Au Rat Putride

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Yuimen
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Au Rat Putride

Message par Yuimen » mar. 2 janv. 2018 14:20

Au Rat Putride
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Ici, les voyageurs peu exigeants quant au confort et à la nourriture de qualité peuvent trouver un toit et se repaître de ce que l'on qualifie difficilement de comestible.
L'enseigne menace de tomber à tout moment mais s'accroche désespérément. La façade de l'auberge est sale et décrépie.

A l'intérieur, tout est branlant. Dans la salle commune, un Nain enchaîné fait le service. Koërn fut fait prisonnier de guerre il y a fort longtemps. Et depuis, il est esclave de Göhorn, l'Orc qui possède cet établissement. Vous ne le verrez que très rarement en ce lieu. Il préfère s'en aller trancher les têtes avec ses frères de sang.

Dans les quatre chambres disponibles, vous aurez droit à un lit crasseux, une cheminée qui aurait due être ramonée depuis trois ans, et en bonus, un nombre incalculable de gouttières, faisant office de douche les jours de pluie...

Ce qui a fait la réputation de l'établissement, vous vous en doutez, ce n'est pas les chambres. L'alcool vendu ici est particulièrement fort. Il peut servir de désinfectant tout comme il nettoiera les lames oxydées ou brûlera vos boyaux...

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TGM
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Re: Au Rat Putride

Message par TGM » jeu. 14 mars 2019 12:00

-----E-----


Les doux rayons du soleil réchauffent mon visage après avoir difficilement traversé la crasse des fenêtres alors que je m'éveille doucement. Je constate avec plaisir qu'il n'a pas plus cette nuit. Les draps sales collent à guenilles encrassées, mais, au moins, ils ne sont pas humides. Tandis que je m'étire, je sens mes articulations craquer une à une. Je sens que cette journée sera bonne ; il n'a pas l'air de faire trop mauvais dehors et, pour une fois, je ne suis pas réveillé par mon ventre criant famine. Pendant que je profite du confort, certes tout relatif, de l'endroit, mais toutefois bien plus enviable que les ruelles sombres de la ville, la porte s'ouvre brusquement et Koërn apparaît dans son encadrement.

"Mais... Qu'est-ce que tu fous là toi ?"

Face à son air ahuri, me montrant clairement qu'il ne s'attendait pas à me voir ici, je ne peux retenir un sourire et un geste de la main à l'attention du thorkin enchaîné.

"La chambre était libre alors tu sais... Comme d'habitude quoi, tu vas pas t'énerver pour ça, non ?"

Alors que je m'attends à voir l'aubergiste malgré lui virer au rouge et commencer à crier, il pâlit en un instant alors qu'une voix bien plus grave me hérisse le poil.

"Koërn... Ne me dis pas qu'il est encore là."

Derrière son prisonnier de guerre enchaîné au niveau du cou, je vois apparaître le maître des lieux : Göhorn. Je me sens devenir livide à mesure que la rage semble l'envahir. Si son esclave se serait contenté de me jeter dehors avec quelques menaces pour la forme, ce garzok est une menace que je dois prendre bien plus au sérieux. Alors que je cherche désespérément une phrase pouvant sauver ma misérable vie, je sens des gouttes de sueur froide perler sur ma peau et ruisseler le long de mon dos. Si je ne parviens pas à trouver mes mots, Göhorn, lui, y arrive.

"J'vais t'bouffer, sale rat !"

Avant même d'avoir fini sa phrase, il s'empare du fendoir à la ceinture du thorkin et le lance dans ma direction. Par réflexe, je roule au bas du lit alors que l'arme se plante profondément dans le mur de torchis. Comment ai-je pu penser que cette journée serait bonne alors qu'elle commence de la pire façon qui soit ? Je n'ai malheureusement pas le temps de tergiverser, je dois quitter le Rat Putride au plus vite si je veux survivre. Alors que la brute à la peau verte pénètre dans la pièce, je récupère mes maigres affaires, ramassant le fendoir au passage. Debout, je constate que je suis acculé et n'ai plus qu'une échappatoire : la fenêtre. Malheureusement pour moi, nous sommes au premier étage, mais comme le garzok fond sur moi avec sa hache dans les mains, je saisis ma vieille la rouillée et plonge dans le vide.

