant vers le mage qui ne cesse de rire d'une voix caquetante en leur promettant la mort et la ruine, la foule, elle, semble se réveiller et acclamer le spectacle. Un frisson parcourt brièvement l'échine de la jeune femme alors qu'elle capte le regard du segtek. Un regard mauvais, moqueur et vicieux. Quelque chose, dans son attitude, est étrange, tout comme sa présences, mais elle ne parvient pas à mettre le doigt sur ce qui la gêne et se concentre sur le combat à venir, slalomant entre les pics de terre qui jonche désormais le sol ensanglanté de l'Antichambre.

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Eteslë
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Re: Les Profondeurs

Message par Eteslë » jeu. 26 nov. 2020 11:32

Marée de vermines Musique d'ambiance

Elle court vers le segtek, se jetant sur le côté pour éviter un pic de terre filant dans sa direction. Dans son esquive, elle frappe l'un des pics qui se fissure. Le shaakt attirant l'attention du mage, elle se redresse et frappe de son pied la fissure, brisant le pic. Elle s'empare de la pointe et la lance de toutes ses forces vers le segtek. Celui-ci, visiblement agile, l'évite d'une souple acrobatie avant d'attaquer violemment le shaakt à l'aide de son étrange bâton, ayant clairement l'avantage du fait de son allonge face à son adversaire. Eteslë finit par rejoindre les deux combattants et se jette dans la mêlée en visant le dos du mage. Son poing heurte avec violence quelque chose de métallique caché sous les vêtements du segtek et elle grimage face à la douleur cuisante tout en reculant d'un bond. Le ricanement du segtek l'enrage, mais elle se fige lorsqu'il retire finalement la cape cachant son dos.

Une cage est fixée sur les épaules du segtek, une cage de fer dans laquelle des dizaines de paires d'yeux rouges se fixent sur elle alors que le rire du segtek augmente encore. Puis, d'un mouvement, la cage tombe au sol et s'ouvre, libérant son contenue qui se répand sur le sol. Des dizaines de rats noirs au poil luisant s'éparpillent dans l'arène. L'un d'eux se jette sur Eteslë, mais la jeune femme se souvient de son combat dans les égouts et a tôt fait de l'attraper par la queue pour le fracasser contre le pic le plus proche, faisant éclater le rongeur. Elle est chanceuse, car autour d'elle, des blessés commencent à hurler lorsque les rongeurs, probablement affamés, se ruent sur eux, commencent à se repaître des chairs encore vivantes alors que le segtek rit de nouveau. Un rire fou qui ne fait que s'amplifier à mesure que les cris des blessés augmentent. Puis il se tourne vers Eteslë, la fixe de son regard jaunit et des dents pointues se dévoilent en un sourire dément.

- Votre déesse est faible. Vous serez bientôt de la nourriture pour la horde, oui-oui. Viens, oreilles-rondes, débats-toi face à ta mort-mort.

Et sans plus tarder, il se rue vers elle en hurlant tel un dément. Son bâton fend l'air, frôlant la jeune femme qui s'est instinctivement baissé. D'un chassé, elle tente de faire tomber ce fou dangereux qui se contente de sauter pour s'accrocher à un pic proche avant de sauter sur elle. Les deux adversaires roulent au sol, mais Eteslë se retrouvant en dessous, elle propulse l'autre cinglé contre un pic. Il a beau être brutal et fou, il reste un segtek et physiquement inférieur à elle. Elle compte jouer là dessus tandis qu'elle s'empare de sa jambe. Elle bande ses muscles et, de ses deux mains, l'envoie valdinguer contre le mur proche. C'est là que, sous ses yeux ébahis, il semble disparaître avant de réapparaître quelques secondes plus tard pour lui foncer à nouveau dessus, toutes dents dehors, cherchant à la mordre. Elle évite sa première attaque, répond d'un coup de poing qui rencontre une plaque d'acier caché sous ses vêtements. Elle grogne alors qu'il ricane.

- Faible-faible. Hrm.

Énervée, la jeune femme se rue sur son adversaire. Elle reçoit un coup de bâton dont l'un des pics lui perce le flanc. La douleur la crispe, mais elle s'accroche à l'arme pour la lui ôter des mains. Elle la récupère aisément puisque le mage la lâche avant de serrer le poing pour frapper le sol. Un bloc de pierre vient frapper la jeune femme et l'envoie alors s'écraser contre un pic proche, le brisant au passage. La cogneuse crache du sang en toussant sous la douleur, se demandant si elle n'a pas quelques côtes cassées après ce coup particulièrement brutal. Elle sent quelque chose lui serrer la cheville et se rend compte que la pierre et le sable rampent alors sur ses chevilles, l'empêchant de se mouvoir correctement alors qu'elle se relève d'un pas titubant. Se léchant les babines, son adversaire la fixe d'un regard empli de désir et de faim. La jeune femme renifle, crache à nouveau du sang sur le sol et le fixe à son tour, d'un regard mauvais. Elle n'a qu'une envie, tuer ce fumier, aussi douloureusement que possible.

