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Le retour vers la demeure d'Ardur se fit dans un silence pesant. Morrigane marchait d'un pas mécanique, son esprit tournant en boucle sur l'échec qu'ils venaient de subir. À ses côtés, Vallen gardait le regard fixe, la mâchoire serrée. Ardur, lui, donnait de temps à autre des coups de pied rageurs dans les pavés, tandis que Rodryk fermait la marche, les épaules affaissées.
La nuit était profonde maintenant, et les rues de Tulorim avaient retrouvé leur calme malsain habituel. Quelques ombres furtives se glissaient encore çà et là, mais personne n'osait s'approcher du groupe dont la tension était palpable.
Lorsqu'ils franchirent enfin le seuil de la demeure, Ardur claqua la porte derrière eux avec une violence qui fit trembler les murs. Il se retourna vers le groupe, le visage déformé par la colère.
« Putain ! On s'est fait avoir comme des bleus ! Yngrid nous a baladés d'un bout à l'autre de cette foutue ville ! »
Vallen s'effondra lourdement sur une chaise, passant une main lasse sur son visage. « Elle était préparée. Chaque mouvement était calculé. On n'a jamais eu le collier à portée de main. »
Rodryk, adossé contre le mur, secoua la tête. « Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ? On retourne voir Kibarg les mains vides ? »
Un silence glacial s'abattit sur la pièce. Le nom de Kibarg résonnait comme une sentence de mort. Morrigane, qui était restée silencieuse jusqu'alors, s'assit lentement sur le canapé. Elle observa ses compagnons avec détachement, notant leurs expressions de peur et de frustration. Ces émotions ne résonnaient pas en elle, mais elle en comprenait les implications pratiques. Kibarg n'accepterait pas l'échec. Leurs vies étaient en danger.
Ardur frappa du poing sur la table, faisant sursauter Rodryk. « On est foutus ! Tu comprends ça, Morrigane ? FOUTUS ! Kibarg va nous faire la peau à tous ! ET C'EST DE TA FAUTE ! »
Morrigane leva lentement les yeux vers son frère, son visage dénué de toute émotion visible malgré la gravité de la situation. Elle évalua le ton de sa voix, les veines saillantes sur son cou, la rougeur de son visage. Colère et panique, diagnostiqua-t-elle mentalement. Elle savait qu'elle devrait réagir de manière appropriée, peut-être feindre de l'inquiétude ou offrir des paroles rassurantes. Mais elle était fatiguée de jouer ce jeu.
« Hurler n'arrangera rien, » dit-elle simplement, sa voix plate et factuelle.
« Et rester assise comme une statue non plus ! » cracha Ardur en se tournant vers elle. « C'est à cause de toi qu'on en est là ! Si tu n'avais pas volé ces putains de gemmes, on n'aurait jamais eu à faire cette mission ! »
Morrigane ne cilla pas. Objectivement, il avait raison. Ses actions avaient déclenché cette chaîne d'événements. Mais elle ne ressentait ni culpabilité ni remords. Juste une froide acceptation des faits.
