Les égouts

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Yuimen
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Les égouts

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 15:39

Les égouts
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Les égouts de Kendra Kâr sont en fait un immense labyrinthe, le plus souvent mortel. En effet, c’est le repère de différentes organisations secrètes, de clans de Gobelins ou encore de créatures plus ou moins dangereuses.

Quelqu’un d’inexpérimenté s’aventurant en ce lieu risque fort de se perdre et de mourir dans ces souterrains humides, sales et nauséabonds. Autrefois, c’était le lieu où l’on offrait une sépulture aux défunts des guerres, mais plus personne ne vient se recueillir dans ces catacombes.

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Relonor
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Re: Les égouts

Message par Relonor » sam. 11 mai 2019 19:39

Chapitre 22 - Duel d'ombres.
VI.1 Une proposition alléchante


Larz et ses hommes reviennent plus vite que prévu, ou alors ils ont été sacrément efficaces. Cependant aux mines déconfites qu’ils ont affichées en sortant, les choses ne se sont pas si bien passées que cela. Des premières informations, le clan rival qu’ils étaient venus tuer avait déménagé la majorité de leurs affaires et il ne restait qu’une infime partie de leurs hommes. Dans un cas de figure comme celui-ci, faire des prisonniers est de mise. Malheureusement les rares survivants se sont donnés la mort une fois acculés et la magie blanche du magicien n’a rien pu faire.

(Et c’est tant mieux ! Tant que ce nécroman sera en vie je risque gros.)

Depuis Relonor s’est occupé à récupérer de son combat et à préparer le prochain en transférant quelques sorts sur ses protections. L’échec de la mission punitive et l’absence d’information supplémentaire a mis le grand manitou en colère. Seuls ses hommes de mains ont pour le moment l’autorisation de le rencontrer. Tandis qu’il s’entraîne dans l’espace alloué à cette occasion, un homme vient à sa rencontre. Hormis une carrure imposante et des vêtements taillés sur mesures, c’est surtout son visage défiguré par une large brûlure en travers de la figure qui retient l’attention.

(C’est étrange. Je ne l’ai jamais rencontré, mais il me dit pourtant quelque chose !)

"Relonor !" Déclare le mystérieux inconnu. "J’ai pas eu le temps de te féliciter pour la dernière fois ! Tu t’es assez bien débrouillé malgré que Larz t’a envoyé dans un sacré merdier !"

(La dernière fois ? Larz ? Donc cet homme était présent lors du raid, mais…)

"Tu étais un des types en armure c’est ça ?" Comprend enfin Relonor.

"Oui, c’est vrai qu’on ne me remet jamais lorsque je suis en tenue de combat. Moi c’est Brathsis, mais tout le monde me nomme le balafré. J’pense que tu saisis pourquoi !" Se présente-t-il.

"Le balafré ? Ha non, vraiment ça m’échappe !" Ironise lourdement le Shaakt.

"Hahahah, t’es un marrant toi j’t’aime bien !" Ricane la masse de muscles qui lui fait face.

"Et donc, qu’est-ce que ton opinion peut me faire ? C’est pas comme si c’était toi le chef d’équipe non ?" Lance l’elfe noir en reprenant son entrainement.

"Oui, Lars. C’pas un grand causeur et il est clair qu’il t’apprécie pas des masses..." Commence le balafré avant de se faire couper la parole.

"Ha mince alors, je l’avais pas remarqué !" Grogne Relonor.

"Il t’apprécie pas des masses, mais…sur ce coup tu nous as épatés et lui aussi, même s’il ne l’admettra pas. Du moins pour le moment." Termine Brathsis.

La remarque arrête l’elfe dans sa série et le plonge dans sa réflexion.

(Faut-il que je continue de risquer ma vie ainsi pour avoir enfin une once d’éloge ? Il va bien y avoir un moment où la chance va tourner et tant qu’à faire, j’aimerais éviter de recevoir la marque de son respect à mon épitaphe !)

L’homme étant toujours là, Relonor se retourne de nouveau vers lui.

"Tu n’es pas venu uniquement pour cela je présume ?" Demande-t-il.

"T’as tout bon p’tit gars ! Ecoute, j’ai eu vent d’un job. Quelqu’un cherche de quoi assurer sa protection avec des hommes en plus pour un évènement particulier. La mission est assez simple, mais ils offrent une coquette somme ceux qui acceptent le boulot. Par contre faut savoir faire autre chose avec ton aiguille que du tricot !" Décrit l’humain.

"Une coquette somme dis-tu ? Souris le Shaakt dissimulant à peine son plaisir." Et on partirai quand ?

"Pas on, toi ! On m’a déjà assigné une nouvelle tâche à la dernière minute et les autres ne sont pas revenus de mission. C’est pas un traquenard que je te tends, juré !" Promet Brathsis en crachant au sol la main levée. "J’ai l’adresse pour le recrutement. Le reste c’est toi qui vois !"

Relonor scrute son interlocuteur cherchant un détail, un indice sur un éventuel risque encouru. Avaient-ils appris qu’il est le responsable du précédent échec ? Qu’il est la fuite même de l’information et qu’ils cherchent à s’occuper de lui de la pire des manières ? Se serait bien le genre de Larz, mais l’homme face à lui semble véritablement sincère.

(Un butin facile ça se refuse pas !)

"Ok je marche. Donne-moi tous les détails !" Déclare l’elfe noir en tendant la main.

"Héhéhé, je savais que ça te plairait !" Sourit Brathsis en lui serrant la main et lui apposant de l’autre une claque monumentale à vous en faire décrocher les poumons. "L’adresse est sur ce papier, t’as juste à t’y rendre. Sur ce je dois filer !" Finit-il en lui offrant l’information avant de partir.

Chapitre 2 - Recrutement particulier.

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » lun. 22 févr. 2021 17:14

Le domaine Lothandre

Un miasme de pourriture flottait dans l’air moite des égouts. Ulric n’était en général pas très regardant concernant les odeurs (les docks ne sentaient pas la rose non plus, après tout) mais ici, sous terre, la claustration enfermait toutes les odeurs. Décomposition, eaux usées, saleté, sans doute une bête crevée non loin ; tout cela créait un bouquet puissant qui provoqua un haut-le-cœur chez le jeune mage. Ses compagnons, eux, semblaient mieux le supporter : ils devaient avoir l’habitude de passer par les égouts pour se déplacer discrètement en ville.

Mais un problème plus urgent se présentait : ils n’y voyaient rien. Sans doute que sous les rues, un peu de lumière filtrerait des conduits d’évacuations mais, sous le manoir des Lothandres, c’étaient les ténèbres absolues et, comme ils avaient fui dans la précipitation, ils n’avaient pas eu le temps de préparer une lanterne ou une torche pour s’éclairer.

« Putain, on n’y voit rien ! », se plaignit un Furet invisible dans le noir, « Pigeon, tu as pensé à prendre une torche ? »

« Yup. »

« Bien, bien… Tu peux nous allumer ça, ici ? »

Pigeon ne répondit pas, pas en parole du moins, et Ulric l’entendit farfouiller dans sa sacoche. Sans attendre la lumière, Loutre voulut s’enquérir de ce qu’il s’était passé dans le bureau des Lothandres qui avait bien failli faire échouer leur mission.

« Qu’est-ce qu’il s’est passé avec vous deux ? C’était quoi ce carnage ? »

« Un garde nous a surpris alors qu’on venait de trouver le bon doc’. », répondit sobrement Ulric.

Sa voix était faible et sifflotante. Le combat avec le garde, suivi de leur fuite, l’avait laissé épuisé.

« Ouais, un putain de fou furieux de Nosvéris. Je ne sais pas où les aristo’ l’ont trouvé, celui-là. Ecureuil a essayé de l’envoyer au tapis en lui frappant la gorge, mais ça n’a pas marché. Après, il a pété une durite et a essayé de nous broyer le crâne à coups de matraque. J’ai bien cru qu’on allait y passer. »

« Et comment vous l’avez eu ? »

Furet paraissait lui aussi curieux de connaitre les détails, à présent.

« Je n’ai pas trop compris… Ecu’ a fait un truc de magie de noire et, d’un coup, il n’y avait plus de lumière. Noir total. Le garde s’est mis à frapper dans le vide, et on l’a assommé. Ah, je l’ai ! »

Immédiatement après qu’il eu terminé sa phrase, une étincelle jaillit, éclairant le tunnel dans lequel ils se trouvaient. Il était étroit, coupé en son centre par un canal charriant un filet d’eau usée. Les murs de pierre grise étaient recouverts, ça et là, de mousse verte. Ailleurs, une flèche tracée à la craie, à peine visible à présent, avait dû être laissée là par un vagabond qui avait peur de se perdre. La soudaine lumière, bien que faible, souleva quelques couinements de vermine.

La torche ne prit pas tout de suite et Pigeon produisit une nouvelle étincelle qui vint éclairer le visage de Furet.

« De la magie noire ? »

Le voleur semblât un instant intimidé à l’idée d’avoir côtoyé quelqu’un portant pareille magie, avant de rapidement reprendre ses moyens.

« Bon, je suis un voleur, je ne vais pas faire la vierge effarouchée… Et puis, tu as peut-être sauvé un de mes associés et amis… et un job profitable. Alors, ce n’est pas grave ! »

Une nouvelle étincelle, et la torche s’embrasa. Pigeon rangea son briquet, et se redressa, torche à la main. Ils avaient maintenant une meilleure vue de leurs alentours. Le tunnel étroit donnait devant eux sur un autre, plus large, qui devait se trouver sous une rue. Derrière eux, il se perdait dans les ombres. Quelques rats fuirent la lumière dans un concert de couinement qui s’éteignit bientôt, laissant place au son de l’eau qui ruisselle dans les canaux, ou qui s’égouttait lentement de la voute.

Furet regarda Ulric avec un grand sourire, et lui tendit la main.

« D’ailleurs, je serais heureux de te compter toi aussi parmi mes associés réguliers. »

Le jeune mage était tenté d’accepter. La petite bande du sinari pourrait remplacer, du moins en partie, le réseau et la protection qu’il avait perdu en trahissant son dernier clan, mais il ne le connaissait que depuis récemment. Pourrait-il lui faire confiance ? N’était-ce pas là juste une ruse pour l’amadouer avant de se débarrasser de lui, sans avoir à le payer ?

« Avant qu’on ne parle de future collaboration, tu m’avais promis une part pour cette mission. »

« Oui, bien sûr. Mais il faut d’abord que je porte le doc’ à mon contact. Je vous retrouve tous les trois ce soir aux Set Sabres, et on se partagera la paye là. »

« Qu’est-ce qui me garantit que tu seras là ? »

« Tu ne me fais pas confiance ? »

Le voleur semblait sincèrement vexé.

« On se connait depuis deux jours. Et tu connais le milieu. »

Furet sembla pensif, un moment, avant de reprendre la parole.


« Tu as raison, il faut être prudent, dans nos affaires. Et, tu vois, je pense vraiment que tu peux être un associé de valeur, alors je vais te donner ça comme première moitié de ta part. »

Le petit homme fouilla alors dans une poche cachée de son manteau, et en sorti une petite bourse qu’il tendit à Ulric.

« Je n’ai pas de yus sur moi, pour l’instant, mais ça devrait t’intéresser. »

Ulric ouvrit la bourse. A l’intérieur, deux petites pierres. Elles étaient rondes et lisses, à l’exception des symboles anguleux gravés dedans. Elles ne semblaient pas avoir particulièrement de valeur. Est-ce qu’il se foutait de sa gueule, à vouloir le payer en cailloux ?

« Juste des pierres ? Tu te f… ! »

L’apprenti mage ne parvenait pas à dissimuler la colère dans sa voix.

« Non, non, du tout. Ce sont des runes ! Ce sont des symboles magiques. Comme tu fais de la magie, je me suis dit que ça t’intéresserait. »

Il semblait sincère dans ses paroles. Pas un petit sourire en coin, pas une once de cynisme dans sa voix. Ulric se calma, et la curiosité remplaça rapidement la colère.

« Des runes ? Comment on s’en sert ? »

« Je… euh… ne sais pas. Il faudra demander à un mage en ville de les identifier et de te l’expliquer. Je suis voleur, pas enchanteur. Et, tu vois, je suis de bonne foi avec toi ! »

Le petit homme avait raison sur un point, les petites pierres gravées l’intéressaient bel et bien, à présent qu’il en savait un peu plus.

« C’est vrai… Merci. », s’arracha le jeune mage.

« On se retrouve aux sept sabres, alors ? »

« Oui, c’est ça ! Tu auras le reste de ta part, en plus de ça. »

Une bonne nouvelle, il aurait bien besoin de quelques yus. Et il pourrait s’acheter des fluides supplémentaires ! Si seulement il savait où chercher. Durant son temps avec les contrebandiers, Ulric avait appris qu'un petit groupe vendait des fluides obscurs, dans les docks, mais il ne l'avait jamais rencontré lui même, ni ne savait où le trouver. Peut-être que Furet saurait, lui?

« Furet, c’est toi qui planifies les actions de ta bande. Tu dois avoir des contactes avec la pègre de la ville. »

« Eh bien… Oui. Pourquoi ? »

« Je sais qu’il y a quelqu’un dans les docks qui vend du matériel utile à un mage comme moi, mais je ne sais pas où il se cache. »

« Oui, je vois de qui tu parles… », répondit Furet, pensif, « Mais je ne sais pas où il se trouve non plus. Je peux demander à certain de mes contacts, ils sauront peut-être… Je te dirais si j’ai des infos quand je te retrouve aux Sept Sabres. »

« Dites, on peut démarrer ou on doit vous préparer la popote ? », les coupa Loutre.

Les deux autres voleurs, qui s’étaient tus durant tout ce temps, semblaient impatients.

« Tu as raison, il faut qu’on file. C’est dangereux ici. »

« Qu’y a-t-il a de si dangereux ? », demanda Ulric.

Le groupe se mit en route et descendit vers le tunnel plus large. Il était similaire au précédent, si ce n’est que le canal y était bien plus large et chargé d’immondices. Des ouvertures perçaient les murs à intervalles réguliers et y déversaient lentement d’avantage d’eau usée.

« Plein de trucs. Tous les tordus dont on ne veut même pas dans les docks se retrouvent ici. Il y aussi plein de rats, des gobelins, et il parait même que certains tunnels sont hantés ! »

« On continue par où ? », demanda Loutre.

« On a qu’à suivre le courant, toute cette eau doit finir dans le port. »

« Non, ça reviendrait à traverser la moitié de la ville. On a qu’à trouver une bouche d’égout. Il doit encore faire nuit, pour un moment. On devrait pouvoir sortir sans attirer l’attention. »

C’était sans doute le mieux, en effet. Et plus sûr, pour Ulric. S’il sortait dans le port, il devrait retraverser les docks. Bien que le jeune mage devrait bien y retourner pour chercher les fluides dont il avait besoin, il redoutait le moment où il devrait y remettre les pieds et risquer de retomber sur un de ses anciens compagnons.

« Oui, ça me semble être le plus simple. »

Ulric acquiesça, avant de demander :

« Tu disais que certains tunnels sont hantés. Comment ça ? »

« Quand le roi a ordonné de construire ces égouts, ils ont utilisé les anciennes catacombes de la ville comme base. Ils ont viré les vieux os, creusés quelques nouveaux tunnels… Il parait qu’il reste certaines sections des catacombes encore intactes, mais condamnées, et que les morts dedans n’ont pas apprécié qu’on change leur lieu de repos en égouts… Ce que je peux comprendre ! Mais je ne préfèrerais pas en croiser. »

Des morts-vivants ? Ça pourrait être intéressant, surtout que ces créatures sont liées à la magie d’ombre, de ce qu’en savait Ulric. Il pourrait peut-être en apprendre d'avantage sur ses fluides, s'il pouvait en observer un.

« Tu sais où sont ces sections ? »

« Attends, je te dis qu’il y a des squelettes en colère qui se promènent dans le coin, et tu veux aller les voir ? C’est ça ? », demanda un Furet dépité.

« Oui. »

« Et pourquoi ça ? »

« Par curiosité. Ça me suffit, comme raison. »

« Tu sais qu’ils ne sont pas amicaux ? »

« Je sais me défendre. »

« Hum… Ouais, sans doute. Mais non, je ne sais pas où les trouver. Je t’attends ce soir, ou tu préfères rester ici avec les rats et les squelettes ? »

« Je serais là, ne t’inquiète pas. Mais je crois que je reviendrais pour explorer les lieux. »

« Si tu veux… Mais ne te fais pas tuer. Je te l'ai dit, j'aimerais t'avoir comme associé. On a pas de mage, dans la bande.»

Le petit groupe continua d’avancer dans le tunnel. Pigeon, en tête, éloignait la vermine grâce à sa torche. Soudain, ils aperçurent une échelle de fer fixée au mur. Elle menait à une trappe ronde, qui donnait sans aucun doute sur la rue. Aucune lumière ne perçait, signe que le soleil ne s’était pas encore levé.

« Bien, bien. Je crois qu’on va se séparer dans un instant. Pigeon, tu me donnes le doc’ ? »

Le voleur trapu fouilla dans sa sacoche et en sorti la vieille farde dans lequel il avait précieusement placé l’acte de propriété, dérobé aux Lothandres. Ensuite, il la tendit à Furet.

« Voilà. »

Furet s’en saisit d’un mouvement vif.

« Merci. Je vais porter ça et je vous trouve ce soir pour partager la prime ! », déclara-t-il d’un air enjoué et satisfait.

Il ouvrit la marche et montât à l’échelle, soulevant la trappe d’abord avec prudence, puis la rejetant complètement, lorsqu’il vit que la rue était libre. Ulric et Loutre le suivirent, et Pigeon ferma la marche, après avoir jeté sa torche dans le canal.

Vers les rues

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » sam. 6 mars 2021 22:18

Le port

Ulric avait pensé qu’il pourrait entrer dans les égouts depuis le port, en passant par l’un des conduits d’évacuation qui déversaient les eaux usées de la ville dans la mer pour engrosser les poissons. Cependant, les quelques conduits qu’il avait trouvés sous les quais étaient difficiles d’accès, et il aurait dû faire trempette dans une eau verdâtre peu ragoutante pour les atteindre. La plupart étaient également trop étroits pour laisser passer un homme, ou fermé par des grilles de fer bien trop épaisses que pour espérer les déloger. Les architectes du roi avaient dû porter un soin tout particulier à ce que les égouts ne puissent servir de voie facile dans la cité pour des espions ennemis.