J'ai beau tendre le bras durant ma chute pour que la lame me freine en se plantant dans le mur de l'autre côté de la ruelle, cela ne sert qu'à briser mon arme et m'entailler la main droite, alors que je finis ma chute dans le tas d'ordures de l'auberge. M'extirpant du tas d'os, de débris de mobilier en miettes et de restes de repas trop infectes pour êtres servis même ici, je vois le visage rageur de Göhorn à la fenêtre.

"J'aurais ta peau, t'entends ! J'vais mettre ta tête à prix et tu seras plus en sécurité nulle part ! Mon clan, la milice, la garde, et même les clodos dans ton genre, tous te traqueront ! Tu vas me le payer, p'tit merdeux ! Ça fait trop longtemps que tu t'paies ma tête."

Je me redresse alors en bombant le torse et, comme à mon habitude, accueille la menace d'un air provocateur, maintenant que je suis hors de sa portée.

"C'est ça, envoies ta bande d'ivrognes qui veulent annuler leur ardoise ! Si t'as jamais réussi à m'avoir, c'est pas eux qui changeront la donne ! À la prochaine, l'ami !"

Le voyant disparaître dans le bâtiment, je profite du calme revenu pour inspecter ma main. La coupure est superficielle, mais je déchire tout de même une bandelette de tissus au bas de ma chemise pour m'en faire un bandage, les rues d'Omyre étant assez sale pour que chaque plaie s’aggrave rapidement. Alors que je crache une gerbe de salive sur ma main pour la nettoyer un peu avant de la bander, je sens une goutte tomber sur ma nuque, puis une seconde sur mon avant-bras, suivie d'une troisième sur ma main. Levant les yeux au ciel, je constate que le timide soleil, qui m'avait réveillé, avait laissé place à de sombres nuages qui s'apprêtait à déverser sur la ville une pluie diluvienne. Je m'empresse alors de bander ma coupure, car, avec la pluie, les rues deviennent très glissantes et poser la main au sol pour rattraper une chute m'a plus d'une fois permis de m'échapper. Alors que je finis de serrer la bandelette en la tenant d'un côté de ma main gauche et de l'autre entre mes dents, j'entends un grondement à la sortie du Rat Putride.

(Göhorn s'est-il passé les nerfs sur un client au point que tous préfèrent quitter les yeux pour quelques heures ? )

À l'embouchure de la ruelle où je me trouve, sur un coté de l'auberge, apparaît alors une foule hurlante, chargeant dans ma direction. La sidération s'empare de moi. Göhorn a-t-il réellement prévu de jeter la ville entière à mes trousses? Je reste ainsi paralysé par la peur jusqu'à ce qu'un tabouret, projeté, il me semble par un minotaure, traverse les airs et se brise à mes pieds. Cela me fait l'effet d'une violente gifle et je tourne aussitôt les talons pour fuir entre les habitations denses.

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Eldros Rougine
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Re: Au Rat Putride

Message par Eldros Rougine » jeu. 13 janv. 2022 21:39

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Je pénètre dans ce que ces sauvages nomment auberge. Une salle commune aux tables et chaises manquants de se briser sous les coudes des Garzoks. Je tombe aux pires horaires possibles et la pièce déborde de monde qui boit, qui chante, qui joue son argent, qui se cherche des ennuis. Je me faufile entre les larges épaules, une main sur ma bourse de Yus dans la crainte de me la faire chaparder. Je ne suis même pas certain que ceux qui sont ici sont au courant de la purge qui a commencé ou alors ils le sont et profitent d’un dernier soir dans l’ancienne Omyre. A l’image de cette vieille gobeline à l’entrée avec qui je n’ai pas échangé plus que nécessaire.

Sur mon chemin je bouscule un nain sans le faire exprès, celui-ci renverse son plateau qui tombe tout entier sur la table d’un groupe de Garzok. J’affiche une grimace de mépris en observant les Orcs désormais trempés en pensant que ceux-ci voudraient se venger contre moi mais il n’en est rien. Leurs colère est dirigé exclusivement vers le Thorkin qui se fait mettre à terre et rouer de coups sous les rires gras et applaudissements de la salle.

