Orphelinat de Kendra Kâr

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Marcy
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Re: Orphelinat de Kendra Kâr

Message par Marcy » mer. 25 mars 2026 20:42

Entre terre et taire

Le repos cette nuit est de courte durée. Marcy se réveille en sueur, le cœur battant à tout rompre. Un cauchemar. Un simple cauchemar, mais beaucoup trop réel. Elle s’est revue courir sur les toits, une inquiétante présence impossible à semer la poursuivant en silence. Malgré la couette qui la recouvre, elle frissonne. Elle ferme les yeux, mais la simple idée de revivre ça la fait se lever en silence. La gorge sèche, elle vide la carafe d’eau présente dans chaque chambre la nuit, avant de décider qu’une petite sortie lui fera du bien. La rouquine s’habille pour ne pas souffrir du vent, frais à cette heure. La jeune fille ouvre sa fenêtre et grimpe à l’extérieur, pour s’installer sur le toit. Là, elle soupire longuement et essaie d’oublier le cauchemar encore bien vivant dans son esprit. Elle se frotte l’œil, la légère marque encore discernable sous la pulpe de ses doigts.

Les minutes passent et son cœur reprend finalement un rythme normal. Elle n’a toujours aucune envie de se rendormir et fixe le ciel un long moment. Jusqu’à ce qu'un raclement n’attire son regard vers le sol. Elle discerne une silhouette qui marche tant bien que mal dans la rue en traînant des pieds. Et en se dirigeant droit sur l’orphelinat. Elle plisse les yeux, incapable de reconnaître la silhouette qui se profile et se rapproche. La tension qui avait finalement quitté ses épaules revient en trombe. L’attaque qu’elle a subie est trop récente. Le cauchemar trop vif. Elle pense immédiatement au pire. Un cambrioleur. Un meurtrier. Une attaque. Elle pourrait réveiller tout le monde, mais elle risque de faire paniquer les enfants et, le temps qu’elle réveille Méli, l’inconnu sera rentré. Non, elle doit agir elle-même. Maintenant. Elle tire sa dague, inspire longuement, accroupie sur le toit. Elle attend que la silhouette soit presque sous elle et se laisse tomber directement sur l’inconnu.

La chute est rude, mais elle cloue le type au sol. Elle se reprend plus vite que lui malgré l’évidente plainte des muscles de ses jambes et le menace de sa dague. Le type grogne. il sent la vinasse bon marché, celle qu’on trouve dans les tavernes mal fréquentées.

« T'as choisi la mauvaise maison sale enf... »

Elle plisse les yeux, suspicieuse, détaillant la silhouette au sol, plus si inconnue que ça, vu de près. La lune se reflète sur sa lame, illuminant un bref instant un visage trop familier.

« Xël ? Qu'est-ce que tu fabriques dehors ? »

L’homme gémit, encore sonné par la chute. Il marmonne quelque chose d’incompréhensible, vaguement lié à de l’argent… puis son regard se pose sur elle. La reconnaissance s’allume, suivie d’un rire soudain, incontrôlé. Marcy se renfrogne aussitôt. Voilà qu’il se paie sa tronche alors qu’elle avait sa lame sous sa gorge. C’est un peu vexant pour la jeune fille, immédiatement agacée en pensant qu’il se moque d’elle.

« Quoi ? y'a quoi de drôle ? »

« J’ai failli me pisser d’ssus… »

Le rire de Xël se prolonge, incontrôlable. Marcy grimace, écœurée, et s’écarte vivement pour éviter qu’il ne se souille vraiment, et elle aussi par la même occasion. Elle plisse le nez, dégoutée.

« T'es saoul ? Tu sens la vinasse bon marché. »

« Ouais. Mais ça doit pas être moi j’ai bu que de la bière. »

Il se redresse tant bien que mal, une main crispée sur ses côtes. Elle remarque le geste et se dit qu’elle a sans doute dû lui faire mal en lui tombant sur la tronche depuis le toit. Marcy hésite, puis lui tend la main. Elle peut bien l’aider, il a l’air dans un sale état. En partie grâce à elle en plus. Comme quoi, elle peut très bien battre un héros. S’il est saoul, ne l’a pas vu et qu’il fait nuit. C’est un début comme un autre. Aussi lui tend-t-elle une main, dans sa grande mansuétude.