Le jeune mage finit cependant par trouver une trappe plus classique un peu plus loin dans le port, similaire à celles qu’on pouvait trouver dans l’enceinte de la ville. Après s’être assuré que personne ne l’épiait, il souleva la trappe et laissa tomber son sac dedans. Alors que son vieux sac heurta le sol d’un bruis mât (il ne contenait pas grand-chose, de toute façon), il descendit l’échelle de fer enfoncée dans la paroi, après un dernier coup d’œil aux alentours.

L’odeur en bas était absolument immonde, mélange de pourriture et d’excréments, mais il fallait s’y attendre. Son nez s’y ferait vite. Enfin, c’est du moins ce qu’il espérait.

Réprimant difficilement un haut le cœur, Ulric posa un genou en terre et sorti une de ses torches neuves, soigneusement emballées dans son sac, ainsi que son briquet. Une moue de dégoût toujours sur le visage, il produisit un premier jet d’étincelles pour tenter de l’allumer, puis un second. A la troisième tentative, la torche s’embrasa enfin. Le jeune homme se redressa et récupéra son sac, avant de refermer la trappe qu’il avait laissée ouverte pour profiter de la maigre lumière des étoiles.

L’apprenti scotomancien brandit sa torche aussi haut qu’il le pouvait, c’est-à-dire un peu au-dessus du niveau de sa tête, afin de pouvoir observer le tunnel dans lequel il se trouvait. Il était large et surmonté d’une voûte basse, faite de blocs de pierre grise et de mortier de la même couleur. Un canal courrait au milieu, entre deux allées étroites, charriant une eau à la couleur indéfinissable, mosaïque de brun et de vert. Derrière lui, le tunnel se terminait en cul-de-sac, sans issue à l’exception de trois conduits circulaires, fermés par des grilles, qui drainaient l’eau du canal, sans doute pour la déverser dans la mer. Devant-lui, la voûte se prolongeait en ligne droite, jusqu’à se perdre dans les ombres.

Le tunnel semblait être une construction relativement récente, car la pierre ne montrait pas encore de signe d’érosion. Il avait sans aucun doute été creusé lorsque les anciennes cryptes avaient été vidées et changées en égouts, afin d’amener les eaux usées hors de la ville. Ulric devrait sans doute explorer ces souterrains un bon moment pour espérer découvrir une galerie plus ancienne.

Furet lui avait raconté qu’on pouvait encore trouver certaines sections des cryptes encore intactes, et que les morts qui s’y reposaient jusqu’alors se relevaient, mécontents d’être cernés d’égouts, afin de les hanter. Et Ulric avait la ferme intention de les trouver !

Il n’avait encore jamais vu de mort-vivant, même de loin, mais il savait que ces créatures étaient généralement associées à la magie de l’ombre. Peut-être que les observer pourrait lui apprendre quelque chose sur ses fluides. Et puis, même sans cette excuse, sa curiosité à elle seule l’aurait quand même poussé à venir ici. Qui ne voudrait pas visiter un lieu hanté au moins une fois dans sa vie ?

Le jeune mage se mit en marche, mêlant le bruit de ses pas aux sons aqueux des gouttelettes tombant de la voûte et de l’eau immonde ruisselant lentement. Le sol de pierre de l’allée était humide, ainsi fit-il attention à ne pas glisser dans la fange. Ce serait un coup à choper une douzaine de maladies en même temps, ça.

Il marcha quelques minutes, torche à la main, dans le tunnel qui continuait de filer tout droit de façon plutôt monotone. La lumière révélait régulièrement des rats en avançant, en général plutôt gros et bien dodus, mais ceux-ci fuyaient en glapissant à l’approche du jeune homme. La bonne nouvelle, c’est que sous l’assaut répétitif de la puanteur des lieux, son nez avait décidé de cesser de fonctionner.

La flamme dansant au bout de sa torche révéla bientôt la fin du tunnel : une épaisse grille barrait la route, mais un passage avait été scié dans celle-ci. Ulric remercia intérieurement l’énergumène qui avait dû passer des heures à s’acharner sur les épais barreaux de fer. Le passage était étroit, mais assez large pour passer de biais. De l’autre côté de la grille, il pouvait apercevoir une sorte de carrefour entre plusieurs tunnels.

Ulric passa d’abord le bras tenant la torche par l’ouverture, avant de se faufiler en crabe. Une mèche de ses cheveux se prit cependant dans un des barreaux tronqués. Il tira d’un coup sec, non sans s’arracher un « Aïe ! » étouffé.

Il se trouvait à présent dans une salle circulaire. Le centre était occupé par un bassin qui recueillait l’eau provenant des trois nouveaux tunnels qui s’ouvraient devant lui, avant d’être drainée par celui dont il venait.

L’apprenti mage se demanda par où continuer : comme le tunnel derrière lui captait l’eau de la ville pour la jeter dans la mer, il devait courir selon un axe Nord-Sud. Il ignorait où il aurait le plus de chance de tomber sur les anciennes cryptes, Furet ne l’avait pas précisé, mais il vaudrait certainement mieux continuer vers le nord, en espérant arriver sous le centre-ville. De là, il pourrait continuer ses recherches dans n’importe quelle direction.
Modifié en dernier par Ulric le ven. 18 juin 2021 17:41, modifié 1 fois.

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » ven. 12 mars 2021 16:28

Là où le premier tunnel qu’il avait emprunté était rectiligne et monotone, le réseau qui se dessina après qu’il eut franchi la grille était bien plus labyrinthique. Les tunnels partaient dans tous les sens, se croisant fréquemment dans des sortes de carrefours nauséabonds. Ils étaient bien plus variés en forme et en taille, également. Certains étaient larges et voûtés, similaires au premier, d’autres étaient plus étroits, parfois circulaires, parfois effilés et anguleux. Ce labyrinthe devait suivre le réseau des rues et ruelles qui se trouvait juste au-dessus de la tête d’Ulric, mais il était bien plus difficile de s’y repérer. Ainsi, l’apprenti mage continua vers ce qu’il pensait être le nord.

Il cherchait du regard des signes d’une construction plus ancienne : une maçonnerie usée par le temps, un tunnel à l’apparence plus brut, creusé à même la roche, ou juste des signes d’érosion plus avancée. N’importe quoi qui pourrait suggérer la proximité de l’ancien réseau de catacombes. Malheureusement pour lui, aucun détail particulier ne retint son regard.

(Où peuvent bien se cacher ces foutues cryptes ?)

Le jeune mage commençait à se montrer impatient de trouver quelque chose d’intéressant. Il refusait d’être allé se promener dans les égouts pour, finalement, revenir bredouille. En réfléchissant un peu, il devrait pouvoir déterminer les directions les plus probable. Le temple de Phaïtos était à l’extrême Nord-Ouest de la ville. S’il y avait des catacombes, ce serait bien là en dessous. Il n’aurait qu’à continuer sur sa lancée vers le nord, puis virer sur sa gauche quand le réseau de tunnels commencerait à prendre fin.

Soudain, alors qu’il s’engageait dans un tunnel étroit, des bruits de pas tirèrent le jeune homme de ses réflexions. Tous ses sens se mirent en alerte pour tenter d’identifier l’origine du bruit. Il semblait que plusieurs personnes marchaient quelque part devant lui, et leurs pas semblaient approcher. Il entendit des voix échanger des murmures. Elles étaient haut perchées et étrangement nasales, mais la distance et la réverbération les rendaient impossibles à comprendre.

Bientôt, il lui sembla voir une lueur se dessiner de l’autre côté du tunnel. Ces gens qui venaient étaient-ils dangereux ? Ulric avait l’habitude de côtoyer des gens louches, et peut-être pourrait-il les convaincre qu’il ne cherchait pas d’ennuis avec eux, mais il était justement aussi assez bien placé pour savoir que des gens se terrant dans ces tunnels tenaient probablement au secret et à la discrétion plus que tout, et n’auraient pas grand-chose à faire de ses belles paroles.

Il préféra donc faire demi-tour d’une volte rapide, et trotta aussi rapidement qu’il le pouvait sans risquer de glisser sur le sol humide. Il déboucha sur le dernier croisement qu’il avait emprunté, une petite salle ronde où se rejoignaient quatre tunnels pour former une croix. De là, il s’engouffra sur le tunnel sur sa gauche, en espérant que ce n’était pas sur le chemin des inconnus.

Il se tapit contre le mur, tentant de se faire le plus discret possible en attendant le passage de cette menace potentielle, mais il avait un problème : sa torche ! L’obscurité et sa cape elfique le dissimulerait sans mal, mais cela ne servirait à rien si la lumière de la flammèche donnait sa position.

Il jeta sa torche au sol et l’écrasa du pied, espérant pouvoir la rallumer juste après. Ensuite, il se tint silencieux et guetta l’approche des pas.

La lueur qu’il avait aperçu plus tôt réapparu et révéla plusieurs silhouettes d’humanoïdes aux oreilles pointues. Ils étaient pourtant bien trop petits pour être des elfes, ou même des humains. Une voix nasillarde s’enthousiasmait de bientôt pouvoir profiter d’une « bonne soupe de rats avec des oignons et des bouts de doigts ». Ulric avait du mal à distinguer leurs traits à cause de la faible lumière projetée par la lanterne que portait l’une des silhouettes au bout d’une perche, mais les inconnus semblaient… verts ?

(Des gobelins ? Sous Kendra Kâr ?!)

L’apprenti mage avait l’habitude d’entendre parler de groupes de pilleurs orcs ou gobelins quand il vivait encore à Luminion, bien qu’il n’en eût jamais vu de ses propres yeux, mais jamais il n’avait imaginé que certains pouvaient se cacher dans les égouts de la Cité Blanche. Les questions fusaient dans son esprit. Les autorités étaient-elles au courant ? Etaient-ils là depuis longtemps ? Etaient-ils des espions d’Omyre, prêt à sortir pour ouvrir les portes de la ville à chaque instant ?

Toujours tapis contre la paroi du tunnel, il tenta de les détailler davantage. Il compta cinq créatures, mais il était difficile d’en être sûr dû à l’obscurité ambiante et l’exiguïté des lieux. Elles semblaient assez pauvrement vêtues, sans armure discernable bien qu’elles semblassent porter des armes à la ceinture. Ça ne ressemblait pas vraiment à l’image qu’Ulric se faisait de troupes d’Oaxaca. Peut-être juste un petit clan qui avait trouvé refuge dans ces souterrains, alors ?

Heureusement, les gobelins continuèrent leur chemin et s’enfoncèrent dans le tunnel droit devant eux. La lueur de leur lanterne diminua jusqu’à disparaitre complètement.

Ulric laissa échapper un soupir de soulagement. Les créatures avaient l’air d’être de piètres combattants, mais il n’était lui-même guère mieux, bien qu'il ne l'admettrait jamais à voix haute. A cinq contre un, les gobelins auraient facilement eu le dessus s’ils avaient voulu lui chercher des noises.

(Quand je maitriserais mieux ma magie, ils pourront être une centaine, ce ne sera pas un souci.)

Un futur hypothétique qui faisait rêver mais, pour l’instant, il valait mieux être prudent.

L’apprenti mage s’agenouilla pour retrouver sa torche au toucher, maintenant qu’il était dans le noir presque total. Après avoir tâtonné un moment, sa main rencontra la texture rugueuse du bois, et il ressorti son briquet, toujours à l’aveuglette. Parfois, ne pas posséder grand-chose avait du bon, car il n’eut pas de mal à le trouver.

Il tenta de la rallumer, projetant une volée d’étincelles après l’autre, éclairant brièvement le tunnel humide et sale. Il semblait qu’il l’ait piétinée avec un peu trop d’entrain, cependant, car elle refusait de reprendre. Il la jeta au loin de frustration, et le bout de bois à présent inutile émit un "plouf" sonore dans le noir, quand il tomba dans une masse d'eau sale. Ensuite, il se résolu à en allumer une autre.

Il se redressa, sa nouvelle torche en main. Il allait pouvoir reprendre son exploration, en espérant ne pas tomber sur d’autres gobelins.
Modifié en dernier par Ulric le ven. 18 juin 2021 17:52, modifié 1 fois.

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » sam. 27 mars 2021 15:15

Alors qu’il se redressait, le retour de la lumière sembla provoquer une cacophonie de couinements suraigus. Un nombre incalculable de petites pattes griffues grincèrent sur le sol, alors qu’une horde de rats jusque-là dissimulée par l’obscurité fuyait l’apprenti mage.

Ulric avait déjà croisé des dizaines de ces rongeurs depuis qu’il était entré dans les égouts, et rarement avait-il traversé un tunnel sans quelques-uns d’entre eux, mais ceux-ci formaient un véritable tapis mouvant de fourrure noire et de queues annelées.

Etaient-ils déjà là quand il était entré dans le tunnel, et il ne les avait pas vu, tout absorbé par les gobelins qu’il était ? Ou étaient-ils arrivés discrètement après qu’il eut éteint sa torche ?

Quoi qu’il en soit, le jeune mage se demanda ce qui pouvait bien causer une telle concentration de rats. Il agita sa torche devant lui, et les rongeurs battirent en retraite dans le fond encore inexploré du tunnel. Il ignorait si c’était la lumière qui attaquait leurs yeux habitués aux ténèbres ou le feu qui les effrayait, mais il semblait qu’il pourrait se frayer un chemin au milieu de la masse grouillante.

Ulric avança donc, repoussant la masse de petits corps couinant devant lui. L’origine de la horde n’avait de toute évidence aucun rapport avec ce pour quoi il était venu ici de base, mais il pouvait bien résoudre ce petit mystère vite fait avant de reprendre son exploration.

Au fur et à mesure qu’il avançait, l’odeur qui régnait dans le tunnel s’empira, à tel point que son nez, qu’il pensait pratiquement anesthésié après une longue marche dans les égouts, recommença à protester.
Crottes, fourrure salle… En plus, bien sûr, de l’odeur de merde et de saleté omniprésente, mais il y avait quelque chose de plus. Un miasme bien plus puissant et profondément écœurant. Sans doute que l’odeur à elle seule aurait dissuadé la plupart des gens de faire un pas de plus, mais, pour Ulric, le besoin maladif de savoir ce qu’il avait bien pu trouver outrepassait son dégout.

La lumière dansante avançait progressivement, révélant petit à petit plus du tunnel infesté de vermine. Les bestioles pouilleuses couinaient en protestation, outrée qu’un intrus ose pénétrer dans leur domaine. Elles étaient moins promptes à fuir, à présent, et semblaient presque vouloir défendre ce qui pouvait bien se cacher un peu plus loin, dans le noir. Pas que quelques rats allaient effrayer Ulric. Un bon coup de botte, et il se débarrasserai de tout rongeur un peu trop téméraire.

Soudain, la torche de l’apprenti mage révéla enfin ce qui avait attiré cette horde de rats, ainsi que ce qui empestait autant. Tellement, d’ailleurs, qu’il ne put s’empêcher de vomir, cette fois-ci.

Il s’appuya un instant d’une main contre la paroi du tunnel, pendant que son corps était pris d’un spasme de dégout. Il reposa ensuite le regard sur sa macabre trouvaille : un véritable petit charnier était dissimulé ici. Une douzaine de corps étaient empilés les uns sur les autres. Des hommes, pour la plupart, bien que ce fût dur à dire. Ils n’avaient pas l’air anciens, deux ou trois jours, pas plus. Sans doute qu’une bande se terrant dans les égouts s’était récemment débarrassé de quelques rivaux. Ou étaient-ce des victimes des gobelins aperçus plus tôt ?

Peu importe qui les avait abandonnés là, car les déchets d’un sont le trésor d’un autre. Les rats s’étaient fait un véritable festin du charnier : ils semblaient déjà avoir ripaillé des yeux, boulotté les doigts des victimes, mordu ici et là dans la chaire molle. Les sales bêtes infestaient les corps, se dressant sur leur garde-manger comme pour en interdire l’accès à Ulric, comme s’il allait y toucher !

(Merde, pas étonnant que ces cons soient aussi gros !)

Ulric cracha un glaviot au goût de bile. Ce n’était pas le moment de jouer les délicats. Il était venu ici dans l’espoir de pouvoir observer des morts-vivants. S’il se mettait à gerber dès qu’il voyait des corps inanimés, quand serait-il s’il tombait nez à nez avec des cadavres ambulants ? Il ne pouvait pas se permettre d’être subitement pris de faiblesse alors qu’il était seul dans les égouts, s’il venait à être poursuivi par un trépassé.

Il contempla le spectacle macabre qui s’offrait à lui, attendant que son corps ne se calme. La nausée était passée mais, en revanche, les rats ne semblaient pas apprécier qu’il se tienne debout devant leur trésor morbide, et émirent une cacophonie suraigüe de protestations.

Il n’y aurait sans doute rien de plus à voir ici. Ulric s’apprêta à faire demi-tour et reprendre sa recherche des anciennes catacombes quand il crut apercevoir un visage dans le noir, derrière la horde de rats. Ou plutôt, il lui semblait voir deux rangées de dents démesurées formant un grand sourire malsain, juste en dessous d’une paire de petits yeux vicieux et sombres dont il devinait à peine l’éclat.

Quel genre de taré pouvait bien se cacher derrière un charnier dans les égouts, et tellement apprécier l’endroit qu’il en souriait de toutes ses dents ? Une autre sorte de gobelin ? Si c'était le cas, il pourrait s'en occuper, comme il ne voyait qu'une seule créature. Il jeta tout de même un coup d'œil aux alentours, attentif à tout signe d'une embuscade, sans rien voir, si ce n'est la horde de rats. Rassuré, il interpella ce qu'il pensait être un gobelin:

« Je t’ai vu, crétin. Sorts de ta cachette. »

Le visage s’avança, souriant toujours autant, alors que les couinements des rats redoublaient d’intensité. Une fois qu’il fut assez proche, Ulric découvrit non pas un gobelin, mais un immonde rat géant, à la gueule dépourvue de lèvres. Des gencives rouge sang laissaient dépasser de grandes dents jaunies, donnant l’impression que la créature souriait comme un dément. Une fourrure noire drue et pleine de crasse recouvrait son dos voûté. Des oreilles rondes, bougeant nerveusement de gauche à droite en quête du moindre son, et une longue queue annelée marquait sa parenté avec les rongeurs qui grouillaient sur le sol. Elle était bien aussi grosse qu’un chien et, à vrai dire, évoquant une sorte d’amalgame entre cet animal, un rongeur et un rat-taupe.