Je poursuis mon chemin tandis qu’ils mettent le nain sur ses pieds pour chercher des boissons en riant. J’atteins le bar et tapote dessus de ma main squelettique pour attirer l’attention. Devant cette vision, les ivrognes à côté de moi s’écartent tandis que le tenancier pousse un sifflement admiratif. Avant qu’il ne dise un mot exaspérant je lui demande une chambre et le service d’un repas chaud ainsi que de me préparer pour le lendemain des rations de voyage.

« Mais bien entendu princesse ! Peut être voulez vous aussi une petite gâterie ? »

S’esclaffe-t-il exagérément, provoquant railleries autour de lui. Je plonge alors une main dans ma bourse et lui jette au visage une poignée de Yus de cuivre. Face à son incrédulité mêlée de colère je commente d’un ton cinglant et articule à haute voix pour me faire bien entendre.

« Ça vaut sans doute dix fois plus que ce que vous oserez qualifier de nourriture. Maintenant donnez moi la clé de ma chambre, faites y servir un repas chaud, une bassine d’eau chaude et propre et je veux trouver demain matin sur le comptoir les rations nécessaires pour dix jours de voyages et alors vous aurez droit à un pourboire généreux. »

L’orc émet un grognement, dardant son regard dans le mien en serrant les poings. Autour les clients s’écartent et retiennent leur souffle. Je ne baisse pas le regard, gardant ma grimace de mépris alors qu’il se dresse de toute sa hauteur. Je plonge à nouveau ma main dans ma bourse et en retire deux pièces d’argent que je pose sur le comptoir sans quitter des yeux le tenancier sur le point d’exploser. Je vois qu’il n’a qu’une envie, m’écraser le crâne et s’emparer de mon argent. Sauf que désormais je vais mettre les clients de mon côté et ainsi il sera forcé de combler mes attentes.

« Tournée générale ! »

Hurlais-je à la grande surprise du Garzok derrière le comptoir qui quitte mon regard pour devoir gérer les clients qui affluent vers le bar avant de me regarder à nouveau.

« Tu as une sacrée paire de couilles l’humain. Un peu plus et je te brisais le crâne. »

« Vous ne savez pas à qui vous avez à faire. »

Je tends ma main squelettique dans laquelle il dépose une vieille clé de cadenas avant de s’occuper de servir l’auberge entière qui se fait impatiente pendant que je monte à l’étage sous les acclamations. Je découvre avec agacement que la porte n’est qu’un vulgaire panneau de bois troué verrouillé avec une chaîne et un cadenas.

« Tas de sauvages !»

Je récupère une chandelle du couloir pour éclairer la pièce tout en pestant, découvrant l’état de ma chambre. Un lit crasseux, une cheminée noire de suie grasse et j’ai la chance de pouvoir apercevoir le ciel à travers un trou dans la toiture. Je trouve également une bassine d’eau où flotte une couche de crasse, de poil et de gras à la surface.

« Pwah ! »

Je comprends maintenant d’où vient cette odeur de moisie, d’eau croupie et de graisse froide. Quelle immondice. Je lève la couverture du lit pour découvrir un matelas de paille sale et humide aux nombreux trous. Quel scandale ! Dire que j’ai dépensé de l’argent pour ce taudis ! Mais j’imagine qu’à moins de vivre dans les appartements privés des Treize on ne peut guère trouver mieux dans ce trou à merde qu’est Omyre !

( Merci ô Phaïtos de ne pas me faire prendre racine ici. )

Je pose mon arme à côté du lit et me défais de mon bouclier. Tout en maugréant je tire la bassine d’eau à l’extérieur de la chambre, m’efforçant de ne pas garder l’œil sur ce qui remue à la surface. Je vire ensuite le matelas du lit, préférant la dureté de la planche de bois qui sert de sommier au matelas humide vecteur de maladies, champignons et parasites. Je jette dans un coin de la chambre toutes ces horreurs qui feraient vomir plus d’une domestique aux quatre coins du monde. Enfin je retire mon manteau que je pose au pied du lit. Inutile de songer à faire un feu dans cette cheminée, je ne parviendrais qu’à déclencher un incendie. Fort heureusement les nuits ne sont pas encore glacées. Je retire mon armure que je dépose à côté du lit, juste à temps pour accueillir le Thorkin qui me ramène une gamelle de…