Vallen leva une main pour tenter de calmer Ardur. « Ce qui est fait est fait. Se retourner les uns contre les autres ne nous aidera pas. »
« Ah oui ? Et tu proposes quoi, toi ? » répliqua Ardur en le fusillant du regard. « Qu'on aille tous ensemble se présenter à Kibarg en lui expliquant qu'une voleuse nous a doublés ? Il va tellement rire qu'il en oubliera presque de nous égorger ! » Il tournait fou de rage : « Et puis ça te vas bien de dire ça. C'est aussi ta faute je te rappelle. Si seulement tu l'avais laissée loin de nos affaires. Non ! Il a fallut que Monsieur fasse une fleur à Madame. »
Morrigane se leva brusquement, coupant court aux récriminations. Son cerveau fonctionnait à pleine vitesse, analysant les options disponibles, calculant les probabilités de succès. « Il faut qu'on retrouve Yngrid. »
Ardur éclata d'un rire amer. « La retrouver ? T'as vu comment elle nous a semés ? Elle pourrait être n'importe où maintenant ! Elle a probablement déjà quitté la ville ! »
« Non, » intervint Vallen en se redressant. « Elle ne peut pas. Pas avec un objet aussi précieux. Toute la pègre semble s'y intéresser. On l'a bien vu chez Belos ! Le collier attire trop l'attention pour qu'elle puisse simplement disparaître dans la nature. Elle a besoin de le revendre, et vite. »
Rodryk fronça les sourcils. « Mais on l'a perdue au port. Comment on fait pour la retrouver maintenant ? »
Morrigane réfléchit un instant, assemblant les pièces du puzzle dans son esprit avec la logique froide qui la caractérisait. « Vallen a raison. Elle doit se débarrasser du collier rapidement. Et pour ça, elle a besoin de contacts. Des acheteurs capables de mettre le prix. »
« L'acheteur de l'entrepôt… » murmura Vallen. « On ne sait même pas qui c'était. Il avait le visage dissimulé. »
« Alors on le découvre, » répliqua Morrigane d'un ton glacial. « On retourne au port, on trouve des informations sur cet homme. Quelqu'un doit savoir qui il est. »
Ardur secoua la tête, incrédule. « Tu es sérieuse ? Il est presque l'aube ! On est tous épuisés, et tu veux qu'on retourne fouiner dans le coin le plus dangereux de Tulorim ? »
Morrigane le fixa de ses yeux noirs et froids, sans la moindre trace de fatigue visible sur son visage malgré l'épuisement physique qu'elle ressentait. « Tu préfères attendre gentiment ici que Kibarg vienne nous chercher ? Tu l'as dit toi-même, rester assis comme des statues ne sert à rien. »
Le silence retomba. Ardur détourna le regard, la mâchoire crispée. Il savait qu'elle avait raison, même s'il détestait l'admettre.
Vallen se leva, ajustant sa veste. « On n'a pas le choix. Plus on attend, plus Yngrid a de chances de conclure son affaire et de disparaître pour de bon. »
Rodryk poussa un long soupir résigné. « D'accord. Mais on fait comment ? On ne peut pas débarquer au port en demandant des informations sur un type qu'on ne connaît même pas. »
Vallen esquissa un sourire en coin. « Les ports ont toujours des indics, des types qui traînent et qui voient tout. Il suffit de trouver le bon. »
Morrigane hocha la tête. « Et si on trouve cet acheteur, on trouve Yngrid. »
Ardur attrapa son manteau en grognant. « Très bien. Mais si ça tourne mal, je vous rappelle que c'est votre idée. »
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Morrigane
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Re: Les Habitations
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La villa de Marrek le Gris se dressait dans le quartier riche de Tulorim, loin de l'agitation des docks et des ruelles sordides. C'était une demeure imposante, entourée de hauts murs de pierre et gardée par des hommes armés postés aux entrées. Morrigane observa les lieux depuis l'ombre d'une ruelle adjacente, son esprit analytique décomposant la situation en éléments gérables.
(Nombre de gardes : quatre visibles, probablement d'autres à l'intérieur. Points d'accès : trois identifiés. Niveau de menace : élevé mais pas insurmontable.)
« On ne pourra pas entrer par la grande porte, » dit-elle à voix haute.
Vallen acquiesça. « Il y a sûrement un moyen de contourner. Ces villas ont toujours des accès secondaires pour les domestiques. »
Rodryk, scrutant les environs, pointa du doigt une petite porte latérale, faiblement éclairée. « Là. Ça pourrait être notre entrée. »
« Et les gardes ? » demanda Ardur.
Morrigane esquissa un sourire froid, une expression qu'elle avait appris à produire pour signifier la confiance, même si elle ne ressentait rien de tel.
« Laissez-moi m'en occuper. »
Elle s'avança silencieusement, se concentrant sur sa magie. C'était l'un des rares domaines où elle se sentait véritablement compétente, où les règles étaient claires et prévisibles. Pas comme les interactions humaines avec leurs nuances incompréhensibles. Elle leva la main, canalisant son fluide de flamme, et deux petites boules de feu apparurent, flottant dans l'air. Les feux follets se mirent à danser autour des gardes, les distrayant. Surpris, ils tentèrent de les chasser, donnant au groupe l'ouverture nécessaire pour se glisser à l'intérieur.