(Putain, mais quelle horreur ! Une saleté de ratissa !), pensa Ulric, révolté par la vue de cette monstruosité.

La créature bondit d’un mouvement nerveux pour venir se poster au sommet du charnier. Les rats acclamèrent la venue du champion de leur sale race en poussant une nouvelle volée de cris perçants. Le monstre posa ses petits yeux vicieux sur Ulric, en faisant claquer ses dents. Ulric ignorait ce que cela signifiait, mais il avait la désagréable impression que c’était la façon par laquelle le ratissa indiquait à ses cousins pouilleux que le prochain festin venait d’arriver.

L’animal mettait Ulric profondément mal à l’aise. Sans doute que ses grandes dents réveillaient une peur instinctive de la prédation, profondément enfouie en chaque mortel.

(Ce n’est qu’un animal, tu ne vas pas te laisser intimider par ça, quand même !)

Si les rats voulaient de la chaire fraiche, il leur servirait du ratissa crevé ! Le jeune mage tendit sa torche devant lui, misant sur la crainte des bêtes envers le feu pour le tenir à distance. Il canalisa ses fluides dans sa main libre, et la puissance magique picota sous sa peau et au bout de ses doigts. Il tendit le bras vers la créature et s’apprêta à déchainer un souffle de Thimoros mais, au même moment, le ratissa fit un nouveau bond d’une agilité surprenante, la gueule grande ouverte et prêt à mordre. Ulric avorta son sort et tenta d’esquiver la bête d’un pas sur le côté. Il parvint à éviter sa gueule de justesse, mais ses pattes griffues et dépourvues de poil s’agrippèrent à son bras, lacérant sa tunique et la peau en dessous.

(Merde, c’était une tunique neuve !), se plaignit intérieur Ulric, avec un sens des priorités discutable.

A présent, le mariage d’un clébard et d’un rat-taupe pendait à son bras, au bout de ses pattes courtes et sales, ouvrant et fermant la mâchoire de façon frénétique, espérant attraper un bout de chaire sanguinolente. Certains des rats, engaillardis par l’assaut de leur champion, décidèrent de passer à l’attaque, bien que l’immense majorité se contentait d’observer le combat en prenant soin de rester à distance de la torche.

Un rongeur trotta vers les pieds d’Ulric pour le mordre, mais fut prestement éjecté d’un coup de botte. Le ratissa, lui, tentait de raffermir sa prise pour pouvoir monter sur le corps du mage.

Ulric fit un large mouvement latéral de son bras afin de frapper le ratissa contre la paroi du tunnel, espérant que cela suffise à le faire lâcher prise. L’animal frappa la roche avec un couinement de douleur et l’apprenti mage sentit ses griffes quitter sa peau, avant qu’il ne retombe au sol.

Alors que le ratissa se remettait sur ses pattes, sa détermination intacte, Ulric en profita pour foudroyer l’animal d’un souffle de Thimoros le plus rapidement possible. Un éclair d’énergie noire jailli de sa main et assombrit le tunnel pourtant déjà bien obscur l’espace d’un court instant. Les fluides vinrent frapper la bête, provoquant une série de « Couic ! Couic ! » paniqués. Une touffe de poil se détacha de la peau de son flanc, à l’endroit où le sort l’avait frappé, bien qu’Ulric eût du mal à jauger s’il avait fait beaucoup de dégâts.

Le sort semblait avoir momentanément ébranlé le « courage » du ratissa (si on pouvait qualifier ainsi les instincts prédateurs de l’animal). Le rat géant sauta d’un bond adroit pour se mettre hors de portée d’Ulric. L’apprenti mage tenta de le frapper de sa torche en plein sot mais, trop lent pour la créature, la flamme ne fit que décrire un arc dans le vide en crépitant.

Une nouvelle série de sots nerveux porta le ratissa sur le flanc d’Ulric. L’obscurité et la masse grouillante de fourrures grises et noires le rendait dur à suivre, et le jeune homme le perdit de vue. Soit le bête avait fui, soit elle allait lui sauter dans le dos dans un instant. Cette dernière hypothèse semblant bien plus probable, il se retourna, paré à intercepter l’attaque du ratissa. Il avait vu juste, car il devina bientôt le sourire malsain de la créature dans le noir.

Le combat avec cette sale bête avait assez duré. Il n’était pas né avec le pouvoir de commander aux ombres pour être tenu en respect par un rongeur puant, aussi gros soit-il. Il canalisa ses fluides pour un nouveau souffle de Thimoros pour achever la créature. Il sentit leur puissance ramper sous sa peau et converger dans sa main libre.

« Crève, merde ! »

Il tendit la main au même moment que l’animal bondissait, et ses fluides jaillirent comme un serpent en embuscade et vinrent frapper le ratissa en pleine tête, au milieu de son saut. Cependant, au même moment, Ulric sentit des dents traverser le cuir de ses bottes derrière lui et entailler son mollet, lui arrachant un cri de douleur. La ratissa, affaibli mais toujours vivant, vint le percuter de plein fouet. L’impact, couplé à la douleur soudaine, le fit à la renverse sur le sol de pierre salle et humide, bien que quelques rats qui n’avaient pas été assez rapide vinrent amortir sa chute, leurs petits corps à moitié broyé sous son poids.

La ratissa se tenait à présent au-dessus de lui, ses énormes dents dangereusement proches de sa gorge. De nouvelles touffes de poils s’étaient détachées sous l’effet du sort, révélant une chaire grisâtre et flasque, comme si elle avait été vidée d’une partie de sa force vitale. Ulric avait lâché sa torche dans sa chute. Ainsi, il avait sa main gauche de libre pour rapidement venir saisir le ratissa à la gorge, pour l’empêcher d’approcher d’avantage ses dents jaunies de sa peau. De sa main droite, il tenta de se saisir de sa dague pour se débarrasser une bonne fois pour toute de la bête, dont les mâchoires claquaient frénétiquement dans l‘espoir d’attraper un bout de chaire.

(Si je dois me faire tuer un jour, ce ne sera pas par un rat géant !)

Ulric tenta d’éloigner la tête du ratissa, mais la saloperie avait de la force. Sa main se posa enfin sur la poignée de sa dague, mais une patte griffue l’en éloigna immédiatement. De rage, il tenta de frapper le flanc de l’animal d’un coup de poing pour le faire déguerpir mais le ratissa tint bon. La récompense était trop proche, il aurait bientôt de la bonne chaire fraiche à se mettre sous la dent.

La bête mit toute sa force pour porter l’estocade à sa proie, ouvrant grand sa gueule, alors qu’Ulric commençait à canaliser ses fluides pour un dernier sort. Mais, alors que le ratissa s’apprêtait à frapper, il laissa échapper un couinement de douleur atroce. La bête tomba sur le côté, libérant Ulric. Un javelot venait de se matérialiser dans son flanc.

(Un javelot ? Mais qui a bien pu… ?), se demanda Ulric, circonspect.

« C’est lui ! Chopez-le ! », s’exclama une voix nasillarde.

Ulric regarda en direction de la voix de son « sauveur ». Les gobelins étaient revenus, surement attirés par le bruit du combat.

(Merde !), pensa Ulric.

Se faire tuer par des gobelins était déjà mieux que par un gros rat, mais pas de beaucoup.
Modifié en dernier par Ulric le ven. 18 juin 2021 18:23, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mar. 6 avr. 2021 17:44

Les peaux vertes de petite taille vinrent encercler Ulric alors qu’il se redressait péniblement. Leur arrivée soudaine et la défaite du ratissa avait finalement poussé la horde de rats à battre en retraite, abandonnant leur garde-manger macabre. Ulric se sentit vexé que des gobelins malingres, n’ayant que la peau sur les os si ce n’était pour leurs têtes trop grosse pour leurs corps, semblassent une menace plus grande que lui-même aux yeux de ces animaux puants. Il dût cependant chasser cette idée puérile de son esprit : il avait un souci un peu plus urgent que l’image qu’il renvoyait à des rats, pour l’instant.

Quatre des gobelins portaient des javelines similaires à celle qui avait achevé le ratissa. A vrai dire, il s’agissait davantage de branches d’arbre taillées en pointes et durcies au feu, sans doute incapables de percer la moindre armure. Malheureusement, Ulric n’en avait pas. Le cinquième possédait une fronde de cuir usé qu’il avait nouée autour de son front, tandis qu’une dague ornait son poing, alors que son autre main tenait une perche au bout de laquelle pendait une lanterne. Tous étaient vêtus de haillons d’un gris délavé, recousu ou troué à plusieurs endroits, alors que des cordelettes en guise de ceinture seraient la taille de la plupart d’entre eux. Seul celui à la fronde se payait le luxe de posséder un ceinturon de cuir. Ils transportaient des rats morts, noués par leurs queues et accrochés à leurs ceintures de fortune, du sang frais coulant encore de leur fourrure grise. Leur repas de ce soir, sans doute ?

Si Ulric avait été du genre charitable, il leur aurait bien jeté un yu chacun tant ils semblaient misérables. S’il avait été charitable, et si les peaux vertes ne le menaçaient pas de leurs armes, surtout.

L’un des gobelins, qui le narguait de la pointe de son javelot, prêt à frapper, prit la parole :

« On t’a cherché partout ! Sans jamais te trouver ! Et là, on part à la chasse et Pouf ! Tu es là ! »

Un autre repris :

« Et maintenant, tu vas venir bien gentiment avec nous. On va t’emmener voir le roi, et tu vas répondre de tes actes ! »

Qu’est-ce que ces créatures étaient en train de raconter ? Ils le cherchaient ? Mais c’était la première fois qu’il venait ici !

Et ses actes ? Qu’est-ce qu’il avait bien put faire pour provoquer l’ire d’une bande de gobelins ?

Et le roi ? Ça avait encore moins de sens ! Même saoul, Ulric refuserait de croire que Solennel employait des créatures aussi misérables. Qui plus est, tout le monde en ville savait qu’il était parti en campagne. Ils devaient parler de quelqu’un d’autre, mais qui ?

Il ne comprenait rien à ce que les créatures lui voulaient. L’explication la plus logique était qu’elles le prenaient pour quelqu’un d’autre. Le mieux était de jouer sur cette carte pour tenter d’éviter que cette rencontre ne dégénère en combat.

« Je ne suis pas la personne que vous cherchez. M’emmener voir « le roi » ne régleras pas vos problèmes. »

Le gobelin à la fronde sembla s’énerver :

« Ne nous prend pas pour des abrutis ! On t’a vu utiliser la magie des ombres ! »

« Oui, c’est toi qui nous envoies les morts ! », renchérit un autre.

Leur « envoyer des morts » ? Est-ce que les gobelins ont eu des problèmes avec un nécromancien se cachant également dans les égouts ? Ce n’était pas exactement ce qu’il espérait trouver lors de cette petite expédition dans les égouts. Non, c’était encore mieux ! Il y aurait énormément à apprendre d’un nécromancien, ou même rien que de son repère. Si, du moins, il y en avait effectivement un, et qu’il ne s’agissait pas juste d’un délire de la part des gobelins. Quoi qu’il en soit, il devrait essayer d’en apprendre davantage :

« Je ne suis pas nécromancien, je ne pourrais pas vous « envoyer des morts » même si je le voulais. », commença-t-il.

(Pas que ce genre de pouvoir me déplairait.), ajouta-t-il pour lui-même.

« C’est exactement ce qu’un nécromancien dirait ! », rugit un des gobelins qui s’était tût jusqu’ici.

Les autres acquiescèrent vivement de leurs voix nasillardes. Celui à la fronde reprit :

« GriRazi a raison. On t’a tous vu utiliser la magie d’ombre contre le ratissa. »

« Et vous pensez que je suis le seul à utiliser la magie d’ombre à Kendra Kâr ? »

Le gobelin ne sembla pas convaincu.

« A Kendra Kâr… Peut-être pas… Mais tu es le seul à avoir fait de la magie noire sur notre territoire ! »

Les autres émirent un vivat pour saluer l’argument de celui qui devait être leur chef, tout en continuant de menacer l’apprenti mage de leurs javelines.

(Ils ont la tête dure, décidemment…)

Il devait penser à un argument pour les convaincre qu’il n’avait rien à voir avec le nécromant qui leur posait problème. Après quoi, il pourrait il leur soutirer des informations pour localiser son repère, s’il existait bel et bien. Le combat avec le ratissa avait épuisé la majeure partie de ses fluides, mais il pourrait toujours revenir un autre jour, une fois qu’il saurait où le trouver. Peut être qu’ensuite il pourrait traiter avec lui ? Ou alors pourrait-il convaincre Furet et sa bande de l’aider à s’introduire discrètement chez lui et prendre tout ce qui pourrait s’avérer intéressant ? C’était une possibilité, mais il devait d’abord calmer les gobelins. Soudain, il eut une idée qui pourrait les convaincre, bien qu’elle ne l’enchantât guère. Il s’adressa à leur chef :

« Tu crois que, si j’étais vraiment un nécromancien, j’aurais eu autant de mal à me débarrasser d’un ratissa ? »

Le gobelin posa les yeux sur l’animal mort, puis son regard revint sur Ulric. Ses petits yeux noirs détaillèrent l’apprenti mage pendant un moment, s’attardant sur les nombreuses griffures à ses bras. La peau verte sembla pensive :

« C’est vrai que tu n’as pas l’air très puissant… », concéda-t-il.

Le gobelin baissa son poing armé : Ulric avait fait mouche, mais cela ne l’empêcha pas de se sentir profondément insulté. Les fluides qui lui restaient le démangeait, l’intimant silencieusement de punir le petit insolent, mais il réprima cette envie. Seul contre cinq, il n’irait pas loin.

« Ne l’écoute pas, GoziR, il essaie de t’embrouiller ! », protesta un des gobelins.

« Oui, tu vois bien que c’est lui ! », renchérit un autre.

Le gobelin à la fronde, ou « GoziR » puisque c’était apparemment son nom, semblait réfléchir à la marche à suivre. Il rangea sa dague à son ceinturon, et porta de longs doigts maigrelets à son visage pour se gratter machinalement le nez.

« Je crois qu’il a raison… Ce n’est pas le bon mage. »

« Il fait juste semblant d’être faible pour nous tromper ! On ne peut pas le laisser partir ! »

« Hum… Peut-être… »

GoziR gratta son nez avec d’avantage de vigueur, comme si cela l’aidait à prendre une décision plus vite. Il reprit la parole, pour s’adresser à Ulric, cette fois-ci.

« On laissera le roi décider si tu es le nécromancien. »

Ensuite, il se tourna vers ses compères pour donner ses ordres :

« Emparez-vous de lui ! GriRazi, prends le ratissa avec toi. »

Deux gobelins vinrent immédiatement saisir les bras de l’apprenti mage, pendant qu’un troisième le menaçait de la pointe de son javelot, afin qu’il ne résiste pas. Le dénommé GriRazi chargea le ratissa sur ses épaules, non sans une plainte, avant de ramasser la torche d’Ulric qui brulait toujours sur le sol.

GoziR s’adressa à nouveau à Ulric, d’une voix plus basse et sifflante :

« Ne remue pas trop, sinon on te changera en brochette. Et si tu m’as menti, tu finiras dans la marmite avec les rats ! »
Modifié en dernier par Ulric le ven. 18 juin 2021 18:32, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mar. 4 mai 2021 23:07

Les gobelins escortèrent Ulric pendant plusieurs minutes qui paressèrent une éternité au jeune mage. La petite troupe sembla suffisante pour éloigner les rats et autres bestioles plus dangereuses qui pouvaient bien infester ces tunnels obscurs, et le trajet se déroula sans rencontrer de nouveau danger.

Jusqu’à présent, cette petite expédition dans les égouts avait été un échec cuisant. Il avait espéré pouvoir déboucher sur les anciennes catacombes de la ville et, avec un peu de chance, observer quelque mort-vivant de loin et voir si ça pourrait lui apprendre quoi que ce soit sur sa magie. A la place, il s’était retrouvé à se battre contre des rats et à se faire capturer par des gobelins.

(Je ne pouvais pas savoir qu’il y avait des gobelins juste sous Kendra Kâr !), se défenda-t-il intérieurement.

(Tu cherchais à tomber sur des squelettes animés. Si tu ne sais pas gérer quelques gobelins nourris exclusivement au rat, tu ne serais pas allé loin avec des morts-vivants !), pesta une autre partie de lui-même.

Ulric mit fin à son dialogue intérieur. Il ferait mieux de commencer à réfléchir à comment il se sortirait de cette situation. Il devrait déjà commencer par déterminer où les gobelins l’emmenaient. Les petits êtres marchaient du pas sûr de celui qui a déjà parcouru un chemin un millier de fois mais Ulric, lui, avait complétement perdu ses repères et n’aurait pas su dire où il se trouvait, par rapport au tunnel d’où il était venu. Il n’était pas facile de se repérer sous terre, après tout.

L’apprenti mage tenta d’interpeller le chef des gobelins :
« Gozir ? Où va-t… », commença-t-il.

Le gobelin l’interrompit immédiatement :

« C’est « GoziR », pas « Gozir ». Ça doit venir de la gorge : GoziRRRRRR »

Les subtilités de la langue gobeline échappaient Ulric, mais il fit de son mieux pour calquer sa prononciation sur celle de la créature verdâtre. Ça la mettrait peut-être dans une meilleure disposition à son égard.

« Gozi…R », tenta-t-il, produisant un horrible son guttural qui lui fit mal à la gorge, « Je peux savoir où vous m'emmenez ? »

« Voir le roi. Il décidera quoi faire de toi. »

Si c’était pour lui en sortir une pareille, il aurait tout aussi bien se taire ! Ulric fit cependant son possible pour rester calme et lui tirer les verts de son très long nez.
« Oui, mais où se trouve « le roi » ? »

« Dans son palais. », répondit le gobelin comme c’était l’évidence même.

(Espèce de sale petit tas de merde verte ! Ce n’est pas possible d’être aussi con !)

