Habitations

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Yuimen
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Habitations

Message par Yuimen » mer. 27 déc. 2017 14:06

Les habitations


Leur apparence dépend du quartier dans lequel vous vous trouvez:

Dans les bas quartiers (aux alentours des docks), Les maisons sont ici à peine salubres. Il n'est pas rare que les portes soient renforcées pour éviter les vols, ou au contraire défoncées par une précédente effraction. Nombreux sont les chemins de traverse trouvables dans les caves. C'est le repère de nombreux malfrats et autres petits voleurs à la tire...

Au sein des quartiers du centre, ce sont de petites demeures assez bien entretenues. Les maisons y sont modestes, mais convenables. Vous rencontrerez des gens gentils, prêts à vous accueillir.

Les quartiers riches et les alentours du palais abritent des demeures imposantes. Ils s'agit de petites villas faites de marbre. Seuls les nobles et les courtisans vivent dans ces quartiers. Vous y croiserez aussi les plus riches commerçants.

Humbert Helboldt
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Re: Habitations

Message par Humbert Helboldt » jeu. 3 janv. 2019 11:05

...

Enfin, le lendemain soir, on annonça la venue de la calèche de la Baronne, qui revenait avec ses six serviteurs de la zone d'embarcation de la compagnie Air-Gris, en-dehors des murs de la capitale. Cette fois-ci, tout le personnel ne s'était pas rassemblé pour l'accueillir : n'ayant pu s'y préparer et ayant déjà attendu un moment la veille, ils avaient des devoirs à remplir qui ne sauraient attendre et, malgré les protestations du Baron, celui-ci avait fini par accepter gentiment qu'on vidât les latrines de ses appartements avant demain, afin qu'il puisse dormir sans trop d'odeur dérangeantes.

Si bien qu'il n'y avait plus que la famille, le vieux Gisors et le précepteur, ainsi qu'une demi-douzaine de serviteurs pressés qui se dressaient dans le hall, donnant l'impression qu'il s'agissait d'une famille de basse noblesse invitée, puisque dans ce hall aux dimensions gigantesques, fait pour accueillir une cinquantaine d'hôtes, ils étaient proprement riquiqui. Et alors qu'Helboldt s'apprêtait à soupirer devant l'attente que cette femme qu'il n'avait jamais vue faisait peser, la Baronne fit son apparition.

Elle était fine, élégante et gracieuse : mais surtout, elle était jeune. Car si son mari atteignait déjà la cinquantaine, elle était aux tout début de la trentaine, si ce n'était un peu plus jeune. Là où le Baron était massif, colérique et imposant, elle semblait discrète, douce et prévenante : ses yeux aussi noirs que ses cheveux coupés au niveau des épaules observaient le spectacle qui lui était donné avec malice et, dans sa robe rouge vermeil, elle avançait vers eux sans broncher un instant. Derrière elle, des serviteurs amenaient les malles. Mais parmi les coffres, deux s'en détachaient, qui étaient de métal et solidement fermé, maniés avec une extrême précaution par les porteurs, tandis que leur forme également était atypique : longs, larges, mais très plats. La vue fut rapidement cachée : la Baronne emplissait tout l'espace en s'approchant, captant les regards de tous et s'en délectant.

Elle caressa le front de Simona puis les cheveux de Ferdinand, s'autorisa un regard amusé à l'attention du précepteur avant de se tourner enfin vers son mari, qui la dominait de dix bons centimètres, le regard fier et aimant.

- Je suis de retour.
- Vous avez tardé...
- Et je vois que le service a beaucoup diminué en mon absence, commenta-t-elle en coupant effrontément le Baron. Comme je suis épuisée par ce long voyage en cynore ! Ce fut d'un ennui, véritablement... Je ne me complais vraiment que dans l'aventure.

Le Baron fronça les sourcils mais elle se tournait à nouveau vers ses enfants.

- Un peu comme mon fils, n'est-ce pas ? On m'a raconté tes exploits, Ferdinand. Allez, filez, tous les deux, ou vous allez rater l'heure du coucher pour les enfants.

Sans aucune autre trace d'affection, ils murmurèrent un rapide “bonne nuit” et foncèrent vers leurs chambres sans demander leur reste. Le vieux Gisors voulut prendre la parole pour souhaiter la bienvenue à la maîtresse des lieux mais elle était de retour, comme elle l'avait annoncé, et souhaitait vraisemblablement attirer les regards autant que monopoliser la parole, ne laissant aucun instant de répit à quiconque pour placer un mot.

- Je suis donc passée par nos chers Duchés, avant de voyager vers Oranan où je suis restée un moment. Quelle source d'inspiration ! fit-elle en commençant à marcher vers la salle à manger : naturellement, tous la suivirent, comme des pantins derrière leur maîtresse. Et quand je rentre, que vois-je ? On a confié mes enfants à quelqu'un d'autre que le prêtre...

Un instant d'hésitation.

- Le prêtre Ionas, compléta le vieux Gisors, fonçant sans réfléchir dans la brèche. Madame, je vous souhaite avec mon plus grand respect...
- Oui, très bien, cher Gisors. Et si vous retourniez à votre bureau d'intendant ? Vous avez sans doute des affaires à régler. Vous aussi, commanda-t-elle à l'ensemble des serviteurs encore présents, qui hésitaient entre l'écoute polie et la nécessité de repartir (les récits de la Baronne semblant les intéresser autant qu'une tasse de vinaigre attirait les mouches).

Ignorant le regard outré – quoiqu'un peu habitué – du vieil Ynorien, elle resta donc avec son mari et le précepteur, s'asseyant avec délicatesse dans l'un des sièges rembourrés de velours du salon. Tout ici, n'était que doré ou pourpre, et elle semblait hautement apprécier l'environnement richissime de sa maison trop longtemps quittée.

- Vous êtes donc ce fameux précepteur... Monsieur Humbert Helboldt.
- Oui... C'est cela.

Il était gêné, véritablement. Il fallait dire que c'était une femme sublime, assurément, si bien qu'il en perdait les mots : elle avait conscience de sa beauté et la montrait éhontément, entre les traits admirables de son visage et les formes plantureuses qui ressortaient de son corset. Et puis, depuis le début, il avait l'impression qu'elle le regardait un peu trop souvent, un peu trop longtemps, créant entre eux un jeu de regards qui touchait à une relation intime et non professionnelle. Autrement dit, elle le mettait fortement mal à l'aise. C'était une femme mariée, grands Dieux – et il ne savait s'il se faisait des idées sur ses intentions, si elle le testait volontairement ou encore si elle cherchait à provoquer son mari à la mine étonnamment fermée depuis l'arrivée de la Baronne.

- Et alors ? Rien de plus depuis votre dernière lettre ? demanda-t-elle à l'attention du Baron.
- Elle date d'il y a deux jours, fit-il remarquer. Ah, j'ai peut-être omis de vous informer que monsieur Helboldt a acheté il y a quelques jours un ouvrage fort curieux, le traité ›Les vingt-sept colorants essentiels‹, de maître Rubyard Alagar... Un choix intéressant, s'il en est.

Le professeur écarquilla les yeux. C'était un achat important, certes, qui venait étoffer la bibliothèque personnelle de son employeur : et à vrai dire, il comprenait mal pourquoi ce dernier évoquait cela devant la Baronne qui, fort certainement, ne devait rien en avoir à cirer. Mais, contre toute attente, le visage de celle-ci s'éclaira et elle se pencha en avant vers lui, posant ses coudes sur la table et sa tête entre ses paumes.

- C'est vrai ? Oh, c'est vraiment parfait. J'ai entendu que vous saviez y faire avec l'alchimie et que ça vous avait permis de sauver notre cher Ferdinand... Cela ne vous posera aucune difficulté, j'en suis certaine. Pourriez-vous m'en préparer ?
- Euh, bien sûr... vous souhaitez vous lancer dans la peinture ?

Elle éclata d'un rire candide qui sonnait faux tandis que son mari, resté debout avec le professeur, restait de marbre, semblable à l'une des statues qui décoraient la salle. Quoiqu'il fût bien moins joli qu'elles.

- Si l'on veut... Il s'agit d'une nouvelle mode que j'ai pu observer : les dames de Bouhen s'en mettent sur les ongles pour réaliser des motifs et se rendre plus belles, plus ornées pour leurs maris... Elles réalisent des motifs savants, rivalisant les unes avec les autres d'ingéniosité pour surprendre et charmer. Charmer les sens, bien sûr !

Humbert fronça les sourcils tandis qu'elle riait doucement, arrachant un sourire contrit à son époux.

- Pardonnez-moi, mais... Vous étiez à Bouhen ?
- Oh, pardon. Je pensais Oranan, bien entendu. Ah, ces lapsus ! Les Dieux savent que j'en fais souvent...

Étrangement, une tension semblait s'installer entre le Baron et sa femme, au vu des regards rapides qu'ils échangeaient et de la nervosité de celui-ci.

- Je dois avouer, ma dame, que ce ne sont pas trop les colorants dont il est question ici... Ceux-ci servent principalement de pigments pour les tableaux et il y a bien plus de précautions à prendre dès lors qu'on souhaite en appliquer sur la peau, par exemple pour les tatouages temporaires, ou peintures de guerre de certains peuples primitifs...
- Je ne souhaite en mettre que sur mes ongles, répliqua-t-elle agacée, et je ne vous demande pas votre avis. Faites votre travail : préparez-m'en un point c'est tout. Et puisque ça vous tient à cœur, faites en sorte que ce soit sans danger pour moi.
- Bien sûr, ma dame. Je ne souhaitais pas vous offenser. Une dernière chose en revanche, fit-il en se tournant vers le Baron cette fois : j'aurais besoin de nouveaux composants. J'espère que vous me fournirez l'argent nécessaire pour m'en procurer ?
- Inutile, répliqua la Baronne, se levant pour venir s'interposer et continuer à parler. Vous pourrez vous servir dans notre entrepôt, directement ! Il devrait y avoir le nécessaire : vous devez savoir qu'à Kendra Kâr, tout est tellement plus cher. Si l'on achète directement à la source, ça l'est beaucoup moins et...
- Oui, oui, coupa le Baron : comme j'en fais importer directement, ça ira. Il y aura ce dont vous aurez besoin, je vous assure, et je vous ferai accompagner d'un de mes hommes. C'est que, euh, les rues sont peu sûres en ce moment, se justifia-t-il devant l'air étonné du précepteur, et il vous montrera où chercher là-bas, afin de ne pas avoir à fouiller dans toutes les marchandises que je possède. Très chère, vous devriez aller vous reposer : je sens que ce voyage vous a vraiment, beaucoup fatiguée.

Un instant, elle parut surprise : d'ailleurs, depuis le début, elle semblait bien plus active que quiconque et pleine d'un entrain d'une grande vigueur. Mais tout aussi promptement, elle revint à un air plus neutre et s'écarta en s'efforçant de bâiller.

- Oui, certainement... Je vais me coucher. À demain, mes sieurs.

Le précepteur s'apprêtait à s'en aller, lui aussi, apercevant déjà dans le hall les malles être montées vers les appartements de la Baronne, tandis que les deux coffres étranges étaient, pour une raison inconnue, emmenés vers le sous-sol. Avant qu'il n'ait le temps d'en voir plus, le Baron l'agrippa par le bras et le fit se retourner, lançant un simple regard vers le hall avant de se concentrer à nouveau vers lui.

- Je, euh... vous offrirai ce traité, à titre de remerciement pour ces services rendus qui sont en-dehors de vos obligations, expliqua-t-il.
- Bien sûr... Mais madame souhaite s'en offrir à nouveau plus tard, ne serait-il pas préférable que vous conserviez un exemplaire ?
- Nous l'avons déjà, répondit-il du tac-au-tac.

Pourtant, le professeur était certain de ne pas l'avoir vu dans la bibliothèque personnelle du Baron, mais il ne rajouta rien.

- Très bien, monsieur.

Et, s'inclinant légèrement, il repartit vers le hall et l'escalier principal pour monter dans sa chambre. Les deux coffres avaient disparu. Il haussa les épaules : ça n'avait probablement aucune importance.

...

Humbert Helboldt
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Message par Humbert Helboldt » jeu. 3 janv. 2019 11:26

...

Une fois rentré au manoir, le précepteur fut accueilli par Gisors qui lui lança un regard méfiant.

- Vous n'êtes pas en train de vous occuper des enfants ? demanda-t-il.
- Je croyais qu'il étaient avec la Baronne, puisque les leçons sont finies... Ils ont sans doute beaucoup à échanger, vu le temps qu'elle a passé loin d'eux.

L'Ynorien leva les yeux au ciel et secoua la tête en signe de dénégation mais n'ajouta rien.

- Bon, puisque vous y êtes et qu'ils semblent calmes, vous allez vous rendre à l'entrepôt avec Sullivan pour récupérer ce dont vous avez besoin.

Un homme patibulaire, la mine fermée par une courte barbe noire, s'avança alors. Il devait être juste à côté depuis le début, mais Humbert ne l'avait pas remarqué : il semblait d'ailleurs observer le précepteur avec un air désapprobateur constant. Ses traits étaient durs et il portait, en sus de vêtements qui allaient du gris au noir, quelques lames courtes à la ceinture : le genre d'armes qu'on voyait d'ordinaire entre les mains d'un coupe-jarret, mais plutôt d'un coupe-jarret de talent pour l'occasion, car celles-ci étaient fort longues, fort tranchantes et fort nombreuses.

- Vous allez vous rendre à l'entrepôt nord-est. Il se situe juste avant les grandes portes de la cité... Enfin, Sullivan vous y mènera. Là-bas, ne touchez qu'aux produits alchimiques dont vous aurez besoin pour vos colorants. Rien de plus !

Sullivan opina du chef aux instructions du vieil homme et celui-ci, après avoir un instant fixé Helboldt avec sévérité, repartit dans l'autre sens pour courir à d'autres affaires dans la maisonnée.

- Euh, eh bien... Nous y allons ?

Pour toute réponse, Sullivan lui adressa un regard noir. Enfin, on ne parvenait pas bien à déterminer si c'était parce qu'il avait une dent contre le professeur ou à cause d'une quelconque habitude inaltérable de sa personne. Déglutissant pour essayer de se convaincre qu'il ne risquait rien aux côtés de cet individu plus qu'armé, quand bien même il avait quelques petites choses à se reprocher vis-à-vis du Baron, il sortit du manoir et se dirigea vers les portes. Derrière lui, son “garde du corps” le suivait comme une ombre, sans un bruit et sans un mot.

...

Humbert Helboldt
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Message par Humbert Helboldt » jeu. 3 janv. 2019 11:37

...

Alors qu'il retournait dans sa chambre, soufflant un bon coup d'être enfin débarrassé de cette écrasante et silencieuse présence – Sullivan avait été pris à part par Gisors dès leur retour -, il laissa tomber sur son bureau toutes les fournitures qu'il ramenait : par-dessus, les deux fioles de fluides d'eau s'immobilisèrent, attirant aussitôt son regard et son attention.

Il les reluqua un instant, les lèvres pincées, incapable de déterminer s'il devait essayer de les ingurgiter dès à présent. Et, préférant laisser la question en suspens, il vint s'asseoir à son bureau, cherchant des yeux un ouvrage pour se distraire. Il n'en trouva pas : pis, il se souvenait malgré lui qu'on lui avait demandé de préparer ces pigments et que, plus il ferait attendre, plus on lui en voudrait ; sur-pis, pis des pis, l'image de ces grandes malles hautement verrouillées et sécurisées, cachées dans un entrepôt secret du Baron, le hantait mystérieusement. Sans doute n'y avait-il rien là-dessus qui valût la peine qu'on s'y attardât davantage – car après tout, il pouvait s'agir de commandes commerciales de Clappique que sa femme avait rapportées de ses voyages personnellement -, mais pourtant, pourtant, il y avait cette pointe d'incongruité, ce récif d'anormalité qui dépassait de la surface de l'océan du monde et qui l'attirait, lui, petite barque chétive, comme un papillon est dangereusement attiré par une flamme mortelle.

Il se releva, saisit les deux fioles dans ses mains et soupira, s'abandonnant à la contemplation de ces curieux mouvements, comme un siphon emprisonné dans le fragile verre, petite bête tournant en rond dans sa cage. Ces fluides étaient tantôt sombres comme un abîme profond, tantôt cruellement lumineux, les rayons d'un Soleil faiblard miroitant fugacement sur une surface aqueuse indistincte.

Il déboucha la première et, fermant les yeux, avala l'intégralité de cette drôle de substance. Si les fluides de terre étaient grumeleux, celui-ci se déversa bien plus rapidement jusqu'au fond de son gosier : cette substance, loin de s'accrocher à ses parois intestinales, s'y faufilait, glissait, caressait doucement ses muqueuses et ses chairs. Profitant de l'absence de symptômes, il déboucha rapidement la seconde fiole et l'avala goulûment, reposant rapidement les deux flacons vides sur le bureau avant de s'asseoir sur son lit et d'attendre, anxieux, les effets néfastes corollaires à toute absorption.

Et soudain, ce fut comme si les fluides, bernés d'avoir cru pouvoir s'échapper, se rendaient compte qu'ils étaient en train de se faire ingurgiter, emprisonnés dans ces membranes poreuses mais trop épaisses pour qu'ils s'échappent : dans son estomac, l'acidité augmenta brusquement, quelques relents gazeux quelques peu désobligeants remontant de force vers ses narines et sa bouche. Pendant quelques instants, stoïque, il se contenta de se tenir le ventre en grimaçant tandis qu'il sentait ses entrailles comme attaquée par une substance irritante et destructive : puis, peu à peu, le phénomène s'estompa, le laissant haletant, la bouche ouverte, mais sain et sauf.

Il se leva – et son corps lui rappela qu'il s'agissait de fluides d'eau.

***

Après un passage mérité aux toilettes, le professeur se mit au travail. L'ouvrage de Rubyard était une référence reconnue dans les hautes sphères, mais restait indiscutablement rare. Il fallait dire que la lecture n'en était pas aisée : ce vénérable sage – un Earion pure souche qui avait vécu dans une autarcie presque totale pendant les deux derniers siècles de sa vie afin de rédiger son dernier grand titre – avait en effet des tics d'écriture quelque peu agaçants, changeant les mots, leur donnant une graphie spécifique, graphie qu'il fallait relier à la texture même du composant. Car ce brillant alchimiste avait bien remarqué que les langues de ce monde peinaient à se montrer suffisamment précises pour ses études, aussi avait-il lentement élaboré une forme de code.

Pour avoir abordé quelques-uns des traités du maître, écrits alors qu'il était encore en élaboration de son dictionnaire personnel et de ce fait bien plus accessibles, Humbert connaissait déjà certains des encodages de l'étrange individu qui se cachait derrière ce livre, mais la lecture n'en restait pas moins rebutante. Le réchaud chauffait les composants tandis qu'il s'astreignait à déchiffrer les signes recopiés d'une patte de mouche, faiblement agrémentés de quelques dessins délavés, tout en écrasant les pierreries, mélangeant les poudres, assaisonnant les mélanges obtenus d'une touche d'orpiment pour les rendre plus brillants, d'une pincée de charbon pour les assombrir, d'un zeste de céruse pour les éclaircir.