« Allez, je vais t'aider, m'sieur le héros qui picole trop. »

Il ne la prend pas. À la place, un nouveau rire lui échappe. Puis, il fait un geste dans sa direction, poussant Marcy à simplement le regarder en se demandant à quel point il est saoul. Puis elle sent ses pieds quitter le sol et comprend immédiatement ce qu’il est en train de faire. Et ça ne l’amuse pas du tout.

« Hè, hè ! c'est pas marrant, repose moi au sol ! tout de suite !»

Elle bat des bras, paniquée, alors qu’elle s’élève lentement, le sol s’éloignant alors qu’elle lévite à près de deux mètres du sol en quelques secondes.

« Tu pensais pas pouvoir t'attaquer à un héros sans subir quelques conséquences non ? »

Sa voix traîne, imbibée d’alcool, alors que la rouquine l’insulte copieusement de tous les noms qu’elle peut trouver. La riposte ne tarde pas. Marcy monte encore… puis bascule, la tête en bas. Elle retient de justesse un hurlement. Vraiment de justesse.

« Je t'en foutrai, du héros ! T’es juste un poivrot ! Fais-moi redescendre !

Elle fouille sa sacoche à la hâte dans l’idée de le menacer, mais elle n’a pas vraiment l’habitude de faire ça la tête en bas. Autant dire qu’elle ne prend pas vraiment en compte la gravité. Une demi-douzaine de lames tombe en cascade de sa sacoche et tintent en touchant le sol, mais elle en attrape deux et le menace avec. Ce qui aurait été plus effrayant sans son visage paniqué et ses jambes battant encore en l’air en vain.

« Fais-moi redescendre ou je te jure que je te troue le gras ! »

Xël rit encore, mais son équilibre vacille. Sa magie tremble avec lui. Soudain, elle chute. Un mètre. Un cri lui échappe. La descente est freinée in extremis par un geste de Xël qui titube de nouveau en se mettant une main devant la bouche. Il lève un doigt, blême, tentant de contenir un haut-le-cœur. Marcy retrouve le sol, tremblante et se dit que rester allongée est une bonne idée alors que sa tête tourne un peu et que le sang reprend sa circulation normale. Elle reste un instant immobile, puis relève la tête, furieuse. Jamais on ne l’a humiliée de la sorte.

« T’es... un sale con. »

« Pas tant que ça je pense. »

Wël laisse échapper un rot discret avant de s’asseoir en se tenant les côtes, non sans recevoir un regard écœuré de la rouquine. Puis, d’un ton qu’elle trouve faussement curieux, il lui demande si elle assure la sécurité des lieux. Marcy renifle avec dédain en ramassant ses kunai. Il continue à se payer sa tête, en plus…

« J'ai l'air d'un garde en faction ? Tu m'as semblé louche et je t'ai pas reconnu, c'est tout.

Il ricane, amusé, et glisse qu’elle est meilleure musicienne que physionomiste, ajoutant qu’elle ferait mieux d’alerter les adultes dans ce genre de situation.

Marcy rosit brièvement face au compliment glissé au milieu du reste, puis se reprend aussitôt. Pas question de lui faire de cadeau, à ce sale con de mage !

« Je suis capable de me débrouiller quand le type en face est pas un sale tricheur de mage. »

Il affirme en être persuadé, avant de pointer l’évidence : ça n’explique pas sa présence dehors à une heure pareille. Il inspire profondément, puis laisse échapper un rot. Marcy marmonne, presque pour elle-même :

« Je dormais plus... »

Et lui fait de même, pour une tout autre raison.

« J’aurais préféré qu’on ne me remarque pas. »

Elle le regarde, puis esquisse un sourire moqueur. S’il ne rebondit pas sur son insomnie, elle, par contre, ne se gêne pas pour se fendre d’une moquerie facile. Et d’une tentative de profiter de la situation. C’est de bonne guerre après ce qu’il lui a fait subir.

« Vu ton tangage et l'odeur, c'était mal parti. Mais je dirais rien... si t'es généreux. »

Il lève les yeux vers le ciel, songeur, et évoque d’un ton distrait la hauteur à laquelle il pourrait encore la faire léviter. La rouquine se renfrogne aussitôt et fait preuve d’autant de mauvaise foi que de prudence, pour une fois.