Il semblait qu’il ne tirerait pas beaucoup plus d’informations du gobelin. Il tenta tout de même une dernière question :

« Est-ce que ce « palais » est encore loin ? »

Le jeune homme ne put s’empêcher de glisser un ton de dérision dans sa question, cette fois-ci, mais GoziR ne sembla pas le relever.

« Non, nous approchons. »

Voilà qui était à la fois rassurant et inquiétant. Ulric se demanda quel genre de « palais » pouvait bien se dissimuler dans ces tunnels, et qui était ce roi dont les peaux vertes parlaient.

En tout cas, ce n’était certainement pas Solennel. Impossible que le roi, le vrai, emploie une bande de gobelins, et encore plus qu’il ne trainasse dans les égouts. Non, il devait sûrement s’agir d’un chef de clan gobelin aux chevilles enflées qui avait décidé de porter une couronne en toc. C’était l’explication la plus probable.

Maintenant que cette question était réglée, comment convaincrait-il ce gobelin de le laisser filer tranquillement ? S’il avait un égo surdimensionné à tel point qu’il se proclamait roi, il pourrait peut-être l’amadouer en le brossant dans le sens du poil et en jouant son jeu.

Autre chose qu’il savait : les gobelins l’avaient vu employer la magie et l’avait donc pris pour un nécromancien qui leur posé des problèmes. S’il leur proposait ses services, en grossissant un peu ses capacités si nécessaire, il pourrait peut-être les convaincre de l’envoyer s’occuper du nécromant, et ensuite se contenter de se faire la malle. Et si, au passage, il pouvait découvrir où il se cache, cette expédition se révélerait finalement être un succès. Il pourrait en apprendre tellement sur sa magie auprès d’un scotomancien plus expérimenté !

Les gobelins le tirèrent de ses réflexions alors qu’ils s’enfonçaient dans un nouveau tunnel. GoziR s'exclama d'une voix nasillarde pleine d'enthousiasme:

« Nous sommes arrivés ! »
Modifié en dernier par Ulric le ven. 18 juin 2021 18:37, modifié 2 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » lun. 14 juin 2021 23:07

Les gobelins avaient emmené l’apprenti mage dans un large tunnel voûté, en forme d’arc brisé. Le sol avait été recouvert de planches de différentes tailles dans des états de décomposition variés. Sans doute pour recouvrir le canal dont on pouvait encore deviner la présence au son de l’eau ruisselant en dessous. Un feu vrombissait au centre du tunnel, posé sur un lit de pierres afin de ne pas déclencher un incendie. Au-dessus, une marmite de fonte cabossée émettait une odeur épouvantable, même ici au milieu des égouts, ce qui n’empêchait pas le gobelin maigrelet armé d’une spatule qui touillait la mixture de se lécher les babines.

La lumière du feu donnait à Ulric une meilleure idée de la taille de l’endroit : bien qu’assez large, le tunnel s’arrêtait assez vite, après ce qui devait faire quinze ou vingt mètres, sur un cul de sac. Les gobelins avaient aménagé l’espace dans la désorganisation la plus totale : des tas de pailles jonchaient le sol de planches ça et là, servant sans doute de couchette aux peaux vertes, comme en attestaient la créature qui dormait sur l’un deux. Une planche reposant sur plusieurs piles de briques rouges recouvertes des restes d’un ratissa découpé en morceaux devait leur servir de table de boucherie. Ulric n’arrivait en revanche pas à faire grand sens du reste du mobilier : des caisses étaient posées un peu partout, sans raison apparente. La statue rouillée d’un guerrier en armure, qu’ils avaient trouvé nul ne sait où, reposait contre une des parois sans but. Un trophée, peut-être ?

Si l’ameublement était des plus sommaires, les gobelins avaient en revanche accordé un soin tout particulier à la décoration de leur "palais" : des cordes étaient tendues entre les parois, retenues par des crochets enfoncés dans le mortier. Les peaux vertes y avaient ensuite pendu toutes sortes d’objets. Ulric vit de vieilles armes rouillées suspendues de la sorte dans l’air, ainsi que des restes de toiles colorées, des bouts de bois flotté mais, surtout, des ossements. La plupart semblaient appartenir à des animaux, qu’il s’agisse de ratissas ou d’autres créatures hantant les égouts, mais certains étaient clairement les restes d’humanoïdes. Un petit crâne tordu aux dents acérées devait être celui d’un gobelin (un membre d’un autre clan, peut-être ?). La cage thoracique qui pendait un peu plus loin appartenait peut-être au même individu ou à un autre humanoïde de petite taille. En revanche, le crâne qui se balançait doucement juste au-dessus d’Ulric, suspendu par la corde passant au travers de ses orbites, était clairement humain.

Ces guirlandes macabres faisaient penser à la toile d’une araignée géante, les restes de ses proies toujours coincés dedans, se dit Ulric. Elles instillaient une ambiance morbide et claustrophobique, et l’idée de finir lui aussi en décoration emplit le jeune mage de peur.

Ce n’était pas le moment de paniquer, cependant. Il avait bien réussi à raisonner avec ces créatures un peu plus tôt, il devrait bien pouvoir recommencer, non ?

« Avance », siffla GoziR, « c’est par là. »

Ulric fut forcé de baisser la tête en avançant, afin d’éviter de se cogner à tous les ossements et breloques qui pendaient au plafond. Les gobelins continuaient de l’aiguiller de la pointe de leurs javelines de bois, sous le regard de leurs congénères restés dans leur repaire. L’apprenti mage entendit des chuchotements nasillards à son passage. Les petites créatures tordues semblaient curieuses devant la prise inhabituelle de leurs chasseurs.

La plupart des gobelins qui l’escortaient s’éloignèrent peu après, et portèrent les rats qui pendaient à leurs ceintures, ainsi que le ratissa, à la table de boucherie où le gobelin qui semblait faire office de cuistot entreprit de les écorcher, avant de les lancer dans sa marmite nauséabonde. GoziR, lui, continuait de le guider au milieu du fatras qui encombrait la galerie.

Maintenant qu’il n’y avait plus qu’un gobelin dans son dos et que les autres étaient partis vaquer à leurs occupations, peut-être arriverait-il à renverser GoziR et prendre la fuite ? C’était assez tentant : à un contre un, un bon coup de genoux dans le nez et il serait débarrassé de la peau verte. Mais il suffisait qu’il prenne plus d’une seconde pour le mettre à terre, et il serait à nouveau encerclé de gobelins, cette fois-ci beaucoup plus hostiles, avant de ne pouvoir faire un pas vers la sortie. Qui plus est, même s’il parvenait à fuir, il n’aurait aucune information sur ce nécromancien qu’ils prétendaient rechercher. Non, il valait mieux continuer de jouer la carte de la diplomatie, et peut-être que cette petite expédition irréfléchie rapporterait ses fruits, en fin de compte. Et puis, les créatures s’étaient montrées plutôt raisonnables, jusqu’à présent.

Ulric tentait d’esquiver un fémur de canidé qui manqua de lui casser le nez lorsque la voix de GoziR se fit à nouveau entendre, empreinte de révérence :

« Mon bon roi, je suis venu vous demander conseil. »

Ulric releva la tête et découvrit la créature la plus laide qu’il ait jamais vue : un gobelin obèse, dont la peau semblait à mi-chemin entre le jaune pisse et le verdâtre, se prélassait sur un trône fait de caisses et de débris divers qui parvenait à peine à contenir tous ses bourrelets. Presque aussi haut que large, il n’était vêtu que d’un pagne crasseux et son crâne était ceint d’une corde qui en faisait plusieurs fois le tour, enfermant ainsi plusieurs osselets qui servaient de couronne improvisée. Il semblait bien plus grand que ses congénères, et de discrètes défenses sortant de sa mâchoire semblaient indiquer une ascendance partiellement orque. Au moins, le mystère de l’identité du « roi » était à présent levé.

« GoziR ! Comme c’est gentil de m’apporter à manger ! J’en ai marre des rats bouillis… », commença-t-il.

Une petite voix pleine d’indignation se fit entendre derrière Ulric :

« Hey ! Keskiz-ont, mes rats ? »

« Ferme-là, Kishkuz ! Les humains, c’est plus moelleux ! »

« Je ne suis pas de la… ! », commença un Ulric indigné, avant d’être interrompu.

Et pourquoi tout le monde semblait vouloir le manger? D'abord le ratissa, maintenant les gobelins...

« Je ne l’amenait pas pour le manger, mon roi… En fait, je voulais votre avis pour savoir qu’en faire. »

« Qu’est-ce que ça peut te faire, ce qu’on fout d’un humain ? On va le mettre dans la marmite, c’est tout. »

Le « roi » affichait un air de suprême désintérêt sur son visage disgracieux, alors qu’il ramenait ses mains aux longs doigts sales sur sa large panse en anticipation de son prochain repas.

« Oui, on pourrait le manger, bien sûr… », reprit GoziR, « Mais, le truc, c’est qu’on l’a vu faire de la magie, alors on a d’abord pensé que c’était le nécromancien… »

« Quoi, c’est lui ?! », s’exclama le gobelin bouffi, soudainement piqué au vif, « Mais qu’est-ce qu’on attend pour le buter ? »

Le changement d'attitude du "roi" fut brutal, tellement qu'Ulric se demanda ce qu'il avait bien pu se passer entre ce clan de gobelins et le nécromancien pour provoquer une telle réaction. Se livraient-ils leur propre petite guerre sous la ville, peau verte contre squelette?

Le chef gobelin quitta sa position avachie et tenta de redresser son énorme masse, ses bajoues frémissant de colère.
« En fait, on n’est pas sûr que ce soit lui parce qu’il n’a pas l’air très… »

Ulric, qui était resté plutôt passif jusque-là l’interrompit :

« Non, ce n’était qu'une erreur de la part de vos sujets, mais dès qu'ils m'ont fait part de votre détresse, je me suis engagé à vous aider contre ce nécromancien. N’est-ce pas, Gozir ? GoziR ? », déclara-t-il en tentant d'amadouer le chef gobelin en le suivant dans son délire de royauté.

Qui plus est, il aurait sans doute plus de chance de s’en sortir et de tirer des informations s’il présentait comme un associé plutôt que comme un prisonnier aux yeux de leur chef. Encore fallait-il que GoziR suive le jeu.

Le gobelin se gratta la tête, l’air confus, comme s’il essayait de se souvenir de détails de leur conversation antérieure.

« Euh, oui… Ça devait être ça. »

« Donc, t’es le nécro ou t’es pas le nécro ? », demanda le « roi », impatient.

« Non, mais… »

« Dans la marmite, alors ! », clama-t-il en s’installant à nouveau sur son trône de débris.

« Attendez ! Je suis aussi un mage d’ombre, comme vous l’a dit GoziR. Je peux vous aider contre ce nécromancien, comme je connaitrais ses techniques. »

Exagérer ses pouvoirs balbutiants de la sorte était risqué, si le gobelin voulait tester ses capacités, mais il ne perdrait rien à essayer.

« Tu es sûr ? Parce que quand on t’a trouvé, avec le ratissa… », reprit GoziR.

Ulric l’interrompit de nouveau :

« Je peux vous aider, si vous me dites où je peux le trouver. Ça ne vous coutera rien de m’envoyer.»

Le « roi » semblait pensif. Il se gratta le menton de ses ongles longs et sales, son regard se perdant un instant dans le plafond.

« Peut-être… », fit-il, hésitant.

Ulric pensa à un dernier argument :

« Dès que je l’aurais neutralisé, je vous l’amènerais, et vous pourrez le manger ! »

Une lueur s’alluma dans les petits yeux vicieux du monstre, en même temps qu’un gargouillis secouait sa panse. Ses lèvres grasses se courbèrent en un « Oh ! » silencieux. Il semblait avoir fait mouche !

« Excellente idée ! Oui, vas-y, et reviens vite ! » s’exclama le chef gobelin.

Il resta immobile un instant, fixant Ulric dans les yeux.

« Eh bien ? Qu’est-ce que tu attends ? »

« Il me faut d’abord savoir où le chercher. »

« Ah, oui, bien sûr… »

Le gobelin gratta une de ses bajoues avec intensité pour stimuler sa réflexion.

« Euh… Tu prendras TrishmuR avec toi. Il te montrera. », dit-il en pointant du doigt un des gobelins qui gisait sur une paillasse, somnolant.

« Lui, là. C’est notre pire combattant. »

(Leur « pire combattant » ? Il se moque de moi ?)

Il fallait bien avouer que la créature désignée n’avait pas l’air bien redoutable.

« Votre pire? Pourquoi?», s'exclama Ulric en regardant le gobelin maigrelet qui n’avait toujours pas réagit à son nom.

« Parce que j’ai besoin des bons pour me défendre ! Si lui meurt, ce n’est pas grave. Prends-le maintenant, et vas-y !»

Le ton prit par le roi gobelin signifiait clairement que la discussion était close. Ulric s’en était bien sorti, finalement. Il n’aurait qu’à laisser ce « TrishmuR » le guider dans les tunnels et, s’il y a bel et bien un nécromancien caché quelque part dans les égouts, le trouver ne pourra être que très intéressant. GoziR, lui, semblait toujours confus par l'échange qui venait d'avoir lieu, mais son roi avait parlé, et il ne tenta pas d'ajouter quoi que ce soit.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » lun. 21 juin 2021 23:50

TrishmuR le gobelin se reposait paisiblement sur sa paillasse, ignorant ses congénères qui s’attelaient à différentes tâches autour de lui. Les yeux clos, il flottait quelque part entre l’éveil et le sommeil. Son corps était tellement maigre, même comparé aux autres gobelins, qu’on aurait pu le croire déjà mort, si ce n’était pour les sifflements de son long nez crochu. Mais, soudain, son repos fut troublé lorsqu' une grande ombre passa sur ses paupières.

« Toi, là ! Debout ! », commença Ulric en remuant la peau verte du pied, sans s’encombrer de présentation.

Le jeune mage s’était montré diplomate avec les gobelins, plus tôt. Bien plus qu’à son habitude. Encerclé comme il l’était, il avait dû empêcher le conflit d’escalader. Mais les autres gobelins ne semblaient pas porter ce TrishmuR dans leur cœur, ainsi se permit-il d’être plus brusque avec lui.

Le gobelin se releva de sa couche de paille, de toute évidence confus de voir un humain au milieu du repaire de son clan. Il cligna plusieurs fois de ses petits yeux sombres, la bouche entrouverte, avant de prononcer un mot :

« Un humain ? Mais qu’est-ce que… ? », commença-t-il avant d’être interrompu.

« Ton roi t’a désigné pour me servir de guide. Prends tes affaires, et vite. On part immédiatement ! »

TrishmuR semblait encore plus confus, et l’incompréhension se lisait sur son visage tordu aussi clairement que si elle avait été écrite sur du vélin. Ulric entendit quelques ricanements provenant d’autres gobelins derrière lui ; apparemment, ils trouvaient très drôle que leur congénère se fasse bousculer de la sorte.

« Un guide ? Mais… Pour aller où ? », demanda-t-il au jeune mage qui le dominait de toute sa hauteur.

« Je vais m’occuper du nécromancien qui vous a attaqué. J’ai juste besoin de toi pour me montrer où ont eu lieu les attaques. »

La confusion dans le regard du gobelin se transforma soudainement en peur.

« Le nécro… Mais c’est dangereux ! Pourquoi on irait là-bas ? Je ne veux pas aller là-bas ! », geigna-t-il.

TrishmuR balaya le repaire du regard, cherchant un de ses congénères qui le soutiendrai. Malheureusement pour lui, les rares gobelins qui lui prêtaient attention ne le faisaient que pour se moquer de lui. Les autres étaient tous occupés à leur propres tâches, sourds à la discussion, pendant que leur « roi » lézardait sur son trône comme un crapaud sur un nénuphar.

« Très juste : c’est dangereux », répliqua Ulric, « Alors prends tes armes avec toi ! »

Et effectivement, il valait mieux que le gobelin soit armé, pour qu’il puisse également s'en servir comme de chair à canon, en plus de guide. Comme il avait utilisé l’essentiel de ses fluides dans son combat contre le ratissa, il pourrait bien avoir besoin d’une seconde paire de mains, aussi faibles soient-elles, si un danger quelconque se dressait sur sa route.

TrishmuR, voyant que nul ne le sortirait de cette situation, se résigna. Il partit se munir d’un lot de javelines de bois, similaires à celles qu’utilisaient les chasseurs menés par GoziR, ainsi que d’un vieux couteau de cuisine rouillé et ébréché qu’il glissa à la cordelette qui lui servait de ceinture. Même en arme, le gobelin n’était guère impressionnant, pensa Ulric, mais c’était mieux que rien. Le bon côté, c’était que s’il avait l’occasion de traiter avec le nécromancien au lieu de l’affronter, il n’aurait pas de mal à se débarrasser de la peau verte, là où il serait obligé de se tenir à sa mascarade d’allié des gobelins s’il était entouré d’un bataillon de ces petites créatures, perdant définitivement une occasion en or d’en apprendre plus sur sa magie.

Une fois équipé, TrishmuR revint devant Ulric, l’air resigné.

« Ouvre la marche. », ordonna l’apprenti mage.
Modifié en dernier par Ulric le mer. 30 juin 2021 15:50, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mar. 22 juin 2021 23:38

Ulric et son nouveau gobelin de compagnie quittèrent le repaire. TrishmuR semblait nerveux et s’agrippait à une de ses javelines de bois des deux mains. Si elles n’avaient pas été vertes et couvertes de crasse, nul doute que ses articulations seraient blanches, tant elles étaient tendues. Ulric le suivait de près, brandissant une torche qu’il venait juste d’allumer. Les griffures que lui avaient infligées le ratissa le lançaient encore, mais elles avaient arrêté de saigner depuis un moment déjà. Il faudrait qu’il les désinfecte dès qu’il regagnerait la surface, mais elles ne le ralentiraient pas.

Après une courte marche, le gobelin l’emmena dans un tunnel étroit, légèrement en pente, tout juste assez large pour laisser une personne passer, mais trop étriqué pour deux. Un mince filet d’eau sale ruisselait aux pieds d’Ulric.

TrishmuR n’avait pas beaucoup parlé depuis qu’ils étaient partis, si ce n’était pour geindre et supplier l’apprenti mage de faire demi-tour, ce qu’il avait bien entendu refusé. Ainsi, Ulric commença à interroger le gobelin pour tenter d’obtenir une meilleure idée de ce qui l’attendrait lorsqu’il approcherait du repaire du nécromancien.