Le dosage était ardu et, même en ayant ouvert en grand la fenêtre pour laisser les rares fumées et composés volatiles créés s'échapper, la chaleur montait à l'intérieur de la chambre et faisait perler de grosses gouttes de sueur sur la tempe de l'apprenti-compositeur. C'était du moins ainsi que s'était surnommé Rubyard, affirmant au grand dam des musiciens de toutes origines qu'il composait lui aussi, dans un autre style.

Ses trois compositions s'étalaient dans trois récipients différents, en quantité modeste mais déjà mortelle en cas d'ingurgitation. Ce n'était pas nouveau : pour avoir une belle couleur, on négligeait parfois les aspects les plus futiles comme la toxicité du produit. Ceux-ci étaient tout simplement trop chers pour servir de véritables poisons, tout en étant moins efficaces que ceux conçus dans cette seule optique ; et puis, après tout, qui irait lécher une toile de maître ou sucer les doigts de la Baronne ?

Humbert fronça les sourcils, surpris par une image intempestivement imaginée. Il aurait quelques recommandations, au cas où, pour les rendez-vous galants de ses employeurs.

Finalement, après une bonne heure de labeur et de dosage précis – millimétrés au centigramme près -, il fit glisser les trois pigments dans trois petits bocaux mis à disposition, veillant à les sceller fermement d'un bouchon de liège. Et, un doux sourire aux lèvres, celui du travail accompli et couronné d'un succès tout simple et tout modeste mais infiniment chaleureux, il se perdit dans l'observation de cette palette, certes peu étendue, mais qui embrassait le champ des possibles.

Les peintres n'avaient guère besoin de tant de couleurs que ça : il suffisait de les mélanger intelligemment afin d'obtenir le coloris exact souhaité. Et là, entre son bleu azuré, son jaune d'or et son vert émeraude, il y avait de quoi obtenir de sympathiques variations. En lui gonflait un sentiment certain de fier orgueil, considérant qu'il n'avait utilisé ni or, ni émeraude, ni pierre précieuse pour ces coloris d'ordinaire si coûteux.

Certes, certes, Rubyard l'avait grandement aidé – mais le vieillard l'avait aussi entravé, par son écriture absconse et ses formulations douteuses. Il laissa les bocaux là, trônant sur son bureau à côté du Traité, rangeant ses instruments et passant un coup d'éponge dessus, tandis qu'il songeait en rigolant doucement à ce moment de panique qui l'avait saisi lorsque la malachite demandée par l'ancêtre était une malachite presque jaune... avant de comprendre que “malachite des ondées d'aurore naissante” ne signifiait pas “malachite jaune” mais “vert mélèze”.

C'était le genre de vie que menaient les alchimistes, sans doute, réduits par les besoins de leur science à tromper leur propre langue d'une envolée lyrique. Ce vieux Rubyard était terriblement poétique, au fond, songeait-il en récupérant la bassine d'eau de nettoyage, corrompue et rendue suffisamment toxique pour qu'il s'en débarrasse – terriblement poétique et terriblement agaçant. Enfin, l'un n'allait pas sans l'autre, sans doute.

Sortant de sa chambre, il confia la bassine à un jeune serviteur, lui précisant bien, l'œil sévère et la mine fermée, de la déverser dans les égouts et de n'en renverser nulle part : ainsi, l'ensemble rejoindrait l'océan rapidement, et on n'aurait pas à déplorer d'empoisonnements suspects dans la capitale. Qui sait, un abruti aurait pu simplement balancer le bac d'eau dans le jardin, espérant ainsi faire pousser de belles plantes...

Et puis, ne pouvant attendre la demi-heure qui le séparait du dîner et préférant ne pas approcher ce genre de créations d'une quelconque assiette, il saisit les trois bocaux et, le visage inhabituellement jovial, se dirigea d'un pas vif et guilleret vers les appartements privés de la Baronne et de son homme.

Un cri rauque derrière la porte de cette chambre l'arrêta à temps de l'ouvrir. Il tendit l'oreille, incapable de bouger davantage. La voix du Baron venait de résonner à l'intérieur, puissante et autoritaire : la voix d'Agatha lui répondit sur le même ton, quoiqu'un peu plus bas, les sons étouffés par les dorures éternelles de ce faste manoir. Il retira sa main de la poignée, doucement, préférant ne pas déranger une dispute de couple : les mots sortaient, durs et agressifs, indistincts pour la plupart, les autres venant inopinément se perdre dans l'oreille de l'observateur caché.

- C'est ta faute ! faisait-il. Je te l'ai répété s... éé... n'écoutes pas !
- Raah, suffit – je v... sur... si... Tant pis !
- … Pas assez discrète ! … et voilà ! … Supercherie a été découverte !

Les mots filaient, les secondes s'égrenaient, faisant se retourner Helboldt pour vérifier que personne n'approchait dans ce couloir – par chance, les deux époux semblaient avoir renvoyé leurs domestiques et indiqué qu'ils ne souhaitaient pas être dérangés. Ou malchance ? Ses sourcils s'étaient froncés, le mystère épaissi de ces quelques termes trop précis pour être accidentels.

Il crut entendre des pas se rapprocher de la porte et recula brusquement : son pied cogna contre le socle d'une statue de marbre dans un bruit mat et bien trop fort – les deux voix se turent simultanément et son sang se glaça.

La poignée se tourna et le regard perçant de la Baronne, le visage colérique, se dévoila, se détendant à peine en le reconnaissant et demanda directement :

- Que faites-vous là ?

Il déglutit et, avec un sourire crispé, brandit les trois bocaux.

- Vous m'aviez demandé... ces pigments. Les voici...

Il les tendit devant lui et, un sourcil haussé, elle les récupéra, le Baron s'approchant par derrière, la mine refermée, s'abstint de tout commentaire, le dévisageant seulement d'un regard sombre et maussade. Il ne savait plus trop où se mettre, mais elle était toujours face à lui, en train d'examiner avec attention les trois coloris créés par son employé. Et puis, relevant un visage illuminé d'un nouveau sourire vers lui, elle indiqua :

- Ce sera parfait, Monsieur Helboldt. Vous avez fait un fantastique travail ! Regarde, chéri, n'est-ce pas magnifique ?

Elle les présentait à lui, comme si la dispute de tantôt n'était qu'un mauvais souvenir, et il s'efforçait de lâcher quelques commentaires dubitatifs, un vague “Mouiii...” ou quelques “Très bien, très bien”. Et puis, tournant un sourire charmeur vers le professeur, elle réclama :

- Ils sont tellement beaux qu'il m'en faudrait d'autres.
- Voyons !

Le Baron avait crié, à nouveau, tonnant, le visage et les poings crispés. Helboldt se permit d'intervenir, étonné :

- Madame, avec ces proportions, vous devriez en avoir suffisamment pour un moment, vous savez... Un ongle, c'est assez petit.
- Allons bon, aucun de vous deux ne réfléchit, vraiment, fit-elle, lançant un regard entendu à son mari pour lui faire abandonner le combat. J'en mettrai dès demain, pour le montrer à mes amies de la cour. Ne pensez-vous pas qu'elles en voudront elles aussi, avec un tel résultat ?

Et, s'approchant un peu plus d'Helboldt en resserrant ses bras autour de sa poitrine afin de faire ressortir les courbes généreuses de celle-ci, elle minauda :

- Je suis certaine que nous pourrons parvenir à un arrangement. Vous serez payé, très généreusement !

Le Baron détourna le regard et retourna dans la chambre, à peine affecté par le spectacle des joues rosissantes du professeur et les provocations de la Baronne. Ce dernier, tentant vainement de regarder ailleurs, d'échapper au regard ensorcelant et farouchement séducteur de cette femme fatale, répondit timidement :

- Je ferai ce que je pourrai...

Elle se recula et, profitant de ce sursis, il s'en retourna rapidement dans la chambre, incapable de comprendre ce qu'il lui avait pris sur ce coup-ci.

***

L'examen du parchemin du vieux Dôme révélait en lui plus de mystères que nécessaire. Helboldt aurait préféré comprendre dès le début, le cas échéant, que ces dessins n'étaient que les fantasmes d'un néophyte ou les ruses d'un charlatan, mais il y avait dans tout le déroulé décrit une forme de logique qui ressortait, presque cachée, indistincte. Le mouvement du bras droit commençait dans un sens, comme pour appeler à lui les forces terrestres : puis, un peu plus bas, le bras gauche reprenait exactement le même, avec bien plus d'amplitude et de puissance. Pour autant, le précepteur ne comprenait ni l'intérêt d'autant de gesticulations, ni les incantations plus bizarres qu'intrigantes qui avaient été inscrites vraisemblablement au hasard, dans l'espace qui restait entre les dessins.

Il ignorait de plus s'il lisait ceux-ci dans le bon sens. Il essayait de faire suivre à son regard un chemin du haut vers le bas, mais l'ordre même des gestes et des mouvements était étrange. Dans sa petite chambre, une seule bougie allumée alors qu'il essayait de décrypter le sens de ces explications sibyllines, il soupira. Rubyard lui-même semblait en ce moment-là moins abscons.

Mais il avait vu, lors de ses dernières petites aventures avec Ferdinand et Simona, à quel point il était incapable de les défendre convenablement. Son unique sortilège d’étau boueux était certes utile pour prendre la fuite, mais serait-ce toujours suffisant ?

Il se releva avec douceur et se plaça au centre de la pièce, le parchemin posé sur le rebord du lit. Il écarta légèrement les jambes et se mit dans la position initiale, essayant ensuite de suivre le mouvement décrit sans insuffler à ses gestes aucune puissance arcanique. Certains s'enchaînaient mal, semblaient parfois briser la continuité ou le sens ésotérique qu'on pouvait imaginer à une telle... danse. Mais il sentait aussi autre chose – quelque chose de plus profond. Il sentait comme l'intuition que tout cela n'était pas vain : qu'il y avait véritablement un lien avec la terre, par ces gestes.

Avec détermination, il se lança dans la reprise de ces mouvements, toujours aussi lentement et calmement. Un craquement du parquet dans le couloir le fit sursauter et, précipitamment, il posa le parchemin sur sa table de chevet, se glissa dans le lit et souffla la bougie.

Il ne bougeait plus, et, aucun bruit ne venant plus troubler la quiétude du manoir, s'en voulut d'avoir réagi aussi brusquement. Ç'aurait pu être un chat, ou un domestique qui allait au coin... Mais quelle honte si on l'avait surpris s'entraîner à de telles gesticulations ! Se retournant dans son lit, il fallut bien s'en remettre à l'avis du vieux Dôme : il aurait besoin d'un véritable professeur... quand sa bourse le lui permettrait.

...

Humbert Helboldt
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Re: Habitations

Message par Humbert Helboldt » jeu. 3 janv. 2019 12:00

...

Le réveil fut aussi délicat que la chute fut brutale. Il ouvrit les yeux, crut distinguer une silhouette penchée sur lui, en train de veiller sur son sommeil héroïque. Ces formes, ces courbes – était-ce Agatha ? Il sourit, presque malgré lui, ouvrit les yeux pour de bon, l'esprit empli d'agréables pensées.

Dommage, il était seul dans sa petite chambre plongée dans une semi-obscurité, les rideaux tirés. Un linge imbibé d'eau avait été déposé sur son front ; il tenta de se lever, mais une vive douleur irradia de son estomac. Sur la peau autour de ce dernier, une substance visqueuse avait été appliquée, et une sorte de pansement par-dessus. Il grogna : au même instant, le médecin familial fit irruption.

Il portait une sorte de blouse blanche par-dessus des vêtements plus communs et un insigne de fidèle de Gaïa autour du cou, les cheveux bruns et le regard d'un gris morne, tout en se frottant les mains d'un chiffon. Constatant le réveil de son patient, il annonça d'un ton des plus académiques :

- Vous allez mieux ? Rassurez-vous, vous n'avez dormi que deux heures. Vos blessures sont légères, j'y ai appliqué un onguent pour faire partir les bleus au plus vite... Mais vous devriez être sur pied d'ici demain.

Il saisit de sa poche un papier et un bout de crayon, commençant à griffonner dessus tout en continuant sa lente mélopée.

- La douleur devrait entièrement disparaître d'ici deux ou trois jours, tout au plus. Je vous ai laissé l'onguent, continua-t-il en désignant d'un bref signe de tête la table de chevet où se trouvait effectivement un petit pot refermé ; appliquez-en le soir avant de vous coucher.

Sa voix s'éteignit en même temps que son griffonnement, et il releva vers le précepteur un regard sévère et dur.

- J'ai appris que vous aviez soigné Ferdinand pendant mon absence... Permettez-moi de vous remercier pour cela.

Le ton de sa voix semblait annoncer l'exact contraire.

- Ne vous inquiétez pas davantage pour lui, je ferai en sorte de ne plus m'éloigner autant à l'avenir, grinça-t-il, presque menaçant. Je vais annoncer au Baron votre rétablissement.

Et il sortit de la chambre, laissant le professeur seul et relativement ébahi par les attentions dingues qu'il recevait.

***

Le dîner avait été une épreuve. Se forcer à sourire aux enfants, à leur raconter le récit de cette fameuse aventure au parc, tout en supportant la mine sombre des époux Cappique : et cette douleur qui continuait à pulser de son estomac à chaque fois qu'il avalait un morceau...

De retour dans sa chambre, il put souffler un coup. En retirant sa veste, le bout de parchemin décrivant la frappe du golem tomba au sol. Quelqu'un l'avait donc replacé dans sa poche après sa chute ? Il ne pouvait penser qu'à Agatha pour cela.

La Baronne l'intriguait au plus haut point, depuis le combat de cet après-midi. L'Ynorien semblait être un combattant puissant, se déplaçant avec vivacité et maniant son couteau avec adresse – à moins que ce ne soit qu'Humbert qui n'y connaissait rien ? Dans tous les cas, Agatha avait su esquiver chacun des coups qui lui étaient portés, ce malgré sa robe, ses escarpins, et tout son attirail. Elle avait fait preuve d'un sang-froid exceptionnel face à cet individu qui cherchait visiblement à l'assassiner ; et un seul coup d'œil au parchemin lui avait suffi pour repérer le chemin qu'il fallait suivre sur les dessins, la spirale qu'ils formaient, et comprendre que cela seul formait un enchaînement adéquat. Elle avait somme toute des capacités d'analyse très vives, sinon instantanées, en sus d'un cœur bien accroché et d'une adresse insoupçonnée.

Il fallait croire qu'il n'était pas le seul à cacher derrière son emploi de professeur des familles nobles quelques talents pour la bataille, encore que les siens étaient bien maigres comparés à ceux de la Baronne.

Il se leva et répéta l'enchaînement plusieurs fois, après avoir verrouillé la porte à clef. Il n'insufflait dans ses mouvements aucune puissance magique, cherchant simplement à intégrer l'ensemble, la logique. Le vieux Rann Dôme, lorsqu'il avait évoqué l'existence de ce parchemin, l'avait prévenu qu'il l'avait acquis d'un habitant des dunes, d'un des déserts de l'Imiftil, un individu à l'accoutrement et au comportement si primitifs qu'il avait été, dans l'auberge où il logeait, une sorte d'attraction. Le voyageur avait trouvé chez Rann un savoir qui existait déjà chez lui et l'avait payé, en sus de yus, avec ledit parchemin, auquel aucune utilité n'avait été trouvée... jusqu'à ce jour.

Mais en répétant les mouvements, l'ensemble devenait plus clair. Ces mouvements étaient plus une initiation qu'autre chose : il était évident que les mages de terre les plus avancés ne perdaient pas autant de temps, en plein duel magique, pour incanter un tel sortilège. C'était une façon de se l'approprier, de maîtriser les fluides de terre qui coulaient en le néophyte impatient : c'était un chemin essentiel avant d'arriver à contenir le sort d'une simple pensée.

La répétition finit par se faire lassante, à la longue. Il reposa le parchemin sur le bord du lit – il n'avait même pas eu besoin d'y lancer un coup d'œil, sur les derniers essais, ayant mémorisé les gestes plus que les figures dessinées –, souffla la bougie, et s'endormit paisiblement.

...

Humbert Helboldt
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Re: Habitations

Message par Humbert Helboldt » jeu. 3 janv. 2019 12:15

...

De retour au manoir, alors qu'il s'apprêtait à rejoindre les enfants, la Baronne elle-même s'approcha de lui.

- M. Helboldt...

Elle l'entraînait à l'écart, comme si elle souhaitait avoir avec lui une discussion privée.

- Vous allez bien ?
- Eh bien, oui... Je n'ai plus aucune séquelle de l'autre jour, merci.

Il lui sourit poliment. Déjà, aussi proche d'elle, avec un léger parfum qui lui emplissait les narines et le ton doucereux qu'elle employait avec lui, il sentait ses joues rosir légèrement, touché par l'attention... bien que ce fut l'une des premières depuis l'attentat à la Bise.

- C'est que... Un vieil Ynorien vous a rejoint, tout à l'heure. Que vous voulait-il ?

Helboldt écarquilla des yeux.

- Vous m'espionnez ?

Il était seul, parti régler des affaires personnelles : et voilà que la Baronne lui apprenait ni plus ni moins qu'elle surveillait tous ses faits et gestes.

- Voyons, M. Helboldt. Moi et mon mari souhaitions vous éviter toute mauvaise rencontre. De plus, cet après-midi même, pendant que vous étiez sorti, le tueur Ynorien de l'autre jour s'est évadé, grâce à une aide extérieure nombreuse et insoupçonnée. Ils se sont rapidement évanouis dans la nature, mes les accès à la ville sont étroitement surveillés : ils sont coincés quelque part, mais ils sont encore là.

Véritable attention ou simple excuse ? Helboldt la considérait avec un air défiant. Mais comment s'assurer qu'elle ne le faisait pas suivre depuis plus longtemps que cet attentat ?

- Enfin, qu'importe. Vous êtes sain et sauf, c'est ce qui importe. La prochaine fois, demandez à un autre domestique de vous accompagner si vous sortez, je n'en serai que plus rassurée.

Elle souriait, mais semblait agacée de n'avoir pas réussi à lui tirer les vers du nez.

- D'ailleurs, mes prochains pigments seront-ils bientôt prêts ? Il me semble qu'il vous manquait des ingrédients : le vieux Gisors a dû tout faire porter chez vous. Apportez-les moi dès qu'ils seront prêts.

Et, sans se départir de son sourire enjôleur, elle le quitta et repartit de son côté, vers ses appartements. Les paroles de Mme de Larchevelis lui revinrent en mémoire, à propos du “style particulier” de la Baronne. Il se renfrogna et regagna sa chambre. Il n'y avait qu'un seul moyen d'en avoir le cœur net...

***

Il avait passé la soirée à concocter les pigments, les avait déposés à la chambre de la Baronne, puis s'était consciencieusement lavé les mains avant de rejoindre la salle à manger pour le dîner.

Les enfants étaient déjà là : il s'occupa, un sourire serein aux lèvres, de les calmer et de les occuper. Enfin, le Baron et sa femme arrivèrent, main dans la main, l'air visiblement satisfaits, le dîner commença.

- Madame, avez-vous eu le temps d'utiliser mes nouveaux pigments pour vos ongles ? demanda inopinément Helboldt au milieu du repas, un léger sourire aux lèvres.
- Bien sûr ! Vos couleurs sont magnifiques, très cher. J'ai opté pour un motif sensiblement différent de la dernière fois...