Il ramasse son bâton et se rue vers elle. Gênée par le sol cherchant à l'immobiliser, elle ne peut éviter le coup de l'arme qui atteint son épaule. Aucun pic ne perce sa chair cette fois, et la jeune femme se contente de grogner sous l'impact avant que les deux cornes du bâton n'enserrent sa gorge, la figeant instantanément. Les pics présents à l'intérieur de chaque corne appuient sur sa peau sans pour autant la traverser, comme si le segtek voulait se délecter de la vision de la jeune femme prise au piège de sa magie et se son arme. Il se lèche à nouveau les babines, son sourire s'élargissant à nouveau avant de brusquement se crisper en une grimace de douleur. Surprise, Eteslë aperçoit le bout d'une lame percer le poitrail du mage avant que le visage du shaakt n'émerge de derrière l'épaule du segtek.

- On m'oublie ?

La douleur ayant visiblement fait perdre au mage sa concentration, Eteslë sent la gangue de pierre s'effriter, aussi en profite-t-elle pour donner un coup de pied dans le bras du segtek qui lâche son bâton dont elle s'empresse de s'écarter en se massant la gorge. Le mage, fou de rage, invoque à nouveau sa magie et un énorme poing de pierre s'abat sur le shaakt qui l'évite de justesse pour aller s'écraser plus loin sous l'impact. Profitant de la blessure du segtek, Eteslë se rue sur lui malgré la douleur qui enfle dans son corps. Son poing serré l'atteint en pleine mâchoire, brisant quelques dents au passage alors qu'un autre coup frappe sa blessure saignant abondamment. Le segtek couine en étant projeté au sol. Se mettant sur ses quatre pattes, il fixe Eteslë avant de disparaître à nouveau. Du moins c'est ce qui apparaît au premier abord avant que la jeune femme ne comprenne qu'il s'est transformé. A la place du segtek, c'est un rongeur similaire aux autres qui se tient là une demi-seconde avant de chercher à s'enfuir parmi les autres qui continuent à arpenter l'arène en attaquant ceux encore vivants.

- Enfoiré de mage...

Elle se rue à sa suite, peinant à suivre des yeux sa cible alors qu'elle slalome entre les pics. Comme mue par un instinct collectif, les autres rats cherchent à la gêner. Elle en écrase quelques-uns, faisant rapidement fuir les autres. Elle perd pourtant le mage de vue et peste avant de se retourner en entendant un hurlement. Celui-ci en provient pas de l'arène cette fois, mais des gradins. Là aussi, c'est devenu un carnage. D'autres segteks avec le même attirail ont envahi les gradins et massacrent brutalement les présents, combattent les gardes garzoks avec une férocité surprenante malgré leur petite taille face aux colosses en armure.

- Vous n'êtes rien-rien. Hrm. Bientôt nous régnerons, oui-oui. L'Usurpatrice tombera !

Elle tourne un regard haineux vers la source de sa fureur, fixant le segtek qui s'est à nouveau transformé et qui se tient en hauteur, s'aidant de sa magie pour soulever la terre pour sortir de l'arène. Après un ricanement, il quitte les lieux, entouré par les autres, ne laissant derrière eux que des morts et des blessés cherchant à échapper aux dizaines de rats qui pullulent encore dans l'arène et dans les gradins ensanglantés. Le combat étant terminé, la jeune femme se met en tête d'exterminer chaque rongeur encore en vie sur le sable, aidé du shaakt qui semble bouillonner lui aussi. Après le dernier couinement du dernier rat, le silence retombe sur l'Antichambre. Un silence pesant et froid. Eteslë balaye d'un regard les gradins où Virek s'est avancé, une corde à la main, pour la faire sortir de là. Elle s'extirpe de la fosse et s'effondre à demi contre les gradins. Elle lance un regard à Virek qui semble comprendre sa question muette.

- J'en sais pas plus. Il faut soigner tes blessures. Suis-moi. Hmm.