« TrishmuR, décris-moi comment se sont passées les attaques. », ordonna-t-il tout en montant dans le tunnel.

Le gobelin eut un petit sursaut au son de sa voix dans son dos, avant de répondre de sa voix nasillarde :

« Les attaques ? Eh bien, je n’étais pas là lors de la première… Je dormais à ce moment. »

(Tu m’étonnes !)

« BaRshir était parti chasser avec les autres dans ce coin ci, parce qu’ils avaient installé des pièges à rats plus tôt… »

« Viens-en aux faits. », l’interrompit un Ulric impatient. Les arcanes de la chasse aux rats ne l’intéressaient nullement.

« Oui, eh bien, ils étaient partis relever les pièges par-là », reprit le gobelin en pointant un doigt crochu devant eux, « et ils sont tombés sur des squelettes ! Des squelettes qui marchent, pas des normaux qui sont juste morts… Graknurz a raconté à tout le monde qu’il en a détruit un, mais ils ont réussi à avoir BaRshir. Après, les autres ont pris la fuite. », expliqua-t-il.

« Juste des squelettes ? Combien étaient-ils ? »

Le gobelin s’arrêta un instant pour se gratter la tête et ainsi revigorer sa mémoire. Ça semblait assez fréquent chez ces créatures, à moins qu'ils n'aient juste des puces.

« Graknurz a raconté qu’ils étaient au moins cinquante, mais les autres chasseurs m’ont dit qu’il mentait et qu’il n’y en avait que quatre. Mais même à quatre, ils sont dangereux ! », glapit le gobelin.

« Et le nécromancien ? Vous l’avez vu ? », continua Ulric, ignorant les avertissements de la peau verte.

« Non, pas cette fois-là… En fait personne ne l’a vu mais, la deuxième fois, il a jeté un sort ! »

Aucun ne l’avait vu ? Il fallait s’en douter, comme les gobelins avaient pris Ulric pour le nécromant mais, jusqu’à présent, rien ne prouvait que les gobelins n’eussent pas juste été attaqués par quelques revenants mécontents du voisinage, et avaient inventé la présence d’un ennemi sur leur territoire de toute pièce pour expliquer ce phénomène. Mais TrishmuR disait qu’il avait jeté un sort. Que voulait-il dire par là ?

« Un sort ? Tu ne pourrais pas être plus précis ? »

« Eh bien, on était retourné sur place avec GoziR pour récupérer les armes de BaRshir – et j’étais là, cette fois ! – mais son corps avait disparu. Alors, GoziR a voulu qu’on explore pour le retrouver, et on a été attaqué par des spectres ! Enfin, personne n’a été blessé, mais quelqu’un a bien dû les envoyer ! Les spectres n’apparaissent pas tout seuls ! »

Des spectres ? C’était intéressant, en effet. C’était possible que le gobelin eût raison et que quelqu’un les avait bien envoyés sur eux. Peut-être que le nécromancien les avait attendu en embuscade afin de relâcher les spectres ? Ulric ignorait si un sort permettait bel et bien d’invoquer ce genre de créature, comme sa connaissance de ce que sa magie permettait était encore balbutiante, mais c’était justement pour ça qu’il était là : pour apprendre !

Une autre observation intéressante, c’était que, contrairement à ce que les gobelins lui avaient raconté, le nécromancien ne semblait pas vouloir les attaquer, mais se contentait plutôt de protéger son territoire. Ulric avait du mal à déterminer s’il s’agissait d’une bonne ou mauvaise nouvelle : d’un côté, il n’était probablement pas un fou dangereux sanguinaire, d’un autre, l’approcher ne serait sans doute pas aisé.

Le jeune mage et le gobelin émergèrent du tunnel pour déboucher sur un de ces carrefours qu’Ulric avait déjà rencontré plusieurs fois : une salle circulaire, assez grande selon le standard de ces souterrains, abritant un bassin central dans lequel se déversaient l’eau provenant de trois autres tunnels. La salle était couronnée d’un dôme de pierre grise couverte de mousse et suintante, duquel des gouttelettes dégoulinaient pour s’écraser dans le bassin à un rythme régulier.

TrishmuR pointa le tunnel sur leur droite, un boyau circulaire parfaitement adapté à la taille d’un gobelin mais dans lequel Ulric ne pourrait passer sans se plier en deux, avant de s’exclamer :

« Voilà, l’attaque a eu lieu juste de l’autre côté de ce tunnel ! Et maintenant que je t’ai guidé jusqu’ici, je vais y aller… »

Là-dessus, le gobelin fit volte-face et entreprit de redescendre dans le tunnel par lequel ils étaient venus. Voyant cela, Ulric l’attrapa par le col de sa tunique en toile de jute. La peau verte avait rempli son rôle de guide, certes, mais l’apprenti mage en avait encore besoin pour lui servir de chaire à canon sans quoi il se retrouverait trop rapidement en danger s’il devait tomber sur des squelettes ou quoi que ce soit d’autres, avec ses pouvoirs en grande partie épuisés.

« Où est-ce que tu crois aller, comme ça ? », demanda-t-il, furieux.

« Mais… j'ai fait ce qu’on m’a dit. Maintenant, je pars ! », pleurnicha le gobelin.

« Tu n’iras nulle part sans mon accord, j’ai encore besoin de toi. »

« Mais c’est dangereux, par-là ! Je ne veux pas y aller ! »

Le gobelin se mit à gesticuler comme un enfant capricieux pour se libérer, tout en criant à tue-tête. Cet abruti allait signaler sa présence à toute la racaille qui se terrait dans les égouts de la ville !

Ulric le frappa d’un coup de genoux dans l’abdomen pour lui couper le souffle, ses deux mains étant prises. Le gobelin cessa sa crise et tomba à genoux, toujours retenu par le col. L’apprenti mage le força à se remettre sur ses pieds d’une traction, avant d’approcher son visage de son oreille :

« J’ai été mielleux avec tes petits amis parce que j’étais encerclé. Mais toi, TrishmuR ? Tu es seul. », siffla-t-il, « Alors, tu m’obéis ou je te fais avancer à coup de dagues dans le cul jusqu’à ce que tes fesses ressemblent à une passoire. Compris ? »

Le gobelin acquiesça en sanglotant. Il n’avait pas le courage de résister à l’homme qui faisait presque deux fois sa taille, mais il semblait persuadé que le mage venait de signer son arrêt de mort.

« Bien. Passe devant. »
Modifié en dernier par Ulric le mer. 30 juin 2021 16:01, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mer. 23 juin 2021 20:06

Le gobelin s’engouffra dans le tunnel, la tête basse et la mine déconfite. Ulric le suivait de près, sa torche droit devant lui, son corps ramassé contre lui-même. Ses bottes trempaient dans l’eau sale et nauséabondes, mais elles ne pouvaient pas être plus sales qu’elles ne l’étaient déjà, de toute façon. Il était plus important de garder TrishmuR à l’œil, au cas où le gobelin ne décida de tenter de se faire la malle à nouveau. Il devait aussi rester attentif à tout danger éventuel : à en croire ce que lui avait dit la peau verte, le nécromancien était très territorial et n’hésitait pas à tendre des embuscades, et la fin de ce tunnel serait l’endroit idéal pour cela. Au moins, si un quelconque danger l’attendait de l’autre côté, fut-ce un piège ou des ennemis tapis dans l’ombre, TrishmuR prendrait les coups pour lui.

Après une vingtaine de mètres à avancer recroquevillé sur lui-même, l’apprenti mage et le gobelin débouchèrent sur une salle. Il s’agissait d’une grande salle rectangulaire au centre de laquelle se trouvait un large bassin d’eau usée, drainé par plusieurs conduits circulaires identiques à celui qu’ils venaient d’emprunter. Un barrage fait de pierres, de briques et de débris empêchait en partie les flots nauséabonds de s’ écouler dans ce dernier, expliquant pourquoi ils n’avaient eu à braver qu’un mince filet d’eau. Sans doute avait-il été placé là par les gobelins afin de pouvoir emprunter le tunnel plus facilement. Un peu plus loin, plusieurs planches avaient été jetées en travers du bassin afin de servir de pont, tandis que sur la droite d’Ulric, tout au fond de la salle, un autre tunnel, bien plus large que les autres, alimentait le bassin.

« C’était juste là. », murmura TrishmuR en pointant du doigt l’ouverture du tunnel.

« Allons voir », se contenta de répondre Ulric.

De prime abord, rien ne semblait indiquer qu’un combat avait eu lieu ici. Le corps de BaRshir, le gobelin qui s’était fait tué, n’était de toute évidence pas là, pas plus que les restes du squelette supposément détruit. Ulric passa sa torche au-dessus du bassin, tentant de discerner quoi que ce soit au fond de l’eau croupie, mais elle était bien trop opaque pour y voir quoi que ce soit.

« Est-ce que tu sais d’où étaient venus les squelettes ? », demanda l’apprenti mage.

« Euh, non, ils ne m’ont pas dit. Mais la fois où j’étais là, les spectres semblaient rester près de l’entrée du grand tunnel. »

(Intéressant.), pensa Ulric.

Il avança de quelques pas vers le tunnel en question. Même avec sa torche, il était dur d’y voir grand-chose à plus de quelques mètres. Peut-être que le nécromant s’était caché dedans, profitant de l’obscurité pour invoquer ses spectres tout en restant invisible aux yeux des gobelins. Cependant, ça ne voulait pas forcément dire que son repaire se trouvait dans ce tunnel, seulement que c’était l’endroit qu’il avait choisi pour son embuscade.

Ulric se retourna et balaya la pièce du regard. Outre le tunnel, on pouvait également accéder à cette salle par les nombreux conduits qui drainaient le bassin, mais ils étaient très bas et, à l'exception de celui, asséché par un barrage, par lequel ils étaient venus, il faudrait tremper dans l’eau crasseuse pratiquement jusqu’au genoux pour y passer. L’apprenti mage avait un peu de mal à croire que qui que ce soit les emprunte régulièrement. Le tunnel restait l’option la plus probable. Mais le fouiller en espérant découvrir l’emplacement du repaire du nécromant prendrait un laps de temps inacceptablement long, sans aucune garantie de réussite. Non, il lui fallait trouver quelque chose, quoi que se soit, qui lui permettrait de remonter sa trace.

Ulric réfléchit un instant. Si les corps avaient disparu, il était probablement revenu faire le ménage. Ce ne pouvait être l’œuvre de charognards : ils n’auraient eu aucune raison de s’en prendre aux ossements décharnés d’un mort-vivant, et auraient laissé des restes du gobelin. Ce ne pouvait pas non plus être des hors la loi de passage : pourquoi se seraient-ils donné la peine de faire disparaitre des corps qui n’avaient aucun lien avec eux ? En revanche, il était facile d’imaginer qu’un nécromancien ait pu en faire usage, que se soit pour créer de nouveaux servants ou mener une quelconque expérience.

Ulric remarqua alors quelque chose au sol et mit un genou en terre pour examiner ce qu’il pensait avoir trouvé : une grande tâche sombre, difficile à voir sur le sol crasseux et humide. Si ce n’était pour sa taille, il aurait été facile de passer à côté sans la voir, surtout dans l’obscurité. Elle était faite d’une substance brunâtre et friable. Ulric en préleva quelques particules avec ses doigts et les porta à son nez. Malheureusement, son odorat n’était pas assez puissant pour isoler leur odeur du miasme omniprésent des égouts, mais il n’était pas difficile de deviner qu’elles avaient l’odeur du fer. L’apprenti mage en était certain : c’était du sang.

« J’ai retrouvé ton ami BaRshir. », dit-il au gobelin en se redressant avec un ton triomphant.

« Vrai… Vraiment ? », demanda TrishmuR, l’air confus.

Maintenant qu’il savait ce qu’il devait chercher, Ulric repéra d’autres tâches, bien plus petites, qui formaient une trainée irrégulière au sol qui se perdait dans l’obscurité du tunnel. Il parvenait à se représenter la scène sans mal dans son esprit : le gobelin s’était fait tuer là par les morts-vivants et s’était vidé de son sang. Ensuite, le nécromant était revenu collecter ce corps frais pour ses expériences, et l’avait hissé sur ses épaules pour le ramener dans son antre, sans faire attention à la piste sanguine qu’il semait derrière lui.

« Oui, regarde : il nous a même indiqué le chemin. »
Modifié en dernier par Ulric le mer. 30 juin 2021 16:11, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » lun. 28 juin 2021 18:44

La piste sanglante remontait le tunnel en ligne droite, tachant le sol de pierre grise déjà souillé de crasse et tacheté de mousses et de crottes de rats. Elle ignora le premier carrefour rencontré dans ce tunnel, préférant emprunter un autre ponton de planches improvisé enjambant le canal. Tout en scrutant le sol à la recherche de d’avantage de taches de sang au milieu des crottes de rats, Ulric devait garder un œil sur TrishmuR, car le gobelin semblait de plus en plus nerveux. Il serrait son javelot tellement fort dans ses mains rachitique que c’était un miracle que le bois ne craque pas. L’apprenti mage lui avait finalement permisde fermer la marche, afin qu’il ne piétine aucune trace, et il soupçonnait que seule la peur de se retrouver seul en territoire inexploré et dangereux le dissuadait de déserter.

« Euh, … Humain ? », appela-t-il d’une voix chevrotante.

« J’ai un nom, "Gobelin". », répondit l’apprenti mage sans même se retourner.

TrishmuR hésita un instant avant de reprendre :

« Je m’en doute, mais… Vous ne me l’avez pas dit. »

Effectivement, Ulric se rappela soudain qu’il avait embarqué le gobelin avec lui sans même se présenter. Bah, peu importe : il ne survivrait sans doute pas à cette petite aventure, de toute façon.

« Ce n’est pas grave. Qu’il y a-t-il ? »

« Eh bien… Maintenant qu’on a trouvé une piste, on pourrait retourner au palais, chercher les autres et revenir en force. », expliqua la peau verte.

La réponse du mage fut cinglante :

« Hors de question. »

Autant TrishmuR était à présent pratiquement inféodé à sa volonté, autant Ulric ne pourrait contrôler une quinzaine de gobelins. Et s’ils parvenaient à remonter jusqu’au repaire du nécromancien et le tuaient, ce serait un immense gâchis pour l’apprenti scotomancien. Il valait mieux se contenter d’un piètre combattant comme TrishmuR et garder la possibilité de s’en débarrasser facilement si nécessaire, plutôt que de se coltiner un bataillon entier. Cependant, le gobelin risquait de ne pas aimer cette explication, ainsi Ulric en improvisa une autre :

« Si nous revenons plus tard, l’humidité risque d’effacer les traces. Et ton "roi" », poursuivit-il sans dissimuler l’ironie qu’il plaçait dans ce titre, « ne veut pas risquer plus de pertes que nous deux. »

Le gobelin ne répondit pas et sembla se résigner une fois de plus. Cependant, alors qu’ils approchaient d’un second carrefour, la piste qu’ils remontaient sembla tarir. Les taches de sang apparaissaient de plus en plus réduites, et de plus en plus espacées, et bientôt Ulric fut incapable d’en déceler de nouvelles. Ce n’aurait pas été un problème dans un couloir rectiligne : ils n’auraient eu qu’à continuer d’avancer jusqu’à trouver de nouveaux indices. Mais, malheureusement, trois chemins s’ouvraient devant Ulric. Lequel prendre ?

Ulric avança jusqu’au carrefour et posa un genou en terre, en tenant sa torche au-dessus du sol. Il devait bien avoir une petite gouttelette quelque part, ou une trace de pas imprimée dans la crasse, une mousse dérangée par le passage du nécromant, n’importe quoi qui indiquerait le chemin à prendre. Malheureusement, l’apprenti mage n’était pas pisteur et ne parvint pas à trouver le moindre indice. TrishmuR restait en retrait, craignant l’humain dont le visage commençait à montrer les signes clairs de l’impatience et de la frustration.

Le jeune homme continua d’inspecter nerveusement le sol, fixant la moindre saleté collée à la pierre du regard, comme si en faisant cela elles allaient soudainement lui révéler ce qu’il voulait savoir. Il examina ainsi tous les débouchés du carrefour, enjambant l’eau des canaux de ses longues jambes, pendant ce qui lui sembla durer des heures, avant d’exploser contre le gobelin :

« Ne reste pas planté là comme un gland, et aide-moi à chercher ! », gronda-t-il en se retournant vers TrishmuR.

La peau verte sembla hésiter un instant, comme si elle n’osait pas parler, avant de balbutier :

« Eh bien, euh… En fait, j’ai trouvé quelque chose… »

Est-ce que ce gobelin se moquait de lui ? Pourquoi restait-il planté là comme un bibelot inutile s’il avait trouvé quelque chose ?

« Quoi ?! », tonna Ulric.

TrishmuR leva le bras et pointa le tunnel qui s’ouvrait sur sa droite :

« Là-bas, il y a la masse de BaRshir. », révéla-t-il d’une petite voix qui montait sans cesse dans les aigus.

L’apprenti mage leva sa torche dans la direction indiquée. Effectivement, il lui sembla voir un objet sur le sol, peut-être quinze ou vingt mètres plus loin, bien qu’il n’aurait pas su dire qu’il s’agissait d’une masse dans l’obscurité ambiante. Le gobelin devait avoir de bons yeux.

Ulric se calma, maintenant que la piste semblait se rouvrir. Il se dirigea vers l'objet d’un pas rapide qui mit en fuite plusieurs rats, sans prendre la peine de remercier le gobelin qui le suivait. Il se retrouva rapidement au-dessus et put confirmer qu’il s’agissait bel et bien d’une masse. Une arme simple, tout juste un cylindre de métal au bout d’un manche en bois, vraiment. Mais, au moins, il s’agissait réellement d’une arme, contrairement au vieux couteau de cuisine que TrishmuR portait à sa ceinture de corde, ou aux javelines de bois durci au feu dont son clan semblait raffoler. Ulric se rappela que le gobelin lui avait dit qu’ils avaient monté une expédition juste pour récupérer l’équipement de BaRshir, ce qui ne lui semblait pas étonnant à présent.