Elle présenta ses doigts à toute la table. Ferdinand les considéra avec dédain, Simona avec admiration ; le Baron leur jeta à peine un regard. Helboldt les contempla avec attention : c'étaient des motifs rougeoyants, comme des flammes sur un fond tout aussi pourpre et presque sombre.

- Votre travail est parfait, si j'ose dire, complimenta-t-il avec un rapide sourire.
- Je vous en prie, M. Helboldt, c'est bien grâce à vous.

Le dîner s'acheva dans une bonne humeur peu habituelle et, après avoir couché les enfants, le précepteur regagna sa chambre, avant de s'effondrer dans son lit.

Rouge. Il lui avait donné deux fois le même jeu de couleurs : jaune, cyan, vert. Impossible d'obtenir du rouge aussi pur, même avec les plus ingénieuses combinaisons...

Le doute avait basculé du côté de la certitude. Tous les indices convergeaient vers une seule possibilité : la Baronne n'utilisait pas ses pigments pour l'usage qu'elle avait prétendu, on lui mentait depuis le début... il était la dupe de ces nobles au cœur aussi noirs que leurs habits étaient d'or : et il n'avait aucune idée de la marche à suivre à présent.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » sam. 11 mai 2019 19:47

Chapitre 1 - Une proposition alléchante

VI.2 Recrutement particulier.




Selon les instructions de Brathsis, Relonor rend à l’adresse indiquée. Il ignore encore ce qui l’attend, mais la promesse d’une récompense monétaire compense l’absence d’informations supplémentaires. Il n’est cependant pas venu seul. Avec lui, le Renard et la Fouine, deux personnes en qui il a un minimum de confiance. Ce qui n’est pas rien. Il les laisse guetter dans un coin de rue les allées et venues durant l’absence de l’elfe noir. La demeure semble plutôt riche avec les statues et autres ornements extérieurs, signes évident du pouvoir que procure l’argent du maître des lieux. Deux gardes sont en faction devant l’entrée. Equipés d’un ensemble sombre assez renforcé, leur hallebarde rappellent l’accès aux nobles voir même aux rois.

(Le proprio souffre un important égocentrisme ou alors il veut juste prouver au voisinage c’est qui qu’a la plus grosse paire en or !)

L’elfe noir s’apprête à entrer que les deux hommes lui bloquent le chemin avec leurs armes.

"On entre ici que sur invitation. Dégage de là si c’est pas le cas !" S’exclame celui de droite.

"J’ai été invité justement. Je suis là pour répondre à une offre d’emploi que m’a confié un ami." Rétorque Relonor.

La réponse semble leur suffire. Leurs armes se relève lui permettant de passer. En passant, le même garde s’autorise une dernière remarque.

"Si quelqu’un t’as fait venir ici, pas sûr que ce soit un ami."

Relonor ne relève pas et continue son chemin avec cependant une inquiétude grandissante sur ce qui va lui arriver. A l’intérieur il est rapidement guidé dans les sous-sols du bâtiment. Au diable les tableaux et bustes sculptés de l’entrée. Sous l’édifice, c’est une odeur de pierre et de terre humide qui l’attend, mais pas que. Un elfe noir armé des pieds à la tête se tient soudainement face à Relonor.

"Si tu veux entrer ici, tu dois déposer tes armes." Déclare-t-il et voyant l’hésitation de Relonor il poursuit. "Tu as le droit de faire demi-tour si tu sens un coup-fourré, mais décide-toi vite !"

Finalement Relonor abdique. Il tend sa rapière et l’arme qu’il a obtenue à son entrée chez les malfrats des égouts. Pourtant l’elfe qui lui fait face ne le laisse toujours pas passer.

"Me prends pas pour un lapin de six semaines. Ton bouclier aussi !" Insiste-t-il.

"Il vaudrait mieux que je retrouve mes affaires en partant." Lâche Relonor en même temps qu’il cède son écu si précieux. Son homologue se saisit du bouclier et entreprend de le fouiller des pieds à la tête en quête d’armes dissimulées.

(Merde j’ai pas pensé à regarder avec le bouclier s’il y avait d’autres elfes dans le coin. Plusieurs Shaakts amassés ensemble n’est jamais bon signe !)

Tous deux se toisent du regard et finalement Relonor continue sa marche quelques mètres plus loin, dans une pièce éclairée par quelques torches où attendent d’autres hommes et femmes eux aussi désarmés. Aucun ne se ressemble physiquement, du semi-homme au colosse de muscles en passant par des silhouettes souples. Les échanges de regards se multiplient les uns envers les autres, signe qu’aucun ne se connait et se jauge mutuellement.

(Je compte pas moins de cinq types. Dans quel merdier tu m’as fourré Brathsis ?)

Deux autres personnes arrivent montant le nombre de prétendants à huit. Assez rapidement il semble clair que plus personne ne viendra et la cohorte qui arrive annonce la venue du maître des lieux. Plusieurs hommes, cette fois-ci des humains, débarquent et laissent le passage à une magnifique elfe noir. Part expérience, Relonor sait que la beauté des femmes Shaakts se compare à une rose empoisonnée. Plus elle est belle et plus elle est dangereuse et celle-ci est véritablement à craindre.

"Bien !" Commence-t-elle. "Messieurs et Madame, vous voici réunis pour répondre à une mission de protection. D’ici quelques jours va se dérouler une vente aux enchères à laquelle je vais participer et où aucune arme n’est autorisée. C’est la raison pour laquelle on vous a tous pris vous effets personnels comme il le sera le moment venu." Elle commence à partir puis se retourne une ultime fois. "Une dernière chose. Je ne pourrais emmener qu’un seul d’entre vous, celui-là même qui ressortira d’ici vivant. Il recevra une partie de sa solde ici et le double lorsque la mission sera terminée. Pour les autres…c’est dommage, mais je n’accepte pas les faibles." Elle quitte la pièce en compagnie de ses hommes et alors que seul le Shaakt armé reste seul face à nous, un bruit de verrou se fait entendre de l’autre côté de la porte.

(Ha la garce ! Je savais que tout ça ne sentait pas bon.)

Chapitre 3 - Un objectif : survivre !
Modifié en dernier par Relonor le sam. 11 mai 2019 20:16, modifié 3 fois.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » sam. 11 mai 2019 19:53

Chapitre 2 - Recrutement particulier.

VI.3 Un objectif : survivre




Avant que je n’aie l’opportunité de réagir, un premier individu se jette sur le garde armé. Celui-ci ne bronche pas lorsqu’on lui extirpe son arme du fourreau. Cependant le petit malin n’a que le temps d’armer son bras qu’une dague vient se planter au travers de la gorge.

"Histoire que je vous mette tous d’accord. Ce n’est pas la première fois que j’ai à faire ce type de recrutement. Beaucoup ont essayé, aucun n’est jamais parvenu à s’en prendre à moi sens en mourir dans la seconde. Même si vous vous mettez à plusieurs, j’ai de quoi vous mettre tous hors d’état de combattre avant d’être un minimum en difficulté." Il marque une pause avant de reprendre. "Maintenant vous n’êtes plus que sept. Six doivent donc mourir."

(Il n’a pas tort. Désarmés, nous avons un cruel désavantage et il semble manier les armes plus que correctement. Mon seul moyen de m’en sortir est de tous les vaincre. J’en serais incapable en les prenant un par un. Il va donc falloir que j’examine correctement mes adversaires. Dans une situation comme celle-ci, soit c’est le chaos, soit le plus fort est ciblé en priorit…)

Relonor n’a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive, qu’un crochet lourd s’abat contre sa mâchoire et le fait décoller du sol l’espace d’un instant. Il se réceptionne malgré tout sur ses pieds avant de recevoir une salve de poings aux épaules, évitant soigneusement les protections de l’elfe noir. La stratégie semble simple, toucher le Shaakt aux articulations afin d’amoindrir ses possibilités de riposte et multiplier les coups pour réduire sa capacité de raisonnement face à une déferlante de douleur. Cependant, Relonor n’en est pas à son premier adversaire et il lui en faut davantage pour se laisser dominer par la douleur. D’un coup ample il balaye l’espace devant lui et force son opposant à prendre du recul.

C’est un homme qui lui fait face. Sa calvitie est le premier détail que remarque l’elfe noir, bien que peu utile pour le combat. Il est également muni un assortiment de vêtements amples en toile aux couleurs rouges et oranges. Si ce type de tuniques procure une capacité supérieure de mouvement tant offensif que défensif, la faiblesse réside dans sa faible résistance aux armes. Sauf que voilà, des armes il n’y en a pas et le chauve fait d’office partie des principaux challengers à la survie.

Alors que les deux adversaires profitent d’un moment pour se jauger, Relonor observe ce qui se déroule au loin. L’homme à la carrure imposante est pris à partie par la grande majorité. Seul le semi-homme reste dans son coin attendant qu’on vienne lui arracher la tête.

(Excellent ! Je vais être en mesure d’utiliser ma magie en tout discré…)

Nouveau coup à la tête du chauve qui accule Relonor contre le mur et le martèle d’une nouvelle série de coups. Dans ces conditions, il est difficile au Shaakt de faire appel à sa magie. Puisant dans sa rage, il fait abstraction de la douleur grandissante et stoppe l’enchaînement en bloquant avec ses brassards. Il saisit son adversaire aux épaules et lui adresse une rapide accolade d’une tête à l’autre. Si le coup ne provoque aucune coupure ou cassure des deux côtés, il sonne légèrement les hommes qui se séparent. L’elfe noir se prend la tête de la main droite et tâte de mur de l’autre. Il ne rencontre que l’humidité de la pierre ainsi que la chaleur environnante d’une torche. Avec la vivacité d’esprit d’un puceau devant une fille de joie qui s’offre à lui, Relonor se saisit de l’opportunité qui lui est offerte pour décrocher la torche et la brandir devant l’homme armé de ses poings. Avec sa nouvelle allonge, l’elfe noir acquiert un double avantage sur son adversaire. Non seulement il le tient à distance, mais il focalise son attention sur son arme enflammée. Le Shaakt a désormais la possibilité de faire appel à ses sorts. Il use de la magie transférée dans ses brassards pour former une lame fine qui se matérialise dans sa main droite. Débutant un faux coup de torche, son opposant fait preuve de rapidité en l’attrapant à la base. Néanmoins, ne se doutant pas de l’arme cachée, il ouvre son flanc gauche et reçoit une large entaille au torse dans un hurlement de douleur. Avant de voir l’arme disparaître, Relonor profite de sa supériorité pour placer une jambe en retrait et frapper un coup d’estoc, renforcé par son énergie interne. La lame transperce le malheureux, incapable de parer une lame. Celle-ci disparaît finalement et dans le but de cacher l’avantage qu’il peut avoir avec sa magie, de sa main droite il attrape l’homme par la nuque et place la torche contre les vêtements qui prennent feu rapidement. Oubliant presque s’être fait transpercé l’instant d’avant, le chauve entreprend une danse endiablée doublé d’un hurlement morbide, espérant éventuellement être capable d’éteindre le feu de la sorte. Dans un moment de lucidité, il essaie de retirer ses vêtements, mais la multitude de couches a finalement raison de lui. Son corps termine sa chorégraphie gisant sur le sol, ne laissant de lui qu’un tas de chair brûlé et une odeur de poulet trop cuit.

(Laissons ces idiots se battre les uns contre les autres !)

Prétextant un rude combat qui l’aurait amené aux portes de la mort, Relonor se laisse choir, un genou au sol et sa respiration rapide contribue à maintenir l’illusion. Face à lui, le spectacle le laisse sans voix. La brute, munie principalement de peaux de bêtes se défait un à un de ses agresseurs. Ses frappent sont comparables à des coups de massues et après avoir assommé un adversaire, un simple coup de botte suffit pour écraser le crâne du malheureux. Rapidement, il ne reste plus que trois survivants : Relonor, le colosse et le Sinaris. La brute se détache bien entendu du semi-homme et se tourne vers son dernier véritable adversaire : l’elfe noir. Il se rue sur lui en étendant ses bras pour augmenter son rayon d’action. Cependant, Relonor sent dans l’assaut une sorte de fatigue physique s’installer. Le Shaakt charge à la surprise de la brute et bondit au dernier moment sous le bras de celui-ci et se réception en une roulade. Les deux opposants s’arrêtent et se jauge mutuellement. Le mastodonte a eu un combat bien plus difficile. De nombreuses ecchymoses sont visibles et plusieurs fines lames sont présentes principalement sur son torse. Quelqu’un a vraisemblablement réussit à cacher quelques armes, mais cela n’a pas suffit pour terrasser le monstre.

De nouveau le colosse charge en direction du Shaakt. Cette fois-ci, Relonor mobilise ses ressources magiques pour accélérer ses propres mouvements. Il contourne aisément l’assaut sur la gauche et frappe le flanc ouvert. Ses poings rencontrent une solidité proche du cuir animal. Pas étonnant que cette brutasse ait été capable de vaincre plusieurs adversaires avec une telle résistance. Depuis le début, la stratégie du mastodonte est d’une simplicité enfantine. Attendre une opportunité pour affliger un coup puissant, mais aussi simple qu’elle puisse être, elle est terriblement efficace. Une énorme main, aussi solide qu’un rocher, s’abat sur la nuque de l’elfe noir le faisant s’écrouler au sol avec un grand nombre de chandelles. Le souvenir du coup de botte fatal lui revient en mémoire, mais les forces lui manquent . Pourtant rien ne se passe, pas de semelles mortelles. Relonor se relève péniblement en reprenant ses esprits tandis que le monstre de muscles semble vaciller. Sans attendre, l’elfe noir mobilise sa magie pour former une nouvelle épée. A défaut de pouvoir générer le sort contenu dans le bouclier, il puise dans ses réserves à peine entamées. Le coup l’a certainement plus sonné qu’il ne le pensait car la matérialisation n’opère pas.

(Il faudra que je pense à multiplier ce sort ou à trouver un moyen de cacher une lame.)

Peu importe, il réitère l’opération et cette fois-ci, la sensation de l’arme se ressent dans le creux de la main. Ni une ni deux, il profite de l’attention du monstre portée à droite pour frapper autant que possible tant que l’arme sera active. Un premier coup touche l’homme à la cuisse pour limiter sa capacité à se défendre. Relonor exploite l’occasion pour se loger dans son dos. Sans être capable de se défendre, les deux coups suivants transpercent la peau et font ruisseler le sang. La brute succombe sous ces derniers coups. Pourtant un détail interpelle l’elfe noir. Pourquoi l’homme n’a pas profité de l’occasion pour lui fracasser le crâne ? Un premier élément de réponse lui frôle la tête et un second le frappe à la jambe droite. Le semi-homme est toujours présent et s’attelle à lancer une série bille suffisamment dure pour qu’il sente le coup au travers de sa protection en cuir. Si le Sinaris possède un lance-pierre pouvant passer pour un jouet, c’est surtout les traces de sang qui retiennent l’attention. Il est loin d’être aussi faible qu’il semble être et c’est certainement grâce à lui que Relonor est encore en vie.

(Note à moi-même : penser à le remercier en lui tranchant la gorge.)

Le Shaakt évite un tir en esquivant sur le côté. Il arrive malheureusement vers un amas de corps qui restreint ses mouvements et reçoit un coup en plein genou. La douleur le vrille et il se baisse pour éviter un tir prévu en pleine tête. Au sol des couteaux de jets présents lui donnent une idée. Il se saisit de deux d’entre eux et lance un premier vers le semi-homme. Si l’elfe noir sait pertinemment ne pas être capable de toucher, son adversaire l‘ignore et évite un lancer inutile en esquivant sur le côté. Relonor compte user à nouveau d’une arme invoquer et dans le but de profiter un maximum de la courte durée du sort il s’élance. Il lance sa deuxième arme de jet sur le tireur qui ne se laisse pas avoir une seconde fois. Il profite de l’erreur du Shaakt pour l’atteindre à la tête. Si le coup touche sur le côté, il est suffisamment puissant pour le faire flancher et l’interrompre dans sa course. Relonor croise les bras devant sa tête pour se protéger alors qu’une bille le touche à l’épaule gauche. Il se reprend et use du sort inséré dans ses jambières. La magie accélère à nouveau ses mouvements et un rapide coup d’œil montre que le Siranis prend de la distance. Sans attendre, il se rue sur lui et le rattrape rapidement grâce à son sortilège. Il continue sa course pour charger son adversaire et le plaquer contre le mur. Il saisit un des bras et brise le poignet dans un hurlement de douleur. Désormais incapable de porter un coup avec son jouet, le Sinaris est incapable d’empêcher le Shaakt de lui briser un genou d’un coup de pied sec, criant de nouveau. Ce dernier contemple le petit homme courbé au sol. Il prend tout son temps pour créer une nouvelle arme et se délecte lorsqu’il l’abat férocement.

"Excellent !" Applaudit l’homme de main toujours à sa position. "Tiens, pour te récompenser de ta victoire. Reviens ici dans trois jours."

Il lui lance une sorte de pierre et le premier soupçon de Relonor se confirme : c’est une rune.

"C’est un plaisir de faire affaire avec vous !" Déclare-t-il avec un sourire carnassier.

Chapitre 4 - Faire le point.
Modifié en dernier par Relonor le jeu. 30 mai 2019 15:17, modifié 1 fois.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » jeu. 30 mai 2019 15:16

Chapitre 3 - Un objectif : survivre !

VI.4 Faire le point.


(Brathsis, mais c'est quoi ce merdier ? Tu m'as parlé d'un boulot soi-disant facile et voilà que je me suis retrouvé à devoir me battre à mains nues pour survivre ! Peu importe si ça paye bien, maintenant je suis aux ordres d'une Shaakt qui veux participer à des enchères. Bordel j'ai faillit crever pour une putain de vente aux enchères ! Crois-moi tu vas me le regretter ce coup-là !)

Relonor ressort finalement du bâtiment avec de nombreuses contusions sur le corps et certaines apparentes au visage. Dans un coin de rue se trouve toujours la Fouine, attendant patiemment le retour de l’elfe noir. En revanche plus de trace du renard.

"Ha merde ! Qu’est-ce qui s’est passé, comment vous vous êtes fait ça ?" Demande le Sinaris.

"Un semi-homme !" Répond froidement le Shaakt en fixant la Fouine.

"Ha…ha bon ? Ha ba c’est…c’est bien…non…non c’est pas bien !" Fait timidement le semi-homme alors qu’un long frisson glacé parcours son dos.

"Peu importe, il n’est plus là pour en parler. Pourquoi le renard n’est plus là ?" Interroge Relonor.

"Hé ben…pendant que vous étiez à l’intérieur, deux hommes sont entrés, armés pour le combat. En revanche un type est sorti et lui il n’avait rien d’un combattant, alors il a décidé de le suivre." Explique la Fouine.

"Bien, bonne initiative !" Félicite le Shaakt avant de se faire interrompre.

"C’est exactement pour ça que je lui ai ordonné de le faire. !" Coupe fièrement la Fouine. "Ca paraissait trop louche, mais il voulait pas au début, il a fallu que j’insiste."