Une fois dans la villa, ils progressèrent dans les couloirs faiblement éclairés. Morrigane nota mentalement chaque détail : les tapisseries rares accrochées aux murs, les objets précieux exposés dans des vitrines, les portes numérotées. Son cerveau cataloguait les informations automatiquement, une habitude développée au fil des années de lectures et d'études.
Vallen s'arrêta devant une porte imposante, d'où filtrait une faible lumière. Il poussa doucement la porte, révélant un bureau somptueux. Au centre, un homme aux cheveux gris impeccablement coiffés se tenait debout, examinant un objet posé sur une table. Le collier.
Et à ses côtés, un sourire narquois aux lèvres, se tenait Yngrid.
« Tiens, tiens, » dit-elle en les voyant entrer. « Vous ne manquez vraiment pas de ressources. »
Marrek le Gris leva les yeux, son expression passant de la surprise à l'irritation. « Qui êtes-vous ? »
Vallen s'avança, la main sur la garde de son épée. « Ceux qui viennent récupérer ce qui ne t'appartient pas. »
Marrek posa lentement le collier sur la table, ses doigts effleurant l'artefact avec une révérence presque religieuse. Son regard calculateur passa de Vallen à Morrigane, puis aux autres membres du groupe.
« Récupérer ce qui ne m'appartient pas ? » répéta-t-il d'une voix posée mais teintée de mépris. « Voilà une affirmation audacieuse pour des intrus qui viennent de violer ma propriété. »
Il fit un geste discret, et aussitôt, quatre gardes surgirent des alcôves dissimulées dans les murs du bureau, leurs armes déjà dégainées. Le groupe se retrouva encerclé en un instant. Yngrid, adossée nonchalamment contre un meuble précieux, croisa les bras avec un sourire amusé.
« J'avais prévenu Marrek que vous viendriez probablement. Vous êtes tellement prévisibles. »
Ardur serra les poings, sa colère palpable. « Sale garce. Tu savais qu'on te suivrait jusqu'ici. »
« Évidemment, » répondit-elle en jouant avec une mèche de ses cheveux. « J'ai simplement utilisé votre obstination à mon avantage. »
Morrigane, imperturbable malgré la situation précaire, fixa Yngrid. Elle reconnut l'intelligence derrière cette manipulation, l'appréciant presque d'un point de vue purement intellectuel.
« Pour nous mener dans un piège. Intelligent, » dit-elle d'une voix neutre, énonçant un simple fait.
Yngrid lui retourna un sourire charmeur. « Tu commences à comprendre comment je fonctionne, ma jolie. C'est rafraîchissant. »
Marrek tapa du poing sur la table, ramenant l'attention sur lui. « Assez de bavardages. Je suis d'humeur magnanime, alors vous avez deux options : partir immédiatement et oublier cette soirée, ou mes hommes vous feront regretter d'avoir franchi mon seuil. »
Vallen ne bougea pas, son regard rivé sur le collier. « Nous ne pouvons pas partir sans cet artefact. Des vies en dépendent. »
« Les vôtres, je suppose ? » répliqua Marrek avec un sourire froid. « Ce n'est pas mon problème. J'ai payé un prix fort pour cet objet, et je compte bien le garder. »
Rodryk, nerveux, chuchota à l'intention de leur groupe : « On est en infériorité numérique. Qu'est-ce qu'on fait ? »
Morrigane ne répondit pas immédiatement. Son esprit fonctionnait comme une machine, analysant chaque élément de la pièce, chaque position des gardes, chaque angle d'attaque possible.
« Vallen, » murmura-t-elle d'une voix à peine audible. L’intéressé hocha imperceptiblement la tête, comprenant immédiatement où elle voulait en venir.
Marrek, impatient, fit un geste brusque. « Très bien. Puisque vous refusez de partir, mes hommes vont vous... »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Morrigane leva la main et une gerbe de flamme jaillit, non pas vers les gardes, mais vers les lourdes tentures qui ornaient les murs. Elle avait calculé l'angle avec précision. Le tissu prit feu instantanément, projetant une lumière aveuglante et une fumée épaisse dans la pièce.