« C'est bon, je plaisantais... »

Elle le regarde avec méfiance. Juste histoire de s’assurer qu’il ne va pas réellement recommencer. Mais puisqu’il n’a pas l’air de faire de mouvements suspects, elle se détend un peu. Et le rassure. Autant qu’une rouquine agacée peut rassurer un héros connu de tous.

« J'allais pas le dire à Méli, elle se serait inquiétée. »

À ces mots, son attitude change. Il baisse les yeux, plus grave. Il admet que c’est de sa faute, qu’il supporte mal de la voir ainsi… et que c’est pour cela qu’il l’évite. Le silence s’étire. Puis, comme pour détourner la conversation, il lui pose une question inattendue : que ferait-elle avec beaucoup d’argent ? Marcy ricane, incrédule. Tant par la soudaineté que l’improbabilité de cette question surgit de nulle part.

« Tu demandes vraiment ça à l'orpheline sans le sou qui peut même pas s'acheter des habits neufs ? »

Comme il insiste, et qu’elle préfèrerait garder les pieds fermement ancrés au sol, elle hausse les épaules.

« J’en sais rien. Sans doute que j'en donnerai à l'orphelinat et des amis qui en ont besoin. Et je m'achèterai une maison et je ferais en sorte de jamais devoir travailler de ma vie. Ce serait pas mal.

Il réfléchit à voix haute, évoquant l’idée de financer quelque chose d’utile pour la ville, peut-être une école, espérant qu’elle lui suggère une meilleure idée. Marcy l’observe longuement. Un flot d’idées la traverse pêle-mêle. Le genre de réflexion qu’elle s’est faites, seule ou avec des compagnons de rue et d’infortune quand ils refaisaient le monde, du haut de leur dizaine d’années passées à vivre de rien.

« Des dortoirs propres et chauffés. Une cantine même en hiver. Et une école c'est pas mal, si certains veulent vraiment y aller. »

Il acquiesce, pensif, puis envisage une vie plus simple, retirée, loin de tout. Marcy fronce les sourcils. Elle ne sait pas trop s’il se paie sa tête en moquant son petit rêve sans importance ou s’il est sérieux. De toute façon, tout ce questionnement n’a pas de sens, quand on sait que Xël est un mage connu, reconnu et puissant.

« T'es un type puissant, non ? Tu peux faire tout ce que tu veux. Je comprends pas où est le problème. »

Son visage se ferme légèrement. Un sourire triste apparaît. Il explique que ce n’est pas si simple… que les gens ne voient que ce qu’il a sauvé, alors que lui pense surtout à ce qu’il n’a pas réussi à sauver. Sa voix se voile. Il avoue chercher un moyen de se racheter, sans savoir comment. Marcy le fixe, puis roule des yeux, sa voix tranchante et sans appel.

« Bien sûr que ça fonctionne comme ça. Les puissants font ce qu'ils veulent et le reste fait avec. Je suis peut-être jeune et je comprends peut-être pas tout, mais ça m'a l'air d'un bon tas de conneries quand même. Je pense surtout que ça te monte à la tête, moi. En plus de la bière. »

Il rit doucement, essuie ses yeux, puis corrige : il n’a pas seulement sauvé des gens, mais des mondes — excusez-le du peu — Et il ajoute que plus on est puissant, plus les ennemis le sont aussi. Il glisse au passage une pique envers un certain comte Ybellinor… avant de regretter ses propres mots. Marcy hausse les épaules. Ce n’est pas elle qui va se choquer qu’on crache sur des nobles. C’est presque un loisir élevé au rang d’art, parmi la populace la plus pauvre de la capitale.

« Tous les nobles sont des trous du cul. On peut pas avoir autant d'argent et ne pas être péteux. »

Elle le regarde, pragmatique.

« S’il n’est pas si puissant, pourquoi tu le fais pas léviter malencontreusement par une fenêtre, ton comte ? »

Il répond calmement qu’il n’est pas un assassin.

« Tu n'as tué personne pendant la guerre ?

Il soupire, mal à l’aise, et se contente de dire que c’est différent.