Se forçant à mettre un pied devant l'autre, elle suit le segtek jusqu'à sa chambre où, tandis qu'il sort tout un attirail qu'il a visiblement prévu, elle s'effondre sur le lit, ignorant le sang et la crasse qui maculent les draps. Elle oublie même de lui en vouloir pour ne pas l'avoir prévenu de la teneur exacte du « tournoi ». Non, tout ce qui compte, dans son esprit, c'est retrouver ce mage et lui faire la peau aussi douloureusement que possible.

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Eteslë
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Re: Les Profondeurs

Message par Eteslë » sam. 28 nov. 2020 00:19

Nectar rouge

- Je veux ces fils de putes morts ! Vous entendez ?!

Eteslë, les bras croisés sur la poitrine, lève les yeux au ciel devant les vociférations de l'humain assis avec d'autres autour de la table. Quatre jours après l'attaque, alors que la jeune femme était encore en convalescence, elle et Virek ont été appelé à un rassemblement du monde souterrain d'Omyre. Virek, apparemment une figure plus importante qu'Eteslë ne l'a imaginé, est en ce moment assis avec une dizaine d'autres personnages. Garzok, humain, segtek ou shaakt, toutes les races de la ville sont représentées et font apparemment partiides plus influents de la pègre locale. Eteslë, elle, visiblement considérée comme une garde du corps, se tient en retrait, adossée au mur, sans qu'elle ne prenne part aux discussions concernant l'attaque.

Chacun va de son commentaire ou de sa demande. Virek n'a pas encore ouvert la bouche une seule fois depuis le début de la réunion et la jeune femme commence à sévèrement s'ennuyer. Cela fait des heures qu'ils sont là et les mêmes choses reviennent en boucle sans que personne ne prenne de décision. À vrai dire personne ne sait d'où viennent ces segteks, quel est leur but, ni même pourquoi ils ont attaqué. Tout n'est que supposition, de la plus ridicule à la plus capillotractée, sans que la vérité ne puisse être démêlée. Et tandis que le débat part à nouveau depuis son point de départ, la jeune femme balaie la salle du regard, croisant le regard ennuyé du shaakt croisé dans l'arène. Lui accompagne une femelle de son espèce qui est restée étonnamment muette, elle aussi, laissant aux autres la joie et le privilège de s'égosiller en palabres aussi stériles qu'inintéressantes. Si le shaakt a les traits durs, des yeux rouges luisant et un crâne presque chauve, la femelle, elle, est d'une beauté captivante, avec un visage aux angles doux, au regard mauve pénétrant et aux longs cheveux blanc tressés d'or et aux mains parées de bijoux.

Un geste de Virek la sort de sa contemplation et elle remarque que, visiblement ennuyé, il a posé ses pieds sur la table, attirant les regards énervés de la plupart des autres, exceptée la fameuse shaakt dont le visage s'orne d'un discret sourire amusé. L'humain qui n'a cessé de s'égosiller, un grand barbu aux cheveux noirs et aux yeux sombres désormais emplis de fureur, se lève alors violemment en repoussant la chaise qu'il occupe, la faisant tomber au sol. Si Virek ne réagit absolument pas, ce n'est pas le cas d'Eteslë qui se poste aussitôt derrière le segtek en fixant l'humain. Habituée à jouer les gros bras lorsqu'elle vivait encore à Dahràm, elle garde encore les réflexes de ce genre de rencontre et sait qu'un simple regard peut dissuader même le type le plus virulent. Peut-être est-ce à cause des bandages barrant ses hanches ou du fait que ce type est particulièrement stupide, mais il ne tient guère compte de la menace muette et sort une lame en la plantant dans la table en fixant Verek.

- Toi le nabot vert tu commences à me faire chier ! T'as pas l'air concerné alors que c'est ta soi-disante championne qui a laissé s'échapper cet enfoiré! T'as des comptes à rendre Virek !

Seul le ricanement moqueur du segtek lui répond, amplifiant encore un peu plus la rage de l'humain dont la veine pulsant sur son front manque d'exploser à chaque seconde. Un tempérament peu adapté à ce genre de monde, pense Eteslë, là où le sang-froid est d'ordinaire recommandé pour ne pas se faire happer vivant par ceux plus malins, plus viles et plus sournois qui rôdent dans les ombres du monde illégal. Cela ne la change guère de Dahràm, une fois de plus, et c'est avec une certaine lassitude qu'elle observe l'humain bouillonner jusqu'à presque exploser, avant que la shaakte ne se lève à son tour, attirant l'attention ailleurs. Sa voix suave capte son auditoire tandis que les améthystes de ses pupilles captent un à un chaque personne présente, s'arrêtant une seconde de plus sur Eteslë, l'ivoire de ses dents se dévoilant un instant à ce moment-là.