« Qu’est-ce que c’est que ça ? »

Demandais-je avec un ton écœuré à la limite du haut le cœur et de la crise de rage. Le nain se recroqueville, réflexe instinctif pour une créature qui a vécu plusieurs années dans la captivité et la servitude. J’avise ce qu’il ose me rapporter, bouillie infâme de ce qui semble avoir été récupéré dans les placards, sous les armoires, les tapis et dans les fonds de poubelles. Je distingue nettement des asticots d’un blanc pâle, des pattes d’insectes et des morceaux de cafards, de blattes et autres vermines réduits en bouillie et mélangés à ce qui doit être un savant composé d’eau et de farine. Malgré son aspect dégoûtant je conçois que c’est un plat qui doit être riche en protéines et je ne peux nier que j’ai faim. Je n’ai mangé que des rations de pain sec depuis presque un mois. Je scrute une nouvelle fois la bouillie de vermines avec un air méprisant avant de m’écarter du passage, invitant le Thorkin à déposer la gamelle sur la table de chevet. Il déguerpi sans demander son reste, affolé par les cris d’impatience qui traversent sans peine le plancher. Je referme derrière lui et verrouille cette fois la chaîne pour ne plus être dérangé.

Je m’installe devant mon repas et saisis la cuillère à soupe pour porter une ration à mon nez. Je renifle prudemment, constatant que ça ne sent pas aussi mauvais que l’on pourrait le croire. J’inspire profondément et glisse le couvert entre mes lèvres, espérant que ça ne sera pas si terrible mais quand je sens quelque chose me gratter le palais je jette la cuillère à l’autre bout de la chambre et recrache dans l’assiette ce que j’ai osé mettre dans la bouche avec un râle écœuré. Hors de question d’avaler ça ! Je saisis l’assiette et balance le contenu par la fenêtre.

« POUAH ! »

Je m’empare de ma gourde pour boire de longue gorgées d’eau. Tant pis pour le repas, je me contenterais d’une bonne nuit de sommeil.


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Modifié en dernier par Eldros Rougine le ven. 14 janv. 2022 13:32, modifié 1 fois.

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Eldros Rougine
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Re: Au Rat Putride

Message par Eldros Rougine » ven. 14 janv. 2022 13:20

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Je suis réveillé au beau milieu de la nuit par des bruits de pas dans l’escalier grinçant. Des pas lourds qui semblent pourtant se vouloir discrets. Preuve en est que j’entends quelqu’un ordonner à un autre de faire moins de bruits. Je tends l’oreille et secoue la tête pour me mettre les esprits en place.

« Et si ils se réveillent ? »

« Aucune chance. J’ai assez épicé leurs plats pour un long sommeil, c’est même pas sûr qu’ils y survivent. C’est de l’argent facile. En plus il parait qu’il y a un type plein aux as cette nuit. »

« C’est vrai qu’il avait un bras entièrement en argent ? »

« Ouais ! Je l’ai vu ! On prends les Yus et on se barre de la cité avant que ça ne dégénère trop. »

Bande de sales chiens. Je me lève doucement avant que leurs silhouettes ne se dessinent dans l’interstice de la porte et pose mon manteau en boule sur le lit pour le recouvrir de la couverture moisie. Je m’empresse de le faire rapidement et silencieusement puis j’attrape mon arme et me cache dans un coin de la chambre derrière la porte pendant que les brigands se partagent les chambres. J’ai entendu trois voix mais j’en déduis qu’ils sont quatre, un par chambre, peut être plus.