Marcy fronce les sourcils, son pragmatisme ne lui permettant pas vraiment de saisir la nuance entre les deux.

« Tu tues dans les deux cas, je vois pas de différence. »

Elle baille, puis le fixe. Elle n’aime pas vraiment le chemin de cette discussion. À vrai dire, elle ne sait même pas pourquoi ils discutent. Mais elle a enfin quelqu’un qui pourrait lui expliquer si ce qu’elle a vécu va la hanter encore longtemps, comme ce soir. Sauf qu’elle n’a que quatorze ans et que la subtilité n’est pas vraiment son fort quand il s’agit d’obtenir des informations sans trop en donner.

« Tu fais des cauchemars, des fois ?»

Surpris, il confirme, avant de lui demander pourquoi. Forcément, il allait demander des précisions. Elle aurait dû s’en douter. La rouquine hésite, puis parle de ces rêves qui ne sont pas vraiment des rêves… plutôt des souvenirs qui reviennent. D’horrible souvenirs beaucoup trop frais dans sa mémoire. Elle ramène ses genoux contre elle dans un geste instinctif pour s’en protéger.

« C'est pour ça que je dors pas... »

Il reformule, cherchant à comprendre. Elle acquiesce vaguement. Il l’observe plus attentivement, puis lui demande ce qu’elle a vu. Elle hésite longuement. Elle n’a pas envie qu’il raconte tout à Méli. Ni même qu’il la juge pour ce qu’il s’est passé. Elle n’est responsable de rien, après tout. Ce n’est pas sa faute si tout a mal tourné.

« Quelqu'un s’est fait tuer et je... j'arrête pas d'y penser. »

Elle enchaîne rapidement :

« Pas un mot à Meli, hein ! Elle serait encore plus sur mon dos. »

Il accepte, proposant un échange de silence. Puis il s’interroge sur les circonstances, demandant où est-ce qu’elle a pu voir quelqu’un mourir devant ses yeux. Elle le fixe, sur la défensive. Comme s’il en demandait beaucoup trop. Instinctivement, elle essaie de se protéger, alors même que c’est elle qui a ouvert la porte de cette discussion.

« Pas dans un quartier pourri, si tu veux tout savoir. Chez les bourges. La milice doit être sur le coup »

Il se rapproche, inquiet, et suppose un cambriolage qui aurait mal tourné. Elle grimace, agacée qu’il pense immédiatement à ça. Comme si c’était la seule explication possible en la voyant. C’est un peu vexant.

« Pas du tout ! Pourquoi tu m'accuse directement ? C'est toujours pareil !»


Elle se lève, prête à partir. Mais il lève les mains, tentant d’apaiser la situation, expliquant qu’il n’accuse pas, mais qu’il connaît ce genre de situations. Elle le fixe, sans trop le croire.

« Pourquoi t'as aussitôt pensé à un cambriolage alors ?

Il admet alors qu’il a eu le même parcours qu’elle autrefois. Avant de devenir un mage connu. Première nouvelle pour la rouquine qui le fixe avec un regard nouveau. Auraient-ils finalement des choses en commun ? Marcy soupire, elle a de toute façon dit trop de choses pour en pas aller jusqu’au bout.

« Donc... oui bon d'accord c'était un cambriolage. On devait choper une boussole. Qu'on a eu. Puis ce type est arrivé. Il nous a attaqué. Et il a tué un des types avec qui j'étais... avant de me poursuivre en ville. C'était terrifiant. Il y avait tellement de sang.... »

Elle frissonne en revoyant l’hémoglobine qui jaillissait de la gorge de Marvin. Xël semble percevoir son trouble et se redresse, plus sérieux. Il tente de la rassurer, affirmant que tant qu’il est là, rien ne peut lui arriver. Marcy recule légèrement, peu convaincue. Il évoque aussi le fait qu’il a financé l’orphelinat pour éviter précisément ce genre de situation, et lui demande pourquoi elle continue. Marcy grimace, pas vraiment appréciative de son jugement sur ses activités, la forçant à justifier ce qu’elle fait. Chose qu’elle déteste faire. Parce que ça sonne toujours un peu faux à ses oreilles, peu importe qu’elle y croie vraiment.