L’apprenti mage ramassa la masse. Quelques traces de sang restaient sur le manche de l’arme, mais le fer était immaculé, si ce n’était pour quelques taches de rouille. Rien d’anormal, vu qu’elle n’avait servi qu’à se battre contre des morts-vivants décharnés récemment.

Ulric réfléchit un instant : s’il devait lui aussi tomber sur des squelettes, cette arme serait sans doute plus efficace que sa dague. Après tout, sans organes à percer, sans gorge à trancher et sans chaire à suriner, que pourrait-il bien faire de sa lame ? Avec la masse, il pourrait au moins briser leurs os.

L’apprenti mage fit un coup d’essai dans le vide : l’arme était bien plus lourde et moins maniable que ce à quoi il avait l’habitude, mais il se débrouillerait avec ça.

Soudain, TrishmuR reprit la parole :

« Est-ce que… Je pourrais l’avoir ? Elle appartient à mon clan… », hésita-t-il.

Ulric posa les yeux sur l’arme : avec ses pouvoirs magiques épuisés pour aujourd’hui, il en aurait clairement besoin, ça ne faisait aucun doute.

« Tu l’auras quand on aura fini. », mentit-il, « En attendant, contente-toi de tes javelots. »
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Re: Les égouts

Message par Ulric » mar. 29 juin 2021 01:34

Non loin de là où il avait trouvé la masse, Ulric découvrit une nouvelle tache de sang coagulée. Assez grande, quoique bien plus réduite que celle qui s’étendait là où BaRshir avait connu les derniers instants de sa misérable vie. Il semblait que le nécromant avait déposé le cadavre du gobelin un instant, sans doute pour soulager son épaule, expulsant au passage le peu d’hémoglobine qu’il abritait encore, et laissant la masse rouler au sol avant de l’abandonner. Sur la paroi du tunnel, il trouva une autre trace sanglante ; celle d’une main, vraisemblablement. Elle était trop informe pour en tirer quoique que ce soit, mais elle semblait trop grande et trop haute pour appartenir à un gobelin. Sans doute avait-elle été laissé là par le nécromant.

Ces nouvelles traces motivèrent Ulric : le repaire ne devait plus être très loin ! Cela voulait également dire qu’il devait redoubler de prudence. Il s’était enfoncé bien plus loin dans le territoire du nécromant que les gobelins, et ce sans subir d’attaque ou tomber dans un piège. Le danger était donc encore devant lui.

L’apprenti mage brandit sa torche devant lui : le tunnel semblait filer en ligne droite jusqu’aussi loin qu’il pouvait voir, sous une voute de pierre grise et humide. L’antre du nécromant était caché quelque part dans cette galerie. Tout proche, peut-être. Sans doute était-il dissimulé, que ce soit par un passage dérobé ou une magie dont il ignorait encore l’existence pour l’instant. Peu importe : il allait le trouver !

« Suis-moi, TrishmuR, et reste sur tes gardes. », ordonna-t-il au gobelin, soupçonnant qu’il risquait d’avoir besoin de lui d’ici très peu de temps.

La peau verte acquiesça, l’air de plus en plus nerveux, et suivit Ulric de près. Ils se collèrent tous les deux à la paroi pour ne pas glisser dans l’eau qui s’écoulait paresseusement dans le canal, au milieu du tunnel, tout en avançant. L’apprenti mage restait attentif à toute trace qu’il pourrait déceler, que ce soit au sol ou sur les murs, qui pourrait lui donner une meilleure image des déplacements du nécromant. TrishmuR, lui, balayait les environs du regard de façon saccadée, redoutant un danger à chaque instant. Ulric sursauta quand il l’entendit pousser un cri suraigu, dans son dos. Il s’apprêtait à en coller une au gobelin pour lui avoir fait peur quand celui-ci s’exclama :

« Là ! Ça a bougé ! »

« Quoi ? », demanda-t-il d’un ton acide.

Le gobelin pointa l’eau verdâtre et opaque de son doigt crochu, devant eux.

« Dans l’eau ! Il y a quelque chose ! »

Ulric avança de quelques pas, sa torche au-dessus du flot nauséabond, et tenta de discerner quelque chose, mais l’onde restait insondable. Il n’entendait rien non plus, si ce n’était le son du ruissèlement et les goutes qui suintaient de la voute à intervalle régulier. Le gobelin avait sans doute juste vu un rat se noyer.

« Tu es sûr que ce n’était pas juste un… ? », commença-t-il.

Mais il vit alors lui aussi un mouvement dans l’eau. Un léger remous qu’il n’aurait pas aperçu s’il n’avait pas été attentif. S’il avait contemplé le même mouvement dans un ruisseau, il aurait pensé à un poisson fuyant un danger. Mais ici ? Ulric doutait fortement qu’il y ait quoi que ce soit de vivant dans cette eau-là.

Le remous se reproduisit, de façon plus notable, cette fois-ci. Il y avait clairement quelque chose en train de remuer là-dessous. Soudain, dans un bruit aqueux, une silhouette squelettique se redressa à moitié, comme si elle venait de se réveiller. Ulric avait raison sur point, il n’y avait effectivement rien de vivant là-dedans, car cette ce qui venait d'émerger de l'eau verdâtre était mort depuis de nombreuses années.

La chose, à présent assise, tourna lentement son crâne décharné vers Ulric. De l’eau ruisselait de ses orbites vides sur ses côtes jaunies, alors que son regard aveugle se fixait inexplicablement sur lui. De peur, Ulric fit un pas en arrière. C’était très précisément pour trouver ce type de créature qu’il avait organisé cette expédition dans les égouts mais, une fois face à elle, il ne put réprimer un profond sentiment de malaise.

Le mort-vivant se redressa lentement, sans un son, et se révéla dans toute sa morbide absurdité. Il lui manquait sa mâchoire inférieure et plusieurs de ses côtes étaient brisées, mais il ne semblait pas en souffrir. Aucun muscle ni tendon ne se fixait plus à ses os fanés, et pourtant il se mouvait. Et lorsqu’il plongea ses yeux dans ses orbites vides, Ulric ne pouvait douter un instant qu’elle lui rendait son regard. Alors, dans l’esprit de l’apprenti mage, une fascination macabre se mêla à la peur, la bouscula, l’écrasa puis la remplaça tout entière. Il ressentit la même fascination qu’il avait connue alors qu’il apprenait, seul dans sa chambre d’auberge, à commander aux ombres pour créer un voile de ténèbres. Il se souvint de cette sensation enivrante de toute puissance que lui avait procuré sa magie, alors qu’il pliait la nature à sa volonté. Mais cette chose qui le fixait, elle ne se contentait pas de jouer avec la lumière et les ombres. Non, elle distordait les règles de la vie elle-même ! Tout dans cette créature criait son impossibilité, son absurdité et, pourtant, elle était là devant lui, comme l’ultime affront à des lois bien au-dessus de celles des mortels. L’idée de pouvoir commander à ce genre de créatures parut soudain suprêmement attirante au jeune mage, bien plus que la richesse ou le pouvoir, car cette magie irait bien au-delà de la maitrise des éléments ; ce serait plier la vie et la mort elles mêmes à sa volonté.

TrishmuR, en revanche, ne semblait pas partager sa fascination et, là où Ulric s’était trouvé une nouvelle vocation, il ne voyait qu’un danger, et à juste titre. C’est ainsi que, bien plus réactif que le mage, il projeta un de ses javelots en hurlant un cri de guerre stupide :

« À mort les morts ! »

Le javelot vola au travers du tunnel, mais le gobelin avait visé bien trop haut, et il se brisa contre la voute. S’il avait raté sa cible, il eut au moins le mérite de tirer Ulric de ses pensées. Le jeune mage brandit sa masse, prêt à se défendre, alors que le squelette avançait en boitant. Il ne portait pas d’arme, alors il tendait ses bras décharnés en avant, ses mains squelettiques tordues comme les serres d’un rapace vers la gorge d’Ulric.

L’apprenti mage abattit sa masse vers le bras droit du mort-vivant, le frappant un peu au-dessus du poignet. Il entendit le son d’un craquement sec lorsque le radius du squelette se brisa. Le coup détacha également le cubitus qui tomba au sol, emportant avec lui sa main qui se désagrégea en une pluie de phalanges et de métacarpes. Cependant, Ulric, qui n’avait pas l’habitude de ce type d’arme, fut emporté vers le bas par son poids et ne put ainsi éviter la seconde main du mort-vivant qui vint le saisir à la gorge. La chose serra sa poigne avec une force surnaturelle pour l’étrangler et ne lâcha pas sa prise lorsque l’apprenti mage tenta de le déloger en martelant son bras de coup de coudes.

C’est alors qu’un second javelot fendit l’air. Il ne rata pas sa cible, cette fois-ci, et sa pointe de bois vint se loger dans l’épaule du squelette, faisant éclater l’articulation. Son bras gauche se détacha de son corps, et la puissance d’outre-tombe qui animait ses os les désertèrent, relâchant ainsi la prise du squelette sur la gorge d’Ulric. Le mort-vivant ne sembla pas s’émouvoir davantage de la perte d’un bras que de celle de sa main droite, et il revint à l’assaut en tentant de poignarder le mage à l’aide de son radius brisé. Ulric leva son bras gauche tenant toujours sa torche devant lui dans un geste défensif, et l’os s’abattit d’un coup d’estoc dans son avant-bras. Le mort-vivant avait frappé avec force, mais son os brisé ne fut pas capable de pénétrer profondément la chaire, bien qu’il laissât une plaie sanglante en forme de demi-lune.

Ulric, à la fois surpris et impressionné de l’acharnement de la créature qui continuait de se battre même privée de ses mains, ne put toutefois s’empêcher un cri de douleur. Il contre-attaqua cependant en frappant le crâne du mort-vivant à l’aide de sa torche, espérant que le feu le repousserait. Le coup le poussa à reculer, mais le feu ne sembla pas l’affecter. TrishmuR profita cependant que le squelette s’éloigne du mage pour crier :

« Ecarte-toi ! »

Ulric se tapit contre la paroi juste à temps pour voir un troisième javelot passer juste là où il se trouvait un instant plus tôt et filer droit dans la cage thoracique du mort-vivant. Le coup brisa son sternum et plusieurs côtes se détachèrent pour se fracasser sur le sol de pierre. Le revenant n’était à présent plus qu’un fragile assemblage d’ossements proche de sa destruction. L’apprenti mage leva sa masse au-dessus de sa tête et s’apprêta à lui porter le coup de grâce en lui fracassant le crâne. Ulric avança d’un pas vers le mort-vivant, tout en abattant son arme. Il sentit l’os être pulvérisé par son coup, et le reste du squelette s’effondra, à présent inerte.

Il n’eut pas le temps de célébrer sa victoire, cependant, car, au même moment, une main s’empara de son mollet et le tira en arrière d’un coup sec. Déséquilibré, Ulric fut de nouveau emporté par le poids de son arme mais, cette fois-ci, il chuta lourdement au sol, et atterrit sur le tas d’ossements qu’il venait de détruire, lâchant sa torche et sa masse.

Un second squelette émergea du canal. Dégoulinant d’une eau immonde. Il rampa sur Ulric après l’avoir fait chuter, un bras tendu en avant, et referma sa poigne décharnée sur sa longue tignasse aile-de-corbeau. Le mort-vivant traina ensuite le mage vers l'onde putride, le tirant par les cheveux comme on traine un chien récalcitrant. L’apprenti mage n’eut pas le temps de protester que le squelette plongea sa tête dans l’eau pour tenter de le noyer.

Ulric se débattit et tenta de sortir la tête hors de l’eau, mais le mort-vivant, toujours sur lui, se tenait fermement à sa prise. L’apprenti mage tenta de le déloger en le frappant de ses coudes, mais sans succès. Il ne tiendrait plus très longtemps sans air et devait se dégager, et vite.

(Si je dois mourir, ce ne sera pas noyé dans un putain d’égout !), pensa-t-il avec rage.

Il changea alors de stratégie : le squelette avait de la force mais, sans ses chairs, il était aussi très léger. Au lieu de tenter de le dégager, Ulric posa ses mains sur le rebord du canal et poussa, autant avec l’énergie du désespoir que de la colère envers cette chose qui essayait de le tuer d’une façon aussi humiliante. Il parvint à se soulever et à reprendre une aspiration salutaire, alors que le mort-vivant tentait de le replonger dans l’eau en poussant l’arrière de sa tête.

Ulric roula sur le côté afin de se retrouver au-dessus du squelette, et son simple poids suffit à lui briser les côtes dans un craquement sonore. Le mort-vivant lâcha enfin sa prise sur ses cheveux et l’apprenti mage put se dégager. Il n’eut cependant pas le temps de se redresser que son corps fut pris d’un violent spasme. Il se mit à quatre pattes comme par reflexe et se mit à vomir une bile qui lui laissa un goût acide en bouche, alors que ses tripes se révoltaient contre le liquide sordide dans lequel il avait été plongé.

Le squelette en profita pour se redresser difficilement, plusieurs de ses côtes brisées se détachant de lui pour tomber dans un cliquetis de fragments d’os. Le corps d’Ulric se calma et, toujours à quatre pattes, il décida de rendre sa pareille au squelette en attrapant ce qu’il lui restait de mollet pour tirer dessus. Le mort-vivant chuta à son tour, laissant le temps au mage pour se relever.

Une fois debout, Ulric envoya son pied voler dans le crâne du revenant, délogeant plusieurs dents, mais il refusait de mourir à nouveau. Le mage tenta alors de le broyer en écrasant son pied dessus. La boite crânienne était solide et résista aux deux premières tentatives mais, à la troisième, l’os céda enfin sous son poids et craqua. Le squelette cessa toute résistance et ses os se désolidarisèrent les uns des autres. Ce qu’il lui restait de côtes tomba, un fémur roula et plongea dans l’eau opaque pour ne plus jamais réapparaitre, alors que les nombreux petits os des mains et des pieds n’étaient plus que des tas d'ossements informes.

Se demandant où était passé TrishmuR, Ulric se retourna et découvrit un troisième squelette qu’il n’avait pas vu, alors qu’il était trop occupé à se battre avec le second, en train d’étrangler le gobelin. Ce dernier, les yeux rouges de sang, lui lançait un regard le suppliant de l’aider. Ulric ramassa la masse qui gisait au sol et fit décrire à l’arme un large arc de cercle, qui se termina sur la colonne vertébrale du dernier revenant. Le choc fut violant et il le sentit se répercuter jusque dans son épaule, mais le mort-vivant tint bon. Il lui infligea alors un second coup qui lui fracassa plusieurs côtes, puis un troisième qui, finalement, lui brisa le dos. Le squelette tomba en morceau au-dessus du gobelin, mais celui-ci ne semblait plus donner signe de vie. Les quelques secondes qu’il avait fallu à Ulric pour détruire le revenant avaient été celles de trop.

Les yeux exorbités du gobelin continuaient de le fixer. Il s’était bien battu, mieux que ce qu’il aurait pensé en le voyant la première fois, et n’avait pas pris la fuite. Il avait été un bon outil, finalement.

« Tu as bien servi, TrishmuR. », lâcha-t-il au gobelin dans un murmure en guise d’oraison funèbre.

Ulric se laissa glisser contre la paroi du tunnel avec un soupir. Il aurait besoin de quelques minutes pour reprendre son souffle avant de continuer, seul.
Modifié en dernier par Ulric le mer. 30 juin 2021 16:45, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » mer. 30 juin 2021 12:56

Son visage dégoulinait toujours de l’eau abjecte dans laquelle le revenant avait tenté de le noyer, et la sensation de nausée refusait de le quitter. Ulric s’empara d’un bout de sa vieille cape grise dans son dos et s’en servi pour s’essuyer la figure, avant de cracher un glaviot au gout de bile au loin.

C’était la seconde fois qu’il avait dû se battre de la journée ; d’abord le ratissa, puis les morts-vivants. Maintenant que l’adrénaline du combat s’était dissipée, il se sentait épuisé. Epuisé, et terriblement frustré. Il avait déjà fait ses premiers pas sur le long chemin vers la maitrise de sa magie, appris un sort en autodidacte sans personne pour le guider, augmenté la quantité de fluide qu’il possédait naturellement… Et pourtant, il avait usé tous ses pouvoirs sur un rat géant et en avait été réduit à se battre avec une arme des plus mondaine contre des squelettes boiteux et sans armes, et y serait sans doute resté si ce n’était pour le gobelin et ses javelines de bois.

Il lui restait tellement à apprendre, et maitriser la scotomancie lui prendrait des années, à n’en pas douter. Mais, malheureusement, la patience ne faisait pas partie des qualités d’Ulric. Il voulait progresser plus vite. Dès qu’il en aurait les moyens, il devrait retourner auprès des contrebandiers et se procurer davantage de fluides sombres. Sa première absorption avait été une expérience intense, et il ignorait si la réitérer après aussi peu de temps était une bonne idée, mais à Phaïtos les conséquences !

Le nécromant pourrait aussi l’aider en ce sens, mais c’était un pari risqué. Rien ne prouvait qu’il se montrerait coopératif, et Ulric ne pourrait supporter un troisième combat aujourd’hui, et surtout pas contre un mage. Mais il refusait d’avoir fait tout ce chemin pour rien ; il devait au moins trouver son repaire, quitte à revenir un autre jour.

Après quelques minutes, la nausée passa et l’apprenti mage se redressa, prêt à reprendre son exploration. Mais, avant cela, il s’approcha à nouveau d’un des tas d’os qui jonchaient le sol. Il n’avait pas eu le loisir de les observer durant le combat mais, à présent, toute une foule de questions se bousculaient dans son esprit au sujet de ces créatures.

Pour commencer, comment tenaient-elles ensemble ? Avant de les voir, Ulric aurait sans doute pensé qu’un nécromancien lierait les os entre eux à l’aide de bandes de cuir, de ficelle ou même d’anneaux métalliques avant de les réanimer, mais il ne voyait rien de ceci. Ils ne semblaient tenir ensemble que par pure magie, d’une façon qu’il ne savait pas encore expliquer. Les os étaient-ils liés par des liens invisibles similaires à ceux qu'il avait appris à tisser pour commander aux ombres?

Ensuite, comment étaient-ils animés ? Est-ce qu’un nécromancien les commandait à distance comme s’il ne s’agissait que de pantins, ou avaient-ils leur propre volonté ? Ou quelque chose entre les deux ? La rencontre de ces créatures l’avait laissé avec plus d’interrogation que de réponses mais, au moins, il avait à présent des questions auxquelles répondre.