Je patiente tandis que la chaîne de ma porte se brise sous l’assaut d’une pince. Je retiens mon souffle, lame au poing pendant que la silhouette pénètre la chambre et se dirige doucement vers le lit en dressant un poignard. Je le laisse s’éloigner de la porte avant de la pousser doucement pour atténuer la lumière du couloir qui s’immisce dans la pièce, restant ainsi dans l’ombre alors que je m’avance sur la pointe des pieds. Je détaille un instant le pauvre bonhomme devant moi, un humain, aussi surprenant que ça puisse être. Vêtu de vieux habits sombres et usés, maigrichon, pas très grand. Jeune sans doute, à peine adulte peut être, peu importe, il va payer pour attenter ainsi à ma bourse et à ma vie. Je passe mon bras d’argent devant son visage et le saisis au cou avec brutalité, ramenant son corps maigre contre ma lame pointée vers son dos, traversant son torse en sectionnant sa colonne. Il a à peine le temps de pousser un soupire que je le sens s’éteindre, perdant l’usage de ses membres pour devenir aussi mou qu’un poulpe. Je l’allonge sur le sol pour ne pas faire de bruit et m’approche de mes affaires pour saisir une fiole de fluide, conscient que sans armure et malgré l’effet de surprise, j’aurais besoin de ma magie. Attentif, je tends l’oreille pour m’assurer que j’ai un peu de temps. Quand j’entends que la chambre d’à côté se fait fouiller j’en profite et retire le bouchon de liège pour engloutir la liqueur noire qui répand une froideur glaciale dans ma bouche, ma gorge, ma poitrine, mon ventre. Tout mon corps devient froid comme la mort alors que je vois apparaître un voile sombre devant mes yeux. Je frisonne, de froid, d’excitation et d’un sentiment de toute puissance. De ma peau se libère des volutes ténébreuses qui me donnent un aspect d’homme englouti dans une fumée noire et c’est à cet instant que la porte derrière moi s’ouvre lentement pour laisser passer un rayon de lumière vacillante.

« Qu’est-ce que ! »

Je me tourne brutalement, laissant la magie recouvrir mon visage pour dessiner une nouvelle peau. Une peau blafarde, livide, ravagée par la décomposition, provoquant une terreur traumatique chez l’individu plus âgé et plus épais que le précédent qui se tient dans le cadre de la porte. D’effroi il lâche son couteau de cuisinier en poussant un hurlement de panique avant que je ne lui fonde dessus, tranchant sa tête qui roule sur le sol.

Je sors ensuite de ma chambre d’un pas lent, à la rencontre des autres brigands alertés par les cris. A la fois surpris et effrayés, ils se ruent tout de même sur moi. J’avais vu juste, ce sont bien des gamins ou presque. Sans doute des gosses sans le sous qui ont trouvés la combine pour se faire de l’argent facile. Droguer les clients de l’auberge avec la complicité du cuisinier pour ensuite venir la nuit leurs faire les poches. Plutôt malin je l’admets. Ils ont juste manqués de chance, ma Foi me protège. Le plus costaud arrive en premier, dénué de mon armure, je reprends une posture de bretteur, me souvenant des leçons de Dolvan. De profil, pieds écartés, jambes souples, une main en retrait. J’accueille mon adversaire en déviant de ma lame son coup maladroit et lui assène une violente gifle de ma main fondue dans le métal, l’envoyant se percuter contre le mur. Le second s’agite avec sa dague, donnant des coups dans tous les sens que je parviens à parer, puis à dévier, le faisant toucher son allié. Là encore je me sers de ma main libre pour frapper ce jeune bandit qui s’écroule sur le sol.

« Je vous en prie ! On s’excuse ! Prenez l’argent ! »

Sanglote le garnement à terre, la lèvre fendue et dégoulinante de sang.

« Evidemment que je vais prendre l’argent. Ainsi que vos vies pour les offrir à Phaït… »

Je suis interrompu par un objet qui me percute brutalement le dos.

« Courrez ! »

Hurle une voix fluette, celle d’un enfant encore loin de l’adolescence, à l’inverse de ceux qui sont face à moi. Je tourne la tête, apercevant un jeune garçon brandissant une petite casserole, prêt à la lancer comme projectile improvisé, les yeux larmoyants d’effroi. Mais le plus costaud ne compte pas fuir. Il me charge, me plaque contre le mur derrière moi en m’assenant un premier coup dans l’estomac et un second dans la mâchoire, il arme un troisième coup face à mon visage mais je le prends de vitesse en balançant tout mon corps en avant, me rappelant de l’étrange vision que j’avais eu quand j’étais inconscient à Kôchii, des dégâts que j’avais infligés à ce squelette venu mettre à l’épreuve ma foi grâce à un coup de tête brutal. Je me souviens de ce balancement partant du thorax pour finir au sommet du crâne et ça ne loupe pas, bien que je sente une plaie s’ouvrir sur mon front, le visage face à moi est en bien plus mauvais état. Son nez est éclaté, dégoulinant de sang. Il est étourdi, laisse retomber son bras tandis qu’il titube en arrière. Je dresse ma lame et lui traverse le torse, provoquant les cris de détresse de ses deux camarades. Je pare le jet de casserole venant du gamin grâce à mon bras d’argent avant de répliquer d’un souffle magique qui s’extirpe de ma main squelettique pour le frapper avec violence, le faisant chuter dans l’escalier en provoquant un vacarme de bris de bois et d’os avant qu’un dernier son étouffé ne résonne, suivi du silence. L’autre sanglote toujours, rampe en arrière pour tenter de s’échapper alors que j’essuie le sang qui roule sur mon visage d’un revers de manche, l’air impassible et calme.