« Et parce que je connais que ça. J'ai pas de talent particulier, je suis pas mage, j'apprends très mal et j'aime pas ça. Et plutôt que m'user dans un boulot merdique, je préfère encore faire ce que je connais. »

Elle a vu les mains calleuses, les dos voûtés et les blessures de ceux qui travaillent pour tout de même vivre dans la misère. Pas elle. Elle s’y refuse fermement. Xël, de son côté, lui conseille de rester discrète quelque temps, au cas où le gardien de la maison serait sur ses traces. La rouquine aurait sûrement préféré que ce soit un gardien. Les choses se seraient sûrement mieux passées.

« C'était pas un gardien... il a tué les gens qui vivaient là aussi. Et je ne suis pas assez bête pour le mener ici... »

Il comprend alors qu’il y a un autre acteur en jeu, plus dangereux. Un silence suit. Il ne propose pas son aide de manière explicite, mais Marcy se dit que, si vraiment les choses en arrivaient là, elle pourrait peut-être ravaler sa fierté et lui demander un coup de main. Après tout, s’il est si puissant que ça, ce sera facile pour lui, non ? Inconscient du cheminement de pensée de la rouquine, Xël souffle qu’ils devraient rentrer avant d’être repérés. Avant de se fendre d’un dernier commentaire.

« Y a sûrement une activité moins dangereuse qui pourrait te plaire. »

« Sans doute, mais j'ai pas encore trouvé. »

Sauf celle, toute nouvelle, de messagère. Mais elle n’est pas certaine que ce soit viable à long terme. Elle essaie, elle verra bien. Plutôt que de passer par la porte, elle grimpe agilement jusqu’à une fenêtre du premier étage, s’y hisse et se retourne vers lui alors qu’il tangue vers la porte d’entrée.

« Essaie de pas te vautrer dans les escaliers. »

Et elle disparaît à l’intérieur, se demandant si ce qu’elle sait de Xël n’est pas seulement la surface de quelqu’un de beaucoup plus complexe qu’elle n’imaginait.

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Re: Orphelinat de Kendra Kâr

Message par Marcy » lun. 6 avr. 2026 14:07

Au matin des non-dits

C’est une Marcy fatiguée qui descend à l’heure du petit déjeuner, le lendemain matin. Sa conversation avec Xël n’a pas aidé la jeune fille à se rendormir. Pire, même, elle l’a ressassée encore et encore. La conclusion est claire : elle en a trop dit. Pourquoi ? Elle n’en sait rien. Un moment de faiblesse ? La fatigue ? le besoin de parler à quelqu’un qui n’est pas proche d’elle ? Un contrat tacite entre deux orphelins ? Un peu tout ça à la fois ou autre chose ? Elle rumine la question la nuit entière et se retrouve de mauvaise humeur, une fois le matin venu. La seule chose dont elle est sûre, c’est qu’elle n’aime pas l’idée de s’être si facilement ouverte à Xël. Aussi va-t-elle l’éviter sciemment durant un temps. Come ce qu’elle aurait dû faire, au lieu d’essayer de sympathiser.

Sa mauvaise humeur se lisant sur son visage, personne ne cherche trop à lui demander quoi que ce soit. Les enfants proches de son âge l’évitent soigneusement et éloignent les plus jeunes, inconscients de ce qui leur tomberait dessus s’ils venaient à énerver la rouquine maussade. Les seuls à ne pas s’en soucier sont Sonia et Gus. Edouard semble l’éviter également, mais Marcy ne le remarque même pas, trop occupé à massacrer sciemment et consciencieusement son petit déjeuner à coup de cuillère mortelle. Autant dire qu’elle n’est pas vraiment très motivée pour le cours qui suit. Méli perçoit très bien l’agacement rapide de la jeune fille, mais ne semble pas être prête à céder au moindre caprice de la rouquine. Et s’il faut parfois un long silence et un regard perçant pour qu’elle se mette au travail, Marcy le fait à chaque fois avec plus ou moins de bonne volonté. Elle a promis d’essayer, après tout. Elle est néanmoins ravie quand Méli termine finalement le cours.