Ulric ramassa sa torche qui continuait de se consumer au sol et jeta un dernier coup d’œil derrière lui, au gobelin qu’il avait mené à sa mort. Sans doute aurait-il dû ressentir des remords, mais il n’y arrivait pas. TrishmuR avait rempli son rôle, et il était reconnaissant pour ça, mais désolé ? Il était inutile de perdre davantage de temps ici, de toute façon.

L’apprenti mage noir reprit sa route, gardant cette fois-ci un œil sur l’eau opaque. Il serait étonnant que le nécromant use deux fois de la même ruse, mais il valait mieux être prudent, à présent.

Ulric marcha encore pendant une ou deux minutes, le silence des égouts seulement brisé par le bruit de ses pas et les couinements des rats, lorsque la lumière de sa torche sembla révéler quelque chose devant lui. Une faille s’ouvrait dans la paroi du tunnel, juste assez large pour laisser passer un homme de biais. C’était comme si une petite partie de la maçonnerie s’était effondrée, ou si quelqu’un l’avait délibérément percée.

(Est-ce que ce serait juste là ?), se demanda le mage.

Ulric accéléra le pas, pressé de savoir s’il avait enfin découvert le repaire du nécromant. La faille lui arrivait un peu en dessous des épaules, mais il n’aurait pas de mal à passer en faisant un peu de gymnastique. Malgré le fait que la paroi avait été percée, aucun débris ne jonchait le sol, pas de pierres ou de reste de mortier, laissant penser que quelqu’un avait déblayé le passage. Cela corroborait l’idée que quelqu’un passait régulièrement par cette ouverture. Ulric s’abaissa et passa sa torche au travers de la faille avant de jeter un coup d’œil. Il y avait définitivement une salle de l’autre côté, murée durant la construction des égouts. Il vit également un vieux piège à ours piqueté de rouille, posé sur le sol de l’autre côté. Il ne l’aurait pas vu sans sa torche, mais il était clairement visible de quiconque possédant une source de lumière.

(Je me serais attendu à un système de sécurité un peu plus élaboré, pensa le mage, mais ça ne peut qu’être là !)

Il posa un genou sur le sol et tenta d’en voir davantage. La salle semblait être un ancien boyau, taillé directement dans la roche. Elle semblait assez large, peut-être quatre mètres, mais tournait assez rapidement sur sa droite, l’empêchant de voir plus loin. Les murs étaient humides et lissés par l’érosion, alors que le plafond arborait plusieurs stalactites de calcaire, attestant de l’ancienneté de son excavation. Peut-être était-ce une section des anciennes catacombes de la ville ? Il ne voyait pas d’ossements, pourtant, mais peut-être avaient-ils juste été déplacés.

Quelque chose d’autre frappa l’apprenti mage : il lui semblât apercevoir une lumière, provenant de l’autre côté du tournant. Pas très puissante, cependant. Des bougies, peut-être ? Ça ferait sens, après tout, si c’était bien l’antre du nécromant, il devait s’éclairer.

Mais Ulric devait se montrer prudent ; à moins que le nécromancien ne soit parti en vadrouille, il était sans doute là-dedans, tout près. Il tendit l’oreille, guettant le moindre son de pas, de respiration ou n’importe quoi d’autre qui indiquerait une présence. Il ne décela rien, cependant. Peut-être devrait-il s’approcher un peu plus ? Et s’il était là, comment l’approcherait-il ? Peut-être qu’il pourrait lui proposer son aide contre les gobelins, comme il connaissait à présent l’emplacement de leur "palais" et leur nombre. Peut-être que le nécromant ne possédait pas ces informations ? Ou peut-être qu’il s’en moquait et le tuerait sur place. Le pari était risqué.

Ulric éteignit sa torche dans le canal pour se faire plus discret, et s’en servit ensuite pour tenter de repousser le piège à ours, en se repérant à l’aide de la faible lumière qui parvenait jusqu’à lui. Cependant, il avait beau pousser, le piège ne bougeait pas d’un poil. Il devait avoir été fixé au sol. Ulric se résolu à l’activer à l’aide de sa torche, et ses mâchoires métalliques se refermèrent dans un claquement sonore qui, dans la quiétude du tunnel, aurait tout aussi bien pu être un coup de tonnerre, brisant le manche de bois d’un coup.

(Finalement, c’était peut-être moins un piège qu’une alarme.)

Ulric se mit en alerte, prêt à fuir au moindre signe de danger, tous les sens à l’affut. Mais de nouveau, rien ne vint. Après une bonne minute à rester immobile, guettant le moindre son, l’apprenti mage se sentit suffisamment rassuré pour finalement se faufiler au travers de la faille.

Il passa d’abord une jambe, par-dessus les mâchoires du piège à présent fermé, puis fit un peu de gymnastique pour passer son corps de biais et, enfin, sa tête. Une fois de l’autre côté, il se tapit contre la paroi sur sa droite et avança lentement, et le plus silencieusement possible, vers le tournant. Il s’arrêta juste avant ce dernier et, une fois de plus, tendis les oreilles pour repérer le moindre mouvement, avant d’oser un coup d’œil.

Le tunnel ne changeait guère par la suite : des parois de roche lissée par le temps, si ce n’était pour quelques trainées blanchâtre laissée par le calcaire, quelques stalactites se formaient lentement au plafond, goutte après goutte. Mais, ici, le tunnel avait été aménagé ; Ulric put voir plusieurs grandes cages de fer posées contre une paroi. La lumière dansante de cierges révéla des silhouettes décharnées à l’intérieur de celles-ci qui se tenaient immobiles, debout. Sans possibilité de mouvement, les morts-vivants restaient apathiques, ne prenant même pas la peine de tourner leurs orbites vers l’intrus qui pointait sa tête. A côté des cages se trouvait un étrange outil : une longue perche au bout de laquelle était fixée un anneau métallique qui servait d’attache à un nœud coulant.

Comme il ne vit personne, si ce n’était les squelettes enfermés dans leurs cages, Ulric prit suffisamment confiance pour s’aventurer plus en avant dans le repaire du nécromant, qui semblait absent. A l’opposé des grandes cages, il en vit de bien plus petites qui enfermaient des rats, qui semblaient davantage là comme sujets de test que comme sources de nourriture. Non loin se trouvaient plusieurs tonneaux de bois qu’il s’empressa d’ouvrir, pour ne découvrir rien de plus que des provisions de poissons salés. Plus en avant dans le tunnel, une vieille table était adossée à la paroi, accompagnée d’une unique chaise. Couverte de cierges et de tomes épais, ainsi que d’une plume et d’un encrier, il devait s’agir d’un bureau d’étude. Un sac de couchage posé sur une couche de paille et un braséro dans lequel brillait encore des braises rouges comme une cerise bien mûre complétaient le mobilier. Au-delà, le tunnel poursuivait sa course jusqu’à se perdre dans les ténèbres. Mais le plus intéressant se trouvait au milieu de tout ça ; d’étranges cercles avaient été tracés à la craie au sol, ainsi que plusieurs glyphes inconnus. En leur centre gisait le corps d’un gobelin, raide et exsangue. Le fameux BaRshir dont le sang l’avait guidé jusqu’ici, à n’en pas douter.

Ulric s’approcha du mystérieux rituel. S’agissait-il là du procédé nécessaire pour relever les morts ? Mais si c’était le cas, pourquoi le nécromant s’était-il absenté en laissant le gobelin joncher le sol, aussi inanimé qu’inutile ? Lui manquait-il un ingrédient important ?

Il refit ensuite quelques pas vers les squelettes en cage. Pourquoi ceux-là était-ils enfermés ? Ne les contrôlait-il pas ? Où était-ce là seulement une expérience cherchant à les rendre plus docile ? Ou juste une façon pratique de les empêcher de rester dans le chemin ?

Les questions s’accumulaient mais, comme à leur habitude, les réponses tardaient à suivre. Si le nécromant gardait des notes ou un journal de ses expériences, il pourrait sans doute les y trouver, et bien plus encore.

Ulric se dirigea à grands pas vers le bureau et se mit à le fouiller sans la moindre gêne, en quête d’un carnet ou de quoi que ce soit d’autre qui pourrait l’éclairer. La plupart des tomes semblaient être de vieux grimoires assez similaires à celui qu’il possédait, et il aurait besoin de temps pour les éplucher. Il ne pourrait le faire ici, pas sans risquer à tout instant que le nécromancien ne revienne pour le surprendre en train de fouiller dans ses affaires. Il reposa le grimoire qu’il avait prit à sa place après avoir aperçut un livret bien plus petit, relié de cuir usé, posé sur un coin de la table. C’était peut-être ce qu’il cherchait. Il tendit la main pour s’en emparer quand un autre objet attira son attention. A côté de l’encrier, il vit une petite pierre gravée d’un symbole. Elle semblait étrangement similaire à ces runes que lui avait donné Furet en paiement pour son aide. Cette petite pierre était-elle l’une d’elles ? L’apprenti mage la prit entre ses doigts et l'examina un instant, puis la rangea avec les autres. Il lui faudrait consulter un enchanteur pour en savoir plus à leur sujet.

Ulric allait reporter son attention sur le livret lorsqu’il entendit un bruit sur sa gauche, là où le tunnel disparaissait dans l’obscurité. Il scruta le fond du tunnel, pensant qu’un danger venait de là-bas, mais c’est bien proche de lui que surgit la menace. Un homme émergea brutalement d’une des grandes ombres que projetait la lumière dansante des cierges, là où il n’y avait personne seulement un instant plus tôt.

L’homme était assez jeune, peut-être quelques années de plus qu’Ulric, guère plus. Il portait un épais tablier de cuir protégeant une tunique noire à la coupe simple mais de bonne facture, ainsi qu’une paire de gants de la même matière. Ses cheveux roux étaient coupés court, au-dessus d’un visage fin seulement gâché par une cicatrice en forme d’étoile sur sa pommette gauche. Il tenait une baguette taillée dans une section de fémur en main et, sans sommation, clama une syllabe sibylline avec force.

Sa baguette brilla l'espace d'un battement de cœur d’une lueur verdâtre et, l’instant suivant, les portes des enfers semblèrent s’ouvrir autour de lui. La pièce fut soudain envahie de feux-follets tournoyants dans tous les sens, des crânes irradiants de malveillance volèrent dans les airs en hurlant de leur voix d’outre-tombe. Plusieurs spectres apparurent et tournèrent leur regard vers l’apprenti mage : plus que des ombres des personnes qu’ils étaient jadis, ils étaient translucides et le visage de la plupart d’entre eux avait disparu, ne laissant place qu’à une forme vague et éthérée. Mais il y avait un des spectres qu’Ulric reconnaissait très bien : la gorge tranchée, son corps couvert de sang, Wilifrid, le membre de son ancien gang qu’il avait tué, le fixait avec des yeux exorbités par la haine.

Aussitôt qu’elles apparurent, les manifestations se jetèrent sur Ulric, hurlant des cris effroyables. Ulric s’empara de sa masse pour se défendre, bien trop effrayé pour réaliser que les coups rageurs des défunts le traversaient sans lui faire de mal. Il porta un coup à l’âme désincarnée de Wilifrid, mais l’arme passa au travers de l’apparition comme si elle n’était pas là.

Le nécromancien, lui, semblait satisfait de son petit tour car, trop occupé à se battre contre des spectres inoffensifs, Ulric ne remarqua pas la créature qui se mouvait derrière lui, perchée sur l’une des cages. Il s’apprêtait à donner un nouveau coup, aussi paniqué qu’inutile, lorsqu’une masse s’écrasa sur ses épaules, le projetant face contre terre.

Les spectres se volatilisèrent aussi soudainement qu'ils étaient apparus, ne laissant que l'homme et la créature qui maintenait Ulric au sol, pesant de tout son poids dans son dos. Le nécromant posa ses mains sur ses hanches, l'air triomphal, alors qu'il dévisageait l'intru de haut. C'est alors qu'il parla, d'une voix où se mêlait le sarcasme et l'amusement:

« Tiens, tiens, qu'avons-nous là? Une petite fouine s'est perdue... »

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Ulric
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Re: Les égouts

Message par Ulric » lun. 19 juil. 2021 00:44

La créature qui pesait sur le dos d’Ulric rendait sa respiration difficile, autant à cause de son poids que de l’odeur infecte qui s’en échappait. Mais, au moins, elle n’avait pas encore décidé de le réduire en pièce, il fallait voir le bon côté des choses. Et puis, ce n’était que la deuxième fois que l’apprenti mage se faisait capturer aujourd’hui, après-tout.

« Maintenant que tu es immobilisé, on va peut-être reporter les présentations à plus tard et passer directement aux questions. », commença le nécromancien, « Qu’est-ce que tu fous ici ? »

« Je te cherchais. », se contentât de répondre Ulric.

Le nécromant haussa un sourcil :

« Tu me cherchais ? Tiens donc… », dit-il d’un ton sceptique.

Le rouquin s’avança et s’empara du bras droit d’Ulric sans ménagement, avant de retrousser la manche de sa tunique d’un mouvement sec. Il semblait chercher un symbole ou une marque sur son avant-bras et, bien entendu, ne la trouva pas.

« Peu de personnes savent que je suis ici et, clairement, tu n’en fais pas partie. Alors, je réitère ma question : qu’est-ce que tu fous ici ? », insista-t-il.

« Je ne te cherchais pas toi en particulier », commença Ulric que le poids de la créature commençait à étouffer, « On m’a parlé d’un nécromancien qui se cachait dans le coin. J’ignorais de qui il s’agissait précisément. »

« Bien, on avance. Deuxième question », poursuivit-il, « Qui t’envoie ? La milice ? Un prêtre de Gaïa ? Un des tarés de Raban ? »

« Qui m’envoie ? Je ne sers personne », répondit Ulric, catégorique, « Après, si tu veux savoir qui m’a indiqué qu’un nécromancien était dans le coin… », poursuivit-il, laissant sa phrase en suspens pendant un moment.

Le nécromant fronça les sourcils, attendant qu’il continue.

« Disons que pour chaque question à laquelle je réponds, tu répondras à une des miennes en échange. », osa-t-il.

Le nécromant ouvrit grand les yeux, estomaqué par le culot de son prisonnier qui, même à terre, osait encore marchander. Il resta muet de surprise un instant, avant d’éclater dans un rire sonore qui emplit la pièce.

« Par les os de Chandakar ! Tu crois vraiment être en mesure de marchander ? », demanda-t-il, hilare.

« Précisément ! Je suis déjà à ta merci, je ne perds rien à essayer. »

Pour la seconde fois, le rouquin se mit à rire.

« Disons que j’accepte ton petit jeu, juste parce que tu m’amuses. Je commence : qui t’as dit où me trouver ? »

« Tout d’abord… », commença l’apprenti mage qui commençait sérieusement à avoir du mal à respirer, « Est-ce que tu peux demander à ta créature de me laisser un peu d’air ? »

Le nécromant haussa les épaules. Il n’avait pas l’air de se sentir menacé par Ulric, et sans doute avait-il raison. Il pouvait bien laisser son captif vivre un peu plus longtemps.

« Très bien. J’imagine que ce sera plus amusant si tu ne t'étouffes pas dans la minute. »

Il interpella sa créature :

« Jovamine ! Laisse notre invité se relever. »

Ulric sentit enfin le poids quitter son dos et prit une inspiration de soulagement. Il se releva lentement, autant pour ne pas brusquer la chose qui était encore dissimulée derrière lui que parce que son corps était endolori par ses combats passés et la position inconfortable dans laquelle il avait été gardé.

Une fois debout, il vit la créature qui l’avait plaqué au sol le contourner pour aller rejoindre son maitre. La chose était humanoïde, et peut-être avait-elle humaine un jour, mais la non-vie semblait avoir altéré son corps au-delà de toute humanité. Sa chaire était grise et dépourvue du moindre poil, ses longs membres simiesques étaient parcourus de muscles fins mais saillant de sa forme autrement famélique et se terminait par des ongles épais et noirs qui évoquaient davantage les serres d’un rapace. Son visage, ou plutôt ce qu’il en restait, était repoussant et déformé. Le nez avait disparu, ne laissant qu’un orifice triangulaire là où il aurait dû se trouver, et sa bouche était immonde et démesurée, laissant apercevoir de petites dents pointues profondément enfoncées dans des gencives noires. Elle se déplaçait à quatre pattes, le dos courbé laissant deviner la forme de ses vertèbres en dessous de sa peau sans vie, et parti s’assoir aux pieds du nécromant, comme un animal de compagnie.

Mais le pire dans tout ça, ou le mieux, Ulric n’arrivait pas à se décider, c’est qu’elle prit la parole, d’une voix grasse et stupide :

« Jojo bonne gougou ! », clama la créature.

Le nécromancien posa une main sur sa tête, comme s’il s’agissait d’un chien fidèle.

« Oui, tu es une bonne goule. », dit-il avec tendresse avant de revenir à Ulric.

« Tu me dois une réponse, donc. »

Ulric mit un instant à réagir, trop occupé à penser qu’il fallait vraiment être un taré pour voir une créature comme celle-là et décider de l’appeler « Jovamine », avant qu’une petite voix dans sa tête lui chuchote qu’il n’était pas vraiment mieux.

« Les gobelins. », répondit-il enfin.

Le rouquin leva les bras au ciel dans un geste théâtral :

« Les gobelins ! », fit-il d’une voix exaspérée, « Je pensais être débarrassé de leur engeance en quittant Omyre, et ces saletés viennent m’emmerder jusqu’à Kendra Kâr ! »

« A ton tour, à présent. »

Ulric réfléchit un instant et repensa à la façon dont il avait surgi d’une ombre pour le prendre par surprise. Ce pouvoir l’intriguait et pourrait lui être bien utile.

« Comment as-tu fait pour sortir d’une ombre ? », demanda-t-il, curieux.

La question laissa le nécromant perplexe un instant :

« C’est vraiment ça qui t’intéresse ? »

Ulric acquiesça d’un mouvement de tête.