Le Shaakt doute fortement des propos du Sinaris. Il y a peu de chance que le Renard ait accepté de suivre les ordres du semi-homme sans lui avoir laissé une marque visuelle de son mécontentement. Peu importe comment les choses se sont passées c’est le résultat final qui compte.

"Dans ce cas je vais te récompenser, tu vas venir avec moi. J’ai besoin de trouver quelqu’un qui peut me procurer des produits illicites." Sourie froidement l’elfe noir.

"Et quels genres de produits ? Esclaves, poisons, animaux exotiques…" Commence le semi-homme avant de se faire interrompre.

"Non. De la magie noire !" Déclare l’elfe noir.

"Ho non !" Soupire le Sinaris.

"Quoi ? Comment ça non ? Tu ne connais personne où tu refuses de m’y conduire ?" S’énerve Relonor.

"Non c’est juste que…j’aime pas trop cet endroit !" Lâche enfin le semi-homme.

"Ca c’est pas mon problème !" Grogne l’elfe noir. "J’ai choppé deux trois trucs intéressants sur les autres candidats, mais j’ai besoin de les ajuster. T’as juste le temps qu’on passe à la forge pour te faire à l’idée, aussi déplaisante qu’elle peut te l’être !"

D’un pas aussi assuré que peut l’être quelqu’un passé à tabac, Relonor se rend à la forge suivis de près par un Sinaris traînant les pieds.

Chapitre 5 - De retour chez Gonk.

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Gaïus Galini
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Re: Habitations

Message par Gaïus Galini » mar. 2 juil. 2019 17:46

Chapitre 1: Mystère au Temple des Plaisirs

Gaïus se réveilla difficilement, une nuée de nains miniatures prenant un malin plaisir à donner des grands coups de pioche dans sa boite crânienne. Le soleil de midi perçait déjà à travers les grandes vitres de sa chambre, les rayons solaires étant à peine gênés par les lourds rideaux verts émeraudes. Le jeune homme avait la bouche pâteuse et tout ses symptômes indiquaient clairement un surplus de consommation d'alcool la veille. Il parvint difficilement à s'extraire des ses draps soyeux et à s'asseoir sur le bord de son lit, une superbe œuvre d'art à baldaquin créée par la famille de sa mère. Le bourgeois se frotta les yeux et le visage tout en essayant de se remémorer la soirée de la veille, des bribes lui revinrent mais rien de bien précis. Des coups donnés dans la porte de son antre interrompirent ses réflexions et tout en se levant pour ouvrir le jeune homme répondit d'une voix cassée.

« Oui... Oui... J'arrive »

Le mage néophyte ne titubait pas, une grande partie de l'alcool étant déjà partie, mais il lui semblait avoir quelques courbatures ce qui indiquait peut-être un manque d'hydratation. Sur le chemin de la porte il attrapa un verre d'eau judicieusement disposé sur une grande commode d'un goût raffiné et avala son contenu d'une traite. Gaïus regretta à ce moment que le verre ne fut pas en bois ou autre matériau plus solide car il l'aurait volontiers laissé tomber mais dans un effort qu'il jugea surhumain le reposa là où il se trouvait auparavant. Les coups contre la porte reprirent et une voix féminine sembla demander quelque chose que le fêtard ne comprit pas. Arrivant finalement à sa destination il déverrouilla la serrure de son antre et une splendide jeune femme y entra sans même attendre une invitation quelconque.

« Tu es incorrigible mon frère. Le soleil est déjà à son zénith... et par les déesses cette odeur ! »

Eri, c'était le nom de l'intruse, se dirigea directement vers une des fenêtres tout en invoquant à la fois Rana, Gaïa et Moura de donner un peu de sens commun à son jeune frère. Malgré sa tenue peu féminine constituée d'un kimono épais pour l’entraînement aux armes et sa coiffure plus pratique qu'élégante, on ne pouvait que constater sa grande beauté. Gaïus désespérait de trouver une femme à sa hauteur bien qu'il ne perdait pas une occasion de profiter au moins de celles qui avaient un physique des plus convenable. L'escrimeuse se mit à ouvrir tout les rideaux et toutes les fenêtres faisant ainsi entrer une brise légère et les rayons ardents du soleil au grand désespoir de l'habitant des lieux qui grogna en se cachant les yeux.

« Il y a d'étranges rumeurs qui courent sur un de ces lieux de débauche que tu fréquente... Le Temple de quelque chose... Des désirs ? »

Un souvenir refit surface aussi soudainement dans l'esprit du bourgeois qu'un nain accourt lorsque l'on prononce le mot bière et cela dégrisa totalement le jeune homme qui se précipita sur sa commode pour se changer. Il s'était effectivement couché habillé la veille et ses vêtements ne pouvaient clairement plus être utilisés avant un bon nettoyage.

« Des plaisirs chère sœur. Et effectivement j'ai essayé de m'y rendre hier mais nous avons été refoulé ce qui m'était jamais arrivé. »

Gaïus ne se souvenait même plus de qui le nous impliquait à part lui et son garde du corps et il n'en avait pas grand chose à faire. Cependant avant de se rendre au Temple il lui semblait avoir capté des discussions, vu des choses louches à ce sujet et il comptait bien approfondir la question maintenant qu'il était un peu près en état de réfléchir. L'expression de dégoût et les grimaces de sa sœur décidèrent le jeune homme de s'accorder un bain auparavant. Il se dirigea donc vers sa salle de bain pendant que la jeune femme dans sa chambre héla un serviteur pour amener de l'eau chaude. La salle d'eau n'était pas très grande en soit mais rien que sa présence témoignait de la richesse de la famille. Une baignoire en cuivre en occupait la plus grande place et un autre meuble somptueux de la famille côté Ynorie était surmonté d'une vasque en porcelaine peinte. Différents navires allant de la galère à la frégate en passant par la jonque faisaient une ronde autour du récipient.

« Je vais aller me renseigner. J'aime bien ce lieu. »

Un ricanement se fit entendre dans la chambre adjacente tandis que le fêtard se déshabillait et entrait dans la baignoire.

« Cela m'aurait étonné. C'est un lieu fait pour toi il n'y a pas de doute. »

La remarque fit sourire Gaïus qui répondit aussitôt.

« A toi les salles d'armes, à moi les bars, auberges... »

« ...les bordels. »

L'échange fut interrompu par l'arrivé d'un serviteur qui ajouta de l'eau chaude dans la baignoire tandis que le ventre du baigneur fut pris soudainement d'un peu charmant gargouillement. L'homme entre deux âges qui portait les seaux d'eau garda une expression neutre mais proposa tout de même d'apporter des collations avec le reste de l'eau ce que Gaïus accepta volontiers. Entre temps Eri s'en était allé pour quelques entraînements sportifs et avait laissé son frère se détendre et profiter de son bain.

(Il est bon d'être fortuné.)

Une fois le corps nettoyé, l'eau refroidi et l'estomac rassasié le jeune oisif entreprit de se faire rincer et de sortir de l'eau afin d'entamer sa journée d'enquête. Pour se faire il s'habilla assez simplement d'une chemise blanche sans trop de fioritures et d'une veste de marin bleue océan, rare cadeau de son père constructeur de navire. Des chausses de la même couleur, de solides bottes en cuir et un tricorne vinrent compléter le tout. En se regardant dans le miroir qui trônait à côté de son lit, Gaïus constata qu'il ressemblait presque à un officier naval à l’exception notable de l'absence d'un sabre quelconque. Le bourgeois haussa des épaules et sortit de sa chambre qu'il laissa ouverte afin que les serviteurs s'occupent de l'entretien. Il passa devant la chambre de son frère aîné qui était en face de la sienne et devant celle de sa sœur adjacente à la sienne et enfin celle de ses parents en face de celle de la fille de la famille. Le mage néophyte descendit l'escalier qui menait au rez-de-chaussé discrètement afin de ne pas attirer sa mère et sa chance fût que le bas de l'escalier menait directement à la sortie de la maison.

(Désolé chère mère mais je n'ai pas le temps pour les récriminations ou les embrassades ce matin... ce midi.)

Le bourgeois se félicita du bon entretien de la maison si bien que la porte ne fit pas un bruit que ce fut à l'ouverture comme à la fermeture. Il traversa en toute hâte le petit jardin qui occupait le devant de l'imposante bâtisse en marbre blanc avant de franchir un portail en fer forgé orné d'un médaillon représentant un navire sans voile ainsi qu'avec la moitié des mâts. Gaïus se retrouva alors dans la rue, encadré par les deux gardes gardant l'entrée de sa demeure.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » mar. 10 déc. 2019 15:01

Chapitre 8 - Bottes sur mesure.

Traînant p’tit George difficilement jusqu’à la demeure du renard, le semi-homme ne cesse de geindre tout le long du chemin. Au moins sait-il maintenant les blessures que Relonor subit lors de ses affrontements. Quelques regards leurs sont adressés alors qu’ils arrivent non loin du lieu de vie du second homme de main de l’elfe noir. Il faut dire que sans être un secteur riche, l’endroit possède un certain cachet et il est rare de voir des énergumènes ensanglanter s’y balader. A l’intérieur, le renard les observe depuis son confortable fauteuil, élégamment habillé avec un verre de vin à la main. Découvrant les blessures du semi-homme, il se lève prestement et rejoint les deux hommes.

"Diantre, qu’est-ce là ?
D’où viennent ces blessures que je vois ?
Petit George vous aurait-il défendu,
Ou a-t-il détroussé un homme qu’il n’aurait pas dû ?"


"Epargne-moi le besoin de mettre ma lame sous la gorge afin que puisse entendre autre chose que tes sempiternelles rimes !" Tonne l’elfe noir stoppant l’homme chic dans son élan oral. "Emporte-le donc dans un lit, il mérite son repos."

L’homme obéit et disparaît avec la demi-portion, puis s’en revient quelques minutes plus tard, retrouvant Relonor qui s’est servi de quoi étancher sa soif.

"Alors, comment s’est déroulé votre entretien ?" Demande l’humain.

"Ne t’occupe pas de cela !" Répond froidement l’elfe noir, préférant éluder la naïveté dont il a fait preuve en acceptant de se rendre dans une situation qui est devenue très problématique. "Cette petite fouine m’a révélé que tu avais suivi un homme sortant. Que cela a-t-il donné ?"

"Mon bon messire,
Tandis que notre ami a manqué de se faire occire…"


Il s’arrête brutalement en voyant la colère de l’elfe noir le pousser à saisir la poignée de sa lame.

"Je disais donc que j’ai suivi cet homme et il s’avère que c’est un usurier. Je ne peux en revanche vous dire en quoi il est lié avec le maître de la demeure où vous vous êtes rendu." Répond-il.

"Ce n’est pas un homme mais une femme qui dirige tout là-bas." Corrige Relonor.

"Haaa !" S’intéresse le renard qui y voit une dame à courtiser.

"Une elfe noire." Prévient le Shaakt.

"Ha." Fait-il soudainement moins enjoué avant de reprendre. "J’ai travaillé sur les documents que nous avons subtilisés lors de notre petite escapade nocturne à trois. Il s’avère que notre ami commun, Egos, possède des tractations avec certains marchands peu recommandables à Tulorim. En nous y rendant nous pourrions le faire déchoir de sa réputation et d’une…"

"Assez !" Hurle l’elfe noir qui stoppe net le renard. "N’as-tu pas oublié dans quel merdier tu m’as fourré ? A cause de toi je dois offrir des informations de valeur à ton sorcier si je ne veux pas me faire trouer la peau par une bande de criminels sans cervelles. Criminels dont le chef sait pour la fuite d’information à laquelle, mais pas que j’en suis responsable. Cependant il minimise les échanges d’informations et je n’ai donc plus rien à offrir au sorcier. Alors ton escapade à Tulorim tu risques d’y aller par petits morceaux si j’en entends encore parler. Est-ce clair ?"

"Oui très." Répond simplement l’homme qui malgré son désir de garder une certaine prestance, laisse entrevoir la peur qu’exerce Relonor sur lui.

"Je dois me rendre à une vente aux enchères d’ici quelques jours en compagnie de la dame. Toi tu continueras de suivre cet usurier et apporte-moi des informations utiles ! Moi je vais me reposer." Ordonne Relonor qui part dans la chambre la plus confortable de la demeure.

"Attendez, ceci est…ma chambre…qui ne l’est plus visiblement."

Chapitre 10 - L'art des lames volantes.
Modifié en dernier par Relonor le mar. 10 déc. 2019 15:07, modifié 2 fois.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » mar. 10 déc. 2019 15:04

Chapitre 9 - Un début d'information.

Relonor se trouve dans la luxueuse chambre du Renard. Un vaste lit bordeaux avec une quantité de draps, couettes et surtout de coussins tout simplement ahurissante. Une large commode se dresse dans la pièce, mais les tenues avec froufrous et les multiples couleurs ont rapidement fait cesser les investigations du mobilier. La seule fenêtre donne sur la cour d’un voisin et plus particulièrement ses latrines. Cherchant à passer le temps, il s’amuse à lancer avec difficulté un couteau sur un portrait du propriétaire des lieux lorsqu’il était plus jeune visiblement. Le but originel était d’oublier les tracas récents qu’il subit, en devant travailler au sein d’un groupe de criminels tout en les trahissant pour le compte d’un autre. Finalement l’objectif semble atteint puisqu’à force de s’exercer, sa rage a pris le pas sur ses inquiétudes. Non seulement il n’est parvenu à aucun moment à planter le couteau au niveau du visage, mais pas une seule fois la lame s’est plantée dans le tableau. Il réitère un énième lancer lorsque la fenêtre s’ouvre brutalement à cause d’une bourrasque tandis que le couteau se plante enfin dans l’encadrement. Il y a peu de chance qu’une bourrasque soit la raison de sa réussite, pourtant une idée émerge dans son esprit. En tant qu’aéromancien, Relonor est capable de contrôler les vents à tel point qu’il lui est possible d’accélérer ses propres mouvements grâce à ces courants. Selon toute logique, il devrait être à même d’utiliser ces vents pour propulser ses armes, avec un contrôle supérieur.

Allant chercher ses couteaux, il rassemble les lames en sa possession et concentre une maigre partie de sa magie pour sa première utilisation. Il puise dans son mana de quoi créer un courant d’air autour de la lame et la lance sur la cible. Le couteau tourne dans tous les sens comme une girouette en pleine tempête. Guidé par un maelström aérien incontrôlable, il finit sa course sans se planter dans le tableau.

(Au moins il est clair que je puisse utiliser un courant et l’associer à un objet pour le lancer. Reste maintenant à contrôler correctement la trajectoire.)

Nouveau couteau, nouvelle tentative. Il concentre de nouveau son mana pour l’enrouler autour de la lame, mais cette fois-ci, il maintient le contrôle qu’il exerce dessus. Il lance la fine lame tout en gardant son attention sur la magie qu’il exerce. Cette fois-ci la lame ne tourne plus dans tous les sens, mais si elle atteint sa cible, seule l’extrémité de la lame se plante tandis que la rotation du couteau continue et le manche vient percuter le portrait et l’extrait de sa cible.

(Intéressant. Cela demande plus de concentration que je ne pensais ! Je devrais commencer par maîtriser cette technique avant de la répéter jusqu’à la parfaire correctement.)

Encore une fois Relonor se saisit d’un couteau et y concentre son mana pour générer un courant qu’il contrôlera jusqu’à atteindre sa cible. Il la lance et use de toute sa concentration pour guider la fine lame jusqu’à ce qu’elle atteigne un point pile entre les deux yeux du portrait avec plus de force qu’il était capable de générer à la seule force de ses bras.

"Voilà qui est beaucoup mieux !" Se satisfait-il enfin avant de s’interroger.

(Oui enfin, c’est bien de lancer des p’tits couteaux, mais c’est pas ça qui va percer des grosses armures ou blesser mortellement. Je ferais mieux d’utiliser mes propres lames pour cela.)

Cette fois-ci il dégaine sa rapière et reproduit le même procédé. Il génère un courant autour de la lame pour la guider dans son lancer. Etrangement, la même quantité de mana semble suffire, que ce soit pour une lame importante ou un simple couteau. Il lance la rapière tout en gardant le contrôle de sa trajectoire. Cependant, si le coût en mana semble le même, la concentration requise pour une lame plus importante doit aussi être plus conséquente. Il recommence donc à nouveau le procéder et englobe l’arme d’un courant d’air contrôlé. Focalisant toutes ses forces mentales pour guider l’arme, celle-ci est propulsée avec force contre la cible et transperce le tableau restant figée dans une partie du mur.

(Voilà qui est bon ! La concentration requise est importante, mais il me reste encore quelques jours pour m’y habituer et le faire avec beaucoup plus de facilité. D’ailleurs il me reste encore un peu de mana. Devrais-je essayer avec toute la puissance que je suis capable de générer en une fois ?)

Se laissant assouvir sa curiosité, Relonor va chercher sa lame et se replace au même endroit. Il englobe de nouveau l’arme d’un courant d’air et augmente la densité de celui-ci. Gardant toute sa concentration sur le guidage de la rapière, il la lance une nouvelle fois contre le tableau, déjà criblé de nombreuses entailles. L’arme atteint sa cible et fait mouche avec une force qui lui permet de s’enfoncer dans une partie plus importante du mur. Encore une fois, il lui faudra quelques jours pour appréhender ce geste plus instinctivement, mais une réelle satisfaction morbide s’affiche sur son visage tandis que le renard, toujours aussi bien habillé, arrive dans sa propre chambre.

"Mais que diable se passe-t-il en ce lieu ?
A voir ces armes je…"


Finalement la vue de son portrait le stop net dans son élocution. Il contemple ce qui reste du tableau avec la même horreur que si son garde-manger était envahi par les rats.

"Ce tableau a été peint par l’illustre Viulètre, d’une valeur inestimable et vous l’avez…saccagez !" Dit-il presque tout bas avant de s’emporter comme jamais il ne l’avait fait avant. "Mais où diable avez-vous cherché l’idée de vous en servir pour…pour…pour quoi au juste ?"

Presque surpris par la colère soudaine du renard, Relonor s’avance sans se laisser démonter et extirpe sa lame du tableau, ainsi que du mur.

"Disons que je me suis exercé à atteindre des cibles éloignées. Ce portrait m’a plutôt…bien inspiré." Commence-t-il en lorgnant sur le visage de l’homme qui lui fait face. "Tu saurais pas où je peux trouver le modèle du tableau, j’aimerais m’exercer sur une cible vivante !"

"Heu…je…je…non ! Je ne vois pas quel homme aussi charmant…élégant et charismatique aurait pu servir de…de muse." Répond l’homme endimanché. "Vous désirez quelque chose…un rafraîchissement peut-être ?" Continue-t-il espérant avoir trouvé là une excuse pour s’éclipser.

"Trouve-moi des informations utiles sur cet usurier ou tu n’auras pas à rougir de l’état du portrait !" Menace l’elfe noir comme une promesse.

Chapitre 11 - De retour chez l'elfe noire.
Modifié en dernier par Relonor le lun. 5 avr. 2021 21:01, modifié 1 fois.