Le chaos éclata. Les gardes, paniqués, se précipitèrent vers les rideaux enflammés, oubliant momentanément leurs cibles. Marrek hurla des ordres, mais sa voix se perdit dans la confusion. Morrigane observa la scène avec un détachement clinique, notant mentalement l'efficacité de sa tactique. Pas de satisfaction émotionnelle, juste une constatation froide : le plan fonctionnait.
Ardur ne perdit pas une seconde. Il bondit vers la table, renversant Marrek d'un coup d'épaule avant de saisir le collier. Yngrid, réagissant avec la rapidité d'un félin, tenta de lui arracher l'artefact, mais Rodryk intervint, la repoussant violemment.
« Vous allez le regretter ! » cria Marrek en se relevant, le visage déformé par la rage.
Vallen avait déjà ouvert la porte donnant sur le couloir. « On file ! Maintenant ! »
Le groupe se précipita hors du bureau, Ardur serrant le collier contre sa poitrine. Derrière eux, les cris de Marrek résonnaient, ordonnant à ses hommes de les poursuivre.Ils dévalèrent les couloirs de la villa, esquivant les domestiques stupéfaits et les gardes qui accouraient. Morrigane, fermant la marche, lança des feux follets derrière elle pour ralentir leurs poursuivants. Elle effectuait ces gestes avec une précision mécanique, sans panique, simplement parce que c'était la séquence d'actions logique pour maximiser leurs chances de survie.
« Par là ! » hurla Vallen en désignant une porte-fenêtre donnant sur un jardin.
Ils la franchirent en trombe, débouchant dans un espace extérieur luxueux mais désert à cette heure. Derrière eux, la voix furieuse de Marrek retentit :
« Ne les laissez pas s'échapper ! Je veux ce collier ! Et leurs têtes ! »
Le groupe escalada le mur d'enceinte avec difficulté. Morrigane, malgré sa petite taille et son manque de force physique, grimpa avec une détermination froide. Rodryk l'aida à passer en premier, et elle nota mentalement sa sollicitude comme un comportement typique de son frère. Ils atterrirent dans une ruelle adjacente, essoufflés. Les bruits de poursuite s'estompaient déjà, Marrek n'ayant apparemment pas l'intention de lancer une chasse dans les rues de Tulorim en pleine nuit.
Ardur brandit le collier, un sourire triomphant illuminant son visage. « On l'a ! On a ce putain de collier ! »
Rodryk, haletant, s'appuya contre un mur. « Je n'arrive pas à croire qu'on ait réussi. »
Vallen, plus pragmatique, jeta des regards inquiets autour d'eux. « Ne crions pas victoire trop vite. On a créé un sacré bordel là-dedans et Marrek va vouloir se venger. »
Morrigane, récupérant lentement son souffle, hocha la tête. Son esprit cataloguait déjà les implications futures de leurs actions. Marrek le Gris. Un nouvel ennemi. Une nouvelle variable dans l'équation complexe de sa survie à Tulorim.
« Peu importe, » dit-elle avec son pragmatisme habituel. « On a ce qu'il nous fallait. Maintenant, il faut le remettre à Kibarg. »
« Et Yngrid ? » demanda Rodryk. « Elle s'est échappée aussi. »
Ardur ricana. « Qu'elle aille se faire foutre. Elle nous a assez fait chier pour aujourd'hui. »
Vallen observa le collier dans les mains d'Ardur, son expression devenant songeuse. « Voilà donc le fameux artefact ? »
Morrigane s'approcha, fixant l'objet. Le collier était magnifique, dans un bois taillé avec une précision remarquable et serti de runes...
« Il y a probablement de la magie puissante là-dedans, » murmura-t-elle, fascinée malgré elle. C'était l'un des rares moments où elle ressentait quelque chose qui s'apparentait à de l'intérêt véritable.
Ardur haussa les épaules. « Tant mieux. On n'a pas risqué nos peaux pour rien. Allons voir Kibarg et qu'on en finisse. »
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La villa de Marrek le Gris se dressait dans le quartier riche de Tulorim, loin de l'agitation des docks et des ruelles sordides. C'était une demeure imposante, entourée de hauts murs de pierre et gardée par des hommes armés postés aux entrées. Morrigane observa les lieux depuis l'ombre d'une ruelle adjacente, son esprit analytique décomposant la situation en éléments gérables.