« C’est juste un petit tour de débutant… Dès qu’un scotomancien commence à développer une réelle affinité avec les ombres, il l’utiliser pour lancer différents sorts assez simples, sans avoir à dépenser ses fluides. Comme se dissimuler dans une ombre, comme je l’ai fait. Mais c’est assez dur à expliquer, il faut expérimenter soi-même pour le comprendre. Il en va de même pour les mages maniant d’autres éléments. Satisfait ? »

L’explication était assez courte, mais Ulric but les paroles du nécromant. Ainsi, il était possible de lancer certains sorts sans épuiser ses fluides ? Même s’il s’agissait de sorts simples, l’apprenti mage était impatient d’essayer lui-même. Son interlocuteur avait également évoqué qu’il existait plusieurs de ces sorts, sans en préciser davantage, et l’idée de pouvoir expérimenter avec ses pouvoirs pour découvrir tout ce qu’il était possible de réaliser grâce à eux l’enthousiasma.

« C’est à nouveau à moi. », reprit le nécromant, « Pourquoi cherchais-tu un nécromancien ? »

Une bonne question. Après tout, le plan d’Ulric était resté assez vague sur ce qu’il ferait quand il aurait trouvé son repaire, et ce jusqu’au bout. Il s’était demandé s’il devrait tenter une approche amicale, s’introduire discrètement et dérober tout ce qu’il trouverait d’intéressant, ou même revenir un autre jour et tenter de passer en force, avant de finalement opter pour la deuxième solution lorsqu’il pensait que l’endroit était vide. Mais quel que soit l’approche choisie, il l’aurait toujours fait dans un même but.

« Pour apprendre. », répondit-il sobrement.

« Pour apprendre ? », demanda le nécromant, « Ne te moque pas de moi, je t’ai vu fouiller dans mes affaires. Ce n’est pas comme ça qu’on fait des présentations avec un mentor.»

« Je n’ai dit d’apprendre auprès de quelqu’un… Et je suis sûr que ces grimoires sont très intéressants. », dit-il en lorgnant sur le bureau sur lequel trônaient plusieurs tomes épais.

Le rouquin eut un petit rire amusé :

« Ah, je vois le genre ! Un petit magillon qui veut me voler mes recherches ! Cependant, en parlant de fouiller, je ne voudrais pas te paraitre malpoli en te rendant pas la pareille. Jovamine ! », dit-il en pointant Ulric d’un doigt.

« Jojo manger ? », demanda la goule.

« Non, amène-moi juste son sac. Tu pourras manger le gobelin après, je ne pense pas que j’irais plus loin avec lui. »

La créature quitta l’ombre de son maitre et s’avança à nouveau vers Ulric, avant de tendre ses longs bras simiesques.

« Jojo prendre sac ! », s’exclama-t-elle en arrachant la vieille sacoche de cuir d’Ulric.

« Hey, ce n’est pas ce qu’on avait convenu ! », protesta l’apprenti mage.

« J’ai juste convenu de répondre à tes questions si tu répondais aux miennes et de te laisser respirer. Le sac n’a jamais été évoqué. », répliqua le nécromant.

La goule repartit d’une démarche bestiale, ses ongles changés en griffes refermés sur les maigres possessions d’Ulric. Elle tendit sa prise au nécromant, avant de se saisir du corps raide et froid du gobelin toujours étendu au centre du repaire et d’aller le mâchouiller dans un coin sombre.

Le nécromancien, lui, ouvrit la sacoche sans se soucier de l’air outré d’Ulric. Il n’avait pas grand-chose de valeur à voler, mais il y avait son grimoire là-dedans. Il avait tué quelqu’un et s’était aliéné son ancienne bande pour s’en emparer, ce n’était pas pour se le faire voler à son tour !

« On n’est pas riche, n’est-ce pas ? », commenta le nécromant en ouvrant le sac.

Il en sorti rapidement le grimoire, comme il n’y avait pas grand-chose d’autre dedans de toute façon, et laissa tomber le sac. Il retira un de ses gants de cuir et ouvrit le vieux tome en son milieu. Ulric vit ses yeux valser de gauche à droite alors qu’il en parcourait le contenu.

« Ne touche pas à ça ! », protesta de nouveau l’apprenti, sans réel moyen de défendre son bien.

« Calme-toi, je te rendrais après. Ou faut-il que je rappelle Jovamine ? »

Ulric jeta un coup d’œil à la créature grisâtre qui mangeait toujours son gobelin, non sans émettre moult bruits de mastication écœurants. Sa musculature était fine mais semblait puissante, et il ne voulait surtout pas se frotter à ses serres. Surtout avec ses fluides épuisés par ses combats précédents, il ne doutait pas que la goule ne ferait qu’une bouchée de lui. Ainsi, Ulric ne répondit pas et cessa ses protestations, résigné.

« Bien. », commenta le nécromancien en tournant une page.

Quelques secondes passèrent en silence alors qu’il continuait de parcourir l’ouvrage. La colère se lisait toujours dans le regard d’Ulric, mais il resta silencieux. Il était inutile de se mettre le nécromant à dos.

« Assez basique, mais ce sont des fondements solides. », reprit-il finalement.

Il tourna une nouvelle page dans un bruit de froissement de vieux parchemin :

« Ça, c’est n’importe quoi, en revanche. », critiqua-t-il sans citer le passage dont il parlait.

Il revint ensuite au début du grimoire.

« Il n’y a pas d’index, là-dedans ? »

« Eh non. », soupira Ulric qui avait déjà eu tout le loisir de constater que sa seule source de savoir magique n’avait pas le moindre semblant d’organisation.

« Comment tu veux t’y retrouver là-dedans si tu ne sais pas où chercher l’information qu’il te faut ? », broncha le nécromancien en refermant le tome d’un mouvement sec, « Au moins, il peut servir de focus. »

« De quoi ? », demanda Ulric qui n’avait aucune idée de quoi il parlait.

« De fo… Tu ne vas pas me dire que tu ne sais pas ce qu’est un focus ? », demanda le nécromant, surpris.

Ulric hocha la tête pour lui signifier que non.

« Par Phaïtos ! Mais qui t’a formé pour que tu ne saches pas ça ? »

Qui l’avait formé ? Absolument personne. Tout ce qu’il savait faire, Ulric l’avait appris de lui-même, et il n’en était pas peu fier. Cependant, il se sentait vexé d’être pris en flagrant délit d’ignorance, lui qui se plaisait à se penser plus malin que les autres d’habitude. Mais il était bien conscient qu’il était encore ignorant de bien des choses en matière de magie, et l’envie d’en savoir le plus le disputait à l’humiliation de devoir demander des explications au nécromant.

« Moi-même. », répondit-il sobrement à la question, avant d’ajouter d’un ton acide « Tu vas m’expliquer de quoi tu parles, maintenant, ou tu préfères jouer aux énigmes ? »

Le nécromant émit de nouveau un rie qui emplit l’atmosphère lugubre de la pièce.

« Tu ne manques pas de culot de venir ici et d’exiger que je te fasse cours alors que j’ai ta vie dans la paume de ma main ! Ce n’est la magie que tu devrais apprendre, mais l’humilité. Mais, juste parce que tu m’amuses, je concède. »

Là-dessus, il ressortit sa baguette d’os de l’étuis dans lequel il l’avait rangé et la présenta devant Ulric.

« Ceci est un focus. Tu pourrais aussi appeler ça une arme magique. De la même façon qu’une lance concentre la force d’un combattant dans sa pointe, elle permet de concentrer la puissance de tes sorts. Ton grimoire est enchanté d’une façon similaire, bien que, je ne vais pas te mentir, il n’est pas très puissant. Mais c’est toujours mieux que rien. »

Là-dessus, le nécromant retendit le vieux tome à l’apprenti mage. Ulric trouva l’explication extrêmement intéressante, bien qu’il se demandât comment il pourrait utiliser un livre comme arme. L’utilisation de la baguette de son hôte semblait être assez instinctive, il suffisait sans doute de canaliser ses fluides au travers de l’arme au lieu de sa main, comme il en avait l’habitude, avant de le pointer vers l’ennemi. Devait-il faire de même avec son grimoire ?

« J’ai perdu le compte des tours de notre petit jeu, là-dessus. », reprit le nécromant, « Dis-moi quand même, par curiosité, ça fait longtemps que tu essaies de te « former toi-même » ? »

« Quelques jours. », avoua Ulric.

Un petit sourire moqueur se dessina sur le visage du rouquin.

« Et qu’as-tu appris durant ces quelques jours ? A part qu’il ne faut pas fouiller dans les affaires d’autrui, bien sûr. », demanda-t-il, moqueur.

Que croyait-il ? Qu’il était incapable d’apprendre de lui-même ? Ulric se sentait profondément vexé par ses insinuations. L’envie lui brulait de prendre à nouveau contrôle des ombres et de les dresser en un Voile de Ténèbres, ne serait-ce que pour lui montrer ses capacités, mais ses fluides étaient toujours épuisés. Mais même s’il n’était pas en mesure de le prouver tout de suite, il était fier d’avoir pu maitriser ce sort, et il ne laisserait personne lui retirer ça.

« Voile de Ténèbres. Et oui, je l’ai appris seul, avec un grimoire « pas très puissant » et « sans indexe ». Et si j’avais eu la moitié de ta petite bibliothèque », dit-il en pointant du menton les ouvrages serrés sur le bureau du nécromant, « ce serait moi qui aurais ta vie dans la paume de ma main. »

Le nécromant leva un sourcil, ignorant la menace qui n’avait de toute façon guère de consistance.

« Oui, je vois. Je ne connais pas ce sort moi-même, mais j’ai déjà vu faire. »

Il leva une de ses mains gantées à son menton, l’air pensif, avant de reprendre :

« En général, on commence son apprentissage par des sorts plus ciblés. Tenter d'enchanter une zone entière est souvent trop couteux pour les débutants. »

Son ton moqueur avait à présent disparu. Une pointe de respect semblait même percer dans sa voix.

« Tu as peut-être du potentiel, après tout. Si tu dis vrai. », concéda-t-il.

Il baissa à nouveau sa main et vint la poser sur sa hanche.

« Tu dis que tu es venu pour apprendre, alors voilà ce que je vais te proposer : un petit fragment de connaissance, contre un petit fragment de connaissance. Tu m’apprends ce sort et, si tu ne m’as raconté n’importe quoi, j’essaierais de t’en apprendre un à mon tour. Qu’en penses-tu ? »
Modifié en dernier par Ulric le ven. 22 oct. 2021 00:34, modifié 2 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » ven. 22 oct. 2021 00:29

C’était une étrange proposition, pensa Ulric. Il n’était, après tout, qu’un néophyte faisant ses premiers balbutiements maladroits sur la voie des arcanes, et ce nécromant qui l’avait neutralisé en un claquement de doigt voulait qu’il lui donne cours ? C’était inattendu mais, d’un autre côté, l’idée qu’il était parvenu à maitriser un sort que ce mage bien plus accompli que lui ignorait l’emplissait d’orgueil. Et, de toute façon, il n’avait pas de raison de refuser, car la situation n’aurait pas pu mieux tourner.

« C’est honnête, j’accepte. », répondit l’apprenti mage, sobrement.

« Excellent ! Je sens que ce sera très instructif pour tout le monde ! », répondit le nécromancien en ouvrant grand les bras, alors que le ton de sa voix se faisait à présent enthousiaste.

« Commençons tout de suite, alors ! Lance le Voile là, commença-t-il en pointant le centre de la pièce, pour que je puisse observer comment tu procèdes. »

La goule, qui de toute évidence continuait de suivre la conversation de loin, leva subrepticement la tête de son repas :

« Oui, Jojo veut voir magie ! Magie sombre pas piquer les yeux ! », gargouilla la créature avant de reprendre la mastication d’un bout de gobelin.

Et Ulric aurait volontiers satisfait la créature et son maitre, surtout qu’il n’avait guère eu l’occasion de montrer le fruit de son travail à qui que ce soit. Cependant, après ses combats -ô combien épiques- dans les égouts, sa réserve de fluides était aussi asséchée que le cœur d’un shaakt.

« C’est-à-dire que… », commença-t-il, hésitant, « j’aurais besoin d’un peu de temps avant de lancer un sort à nouveau. »

« Ah, oui, bien sûr. », répondit le nécromant en ramenant une main à son menton, l’air un peu déçu.
Il sembla pensif, un moment, avant de reprendre :

« Eh bien, il doit me rester quelques potions de mana, mais je préfère les garder pour les situations d’urgences. Ce magnifique palais n’a pas de chambre d’amis, malheureusement, mais je suis sûr que tu pourras te trouver un petit recoin où la pierre n’est pas trop dure. »

« Je pourrais aussi remonter en surface et revenir demain. », proposa Ulric, pour qui ça semblait le plus simple.

« Pour être honnête, je ne voudrais pas qu’un inconnu que je viens de rencontrer se promène en ville en connaissant l’emplacement de mon humble labo’. Pas tant que je ne suis pas sûr qu’il soit digne de confiance, du moins. Je suis sûr que tu comprends. »

L’apprenti mage comprenait très bien mais il n’avait plus l’énergie de protester.

« Dois-je me considérer prisonnier ? », demanda-t-il avec un soupir de lassitude.

(Encore), ajouta-t-il pour lui même.

« Vois ça plutôt comme ça : tu es mon hôte, et il serait terriblement grossier de t’éclipser. Ou tu peux te considérer prisonnier pour l’instant. Les deux me vont. », répondit le nécromancien avec désinvolture.

(Allons pour le premier choix), pensa Ulric. Il pouvait bien passer la nuit ici. Après tout, il avait connu de pires endroits pour dormir, et la possibilité d’en apprendre plus sur sa magie auprès de quelqu’un de plus expérimenté valait bien un dos douloureux au réveil.

« Si tu vas être mon hôte, peut-être pourrais-je connaitre ton nom. », demanda Ulric en priant pour que le nécromant ne soit pas adepte des surnoms d’animaux stupides comme Furet et sa bande car, effectivement, cette information pourrait être utile.

« Ah, oui, bien sûr ! On a sauté les présentations après ton arrivée imprévue : Nyklaus El-Khedif. Je dirais bien « A ton service », mais ce n’est pas mon genre. Et tu es ? »

« Ulric. Même remarque. »

« J’ai donné mon nom complet, Ulric. C’est donnant-donnant. »

« C’est juste Ulric. »

« Justoullrique ? Curieux patronyme. », répondit Nyklaus d’un ton taquin.

« Je voulais dire… », reprit Ulric d’un ton outré qu’on se moque de lui.

« Je plaisantais, voyons. »

Le nécromancien soupira.

« Silence, maintenant. Je vais reprendre mon travail pendant que tu regagnes des forces. »
Modifié en dernier par Ulric le jeu. 4 nov. 2021 16:48, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Ulric » jeu. 4 nov. 2021 16:48

Nyklaus parti se réinstaller à la table couverte de livres qui lui servait de bureau, s’empara d’un des vieux tomes, d’une plume et d’un parchemin et se plongea dans ses recherches, quel qu’en soit le sujet. Il oublia complétement Ulric, lui tournant le dos. L’apprenti mage n’aurait su dire si le nécromancien lui accordait suffisamment de confiance pour le laisser sans entrave dans son repaire après leur accord, ou s’il jugeait juste qu’il n’était pas une menace. Ou alors, pensa-t-Ulric en croisant le regard sombre de la goule qui ne semblait pas le quitter des yeux, il devait tout simplement se dire que sa créature était un gage de bonne conduite bien suffisant pour son hôte. Et il avait sans aucun doute raison ; rien que la vue des longs bras sinueux et grisâtre et des mains griffues de la goule calmerait les ardeurs n’importe qui.

Mais Ulric avait abandonné toute intention de vol, de toute façon. Il avait obtenu un bien meilleur marché que tout ce qu’il aurait pu espérer avec le nécromancien, et devoir passer quelques temps ici, à moitié captif, était un petit prix à payer pour apprendre ce qu’il pouvait de Nyklaus. Il lui avait promis de lui enseigner un sort pour un sort mais peut-être pourrait-il le convaincre de continuer leur accord par la suite. Son savoir limité en magie ne lui permettrait pas de marchander quoi que ce soit d’autre, mais le nécromant devait bien pouvoir se laisser convaincre d’accepter autre chose en échange de son savoir, quoi que ce soit.

Ulric repensa aux squelettes ambulants qu’il avait affronté plus tôt. Peut-être le nécromant pourrait lui enseigner à relever ce genre de créatures lui aussi ? Même en oubliant quels fabuleux outils feraient des morts-vivants lui obéissants au doigt et à l’œil, ils avaient enflammé une curiosité morbide à leur égard dans son esprit comme peu de choses en avaient été capables, et la possibilité de jouer avec la frontière entre la vie et la mort lui semblait si… envoutante.

Mais, avant de pouvoir espérer jouer avec la mort, il lui faudrait un peu de repos. L’apprenti scotomancien contempla l’ancien tunnel. L’ancienne section désaffectée des catacombes empestait bien moins que les égouts par lesquels il était venu, mais c’était bien le seul point positif qu’il voyait. La couche que s’était installée Nyklaus était la seule source de confort présente, et Ulric doutait fortement qu’il lui laisserait son lit. Au-delà des lumières vacillantes de la section aménagée par le nécromant, le tunnel replongeait bien vite dans l’obscurité. Impossible de dire quel genre de créature pouvait bien s’y terrer.

Ulric préféra retourner près du passage menant vers les égouts. Il se retrouva à nouveau devant le mur de brique éventré qui condamnait l’ancienne section de catacombe. Le vieux piège à ours posé devant la faille par laquelle il était passé était toujours là, ses dents métalliques refermées sur les fragments de la torche qu’il avait utilisée pour le désactiver. Il tenta de le rouvrir, si possible sans y perdre de main, mais la vieille bête rouillée était coriace. Avec un grand effort, il parvint enfin à en rouvrir les mâchoires. Il se sentirait plus en sécurité ainsi, entre le laboratoire du nécromancien et la faille facilement défendable qui s’ouvrait dans le mur, plutôt qu’à l’orée d’un tunnel inconnu, et qui que ce soit qui essaierait de l’atteindre depuis les égouts aurait une petite surprise.

Il s’installa contre une des parois de pierre, ensuite, se servant de sa sacoche comme d’un coussin et de sa vieille cape elfique comme couverture. Il se réveillerait frigorifié et endolori, ça ne faisait aucun doute, mais c’était mieux que rien.

« J’ai connu pire… », murmura-t-il pour lui-même.

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