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Kieran d'adventum
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Re: Habitations

Message par Kieran d'adventum » jeu. 2 avr. 2020 00:26

Un Nouveau départ
Le jeune homme se sentit à l'étroit dans la nouvelle demeure familiale. Le grand air lui manquait. Kieran s'ennuya ferme; il recherchait quelque chose à faire.
Pour une énième fois, Le varrockien rentra dans le bureau de ses parents. Ses yeux se perdirent sur les quelques trophées qui se trouvaient sur les étagères. Des vieilles cartes étaient rangées entre eux. Elles étaient tellement usées que certaines tombèrent en poussière dès qu'on les touchaient. Des livres et des rouleaux de parchemin étaient éparpillés sur une grande table de bois. Kieran les avaient déjà parcouru; ils les connaissaient par cœur.

Un ronflement se fit entendre au fin fond de la pièce. Il appartint à son père, Geralt d'adventum. Celui-ci était affalé sur le seul fauteuil encore en état. Les bruits de pas de Kieran le tira de son sommeil.

« Bonsoir, Kieran, que fais-tu là ? » dit-il d'une voix enrouée.
« Bonsoir, Père, je m'ennuie à rester ici. Vous savez ce que je veux. »
« Je le sais très bien, ce n'est pas la première fois que tu me le dis et ça n'arrêtera pas tant que je ne te donne pas ma bénédiction pour partir. Mon fils, ta mère et moi connaissons ton envie. » exprima-t-il en se levant péniblement. Il se mit à marcher maladroitement vers la grande table.
Kieran s'exclama sur le ton du désespoir. « Alors, au lieu de me retenir entre ces quatre murs ! Je vous en conjure, acceptez mon départ! »

Son père fit le tour de table et s'assit dessus. Son léger embonpoint prit sa place au-dessus de ses cuisses. Les bras croisés, il se remit à parler « Avec ta chère mère, nous en avons longuement discutés, plutôt disputé. » L'homme d'une soixantaine d'année au cheveux grisonnant se mit à rire, puis reprit.


« Maintenant, tu es grand ! On ne va pas t'enfermer contre ton gré. Nous avons décidé de répondre favorablement à ta demande. Cependant, il y a une condition. »

«  Ah ! Laquelle ? »

« Nous souhaitons que tu offres tes services à la corporation des chasseurs de trésors. Jadis, ta mère et moi nous avions appartenu à cette guilde. Elle te conviendra pour répondre à ton appétit aventureux. »

D'une main vigoureuse,le père de Kieran farfouilla le tas de parchemins. Il en retira un papier vierge. A l'aide d'une plume, il griffonna quelques mots et la donna à son fils.

« Tiens, je t'ai noté l'adresse de la corporation. Prends bien soin de toi, je te laisse.» Sur ces mots, le vieil homme repartit retrouver son fauteuil. Quant à Kieran, il partit rejoindre son lit.

Le lendemain matin, Kieran sauta du lit en vitesse. Il s'habilla et embarqua ses affaires de voyage: une bonne couverture chaude, une corde robuste et sa longue épée qui a pas mal servi. Après un petit déjeuner frugal, il fit un « au revoir » expéditif à ses parents. D'un pas confiant, le jeune homme franchit la porte et partit en direction de la corporation des chasseurs de trésor.
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Xël
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Re: Habitations

Message par Xël » sam. 25 avr. 2020 17:25

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C’est tôt le matin que j’arpente les quartiers riches de la cité à la recherche de la demeure de l’Obscurologue Mikuzuki. Jamais je ne me serais douté que cette activité rapportait autant. La maison fait facilement partie des plus grandes et des plus coûteuses, constitué de plusieurs étages, d’un blanc nacré, pourvue de colonnes et de gravures à l’entrée avec un beau jardin colorés par ses parcelles de fleurs et son arbre apportant une touche d’ombre au dessus d’un banc en pierre. Je m’avance sur le chemin de dalles menant à la porte qui est loin de la simple porte basique. De près, elle parait incassable, taillé dans un bois solide et épais qui me fait penser à la coque d’un navire. Je saisis le lourd anneau de fer pour signifier ma présence. Trois gros coups qui résonnent aux alentours et qui ne trouvent pas de réponses évidemment. Je remet trois coups d’anneau sur la porte avant d’ajouter.

"Madame Mikuzuki. Je suis Xël Almaran. J'aimerais vous parler. On m'a dit que vous étiez du genre à faire semblant de ne pas être chez vous."

Une réaction cette fois, elle rétorque d’abord que c’est mademoiselle avant de demander ce que je veux sans toutefois ouvrir la porte. Il ne reste plus qu’à la convaincre de m’ouvrir comme m’avait dit le vieux mage. Quand je lui réponds que j’aimerais en apprendre plus sur les Lieutenants d’Oaxaca elle rétorque ironiquement qu’elle peut me donner une liste de ses livres à consulter à ce sujet. Je suis déjà au courant, des tonnes et des tonnes de volumes sans doute à en juger par la taille de sa demeure. Des lignes et des lignes de caractères qui me prendrait une vie à lire. Je ne suis même pas certain d’y trouver ce que je veux.

"Je sais. Mais en dehors du fait que j'ai déjà du mal à lire une lettre sans bafouiller... Je ne veux pas savoir comment combattre leurs créatures. Je veux savoir comment me débarrasser d'eux."

J’entends un ricanement à travers la lourde porte avant d’entendre, toujours avec le cynisme qu’on m’avait décrit venant d’elle, une provocation.

"Comme nous tous ! Essaie donc d'allumer quelques bougies et de réciter "Hocus Pocus que les Treize soient détruits !" Ca ne servira à rien mais au moins tu n'en mourras pas."

Je ne m’en offusque pas. J’ai conscience que ce que je cherche à accomplir peut être considéré comme de la folie. Cependant je ne suis pas juste un téméraire têtu qui souhaite faire le malin. J’ai vu et affronté ces Lieutenants et leurs créatures et surtout...

« J’en ai déjà eu un...»

Terminais-je à haute voix, brisant ainsi le moment de silence qui s’était installé. C’est à son tour désormais de rester silencieuse et je tends l’oreille en quête d’une remarque déplaisante que je ne veux pas louper. Mais c’est une question cette fois qui traverse la porte.

"Hmm, tu es celui à qui l'on doit la disparition de Vallel, c'est bien cela ?"

Je m’interroge encore sur la manière qu’a prit cette information pour venir jusqu’ici, sans compter la complexité qui concerne la disparition de Vallel. Ce n’est pas moi qui l’ai tué mais c’est moi qui l’ai empêché de revenir.

"C'est plus compliqué que ça. Mais oui. Et j'ai dû affronter Crean et les machines de Khynt très récemment... J'ai vraiment besoin de votre aide."

"Très bien, j'accepte de te faire entrer si tu acceptes de m'expliquer ce qu'il s'est passé sur Aliaénon en détails."

En détails ? Elle veut tout savoir ? J’espère qu’elle a prévue quelque chose à manger.

"Vous voulez tout savoir ou seulement la partie concernant Vallel ?"

Je commence à m’inquiéter quand un silence de réflexion s’installe mais heureusement elle ne souhaite apprendre que la partie concernant Vallel pour l’instant tout en précisant que lorsque la guerre sera terminée ou en guerre et que si j’y survis elle enverra quelqu’un recueillir l’ensemble de mon témoignage. Sur Aliaénon et lors de mes batailles à venir.

"Ca me va si vous me dites tout ce que vous savez sur les Lieutenants d'Oaxaca."

Ca y est, elle accepte d’ouvrir. J’entends un verrou puis un second, un troisième... un quatrième. Je plisse les yeux quand j’en entends un cinquième puis un sixième... bon sang mais à quel point s’isole t’elle de l’extérieur ? Enfin la porte s’ouvre et elle m’invite à entrer, ce que je fais après m’être essuyé les pieds. Deux choses me surprennent alors; la première est l’obscurologue. Je pensais avoir à faire à une vieille chouette mais je suis loin du compte. C’est une Ynorienne, plutôt belle, se rapprochant sans doute des quarante ans mais qui sait comment se faire paraître plus jeune. Une coupe de cheveux sophistiquée, du rouge à lèvres et à joues contrastant sa peau blanche. Une tenue épousant des formes généreuses, un cou fin et de frêles épaules. La seconde sont les paroles qu’elle me confie à voix plus basse en transperçant mon regard avec le sien.

"Que l'on soit d'accord, nous entamons aujourd'hui une relation privilégiée toi et moi. Peu importe les ordres que tu recevras de n'importe quel chef d'état, Solennel lui-même s'il en décide ainsi, tu t'engages à ne garder aucun secret pour moi concernant cette guerre et je m'engage à te dire tout ce qui pourra t'aider dans ton entreprise. Tu t'engages à être mon espion, au delà de toute autre allégeance. Promets et nous pourrons commencer."

"Je ne vois pas ce que je pourrais vous cacher mais euh... c'est d'accord. Même si le terme d'espion est un peu étonnant."

Je ne peux pas cacher ma surprise, qu’est ce qu’on pourrait vouloir cacher à cette femme si ça peut nous donner un avantage dans cette guerre. J’ai vraiment du mal à comprendre et j’ai peur que ce ne soit que le début. La sensation d’être prise au piège comme une mouche dans une toile d’araignée est assez désagréable mais c’est peu comparé à ce que je peux apprendre ici. Elle hoche la tête, satisfaite de ma réponse, et me guide à travers les couloirs richement décorés de sa maison jusqu’à un salon où elle m’invite à m’installer dans un fauteuil confortable. Quand elle annonce qu’elle m’écoute je prends une profonde inspiration avant de débuter.

« Bon... bah... le mieux c’est de commencer par la mort de Vallel. Elle a eu lieu au cours de la bataille de Fan-Ming. Au cours de la bataille les créatures que contrôlait Vallel se sont retournés contre lui et l’ont transpercés avant qu’il ait le temps de s’en rendre compte. Je... je ne suis pas certain de ce qu’il s’est passé exactement à ce moment là. Je sais juste qu’elles ont réagis à un ordre de Naral Shaam. Je ne sais pas grand chose de ces créatures non plus, des armures sombres, géantes, animées par je ne sais quel magie. Je sais simplement que c’est les Ouessiens de Nagorin qui les contrôlent maintenant mais bon... c’est pas vraiment le sujet. »

Je soupire en me grattant la nuque, mal à l’aise, peu habitué à ce genre d’exercice et surtout en m’apercevant le nombre de choses que je suis incapable d’expliquer. Je poursuis malgré tout.

« Enfin bon vous connaissez dans doute la suite. La guerre se conclue par le réveil d’un Titan, la défaite d’Oaxaca sur Aliaénon et de la fin du siège d’Oranan. Ce qui nous amène directement à mon troisième voyage sur Aliaénon, le sauvetage de Naral Shaam. Là aussi il y a beaucoup de choses que je n’ai pas comprises. Mais pour tout comprendre je dois vous présenter quelques personnes et leurs pouvoirs. Simaya Sombrecroc et son don de pouvoir copier le pouvoir d’un autre et Elurien d’Assamoth dont le pouvoir est de manipuler les esprits à sa guise tout comme Vallel pouvait manipuler la chair. Pour une raison que j’ignore encore, Simaya a enfermé au sein d’elle même plusieurs âmes, celle de Vallel entre autre et celle d’un autre mage nommé Finarfin Seuillé. »

La violence de sa disparition remplit ma voix d’émotion quand je prononce son nom mais je continue sans m’attarder là dessus, chassant de mon esprit la masse du nain qui écrase son torse.

« Le but de Simaya était probablement de remettre ces âmes dans d’autres corps. Pour Fin’, enfin Finarfin, c’est moi qu’elle a choisie, me confiant dans le même temps son pouvoir. Et pour Vallel elle a choisie Elurien, pensant sûrement que son pouvoir suffirait à contenir son âme qui cherchait à revenir. Mais ce ne fût pas le cas, Elurien ne parvenait pas à maîtrisé Vallel et il perdait le contrôle de son corps chaque minute qui passait... Nous pensions que Simaya avait un plan précis et que pour cela nous devions rassembler des personnes bien précises. Nous avons pu les rassembler à la Tour d’Orsan, un laboratoire de Vallel situé dans La Lande Noire. Mais c’est ce que Vallel souhaitait, il a alors prit pleine possession du corps d’Elurien et a réveillé toutes les créatures qui se trouvaient dans les sous-sols de la tour. »

Je sens mon visage sombrer dans une profonde tristesse mêlé de culpabilité.

« Pour empêcher que Vallel revienne et mette la main sur la cité d’Elscar’Olth avec ses créatures pour permettre à nouveau aux armées d’Oaxaca d’envahir Aliaénon... j’ai agi. J’ai lancé un puissant sort, sans aucune retenue, projetant Vallel dans les sous sols et ébranlant la Tour d’Orsan. Avant qu’elle s’effondre, j’ai grimpé jusqu’au laboratoire au sommet de la Tour pour le détruire. Tout s’est effondré, enterrant les sous-sols et les créatures qui s’y trouvaient ainsi que le corps d’Elurien. Privant Vallel d’un corps et envoyant son âme dans les Landes Tanathénnes. Une région où repose les défunts. »

Je hausse les épaules, aussi défait que le jour où s’est arrivé. Mon action avait également causé la mort d’Elurien et de Thensoor. Mikuzuki hoche la tête et déclare.

"Très bien, cela suffira pour aujourd'hui. Merci. Ton récit ne m'apprend pas grand chose mais il confirme plusieurs informations que je soupçonnais déjà. Tout d'abord, sais-tu pourquoi il est si difficile de se débarrasser des Treize ?"

"Le Duc m'a dit qu'ils n'avaient pas leurs égals parmis les hommes et il parait qu'ils reviennent d'entre les morts."

Elle fait une moue avant d’expliquer.

"Il y a de cela, oui, mais c'est plus compliqué. Les Treize, sauf pour Gadory, sont des anciennes âmes. Ils étaient chacun, ou presque, de grands combattants de leur vivant et ont gardé une rancune tenace après leur mort. Gadory, lui, était le disciple de Herle Krishok, l'une des menaces les plus récentes de ce continent avant le retour d'Oaxaca. Tu devais être un bambin lorsqu'il sévissait. Il se trouve que Gadory a réussi à communiquer avec Krishok après la mort de celui-ci, leur permettant d'exécuter un rituel pour les ramener à la vie. Puis ensemble ils ont libéré la Reine Noire. Et c'est elle la clé."

Elle se mordille l'intérieur de la joue et parait admirative.

"Vois-tu, c'est là où leur plan était brillant. Vraiment, vraiment brillant. Oaxaca est une déesse, par définition il est impossible de la tuer à proprement parler. Voilà pourquoi elle était à la place scellée dans un orbe à Tulorim. Et Oaxaca les a lié à elle par un procédé dont je ne suis pas encore certaine de comprendre toutes les subtilités. Tant qu'elle vit, il est théoriquement impossible de se débarrasser définitivement des Treize. Elle pourra toujours les ramener à la vie et leur trouver un nouveau corps. Et c'est sans compter, comme tu le disais, leur résilience hors du commun : ils font littéralement partie de l'élite de ce monde, des êtres les plus dangereux, que ce soit par leurs talents naturels ou les précautions qu'ils ont pu prendre. Comprends-tu à quel point nous sommes baisés ?"

Elle sourit à ces derniers mots, comme si la situation l'amusait tandis que j’essai tant bien que mal de retenir tout ce qu’elle vient de m’expliquer.

"Vous dites que pour nous débarrasser d'eux il faut de nouveau sceller Oaxaca dans une boule ?"

Elle secoue la tête avant de continuer.

"Non. Enfin, si, c'est une solution. Mais Oaxaca était pratiquement invincible lors de sa première vie sur Yuimen, maintenant qu'elle possède les Treize elle est virtuellement imbattable. Non, non, la solution de se débarrasser des Treize auparavant est effectivement la bonne. Vois-tu, même le plus brillant des plans n'est pas sans faille. Je n'ai reçu aucune nouvelle de Vallel de la part de mes espions à Omyre depuis... Très longtemps. Cela signifie que tu nous en as probablement définitivement débarrassé."

Elle m’adresse un sourire en coin, un sourcil haussé. Une réaction qui me fait rougir.

"Bravo."

Elle reprend un air neutre :

"Cela prouve une chose importante. Que si l'âme d'un des Treize n'atteint pas les Enfers de Yuimen...Tu sais que les Enfers existent réellement ?"

Sans attendre de réponse, elle continue :

"Si l'âme d'un des Treize n'atteint pas les Enfers de Yuimen, elle ne peut le ramener. J'en conclus donc qu'il y a des conditions d'accès à cette âme. Ce qui confirme deux hypothèses pour l'empêcher de ramener l'un des Treize, et me donne du grain à moudre pour une troisième, plus incertaine mais probablement plus accessible."


Elle m’observe alors que je reste silencieux, concentré à tout retenir et surtout comprendre tout en chassant la migraine qui démarre dans mes tempes provoquant chez Mikuzuki un sourire.

"Je n'ai jamais dit que ce serait simple. Et comme tu le constates, même moi ne suis certaine de rien. Mais maintenant que les bases sont posées, nous allons pouvoir passer à ces hypothèses. Elles sont ce que tu es venue chercher ici, alors concentre toi bien."

J’incline la tête et la laisse poursuivre, concentrant mon attention sur ses lèvres.

"Premièrement : la destruction de l'âme. Ce qui les relie est l'âme. Une âme est par nature fragile, mais chez certains êtres elle est plus résiliente. C'est leur cas. Il existe différentes légendes concernant la destruction de ces âmes résilientes, mais je ne peux vérifier la véracité d'aucune d'entre elles, donc je ne peux véritablement t'aider là-dessus. Mais si leur âme est détruite, elle ne pourra se rendre aux Enfers. Je te laisse faire ta propre enquête sur le sujet - et évidemment me tenir au courant de l'avancée de tes recherches si tu te tournes vers cette voie. Deuxièmement, capturer leur âme ou l'envoyer dans un autre monde. C'est vraisemblablement ce qu'il s'est passé pour Vallel : mourant dans un autre monde, il n'a pu rejoindre les Enfers de Yuimen et Oaxaca n'a pu le ressusciter. De la même manière, si l'on enferme leur âme dans un réceptacle par une quelconque magie le permettant, elle n'y aura pas accès et ne pourra les faire revenir. C'est, encore une fois, quelque chose d'assez flou. Troisièmement... Et c'est l'hypothèse que je ne peux vérifier, purifier leur âme. Ce qui ramène les Treize à la vie est "tout simplement" de la Nécromancie. Ce qui signifie qu'ils sont des âmes damnées. Ils ne peuvent donc trouver le repos dans le domaine de Phaïtos, et je pense personnellement que c'est une condition nécessaire pour qu'Oaxaca, aussi puissante soit-elle, interfère avec le royaume des morts. Si cela s'avère vrai, c'est donc la solution la plus simple pour empêcher leur résurrection, car l'on possède des archives faisant état de la purification d'âme depuis plusieurs siècles, voire millénaires. Cela ne signifie pas que c'est facile : il faudra préalablement les tuer et ce en la présence de quelqu'un capable de purifier une âme damnée. Ce qui, malgré les précédents... Est extrêmement rare."

Je sens mon visage se tordre dans d'étranges grimaces au fil de ce qu’elle me raconte mais je pense tout de même comprendre, je risque une question, un peu hésitant, craignant qu’elle soit stupide.

"Et... c'est difficile de capturer une âme ?"