(Nombre de gardes : quatre visibles, probablement d'autres à l'intérieur. Points d'accès : trois identifiés. Niveau de menace : élevé mais pas insurmontable.)
« On ne pourra pas entrer par la grande porte, » dit-elle à voix haute.
Vallen acquiesça. « Il y a sûrement un moyen de contourner. Ces villas ont toujours des accès secondaires pour les domestiques. »
Rodryk, scrutant les environs, pointa du doigt une petite porte latérale, faiblement éclairée. « Là. Ça pourrait être notre entrée. »
« Et les gardes ? » demanda Ardur.
Morrigane esquissa un sourire froid, une expression qu'elle avait appris à produire pour signifier la confiance, même si elle ne ressentait rien de tel.
« Laissez-moi m'en occuper. »
Elle s'avança silencieusement, se concentrant sur sa magie. C'était l'un des rares domaines où elle se sentait véritablement compétente, où les règles étaient claires et prévisibles. Pas comme les interactions humaines avec leurs nuances incompréhensibles. Elle leva la main, canalisant son fluide de flamme, et deux petites boules de feu apparurent, flottant dans l'air. Les feux follets se mirent à danser autour des gardes, les distrayant. Surpris, ils tentèrent de les chasser, donnant au groupe l'ouverture nécessaire pour se glisser à l'intérieur.
Une fois dans la villa, ils progressèrent dans les couloirs faiblement éclairés. Morrigane nota mentalement chaque détail : les tapisseries rares accrochées aux murs, les objets précieux exposés dans des vitrines, les portes numérotées. Son cerveau cataloguait les informations automatiquement, une habitude développée au fil des années de lectures et d'études.
Vallen s'arrêta devant une porte imposante, d'où filtrait une faible lumière. Il poussa doucement la porte, révélant un bureau somptueux. Au centre, un homme aux cheveux gris impeccablement coiffés se tenait debout, examinant un objet posé sur une table. Le collier.
Et à ses côtés, un sourire narquois aux lèvres, se tenait Yngrid.
« Tiens, tiens, » dit-elle en les voyant entrer. « Vous ne manquez vraiment pas de ressources. »
Marrek le Gris leva les yeux, son expression passant de la surprise à l'irritation. « Qui êtes-vous ? »
Vallen s'avança, la main sur la garde de son épée. « Ceux qui viennent récupérer ce qui ne t'appartient pas. »
Marrek posa lentement le collier sur la table, ses doigts effleurant l'artefact avec une révérence presque religieuse. Son regard calculateur passa de Vallen à Morrigane, puis aux autres membres du groupe.
« Récupérer ce qui ne m'appartient pas ? » répéta-t-il d'une voix posée mais teintée de mépris. « Voilà une affirmation audacieuse pour des intrus qui viennent de violer ma propriété. »
Il fit un geste discret, et aussitôt, quatre gardes surgirent des alcôves dissimulées dans les murs du bureau, leurs armes déjà dégainées. Le groupe se retrouva encerclé en un instant. Yngrid, adossée nonchalamment contre un meuble précieux, croisa les bras avec un sourire amusé.
« J'avais prévenu Marrek que vous viendriez probablement. Vous êtes tellement prévisibles. »
Ardur serra les poings, sa colère palpable. « Sale garce. Tu savais qu'on te suivrait jusqu'ici. »
« Évidemment, » répondit-elle en jouant avec une mèche de ses cheveux. « J'ai simplement utilisé votre obstination à mon avantage. »
Morrigane, imperturbable malgré la situation précaire, fixa Yngrid. Elle reconnut l'intelligence derrière cette manipulation, l'appréciant presque d'un point de vue purement intellectuel.
« Pour nous mener dans un piège. Intelligent, » dit-elle d'une voix neutre, énonçant un simple fait.