- J'ai envoyé des traqueurs à leur poursuite, comme je l'ai indiqué et Virek a déjà partagé toutes les informations que sa combattante a pu glaner. Qu'as-tu fait, Howard, si ce n'est te plaindre ? Il me semble que tes guerriers d'élites ont été bien moins efficaces que cette jeune femme que tu te plais à accuser. Nous sommes ici pour trouver une solution, pas trouver des coupables, surtout que tu n'es pas exempt de fautes, toi non plus. Alors, assieds-toi, avant que tes babillages insupportables ne me donne vraiment envie de t'arracher la gorge...

Toujours furieux, l'humain obtempère pourtant, non sans jeter un regard glacial à Virek et Eteslë qui recule d'un pas pour laisser la discussion continuer, nullement impressionnée par le regard de Howard. La shaakte continue sur sa lancée et Eteslë, peu intéressée par les détails, retient simplement que les segteks les ayant attaqué seraient cachés dans les niveaux les plus bas des souterrains et auraient capturé des dizaines d'individus de toutes races au nez et à la barbe de tout Omyre et de la pègre. Personne ne parvient à expliquer pourquoi ils ont soudainement attaqué aussi ouvertement, mais tous semblent d'accord pour dire qu'il faut lancer des représailles et anéantir ce groupe qui ose attaquer la pègre d'Omyre aussi impunément. Le reste n'intéresse guère la cogneuse qui est venue dans le seul but de pouvoir retrouver ce satané mage et lui faire la peau elle-même.

La discussion dure encore un moment avant que tous ne se mettent d'accord pour envoyer une équipe d'extermination dans le repaire même des segteks une fois que celui-ci aura été localisé avec précision. Satisfaits, les participants quittent la grande pièce un à un avec leurs combattants personnels et il ne reste bientôt plus que la shaakte et son combattant en plus de Virek et Eteslë. Un léger silence s'installe avant que Virek ne pose son sac sur la table pour en sortir des godets de bois lustrés tandis que la shaakte claque des doigts pour que son acolyte pose deux carafes de vin sur la table avant d'en verser le contenu dans les verres. L'un atterrit devant Eteslê qui hausse un sourcil, mais s'installe près de Virek, le shaakt faisant de même auprès de sa compatriote aux cheveux tressés. C'est d'ailleurs elle qui prend la parole.

- Toujours à chercher Howard, hein Virek ? C'est un imbécile, mais il est utile à sa façon, ne l'abîme pas trop, d'accord ?

Le segtek se contente de ricaner avant de porter le vin à ses lèvres... Plus méfiante, Eteslë renifle la boisson et attend que la shaakte boive avant de faire de même. Une fois la première gorgée avalée, ses yeux s'écarquillent légèrement, puis elle en sirote une deuxième, puis une troisième, savourant toujours plus le goût parfumé et délicat du nectar qu'elle a devant elle. Rien à voir avec la piquette dont elle a l'habitude, mais un vrai produit de qualité dont le prix d'une gorgée doit excéder tout l'argent qu'elle possède. Elle remarque le regard amusé de Virek et se calme, reposant doucement le godet sur la table comme si de rien n'était et écoute distraitement leur conversation amicale jusqu'à ce que le sujet l'intéresse vraiment.

- Dès que nous aurons trouvé trace de ces segteks, il y aura des équipes d'extermination et de nettoyage qui seront mises sur pied et envoyées régler le problème, comme nous l'avons dit. Ta combattante en fera partie ?

- Vois ça avec elle, je ne lui donne pas d'ordre. Hmm.

Après un haussement de sourcil, la shaakte se tourne vers Eteslë qui termine de siroter sa gorgée de vin, savourant la boisson au point de récupérer une goutte tombée sur ses lèvres pour profiter autant que possible de la saveur du nectar rouge. Elle finit par fixer la shaakte et hocher la tête. Evidemment qu'elle va y aller, elle a un compte à régler avec l'enfoiré de segtek mage de terre qui s'est enfui. Cela semble suffire à l'elfe noire qui finit par se lever et se préparer à sortir, son acolyte lui ouvrant la porte. Elle finit par se retourner malgré tout et jette un dernier regard à Eteslë.

- On se reverra bientôt. J'amènerai plus de vin.

Sur ces quelques mots, elle sort et laisse Virek et Eteslë dans un léger silence avant que le segtek ne tourne un regard amusé vers la jeune femme qui grogne, le faisant sourire largement, au grand dam de la cogneuse.

- Pas un mot.

- Je n'ai rien dit. Hmm.

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