"Il y a des légendes, des sources, mais elles sont bien plus vagues et floues que pour la purification. En fait, la seule véritable occurrence certaine que nous ayons est, il me semble, le cas d'Oaxaca. Mais cela remonte à 7 000 ans et la seule personne capable de t'expliquer comment cela s'est passé avec précision est Koushuu, Roi de Kers, qui a aidé à la combattre et a obtenu par la même occasion sa divinité. Mais il est difficile de l'approcher. A ma connaissance, seule une recommandation d'un dirigeant reconnu comme Solennel lui-même pourrait te permettre de pénétrer dans son Palais. Je pourrais te fournir une recommandation pour une entrevue au château de Kendra Kâr mais malgré notre collaboration il voit d'un mauvais œil mes... méthodes. Avec ton nom et tes précédentes contributions, peut-être cela sera suffisant, et peut-être pourras-tu le convaincre d'écrire une lettre en ta faveur à Koushuu, mais je ne peux le garantir."

Peu envieux de retourner chez Solennel demander une autre faveur dans un délai aussi court. Et voulant également éviter de m'approcher du palais après la chute qui m'a ridiculisé auprès des gardes et de la belle jeune femme, je cherche une autre solution.

"Et n'y a t-il pas une façon de les affaiblir avant de s'en prendre à leurs âmes ?"

Après un bref ricanement elle rétorque qu’a sa connaissance détruire un corps et la seule manière d’accéder à l’âme. Je me gratte le crâne, lourd d’avoir appris tant de choses en si peu de temps. Quand je lui demande comment elle a bien pu apprendre toutes ces choses elle affiche un sourire espiègle:

"En passant des contrats avec des aventuriers désireux d'apprendre ce que je sais déjà. Entre autres choses. Mais je ne vais pas révéler tous mes secrets comme cela."

Je souris à mon tour pour remercier l’obscurologue. J’ai désormais pas mal de pistes à suivre, grâce à elle.

"A vrai dire il me reste une information à te donner. Si je ne connais personne présentement capable de purifier une âme, quelqu'un est venu me voir récemment, une personne qui, si je ne me trompe pas, approche de Kendra Kâr à l'heure où nous parlons. Elle est très investie dans la lutte contre les Treize, en particulier leurs trois nécromanciens. Et elle cherche activement un moyen d'apaiser les âmes damnées, en plus d'être... Particulièrement douée pour les combattre, si je puis dire."

"Vous pensez qu'elle pourrait revenir avec des réponses ?"

"Je sais de source sûre qu'elle a des pistes. Au minimum. Elle devrait au moins être capable de te dire ce qu'elle a tenté et ce qu'il reste à essayer."

Dit-elle après un haussement d’épaule. Je hausse les épaules à mon tour en déclarant que je dois pour l’instant rester à Kendra Kâr de toute manière. Elle hoche la tête.

"Très bien. Elle se nomme Anastasie Terreblanc, tu devrais la trouver au nouveau Refuge de Kendra Kâr. C'est elle qui l'a financé."

Le refuge, une bâtisse énorme servant à l’accueil des plus démunis. Je la remercie encore pendant qu’elle se lève en m’informant que je dois m’adresser à la gérante du lieu qui s’appelle Sérénité avant de me souhaiter bonne chance. J’incline la tête et lui serre la main.

"Je risque d'en avoir besoin. D’ailleurs... est-ce que vous pourriez me confier un de vos livre ? "

Son regard se durcit et après un instant d’hésitation c’est en ronchonnant qu’elle se dirige vers sa bibliothèque pour se saisir d’un livre qu’elle m’apporte. J’y jette un œil après un autre remerciement pour lire le titre. Le Général Crean.


>>>

((Ajout d'un livre nommé Le Général Crean dans l'inventaire RP))

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » lun. 5 avr. 2021 20:49

Chapitre 10 - L'art des lames volantes.
VI.11 De retour chez l'elfe noire


Le jour est arrivé. Après ce maudit recrutement où seul le dernier survivant remportait le travail, Relonor s’est affairé à se préparer pour ce moment. Si de son côté il gravit les quelques marches pour atteindre la porte, complètement ignoré cette fois-ci par les deux hommes qui gardent l’entrée, le Renard est toujours à chercher des informations utiles concernant le mystérieux usurier lié à la nouvelle patronne de l’elfe noir et p’tit George est toujours cloué au lit, après les blessures que le Shaakt lui a transmises. Bien qu’avec les quelques jours déjà passés, Relonor se doute que le semi-homme préfère veiller sur le garde-manger à la première occasion. La porte s’ouvre alors que le l’enchanteur s’apprêtait à la frapper.

"Tu as un peu d’avance, c’est bien ! Entre et suis-moi !" Déclare l’elfe noir qui lui a ouvert la porte.

Relonor suit son frère de peau au travers de longs couloirs jusqu’à ce que son guide ouvre une porte et l’invite à s’y rendre en premier. Toujours équipé de ses armes, il ne s’inquiète pas de ce qui peut s’y trouver et pénètre d’un pas franc dans la dite pièce. Il n’a pas fait trois pas qu’un monstre se rue sur lui. Un tas de griffes et de crocs au milieu d’un amas de poils noirs. L’effroi fige Relonor l’espace d’un instant l’empêchant de réfléchir à comment réagir. Finalement son instinct de survie opte pour une retraite mal organisée et l’elfe noir tombe en arrière, ses bras battant l’air comme un poulet en détresse. La bête féroce se meut étrangement. Alors que la gueule reste à la même place, c’est tout le corps qui pivote en avant, donnant une brève idée de la lévitation, jusqu’à ce que la gravité reprenne ses droits et que le corps entier chute lourdement au sol dans un bruit lourd. Un tintement métallique attire l’attention de Relonor qui s’aperçoit de la chaîne reliant la bête au coin de la pièce. Au vu de ses muscles maigres et ses os apparents, la créature semble atrophiée, mal nourrie depuis des jours. Observant encore le monstre noir, Relonor comprend finalement la véritable nature de la bête.

(Un Liykors ! Une de ces espèces de fauve qui se prennent pour des êtres civilisés !)

"Hahaha, je ne m’en lasserai jamais !" Ricane le guide fière d’avoir flanqué une bonne frousse à l’enchanteur. "Allez finit de jouer, on ne va pas faire attendre la dame !"

Il attire Relonor à le suivre à nouveau hors de la pièce et les deux elfes suivent de nouveaux un couloir.

"C’était quoi ça ?" Interroge Relonor.

"Ca ? C’est l’animal de compagnie de la dame, mais il n’est pas très bien dressé. Il n’a toujours pas compris que pour se nourrir à nouveau il doit entièrement se soumettre, mais ça viendra. En attendant, je profite autant que possible de sa présence." Se moque finalement l’elfe noir.

Les deux elfes arrivent devant une large porte en bois magnifiquement sculptée. Le guide frappe à la porte et une douce voix l’invite à entrer. Il l’entrebâille et précisant seulement "Il est arrivé." Un bref instant de silence s’installe puis c’est un concert de chaises et de bottes qui se déroule. De nombreux hommes, femmes, Shaakts et humains sortent pour finalement laisser la place à la maitresse des lieux. Toujours aussi belle que dans son souvenir, sa robe légère de couleur pourpre laisse entrevoir ses formes pour le plaisir des yeux et surtout le malheur de ceux qui se laisseraient duper de la sorte. Relonor le sait, plus une elfe noire est belle, plus elle est dangereuse. Particulièrement lorsque ses deux yeux se posent trop longuement sur vous.

"Bien ne perdons pas de temps !" Dit-elle finalement et sort de sa demeure suivie de toute sa cohorte.

"Pourquoi me faire venir si vous avez autant de monde à vos ordres ?" Interroge Relonor à son précédent guide, alors qu’ils se trouvent à l’arrière du groupe.

"Il n’y aura que toi et moi qui escorterons la dame, les autres resteront ici ou à l’extérieur de la vente aux enchères. Même si j’ai de l’estime pour certains, aucun n’est utile s’il n’a pas son arme de prédilection avec lui." Répond l’intéressé. Au fait, moi c’est Naegrim.

Chapitre 12 - Les enchères.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » lun. 5 avr. 2021 21:12

Chapitre 13 - l'usurier.
VI.14 Maître Relonor


Avec les quelques informations en sa possession, Relonor reprend la route pour se rendre à la demeure de l’elfe noire, là où tout le groupe semblait se rendre. Si effectivement il ne s’est pas trompé sur le lieu, son absence a fini par se faire remarquer. A son retour, Naegrim lui somme de s’expliquer.

"Où étais-tu passé ?"

(Merde, trouve une idée !)

"Hé bien…j’avais…"

Le bras du second d’Istavari attrape Relonor par le col et le plaque contre le mur le plus proche, plantant une lame sous sa gorge.

"Je te laisse deux secondes !" Menace-t-il.

(Chier ! Autant passer pour un couard !)

"C’est les enchères ! Toute cette tension ça m’a…fallait que j’aille me soulager, mais je ne voulais pas que la dame le remarque !" Tente Relonor en mentant aussi bien qu’il est capable.

"Mais tu me prends vraiment pour un con ? T’as massacré plusieurs types sans remords et tu te pisses dessus bêtement ? Je sais pas à quoi tu joues mais hors de question pour toi de te défiler ou de nous l’a faire à l’envers ! T’iras avec les autres au sous-sol !" Grogne –t-il, s’entant visiblement le mensonge. Il force l’elfe noir à m’avancer et avant d’atteindre une porte au fond d’un couloir du sous-sol, il plante son regard dans le sien. "Garde à l’esprit qu’au moindre truc que me déplait, je t’égorge moi-même !"

La menace est clairement lancée et toute la mise en scène est impeccablement travaillée. Les yeux fixent, un rictus de haine sur le visage, le corps orienté vers la cible pour accroître sa domination et cette espèce d’aura intimidante qui affecte même un être comme Relonor. Il ouvre la porte et laisse l’enchanteur pénétrer à l’intérieur. Dans la pièce, un grand nombre de personnes sont présentes. Ceux qu’il a déjà croisés se situent dans les appartements supérieurs, mais ici les visages sont inconnus et le confort est une notion encore à l’étude. Relonor déambule au milieu de ces personnes et de leurs regards inquisiteurs, sans vraiment savoir où il se rend ni ce qu’il cherche. Au bout de quelques minutes, une évidence vient frapper l’esprit du shaakt. Dans ce sous-sol, les individus sont pauvres ou à peine en mesure de se battre et mieux vaut ne pas mentionner le gamin qui joue à brasser l’air avec sa dague. D’ailleurs à le regarder ainsi, un sourire carnassier vient déformer la bouche de l’elfe noir. Il s’avance vers le garçon et interpose sa propre lame contre un coup porté sur un ennemi imaginaire.

"Qu’est-ce que tu fais là gamin ? C’est pas un endroit pour toi !" Taquine-t-il.

Le môme ne répond pas et préfère s’éloigner pour reprendre son minable entraînement. L’enchanteur ricane intérieurement et retrouve l’enfant.

"Tu vas faire partie des troupes de la dame, cependant tu vas pas faire long feu avec ton cure-dent. Tiens prend celle-ci !" Offre Relonor en tendant la lame du Worran. Une lame de piètre qualité, mais plus longue que la dague. "Allez !" Insiste-t-il voyant que le garçon hésite.

Finalement il se saisit de l’arme et commence à mouliner dans le vent.

"Met-toi en position !" Ordonne Relonor qui provoque la crainte chez l’enfant. "On va se battre dans le même camp. Tu veux que je t’apprenne à frapper sans être touché ? Alors frappe-moi !"

La proposition est trop tentante pour ne pas l’accepter. Le jeune homme se met en position et use toute sa force dans son coup.

"Tu comptes te battre ainsi ? Tu pourrais même pas égorger une vache avec ça !" Se moque l’elfe noir.

La pique atteint le garçon qui frappe plus fort et enchaîne les assauts. L’enchanteur pare avec son bouclier, dévie un autre coup avec sa lame et laisse le môme se faire entraîner dans son élan avec une esquive souple, avant de lui botter les fesses.

"Mais c’est quoi cette posture à la con ? T’arriveras à rien si tu n‘es pas stable dès le début ! Essaie de parer ça !"

Associant le geste à la parole, Relonor arme lentement un coup de côté pour que le garçon ait le temps de le recevoir. Les deux lames s’entrechoquent, mais la force de l’enchanteur est plus importante et envoie l’enfant deux mètres plus loin.

"Et encore je n’ai pas frappé fort !" Ment le shaakt. "Tout est dans la stabilité des jambes ! Si tu veux parer un coup tu dois mobiliser tout ton corps, pas seulement le bras qui tient l’épée. Tu dois former un bloc solide pour résister." Explique Relonor qui se tourne pour montrer la posture adéquate à un blocage par l’épée. "L’esquive est différente car le corps doit faire preuve de souplesse." Encore une fois il se positionne pour montrer l’exemple et se déplace rapidement en mettant l’accent sur le jeu de jambes.

"Enfin pour finir. Frappe-moi !" Le garçon hésite un instant avant de s’exécuter. "Lorsque tu auras une bonne expertise du combat…" La frappe imite celle de l’enchanteur en venant sur son côté droit, opposé au bouclier. La posture est meilleure, mais encore insuffisante pour l’elfe noir. D’un simple mouvement de son arme, le shaakt dévie la frappe et laisse son adversaire démuni face à une riposte. L’épée vient caresser le coup du jeune homme qui ne respire plus, de peur de se faire couper mortellement. "…tu seras en mesure de riposter efficacement pour un coup mortel !"

Il éloigne la lame du garçon pour le laisser respirer à nouveau et oriente son arme dans sa direction.

"Tu veux apprendre un maximum avant d’aller te battre ?" Demande-t-il.

"Oui m’sieur !" Répond le garçon, provoquant une véritable satisfaction à l’elfe noir.

Le temps dans le sous-sol passe savoir avoir la moindre notion de l’heure qu’il est. Relonor s’investit particulièrement dans la transmission de son expérience du combat, n’hésitant pas à être rude par moment pour bien comprendre un mouvement simple ou une manœuvre complexe. Au bout d’un moment, le garçon commence à se fatiguer.

"On s’arrête-là ! Ca ne servira à rien que tu t’entraînes au point de ne plus pouvoir lever ton épée !" Déclare Relonor avant de s’asseoir pour demander. "Qu’est-ce que tu fous ici ? Tu vas risquer ta vie, tu en as conscience au moins ?" L’elfe noir voulait pousser le garçon à s’ouvrir un peu à lui.

"C’est pour ma sœur !" Commence le garçon. "Elle est malade et je suis le seul à pouvoir payer son traitement ! Et toi ?"

"Moi ?" Sourie le shaakt. "J’dois du pognon à des gens qui me tueront si je ne fais pas. Autant risquer ma vie de toute façon non ?" Il lève la tête en l’air et inspire un grand coup avant de parler à nouveau. "Au fait moi c’est Relonor et toi ?"

"Carnie !"

Chapitre 15 - Par une nuit noire sanglante.

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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » sam. 29 mai 2021 22:53

Chapitre 21 - L’incrustation magique (suite)
VI.22 Réunion houleuse



Il est l’heure ! Le soir vient et avec lui, le rendez-vous chez la shaakt Istavari. Il y a beaucoup moins de monde que la nuit précédente. Avec la tentative d’embuscade complètement raté, il ne reste plus guère de survivants du combat. D’ailleurs, ceux-ci se félicitent de telle ou telle prouesse martial, jusqu’à l’apparition de l’enchanteur. Aux premiers pas de Relonor dans le grand salon, les voix se taisent. Il semble évident que parmi les personnes présentes, au moins une personne a répandu les actes de l’elfe noir, tant par ses affrontements où il est sorti victorieux et la mise à mort de l’aéromancienne qui a permis de triompher, que par ses agissements contre ses propres alliés, en frappant mortellement l’un d’eux et usant d’un jeune garçon pour retrouver sa force vitale à son détriment. Cet acte pousse les individus présents à s’écarter de son passage.

Gardant sa lame à portée de main, il s’approche d’un confortable fauteuil. Doux, moelleux, le seul problème reste cependant, l’homme qui y est assis. Pas besoin de coup de botte pour attirer son attention, l’aura menaçante du shaakt suffit amplement. Une simple esquisse de sa nouvelle lame prête à être dégainée, suffit pour faire partir le parasite. Relonor s’y assoie donc et prend garde de libérer sa lame avant de poser son fessier. De sorte que rien n’entrave la libération du nouvel amour entre lui et l’épée tranchante.

Timidement, les conversations reprennent jusqu’à l’apparition des deux shaakts L’elfe noire, dans une robe dont le simple style asticoterait les plus bas instincts de n’importe quel homme, démontre une capacité de séduction par sa simple gestuelle et sa voix sensuelle.

"Messieurs, hier soir était une grande victoire ! Je suis particulièrement ravie de voir enfin cet ignoble individu hors de mon chemin. C’est la raison pour laquelle je compte s’adresser à vous personnellement et individuellement, afin de vous offrir un supplément en signe de ma profonde reconnaissance !" L’approbation de ce bonus, ravis les mercenaires qui acclament la dame, regagnant ses appartements privés.

Naegrim, son bras droit, attend un peu que les esprits se calment pour enchaîner.

"Veuillez vous rendre un par un dans ses appartements privés." dit-il avant de chercher du regard l’enchanteur. "Quant à celui sans qui nous n’aurions pas été victorieux, la dame t’accorde le droit de venir sans plus attendre !"

"J’apprécie, mais il vaut mieux garder le meilleur pour la fin !" Dit-il en saisissant son arme et exécutant un erzast de salut militaire avec la poigne de son épée clinquante.

Ainsi, un premier homme suit le bras droit de la dame pour disparaître à l’étage supérieur. Rapidement un autre prend le relais, ainsi de suite, vidant lentement mais surement la pièce de vie. Dénuée du grand nombre de survivants restant, la pièce dévoile sa décoration. De nombreux fauteuils, sofa, quelques meubles, buffets avec de quoi se restaurer et une magnifique cheminée en pierre. Pourtant, Relonor a cette étrange impression que cela sonne faux. De la même manière que la shaakt ne possède pas d’argent pour payer les mercenaires, seul l’enchanteur a remarqué qu’aucun homme n’était redescendu. Peut-être que les hommes qui restent encore avec lui pensent qu’il y a un autre accès. Cependant l’elfe noir sait qu’il y a une autre raison, bien plus probable et moins agréable. Il est certain que tous ceux qui montent périssent un à un. Petit à petit, éliminer les pus faibles pour facilement réduire leur nombre.

La seule crainte du shaakt est d’affronter les hommes d’Istavari, avant que Goron ne fasse irruption. Non, en réalité l’absence du seigneur serait une véritable tragédie.

"Relonor !" Appel Naegrim. "T’es le dernier, la dame a un présent spécial pour toi !"

(Non ! Non ! Non ! Bordel, mais il fout quoi l’autre seigneur de moncul ? Je vais me faire trouer le corps comme un terrain infesté de taupes !)

"Merci, mais non merci !" Annonce l’enchanteur, qui provoque une surprise totale de Naegrim.

"Pardon ? Mais à quoi tu joues ?" Demande le shaak.