« Bien, ça suffira pour aujourd’hui… Essaie d‘être plus motivée demain. »

Marcy se retient de grommeler une réponse qui n’améliorerait pas vraiment l’ambiance générale et se contente de hocher la tête en rangeant les affaires que Méli lui prête pour ces cours.

« S’il s’est passé quelque chose avec Edouard, tu peux m’en parler, Marcy. »

La rouquine relève la tête, une sincère surprise peinte sur son visage jusque-là renfrogné. Elle a apparemment raté un épisode et Méli aussi, elle-même surprise de la réaction de la rouquine.

« Edouard ? Comment ça ? »

« Vous n’êtes pas en froid ? Ce n’est pas pour ça que tu es de mauvaise humeur aujourd’hui ? »

« Non ! On n’est pas en froid... je crois. »

En tout cas elle n’a pas souvenir d’une dispute. Bon, il était un peu contrarié hier soir, oui. Parce qu’elle a demandé s’il était constipé. Mais c’était une question sincère puisqu’il se dandinait d’un pied sur l’autre. Elle était en droit de s’interroger. Et d’obtenir une réponse. Elle hausse les épaules, sans avoir de vraie réponse à offrir à Méli et refusant de mentionner la conversation avec Xël. Ils se sont promis de taire ce qu’ils se sont dit et elle compte bien tenir ce pacte. Surtout face à Méli. La gérante se fend d’une moue peu convaincue, mais n’en demande pas plus. A la place, elle lui tend une nouvelle enveloppe. Une mission ! Marcy est aussitôt bien plus intéressée que durant le cours.

« Oh, on dirait que ta bonne humeur est de retour… »

La jeune fille se renfrogne immédiatement, tirant un sourire à méli qui lui donne tout de même la lettre. Et, pour poursuivre son cours, lui demande de lire le nom de celui à qui elle est adressée. Une façon comme une autre de lier le deux activités et de constater les progrès en dehors du cours.

« A… Rande ? Jero ? »

« Presque, les lettres ne sont pas muettes pour son nom. »

« Ah ! Har… Harand Geros ? Encore ? »

« Cela pose un souci, Marcy ? je pensais que je pouvais compter sur toi. »

La rouquine pince les lèvres et se contente de hocher la tête. Elle a gardé un mauvais souvenir de sa dernière visite au maître d’armes qui voulait absolument qu’elle participe à une session d’entrainement. Détestant profondément l’idée, la rouquine l’avait envoyé bouler, mais il était tenace et elle est persuadé qu’il ne va pas la laisser filer si facilement, cette fois.

« Bien. Les volontaires sont prêts, j’attends juste qu’il me donne une date et le coût total. Tu lui remets cette lettre, tu prends sa réponse et tu me la ramènes, comme la dernière fois. »

« D’accord… »

« Ne fais pas cette tête, il ne va pas te manger. Allez, file, j’aimerais que ça commence au plus vite, donc ne traîne pas en route, d’accord ? »

Elle acquiesce de nouveau et quitte la pièce, grommelant dès que la porte se referme derrière elle. Elle soupire lourdement. Marcy remonte dans sa chambre pour prendre ses affaires pour aller en ville, déterminée à quand même faire son travail, même si elle n’a aucune envie de revoir le maître d’armes et son comportement pour le moins imprévisible. Reste que, à mesure qu’elle prépare ses affaires, le souvenir de son altercation avec l’étrange majordome prend le pas sur ses appréhensions. Si elle le croise à nouveau, seule, elle n’a pas la moindre chance. Peut-être que ce serait une bonne idée de savoir se défendre. Si nécessité fait loi, l’orgueil pousse quand même la rouquine à ne pas trop s’attarder sur l’idée. Elle est capable de s’entrainer toute seule et de trouver des failles par elle-même.

Mais tandis qu’elle sort dans la rue pour rejoindre le chemin vers l’artère principale, un frisson lui parcoure l’échine. Elle fait volte-face, observant la rue, les quelques passants et les toits avec un souffle devenu soudainement court et un regard craignant la moindre apparition un tant soit peu semblable à la silhouette du majordome. Quand le regard d’un passant lui fait prendre conscience de son comportement étrange, elle se ressaisit d’un coup. Elle inspire sèchement, expire de la même manière et reprend son chemin. Sa main jamais loin de la dague qu’elle porte toujours cachée sur elle.

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