Je me dirige ensuite d’un pas lent vers le pleurnichard qui supplie pour sa vie jusqu’à ce que ma lame traverse son cœur, l’achevant sans plus de douleur. Je jette un regard vers les chambres où les clients n’ont pas bougés une oreille malgré les cris. Je pénètre dans l’une d’elle pour me rendre compte que la personne est morte, étouffé par son propre vomi. Je darde un regard méprisant sur le cadavre en songeant que si un plat plus appétissant m’avait été ramené je serais peut être dans le même état. J’entreprends de fouiller ses affaires, cherchant ce qu’il y a d’intéressant malgré qu’il se soit déjà fait dépouiller. Je fais de même avec le pleurnichard dans le couloir puis le costaud avant de poursuivre avec les deux derniers brigands qui ont déjà commis leurs larcins.

J’essuie mon épée sur un cadavre avant de la ranger dans son fourreau puis récupère le couteau de cuisine du brigand le plus gras pour me découper un bout de sa chemise afin de m’essuyer le front. J’enfile ensuite mon équipement sans me précipiter. Je ne pense pas que quelqu’un va venir ici avant le lever du jour que je juge, après un coup d’œil par la fenêtre, pas avant quelques heures. J’attache ma ceinture et sangle mon bouclier avant de quitter la pièce pour descendre les marches grinçantes, retrouvant au rez-de-chaussée le corps disloqué du gamin. Difficile de dire si c’est mon sort ou la chute qui lui a prit la vie. Je me penche au dessus de lui et passe une main sur son visage pour fermer ses yeux terrifiés.

« N’ai crainte petit, Phaïtos accueille aussi les enfants au sein de son royaume. »

Comme aux autres, je lui fais aussi les poches, prenant ce qui est plus utile aux vivants qu’aux morts. Je me redresse et entends une autre présence venant de derrière le comptoir. Un mélange de sanglots et de respirations frénétiques ressemblant à de la panique. Je pose ma main sur le manche de mon épée en me dirigeant vers la cuisine d’un pas toujours calme, lent, régulier, faisant craquer les planches de bois sous mes bottes.

Je découvre le nain, recroquevillé sur un tas de paille, attaché au mur comme un animal. Il supplie, jurant qu’il ne savait pas. Je l’ignore, comme on ignore un déchet sur le bord du chemin, je ne me fatigue même pas à lui ordonner de se taire. Il le fait de lui même en constatant que je n’ai que faire de son existence. J’ouvre alors les placards, les tiroirs, les coffres, à la recherche de nourriture potable. Je déniche une miche de pain un peu dur et un couteau dans un tiroir. Je pénètre dans la réserve, trouvant ce qui doit être une cuisse de sanglier, ou un autre animal y ressemblant, fumé, suspendue au mur et dégageant un fumet appétissant. Je le retire de son crochet pour l’amener en cuisine et le poser sur le plan de travail pour m’en découper une tranche sous le regard médusé et apeuré du Thorkin. Je m’installe à une table, prenant enfin un repas mérité de viande et de pain.

Une fois rassasié, je fais preuve de bon cœur et jette un quignon de pain à l’animal rasé qui tremblote dans son coin avant de me relever et de rassembler des provisions pour le voyage à venir. Pain, haricots secs, viande salés et fumés. Je laisse en revanche le seau où grouille la vermine qui lui sert d’ingrédients, le refermant d’un geste sec en grognant, ne manquant pas de faire sursauter le Thorkin. Je pense en avoir assez pour le trajet, je quitte finalement l’auberge pour rejoindre la rue, en quête d’un endroit où acheter ce qu’il manque pour le voyage.