"Me prend pas pour le dernier des cons Naegrim ! J’ai pas vu redescendre un seul des types qui sont montés et me sors pas un passage caché ou un accès arrière. Moi je pencherais plus pour une trappe menant aux sous-sols. Non ?" Balance Relonor.

Le bras droit de la dame regarde l’enchanteur en plissant les yeux. Son regard mauvais laisse entendre qu’il use de tous ses méninges, mais finit par se tourner vers un des deux hommes avec lui. D’un geste de la main, il l’envoie dans à l’étage supérieur pour informer la dame de ce qui se trame ici. Peu de temps plus tard, elle arrive aux côtés de ses hommes. Au final, c’est tous ses loyaux serviteurs qui sont présents et qui seront assurés d’être rémunérés, contrairement aux mercenaires. D’ailleurs, sur les lames de certains, quelques traces de sang confirment les soupçons du shaakt.

"Ainsi donc notre nouvel employé semble avoir plus de jugeote que ses petits camarades !" Déclare-t-elle presque comme une accusation avant sentence, avant de poursuivre avec une impression glaçante. "Reste à savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose."

(Bordel Goron tu fous quoi sale merde de bourge !)

"N’ai-je pas démontré mes capacités à vous servir convenablement dame Istavari ?" Commence à déclarer Relonor en s’inclinant. "Sans moi, les choses se seraient plutôt mal passées pour vous la nuit dernière non ? J’ai œuvré pour vous sachant vos légers soucis de trésorerie lors de la vente aux enchères. J’estime mériter mieux que ces misérables qui, je pense, gisent actuellement dans une partie de votre sous-sol ?"

La maîtresse des lieux affiche un sourire des plus agaçants. Celui d’une marionnettiste qui vient de recevoir une nouvelle poupée, avec laquelle elle s’amusera à tirer les ficelles afin de gravir les marches du pouvoir. Le tout, avant de la jeter dès qu’elle ne lui sera plus utile. D’un pas gracieux, l’elfe noire s’approche lentement de Relonor, laissant ses hommes en retrait. Jouant la carte de la soumission, Relonor dépose arme et bouclier sur une table près de lui.

"En voilà un homme qui sait me parler ! Tu as en effets été un atout indéniable pour moi et tu me serais sans doute encore utile à l’avenir. Cependant, la loyauté est une chose rare en ce monde et j’ai toutes les peines du monde à faire confiance au premier venu. Tu m’as bien servi, néanmoins tu n’es là que depuis peu, alors pour te faire confiance. Chaque être à un prix, quel est le tien pour t’avoir sous ma coupe ?" Finit-elle par demander après s’être rapproché près de l’elfe noir.

"Je ne demande que plus d’opportunité de tuer encore et encore !" Annonce l’enchanteur.

"Voilà qui est bon à entendre ! J’aime mes serviteurs, lorsqu’ils ont des désirs en adéquations avec mes projets. Tant que tu me jures loyauté, je te fournirais de quoi assouvir tes besoins." Déclare-t-elle en tendant la main, afin que Relonor lui jure fidélité d’un baiser de serviteur.

Baiser qui tarde à venir.

(Non pas ça ! J’exècre les humains, les elfes et tout particulièrement les femmes shaakts, qui pensent que leur simple existence est une raison de les servir ! Jamais je ne serais le joujou d’une garce comme elle, jamais ! Je préfère encore crever !)

"Alors ? J’attends !" S’impatiente-t-elle.

Relonor grince des dents. Cette situation commence à devenir particulièrement tendue, mais pas autant que la femme shaakt et ses hommes, lorsque des étranges bruits provenant de l’extérieur se font entendre. C’est dans un énorme fracas que la porte s’ouvre avec violence. Des hommes armés arrivent rapidement, suivis par un hinïon et sa paire de lames acérées. Les forces de Goron viennent d’arriver ! Contrairement à eux, les hommes d’Istavari qui ne s’attendaient pas à être attaqués chez eux, c’est avec un temps de retard qu’ils dégainent leurs lames. Deux sont mortellement touchés avant que les autres se rassemblent à temps pour protéger leur maîtresse et lui permettre de fuir à l’étage.

Une fois entré dans le bâtiment, un accès sur la droite s’enfonce dans le sous-sol. Droit devant, un long couloir mène à plusieurs pièces comme la cuisine, ainsi qu’à l’escalier pour se rendre à l’étage supérieur. Quelques mètres après le seuil de la demeure, la porte sur la gauche dessert le salon où se trouve Relonor et neuf autres personnes. Mettons sept, vu que les deux hommes touchés ne vont plus être une gêne très longtemps. C’est à cette entrée que se jouent les coups de lames pour forcer le passage d’un côté, tenir pour aider la fuite de la shaakt de l’autre. Si seulement les nouveaux arrivants savaient qu’ils pouvaient intercepter la dame en passant par le couloir. Malheureusement, ils sont trop obnubilés par la vengeance qu’ils ne pensent pas correctement.

Dans le salon, trois hommes empêchent les nouveaux venus de pénétrer à l’intérieur. Ils essaient tant bien que mal de les repousser pour reprendre le contrôle du couloir, en vain. Sur les quatre restants, deux accompagnent la shaakt dans une position plus facilement défendable et pour les deux autres, Naegrim et Relonor, ils vont devoir à nouveau faire preuve de l’adresse martiale de la veille. En tout cas c’est ce qu’espère Naegrim, qui ne se doute pas qu’en s’équipant de sa lame et de son bouclier, l’enchanteur espère une fin différente.

"La voilà sir !" Annonce l’hinïon en découvrant la fuite de l’elfe noire.

"Ne la laisser pas s’échapper !" Déclare une voix que Naegrim reconnaît facilement.

Il se tourne vers Relonor pour obtenir des explications, en gardant deux lames prêtes à l’emploi.

"Qu’est-ce que ça veut dire ? Il devrait être mort, tu l’as affirmé non ?"

"Je vais tout expliquer !" Déclare Relonor, prenant l’attitude de celui qui s’est fait prendre la main dans le sac, tramant un mauvais tour. "La vérité c’est que…" D’un bond, il s’élance sur Naegrim qui pare l’attaque de ses deux épées en croix. "…je ne compte pas servir une salope de shaakt à nouveau !"

Profitant de la surprise, il harcèle son opposant en l’empêchant de reprendre une position de combat propice à une riposte.

"Vous pensiez réellement que je n’étais pas au courant que vous n’aviez plus un rond, que vous comptiez vous débarrasser de tous les gêneurs ? Vous n’êtes que des chiens, des déchets sur ma route ! Je vais tous vous massacrer un à un et promet un destin tout particulier à cette pétasse !" Hurle le shaakt.

Galvaniser par la colère qu’il peut enfin faire ressortir, Relonor se laisse quelque peut perdre le fil du combat en faisant surgir verbalement sa rancœur. Son opposant profite de cette inattention pour reprendre l’ascendant des échanges. Un premier coup de lame passe prêt du ventre de l’enchanteur, puis un autre frappe le côté, bloqué par l’écu de l’elfe noir. Plutôt que de rendre les coups, Relonor reste sur la défensive et use du mobilier présent comme une protection supplémentaire contre Naegrim.

"Tu as voulu nous trahir, alors vient réclamer ton dû et bat-toi !" Grogne-t-il, incapable de porter correctement un coup.

De son côté, l’enchanteur met tout son savoir martial dans une défense totale. Un rictus malsain se dessine sur ses lèvres, sourire du destin tragique de son adversaire qui arrive à toutes jambes. Alors qu’il s’apprêtait à porter une frappe puissante, après avoir réussi à déblayer une chaise d’un coup de pied, deux lames ensanglantées viennent percer sa poitrine. Derrière-lui, l’elfe blanc expulse toute sa colère fasse à cet elfe noir. Retirant ses lames du vaincu qui tombe au sol, vivant ses derniers instants, l’hinïon loin d’avoir assouvi sa vengeance, garde un visage plein de colère face à Relonor. D’un bond, il saut sur l’elfe noir encore vivant et tâche de l’aider à rejoindre son camarade dans l’autre vie. Bien plus adroit que Naegrim, le shaakt se doit d’user d’une technique bien à lui.

"Goron ! Faites rappeler votre chien !" Hurle-t-il alors qu’il peine à s’éloigner de son champ d’action.

"Cessez cela !" Ordonne le seigneur.

"Mais c’est lui qui a tué…" Gémit-il avant de se faire interrompre.

"J’ai passé un marché avec lui ! L’ennemi d’hier est l’allié d’aujourd’hui. C’est mon dernier mot !" Tonne-t-il.

"Bon chien !" Murmure Relonor derrière son écu morbide, juste assez fort pour que l’ouïe fine de l’elfe blanc l’entende.

Contraint à obéir, l’habile guerrier de Goron s’éloigne de l’enchanteur. Relonor profite de l’occasion pour se rapprocher de Naegrim qui vit ses derniers instants. Enfonçant sa lame dans le corps de l’elfe noir pour l’asticoter de l’intérieur, il lui fait subir une mort atroce jusqu’à son dernier souffle.

"Tu l’auras bien mérité !" Crache-t-il au corps inerte.

"Où s’est-elle rendue ?" Demande le seigneur Goron.

"A l’étage, dans ses appartements avec deux hommes à elle. J’y suis déjà allé, je n’ai vu aucune autre sortie. Elle est dans un cul de sac !" Répond Relonor.

"Méfiez-vous ! Cette femme a plus d’un tour dans sa manche." Réplique le seigneur.

Avant de se mettre à la poursuite de cette garce, Relonor s’empresse de prélever sa récompense en saisissant les deux lames de Naegrim. Une habitude qu’il apprécie pour deux raisons. D’une part il les considère comme des trophées, se reposer sur une arme pour un guerrier revient à lui confier sa vie, son être. Voler ces armes revient à enchaîner l’essence de ces guerriers pour son propre plaisir. D’autre part, ces armes se revendent en général un bon prix. A chaque fois, Relonor a l’impression de vendre un esclave. Des deux épées, l’une à l’acier droite possède deux côtés tranchants ainsi qu’une garde solide en croix. L’autre n’a qu’un seul côté tranchant et sa lame est courbée. Sa poignée plus longue que la précédente, possède elle une garde ronde, dans le style des sabres Oranais. En plus de ces biens, le shaakt dégote une clef.

"Bien. Allons nous occuper de notre hôtesse !" Ricane l’elfe noir.

Chapitre 23 - Une magie glaçante
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Relonor
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Re: Habitations

Message par Relonor » sam. 29 mai 2021 23:03

Chapitre 22 - Réunion houleuse
VI.23 Une magie glaçante


Tous quittent le salon et les corps meurtris pour se mettre en chasses de la maîtresse de maison. En arrivant près de l’escalier, d’autres hommes sont présents. Gisant au sol, les corps morts de plusieurs individus empêchent de prendre l’escalier. En lieu et place de lacérations de lames, des piques de glaces ont criblé les corps des malheureux. De son souvenirs, peu d’hommes savent manier la magie et à aucun, moment Relonor n’a vue la shaakt montrer un signe de maîtrise de cet art mystique. Pourtant, cela expliquerait sa domination sur un grand nombre d’hommes. L’influence est vide de sens sans un pouvoir pour asseoir sa domination.

"C’est elle ?" Interroge l’enchanteur à ceux qui la connaisse mieux que lui.

"En effet ! Peu le savent, mais c’est une dangereuse cryomancienne !" Répond l’Hinïon.

"Comment, vous êtes sérieux ? D’où vous sortez ces infos ? On peut pas vraiment dire que vous êtes très proches !" Continue Relonor.

"Je sais beaucoup de choses sur mes amis, mais je prête particulièrement attention à mes ennemis ! Istavari a été en lien avec plusieurs affaires dont la présence d’un cryomancien a été avérée. Non seulement aucun de ses hommes ou femmes ne possèdent de fluide de glace, mais a plusieurs reprise elle a commandé des produits magiques pour son propre intérêt. En revanche, nous ignorons à quel niveau est sa maîtrise de la magie, mais selon la milice il s’agissait d’une importante dépense de mana !"

(Ainsi elle serait bien plus dangereuse que je ne le pensais. L’affronter de face serait dangereux tant que je n’ai pas une meilleure compréhension de sa dangerosité. Il me faudrait trouver une autre façon de l’aborder…ou alors…)

"Partez en premier, si elle a fuit au lieu d’user de sa magie, il y a sûrement une raison à cela. Moi j’ai quelqu’un à voir !" Explique un Relonor énigmatique avant d’ordonner à un des hommes de Goron, d’aller chercher quelque chose en cuisine. Un regard suspicieux de son interlocuteur envers son seigneur qui, d’un hochement de tête, lui ordonne d’obéir.

Le groupe se sépare en deux et le shaakt se rend vers une pièce isolée. Ouvrant la porte, il prend garde de rester à bonne distance avant que la bête ne se rue à nouveau sur lui. Comme lors de sa première venue, le liykor noir se rue sur le nouvel arrivant, avant de se faire brusquement arrêter par les chaînes qui entravent son cou. Battant ses bras devant l’elfe noir, cherchant à attraper une proie, il ne fait que griffer le vent. Toujours aussi chétif que dans son souvenir, la courte chaîne le force à rester à genoux. Relonor aimerait bien profiter de spectacle, mais le temps lui est compté. Aussi, il va droit au but.

"Je suis là pour te…" Commence-t-il. Malheureusement, la bête est trop obnubilée par sa rage pour entendre raison.

L’homme qu’a envoyé l’enchanteur revient avec un morceau de viande ainsi qu’une chope d’eau. Ne voulant pas s’attirer les foudres de son nouvel allié, le shaakt se saisit du morceau de viande pour l’envoyer vers la bête, au lieu de l’homme lui-même. L’animal dévore la pièce de viande, avant qu’il n’attrape au vol le pichet d’eau qu’envoie l’elfe noir aussi délicatement que possible. Une fois la faim et la soif brièvement étanchées, la bête paraît bien plus calme.

"Je disais donc que je suis là pour te proposer un marché ! Je te libère de tes chaînes, en échange tu as simplement à nous aider à mettre en pièce cette femme qui t’a enchaîné ici !" Annonce l’elfe noir, qui espère que cette bête fera un magnifique détournement d’attention lorsqu’ils s’attaqueront à la magie d’Istavari.

Le liykors fixe l’elfe noir de ses yeux perçants et indique, en tirant sur ses chaînes, qu’il ne reste à Relonor qu’à le libérer. L’enchanteur dépose son écu et range son arme, avant de se saisir de la clef qu’il a dérobée sur le corps de Naegrim. Prudemment, il s’approche de la bête et pénètre dans la dangereuse zone d’influence de ses griffes. Il s’arrête brusquement lorsque l’animal expire d’impatience, avant de se rapprocher encore plus.

"Vous êtes un grand malade, ce n’est qu’une bête !" Balance l’homme de Goron qui s’attire le regard plein de haine du liykor, interrompant la progression de Relonor, avant qu’il ne reprenne à nouveau, lentement.

Il lui faut être presque devant sa gueule pour atteindre avec la clef, la serrure pour libérer l’animal au niveau du coup. Le déclic du mécanisme se fait entendre et Relonor comme l’autre homme reculent vivement de l’animal. Celui-ci, libéré de ses entraves, se redresse enfin de toute sa hauteur. Plus de deux mètres de hauts, il toise les deux individus comme un prédateur et malgré son évident manque de nutrition, sa musculature n’en est pas moins impressionnante. L’enchanteur s’empresse de se saisir de son bouclier et garde une main prudente sur le pommeau de son épée. Pourtant, la bête ne montre aucun signe d’hostilité.

(Bien, gentil toutou !)

"Pressons-nous ! Elle s’est très certainement réfugiée dans ses appartements." Déclare Relonor avant de prendre la direction voulue.

Il est arrêté par la présence d’une puissante patte pleine de griffes, au niveau de l’épaule, ce qui l’oblige à dégainer son arme. Du moins il essaye, car une autre patte posée sur sa garde l’en empêche.

(Merde, j’aurais dû me méfier !)

"Les souterrains !" Lâche finalement le Liykor qui laisse l’elfe noir sur le cul, ignorant qu’un tel animal pouvait parler la langue commune.

"Quoi les souterrains ?" Déclare Rélonor, gardant un maximum son sang-froid face à ce qui est devant lui, un prédateur né.

"Il y a un passage entre, ses appartements et les souterrains ! Elle va passer par en bas pour rejoindre la demeure à côté !" Répond-il.

(Quoi mais c’est une chose incroyable ! Cette bête sait aligner plus de deux mots et sans difficulté ! Ha oui et il y a cette histoire de souterrains aussi. Il ne faut pas qu’elle nous échappe.)

"Alors ne perdons pas de temps !" Grogne Relonor qui sent sa prochaine victime lui passer entre les doigts.

"Je vais prévenir le seigneur !" Annonce timidement l’homme qui l’a accompagné et ne voulant certainement pas rester près du liykor.

Rapidement, l’elfe noir s’empare d’un pied de chaise qu’il recouvre de plusieurs bandes de tissus pour le faire brûler, en une torche de fortune. S’il peut voir dans le noir complet, ce n’est pas le cas de son nouvel ami. Il revient ensuite à l’entrée pour prendre l’escalier menant à l’étage inférieur, suivi de près par l’animal. Après quelques portes, une exécrable odeur de mort vient le prendre au nez et s’engouffre dans son être pour lui remuer les tripes. Il ne faut guère plus de temps pour comprendre que les corps des hommes, qui attendaient comme lui, gisent ici dans une mare de sang que seule une horde de rat apprécie véritablement la présence. A certains endroits, comme un trou dans le plafond, sur le mur ainsi que sur les corps de certains hommes, une légère couche de givre est présente. Cette fine couche forme une trace qui part sur la droite vers un couloir qui s’éloigne de la demeure de la shaakt.

(Ce doit être l’accès qui lui permet de s’enfuir. Mais c’est quoi cette trainée au sol ?)

Relonor et son nouvel animal de compagnie se dirigent vers l’accès, pour voir que ce chemin a été creusé par la force des bras, après la fondation du sous-sol. Alors qu’ils arrivent à l’entrée de l’accès, des bruits d’impacts répétés se font entendre, porté par plusieurs échos. Aidé par la cacophonie ambiante, l’elfe noir et le liykor n’ont aucun mal à s’approcher sans bruit. Après un tournant sur la gauche, un escalier mène à l’étage supérieur, ou à la surface. Aux pieds des premières marches, Istavari regarde avec impatience, une imposante créature de gel, frappant une trappe de ses poings de glace. Tandis que l’enchanteur observe attentivement ses adversaires, la rage a raison de la patience de la bête qui le suit. Sans la moindre envie de frapper discrètement, il rugit en se ruant sur sa proie qui se retourne immédiatement.

"Abori, protège-moi !" Hurle la shaakt.

Avec une vivacité loin de son imposante carrure, la créature de glace vient s’interposer entre l’elfe noire et le Lykor. Toutes griffes dehors, l’animal lacère le bras gauche de son adversaire qui ne bronche pas et pour cause, bien que la bête ait déjà une carrure impressionnante, elle fait pâle figure devant cette apparition de glace. Dépassant le Lykor d’une tête, elle possède également des épaules particulièrement larges, qui ne sauraient être en mesure de porter des bras tout aussi imposant, sans cela. Bien que plus fines par rapport aux membres supérieurs, ses jambes restent dans la catégorie poids lourds. La tête, un amas de blocs de glaces dans une disposition qui tente de ressembler à un visage dénué d’expression, est vissée sur un coup plus large que haut. Enfin, de la tête jusqu’en bas du dos et sur les parties normalement pileuses des hommes, des pics de glacent de tailles diverses, viennent agrémenter la décoration.

L’attention étant portée sur le Lykor, Relonor en profite pour passer à côté du duel et se rapprocher discrètement d’Istavari, qui ne le voit pas, occulté par le monstre de glace. Alors qu’il apparaît subitement, après avoir gorgé sa lame de sa magie aérienne, la shaakt a le réflexe d’user sa magie rapidement contre lui. Une lueur brille de sa fine baguette et une tempête particulièrement glacée vient cibler l’enchanteur, figeant ainsi Relonor sous une fine couche de glace.

(Bordel c’est quoi ça ? Pourquoi j’arrive plus à bouger ?)

Emprisonné par le froid, l’enchanteur ne peut plus que rester immobile, constatant dans son maigre champ de vision le combat qui se déroule. Il voit le rictus de colère d’Istavari en voyant sa traîtrise, avant de s’occuper du Lykor.

"Abori lance engourdissement glacé !" Ordonne-t-elle.

Même s’il ne le voit pas, Relonor entend le rugissement de l’animal. Il perçoit également avant qu’elle ne disparaisse, la shaakt lancer une boule de glace en direction de son adversaire poilu. Incapable de faire quoi que ce soit, Relonor tente de forcer l’immobilisation à l’aide de ses muscles. En vain. Pourtant, il sent qu’un simple choc serait en mesure de le libérer. Après de brefs échanges, le sort d’entrave le fait plus effet, permettant à l’enchanteur de constater l’état de son allié de fortune.

Blessé en de multiples endroits, l’animal finit par prendre le dessus. Poussé par sa rage, il esquive l’attaque du monstre de gel, avant de se ruer sur son ancienne maîtresse. Encore une fois, elle use de la même magie d’entrave et fige la bête dans un cocon de glace. Libre de ne plus s’inquiéter de lui pendant quelques instants, elle porte son attention sur Relonor .

"Abori lance engourdissement glacé sur celui-là !" Ordonne-t-elle à nouveau.

Les yeux de la créature s’illuminent d’un bleu froid et tendant le bras vers l’elfe noir, une volute glacée vient saisir le corps entier de Relonor. Loin d’en finir, la shaakt lance une boule de glace, bloquée in extrémis par le bouclier qui émet une brève lueur, ne cousant pas plus de dégât qu’une simple boule de neige. Malgré le froid qui le tétanise, l’enchanteur compte en finir avec elle en usant de la possession d’âme à pleine puissance, avant de se ruer sur la shaakt.

"Attrape-le !" Grogne-t-elle

Le monstre de glace s’interpose entre lui et sa maîtresse, frappant un grand coup sur le bouclier qui brille légèrement à nouveau. Malgré la protection, l’enchanteur reçoit le coup de plein fouet. Loin de ressentir une douleur physique, c’est une force glacée qui l’atteint. Sans les runes récemment posées, le coup aurait été plus fort. Relonor cherche à atteindre son géant adversaire, mais ses sens engourdis par le sort de glace, il ne parvient pas à atteindre sa cible. Le contrecoup s’opère et une blessure apparaît sur son torse. Cachée derrière son gardien, la shaakt n’a pas l’opportunité d’être une menace. Alors que l’enchanteur enfonce sa lame dans le poing de glace qui lui était destiné, la shaakt finit par apparaître sur le côté et lance une boule de glace qui le percute gravement à l’épaule.

Affaiblit par le froid, aux prises avec un monstre de glace, par une cryomancienne et dont le seul allié dont il dispose est pris dans la glace, la situation est mauvaise pour Relonor qui ne sait comment inverser la situation. Si la créature paraît plus à l’aise en lançant des sorts qu’en frappant avec ses poings, cela à l’avantage de tenir la position de Relonor, laissant à la shaakt une liberté de mouvement utile aux mages. Alors qu’il manque à nouveau sa cible, sa blessure maudite s’aggrave à nouveau et il reçoit en prime un autre coup de poing. Cette fois-ci, il peine à se protéger avec son bouclier et se fait envoyer valser quelques mètres plus loin.

"Parfait ! Gèle-moi celui-ci à nouveau !" Ordonne Istavari qui lance un nouvel orbe sur le Lykor, brisant sa prison, avant que celui-ci ne soit à nouveau gelé. "Maintenant, refroidis-moi encore celui-là !" Enchaîne-t-elle.

Alors que Relonor sent à peine la magie qui le ralentit diminuer, la voilà qui refait surface.

(Cette garce ne me laissera donc aucun répit. Cependant, ne compte pas sur moi pour me laisser faire !)

Plutôt que de laisser à la cryomancienne la possibilité de frapper, alors qu’il est aux prises avec la créature de gel, Relonor use de son expérience du combat pour se placer judicieusement, empêchant la femme d’être une menace. Cependant, la première conséquence est qu’il est incapable de porter un coup convenablement, l’obligeant à rompre le sort qui vient aggraver sa blessure une nouvelle fois. La seconde est qu’il est aussi plus vulnérable aux coups du monstre de glace. Même s’il encaisse grâce à son bouclier, le coup de poing lui fait ployer le genou.

"Quelle erreur ! Abori, envoie-lui des pics de glace !" Ordonne à nouveau Istavari.

Les yeux de la créature luisent d’une lumière froide. Relonor tente à nouveau de se cacher de la magicienne, ignorant la dangerosité qui arrive. Un pic de glace se matérialise et s’élance vers l’enchanteur qui le touche sur un côté de la gorge. Si la morsure de froid est légère, voir insignifiante, le pic en lui-même arrache une partie de la chair qui fait ruisseler rapidement le sang. De crainte, Relonor recule en plaquant le poignet de sa main armé, sur la blessure.

"C’est parfait ! je vais te faire regretter de t’être opposé à moi ! Abori revient, le chien va se libérer. Fige-le encore !" Ricane l’elfe noire en voyant ses adversaires dans un si piteux état.

Adossé contre un mur, Relonor observe la situation lui échapper. Alors que le Lykor est libérer de la glace et manque de peu de se faire geler encore, l’enchanteur doit éviter une orbe de glace qui le visait. L’animal ne parvient pas à passer outre la rage qui l’anime. Une occasion d’atteindre la shaakt apparaît. Cependant le monstre de glace ne lui en laisse pas l’opportunité en ne manquant pas son sort cette fois-ci. Incapable de comprendre son erreur, le Lykor se fait encore geler, son corps figé dans la glace tombant au sol.

(Quel idiot ! J’aurais dû me méfier de lui et venir avec d’autres hommes. D’ailleurs que font Goron et ses chiens ?)

"Maintenant finissons-en avec lui ! Envoie des pics de glace !" Hurle la femme qui mobilise sa magie pour créer une sphère de glace en direction de Relonor.

Le monstre de glace matérialise également un pic de glace à destination de l’enchanteur et c’est ce dernier qu’il décide d’éviter, s’aidant de sa magie aérienne qui lui permet de bouger plus librement. Seule l’orbe l’atteint à la cheville, qui va l’obliger à boiter, mais avec sa blessure à la gorge, c’est presque loin d’être sa préoccupation actuelle.

(Mais c’est quoi au juste ce monstre, sa magie n’a donc pas de fin ?)

Outre la capacité de la créature à enchaîner des sorts puissants, l’autre point notable c’est l’étrange nécessité de la shaakt à devoir donner des ordres régulièrement. Tant qu’elle reçoit une instruction, la créature continue, jusqu’à un nouvel ordre. S’il parvenait à empêcher la cryomancienne de parler, il pourrait avoir un avantage. Contrairement à sa créature, Istavari est limitée en quantité de mana et ne pourra donc pas figer indéfiniment le Lykor. Une idée vient. Cela renverserait complètement la situation, à condition qu’il réussisse son coup. Focalisé sur son affinité avec la magie d’ombre et l’avantage qu’elle lui a procuré jusque-là, il en a oublié les bénéfices de la magie aérienne. Anticipant l’attaque adverse, il lance un sort habituellement utilisé pour porter un coup, tout en déstabilisant l’assaut ennemi. Le coup n’atteint ni la créature, ni la femme qui ricane devant son incompétence.

"Avec une telle adresse, je me demande comment j’ai pu croire en tes capacités !"

"Qui te dit que tu étais la cible ?" Se moque Relonor avant de hurler. "Empêche-là de parler !"

Il mobilise sa magie aérienne pour accroître les mouvements du Lykor libéré plus tôt que prévu. Alors que la bête libre bondit d’une rage sans fin sur la magicienne, le monstre de glace continue d’obéir à son dernier ordre et lance un pic de glace qui l’atteint l’enchanteur à l’épaule. Tandis que Relonor se cache comme un pleutre, minimisant la surface de son corps derrière son bouclier, il se permet cependant un regard entre l’affrontement entre la maîtresse et son ancien esclave. Celui-ci a écouté l’enchanteur en enfonçant sa patte poilue dans la bouche de la femme. Le sang lui giclant de la bouche, les griffes de l’animal montrent leur utilité. Loin d’avoir assouvit sa vengeance, le Lykor, lacère, mord, toutes les surfaces du corps de la shaakt qui n’arrive pas à se concentrer pour se défendre.

Un pic de glace plus puissant que les autres fait voler le bouclier de Relonor, le laissant à la merci de la créature de glace et de sa mise à mort. Que ferait-elle si Relonor meurt ? Continura-t-elle à le cribler de pic jusqu’à ce qu’il y ait plus de glace que de chair ? Tandis que les yeux s’illuminent, annonçant l’utilisation des fluides, la créature se disloque, comme un gros bonhomme de cailloux blancs qui vient d’atteindre la rupture d’un équilibre précaire. Sur le côté, la gueule ensanglantée du Lykor relâche la gorge de la femme qui tient à peine au reste du corps. Laissant le corps gésir au sol, l’animal se redresse en bombant le torse, hurlant tel un loup à la lune. Il savoure comme la bête qu’il est, le plaisir d’avoir enfin attrapé sa proie.

Chapitre 24 - Une alliance sous contrat
Modifié en dernier par Relonor le sam. 29 mai 2021 23:17, modifié 1 fois.

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Re: Habitations

Message par Relonor » sam. 29 mai 2021 23:17

Chapitre 23 - Une magie glaçante
VI.24 Une alliance sous contrat


De son côté, Relonor est assez mal en point. Sa blessure à la gorge ne semble pas vouloir en finir. Ses forces commencent à l’abandonner et sa vision se trouble. Dans son état, le liykor n’aura même pas le plaisir de le mettre à mort. D’ailleurs, la bête semble intriguée par quelque chose sur le côté, là d’où ils viennent. Avec un temps de retard, l’enchanteur entend à son tour les bruits de pas de plusieurs hommes qui arrivent constater la fin du combat.

"Mon seigneur la voie est sûre, Istavari n’est plus !" Annonce l’hinïon.

"Vous l’avez vraiment eu ?" Demande Goron qui arrive, constatant après l’état de Relonor. "Je vois qu’elle n’y a pas été de main morte. Vous allez y passer rapidement à ce rythme !"

"Ce n’est pas plus mal !" Rétorque l’homme de main du seigneur avant de reprendre. "Laissons-le crever ici !"

Luttant pour garder son esprit sur ce qui se passe, Relonor lâche un rictus de satisfaction.

"Si jamais je meure, votre maître aura de gros ennuis. J’ai laissé votre précieux bijou en de bonnes mains. Si je ne reviens pas vivant, vous devrez expliquer comment je l’ai en ma possession et le faux contrat d’assassinat que j’ai fait faire !"Ment-il alors que ledit bijou est déjà revendu.

"Ce n’est que supercherie ! Il cherche à nous duper ouvertement !" Déclare l’elfe blanc, comprenant qu’un simple vol ou une agression, ne sera pas facilement cru avec le service de protection de son maître.

"Soigne-le !"
Ordonne Goron.

"Mais…seigneur il…" Réplique son homme de main avant d’être interrompu.

"Il a lui aussi eu l’occasion de me tuer, mais ne l’as pas fait. J’ai en outre passé un marché avec cet elfe et personne ne dira que je suis homme à ne pas respecter ma parole !" Tonne-t-il impérieusement, n’attendant par là qu’on obéisse sans aucune forme d’opposition.

Le guerrier se rapproche du shaakt et prenant une gourde de ses effets personnels, il fait tomber une substance sur la gorge de l’enchanteur qui pique affreusement. Avant que le liquide ne se tarisse, il fait boire une gorgée à son patient qui reprend des couleurs. Avec difficulté, Relonor se relève. Il passe devant l’hinïon et avance jusqu’à rejoindre Goron, observant le corps inerte d’Istavari.

"Dommage, je dois avouer que c’était une belle femme, malgré ses nombreux tords !" Se lamente l’homme.

"Un conseil d’un mâl shaakt, plus les femmes sont belles et plus elles sont dangereuses." Rétorque l’elfe noir avant de se pencher vers le corps meurtri. "En revanche, plus elles ont de l’influence et du pouvoir et plus elles aiment le montrer !"

Istavari ne faisait pas exception. Il prélève sur son corps la baguette qu’elle maniait durant le combat. Comme il l’a appris par Moboutou, Relonor concentre sa magie à l’intérieur et les fait revenir à lui. Le corps principal de la baguette est composé d’une corne de Woger, expliquant qu’elle soit incurvée et taillée quelques heures après la mise à mort de la créature, avec des stries spiralées remontants jusqu’au cristal rouge à son extrémité. Celui-ci est en réalité l’œil d’un basilic, rendu imputrescible par un procédé alchimique. Le tout a été baigné dans du sang frais de wendigo durant un mois entier. De la baguette, l’enchanteur y perçoit une forte canalisation à la magie.

(Pas étonnant vu les matériaux et le procédé compliqué !)

Sur ce qui reste de son coup, un collier d’or enfermant une pierre de jade polie finement par un artisan. Bien qu’il utilise sa magie, Relonor n’apprend rien de plus, si ce n’est la forte convoitise de la précédente propriétaire. De son souvenir, l’elfe noir avait vendu le collier de Goron une jolie somme. Il subtilise au corps inerte le collier, ainsi qu’une bague argentée à son majeur droit.

"En savez-vous davantage sur son étrange magie ?" Demande le seigneur.

"Elle avait une sorte de gros monstre de glace, qui pouvait lancer des sorts sans se soucier de ses dépenses. En plus de cela, elle pouvait également lancer des orbes de glaces magiques." Explique l’elfe noir.

"Je vois." Fait le seigneur en réfléchissant. "La magie de ses orbes provenait de son aptitude de mono-élémentaliste. Quant à ces fameuses dépenses de mana, il est clair à présent qu’elle était en plus de cela, une invocatrice !"

"Une invocatrice ? Qu’est-ce ?" Interroge à son tour l’elfe noir.

"Vous l’avez affrontée sans savoir ? Quoi que c’est certainement le lot de tous ceux qui l’ont croisée. Les invocateurs sont des mages capables de faire apparaître un élémentaire. Une créature liée aux fluides magiques eux-mêmes, ce qui les dotes d’une quantité de magie infini !" Explique Goron.

(Intéressant !)

"Ho fait, c’était quoi ce truc que vous avez acheté sous son nez ?" Interroge le shaakt à Goron.

"Une rumeur prétend que le talisman d’Azakaël permet d’approcher un cercle de personnes influentes !" Répond l’intéressé avec nonchalance.

"Vous n’y croyez pas ? Pourtant vous y avez mis une certaine somme !" Demande l’elfe noir curieux.

"Que je crois ou non aux rumeurs m’importait peu, l’important était qu’elle y porte un intérêt tout particulier." Explique Goron.

"L’échange ? Que vous a-t-elle dérobé ?" Continue de demander Relonor.

"Malheureusement cela ne fait pas partie de notre arrangement. Donc ne m’en voulez pas si je garde quelques secrets avec moi !" Se méfie le seigneur.

"Tant que cela ne me concerne en rien, je n’ai pas de problème. Maintenant que vous soulevez le point de notre arrangement, j’espère que vous et vos hommes sont prêts !" Déclare le shaakt en toisant son interlocuteur dans les yeux.

"Je tâcherais de préparer mes hommes lorsque vous serez remis sur pieds ! Assurons-nous d’un moyen de communiquer discrètement pour..." Fait Goron avant de se faire interrompre brutalement par le shaakt.

(Non je ne peux attendre !)

"Demain soir ! Soyez prêt pour demain soir !"

"Je sais que nous avons un accord, mais je ne compte pas emmener mes hommes à la mort avec quelqu’un dans votre état !"

"Soyez sans crainte ! Demain soir à l’aube. Rendez-vous à l’ouest du marché !" Tonne le shaakt avant de partir, laissant toutes les personnes dans la cave.

Alors qu’il sort enfin à l’air libre, quelques minutes plus tard, un grognement se fait entendre dans son dos. Sans risquer de ralentir, trahissant la présence qu’il a repérée, il tend sa main vers le pommeau de son arme et d’un geste vif, il se tourne pour frapper l’espace derrière-lui. Tandis qu’il tend la pointe de son épée vers l’individu qui le suit, Relonor est surpris de voir le liykor. Celui-ci se dresse de toute sa hauteur, toisant l’elfe noir.

"Tu comptes t’en prendre à moi, alors que je t’ai libéré de tes chaînes ?" Demande le shaakt, craignant qu’il ne soit en mesure de survivre face à l’animal, dans l’état où il se trouve.

"Vous m’avez certes libéré, mais vous m’avez permis d’assouvir une vengeance que je nourris depuis très longtemps !" Répond l’animal.

"Dans ce cas, tu devrais être reconnaissant envers moi non ?" Commence à craindre l’enchanteur qui ne comprend pas où son interlocuteur veut en venir.

Celui-ci pose un genou à terre et courbe la tête, surprenant Relonor qui s’attendait à une tout autre chose.

"En effet et je vous dédie ma vie jusqu’à ma mort !" Promet la sombre bête.

Par l’habitude, l’elfe noir cherche un défaut, une erreur, quelque chose qui montrerait un brusque retournement de situation, mais rien. Nul ne semble le guetter dans les ombres, attendant qu’il rengaine son arme et soit à la merci d’une attaque éclair. Face à lui, l’animal montre une caractéristique assez peu commune et que le shaakt ne pensait pas en être le destinataire : la promesse d’une profonde loyauté.

(Pourquoi pas ! Nous verrons bien de qui adviendra de ses services. Il me sera très utile dès demain et j’en profiterais pour connaître la hauteur de tout son dévouement. Dans le pire des cas il me servira de bouclier !)

Posant délicatement sa lame contre l’épaule, près de la gorge l’elfe noir esquisse un sourire sombre.

"Je t’accepte à mon service. Je sens que tu vas m’être très utile ! Comment te nommes-tu ?"

Toujours le genou au sol, la bête relève la tête pour croiser le regard de l’enchanteur. La douce quiétude de la nuit se fait briser par la voix de l’animal aux intonations de fauve.

"Karkow !"

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