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(( Suite d'apprentissage de la capacité "Coup de tête.". Suite de ce rp. Fait les poches des brigands et vole des provisions.))

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Eteslë
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Re: Au Rat Putride

Message par Eteslë » mer. 10 août 2022 16:07

De mal en pis

600 yus pour un bâton. Le prix fait hausser un sourcil surpris à Eteslë qui se débarrasse sans hésiter de l’objet encombrant tout en emplissant savamment sa bourse qui se trouve désormais bien plus dodue. Ajouté à cela le nom de la rune Ter voulant apparemment dire corps à corps, et la jeune femme sort de la boutique avec un léger sourire aux lèvres. Le détour valait largement le coup et les risques encourus. Elle regarde à gauche, puis à droite, puis, certaine d’être tranquille, traverse la rue au pas de course pour sauter vers la première fenêtre venue. Elle tombe directement sur une famille d’humains médusée qu’elle ignore complètement malgré le ton menaçant du type qui doit être le père, et sort par la fenêtre opposée, atterrissant au milieu de la rue sous les yeux ahuris des rares passants. Elle se redresse comme si de rien n’était et reprend sa route vers le Rat Putride.

Comme à son habitude, l’endroit est crasseux et bruyant, mais elle repère bien vite les regards bien plus alertes et suspicieux qu’à l’accoutumé tandis qu’elle balaye la salle du regard pour repérer Virek. Cela ne lui prend pas plus de quelques secondes et elle s’installe à la table que le sekteg a réservé. Elle fronce rapidement les sourcils en le voyant. Il est indemne, heureusement, mais il a cette lueur dans le regard qui lui fait à chaque fois craindre le pire. C’est en général dans ce genre de moment qu’il a ses idées les plus farfelues et qui consistent généralement à laisser la cogneuse se charger du sale boulot. Leerire qu’il arbore lorsqu’elle approche la met d’au-tant plus en alerte. Il manigance quelque chose…

- T’as ce qu’il nous faut ? Parfait. J’ai eu vent d’un moyen de partir d’ici en relative sûreté. Un type rassemble et recrute des volontaires pour ficher le camp, direction Dahràm. Peu importe la race. Je pense qu’on devrait les rejoindre, au moins pour le trajet. Hmm.

Il ne faut pas longtemps à la cogneuse pour peser le pour et le contre. Traverser les plaines sombres n’est pas de tout repos, elle en a vécu l’expérience et en garde encore des souvenirs loin d’être agréables. Retourner à Dahràm l’emmerde profondément, elle n’avait pas prévu d’un jour y remettre les pieds, mais elle a de toute façon besoin d’un navire, et ceux du port d’Omyre ne sont pas capables de naviguer en haute mer. D’un côté, une partie non négligeable des malfrats de la ville veulent sa peau, de l’autre, le voyage jusqu’à une autre ville pourrait s’avérer encore plus dangereux, surtout en s’y rendant seule. Elle finit par acquiescer. Les choix étant limités, autant prendre celui qui a le plus de chance d’aboutir en sa faveur. Visiblement ravi de la décision de la cogneuse, el sekteg commande à boire et à manger. Si tout cela n’a rien de très appétissant lorsque ça lui ai mis devant les yeux, loin s’en faut, la jeune femme boit et mange tout de même. Qui sait quand elle aura le droit à un autre repas chaud s’ils se mettent à crapahuter dans les plaines noires d’Omyrhie…

L’ambiance de la taverne est loin de celle qu’elle a pu connaître en furetant de temps à autre dans le secteur. Les visages sont fermés et la relative – et parfois bien courte - bonne humeur a tout bonnement disparu. Partout des regards méfiants et froids, calculateurs et menaçants. Un vrai coupe-gorge comme elle les connaît bien. Même le thorkin semble plus dur, lui d’habitude bien plus courbé et rabaissé. Elle passe rapidement la salle en revue, d’un air nonchalant, terminant sa pinte de cette boisson abjecte qu’ils osent appeler bière et qui ressemble plus à un miasme vaguement alcoolisé. Elle ramène ensuite son regard vers Virek, reprenant leur discussion.

- Le type ? Qui c’est ?

- Un humain. J’ai pas obtenu grand-chose en si peu de temps. Un rescapé de Kochii apparemment, et y’en a pas beaucoup parmi les humains, doit pas être un tendre. Hmm.

Elle fronce le nez, mais n’ajoute rien. Cela ne l’enchante guère. Si un larbin d’Oaxaca est revenu après la défaite pour aussitôt fuir la ville aux mains des anciens lieutenants de la Reine Noire, cela ne va sans doute pas être une bonne nouvelle pour eux. Sois le type est mal vu et ils ont intérêt à filer fissa, soit il veut essayer de récupérer les miettes laissées çà et là et ce genre de vautour n’a guère la confiance de la cogneuse. Elle termine sa pinte avant que le bruit de la porte n’attire son regard qui se durcit aussitôt. Virek jure aussitôt tandis qu’une patrouille complète d’hommes engoncés dans de lourdes armures en métal pénètrent dans la taverne. Un silence de mort règle alors, tous les regards se portant vers la demi-douzaine de nouveaux venus. Celui qui semble être leur chef donne ses ordres et le groupe se déploie, passant entre les tables, bousculant au passage quelques fortes têtes les regardant avec trop d’insistance. LA voix de l’homme resté près de la porte se fait alors entendre. Grave et sombre, elle laisse peu de doutes sur le but de leur présence.

- Nous allons maintenant procéder à un petit nettoyage. Veuillez rester calme et personne ne mourra…

Reniflant dédaigneusement, Eteslë tourne son regard vers Virek qui lui montre une fenêtre ouverte, sur le mur le plus proche. Elle hoche la tête et regard autour d’elle, jaugeant rapidement la situation. Les soldats s’arrêtent à chaque table, comme s’ils cherchaient quelqu’un en particulier. Elle ne compte pas rester sur place pour découvrir la vraie raison de présence et fait un discret signe à Virek qui glisse de son tabouret sans faire de bruit pour se préparer à sortir en vitesse. Eteslë se lève nonchalamment, attirant l’attention des soldats, laissant à Virek l’occasion de filer en douce. Elle fait mine de réinstaller un tabouret alors qu’un des soldats s’approche, menaçant.

- Toi là ! Reste assise ou je te…

Sa phrase est coupée par le tabouret s’écrasant sur son visage découvert à cause de la visière de son casque relevé. Une gerbe de sang suit la chute du soldat qui s’écroule en hurlant, attirant l’attention de toute la taverne. Aussitôt, les autres soldats se ruent vers la cogneuse qui, un sourire mauvais aux lèvres, empoigne la table sur laquelle elle prenait sa bière et l’envoie directement dans leur direction. Surpris, les soldats perdent de précieuses secondes à éviter ou encaisser l’objet, laissant le temps à Virek de filer par la fenêtre, suivi de près par Eteslë qui l’empoigne par le col et, sans se formaliser de ses protestations concernant sa capacité à courir, le hisse sur son épaule comme un sac et file ventre à terre. Elle entend bien la porte de l’auberge s’ouvrir et les gardes se lancer à sa poursuite, mais avec leurs armures, elle est certaine de les distancer sans mal. Omyre aura été un sacré bordel jusqu’au tout dernier moment, elle doit bien l’avouer.

- On peut quitter la ville. Mais par le sacrosaint sceptre de Phaïtos, pose-moi par terre. Hmm

Après s’être assurée d’avoir distancer la patrouille, elle obtempère, non sans garder un air narquois sur le visage face au regard noir de Virek. Sans traîner, les deux compères se dirigent finalement vers les portes de la ville, là où le fameux type est supposé se trouver pour recruter des compagnons pour son voyage. Eteslë n’a nullement l’intention de joindre une quelconque cause, mais la fin justifie les moyens et l’important pour le moment est de ficher le camp et de traverser les terres de l’Omyrhie en relative sécurité. Retourner à Dahràm est une plaie, mais au moins elle peut espérer quitter la région en prenant un bateau, si tant est qu’elle en trouve un. Rien ne semble vouloir lui faciliter la tâche, mais jouer des poings pour obtenir ce qu’elle veut est une option des plus viables, surtout dans la ville portuaire. Et si elle peut régler quelques comptes, elle ne va pas s’en priver.

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