Yngrid lui retourna un sourire charmeur. « Tu commences à comprendre comment je fonctionne, ma jolie. C'est rafraîchissant. »
Marrek tapa du poing sur la table, ramenant l'attention sur lui. « Assez de bavardages. Je suis d'humeur magnanime, alors vous avez deux options : partir immédiatement et oublier cette soirée, ou mes hommes vous feront regretter d'avoir franchi mon seuil. »
Vallen ne bougea pas, son regard rivé sur le collier. « Nous ne pouvons pas partir sans cet artefact. Des vies en dépendent. »
« Les vôtres, je suppose ? » répliqua Marrek avec un sourire froid. « Ce n'est pas mon problème. J'ai payé un prix fort pour cet objet, et je compte bien le garder. »
Rodryk, nerveux, chuchota à l'intention de leur groupe : « On est en infériorité numérique. Qu'est-ce qu'on fait ? »
Morrigane ne répondit pas immédiatement. Son esprit fonctionnait comme une machine, analysant chaque élément de la pièce, chaque position des gardes, chaque angle d'attaque possible.
« Vallen, » murmura-t-elle d'une voix à peine audible. L’intéressé hocha imperceptiblement la tête, comprenant immédiatement où elle voulait en venir.
Marrek, impatient, fit un geste brusque. « Très bien. Puisque vous refusez de partir, mes hommes vont vous... »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Morrigane leva la main et une gerbe de flamme jaillit, non pas vers les gardes, mais vers les lourdes tentures qui ornaient les murs. Elle avait calculé l'angle avec précision. Le tissu prit feu instantanément, projetant une lumière aveuglante et une fumée épaisse dans la pièce.
Le chaos éclata. Les gardes, paniqués, se précipitèrent vers les rideaux enflammés, oubliant momentanément leurs cibles. Marrek hurla des ordres, mais sa voix se perdit dans la confusion. Morrigane observa la scène avec un détachement clinique, notant mentalement l'efficacité de sa tactique. Pas de satisfaction émotionnelle, juste une constatation froide : le plan fonctionnait.
Ardur ne perdit pas une seconde. Il bondit vers la table, renversant Marrek d'un coup d'épaule avant de saisir le collier. Yngrid, réagissant avec la rapidité d'un félin, tenta de lui arracher l'artefact, mais Rodryk intervint, la repoussant violemment.
« Vous allez le regretter ! » cria Marrek en se relevant, le visage déformé par la rage.
Vallen avait déjà ouvert la porte donnant sur le couloir. « On file ! Maintenant ! »
Le groupe se précipita hors du bureau, Ardur serrant le collier contre sa poitrine. Derrière eux, les cris de Marrek résonnaient, ordonnant à ses hommes de les poursuivre.Ils dévalèrent les couloirs de la villa, esquivant les domestiques stupéfaits et les gardes qui accouraient. Morrigane, fermant la marche, lança des feux follets derrière elle pour ralentir leurs poursuivants. Elle effectuait ces gestes avec une précision mécanique, sans panique, simplement parce que c'était la séquence d'actions logique pour maximiser leurs chances de survie.
« Par là ! » hurla Vallen en désignant une porte-fenêtre donnant sur un jardin.
Ils la franchirent en trombe, débouchant dans un espace extérieur luxueux mais désert à cette heure. Derrière eux, la voix furieuse de Marrek retentit :
« Ne les laissez pas s'échapper ! Je veux ce collier ! Et leurs têtes ! »
Le groupe escalada le mur d'enceinte avec difficulté. Morrigane, malgré sa petite taille et son manque de force physique, grimpa avec une détermination froide. Rodryk l'aida à passer en premier, et elle nota mentalement sa sollicitude comme un comportement typique de son frère. Ils atterrirent dans une ruelle adjacente, essoufflés. Les bruits de poursuite s'estompaient déjà, Marrek n'ayant apparemment pas l'intention de lancer une chasse dans les rues de Tulorim en pleine nuit.
Ardur brandit le collier, un sourire triomphant illuminant son visage. « On l'a ! On a ce putain de collier ! »
Rodryk, haletant, s'appuya contre un mur. « Je n'arrive pas à croire qu'on ait réussi. »
Vallen, plus pragmatique, jeta des regards inquiets autour d'eux. « Ne crions pas victoire trop vite. On a créé un sacré bordel là-dedans et Marrek va vouloir se venger. »
Morrigane, récupérant lentement son souffle, hocha la tête. Son esprit cataloguait déjà les implications futures de leurs actions. Marrek le Gris. Un nouvel ennemi. Une nouvelle variable dans l'équation complexe de sa survie à Tulorim.
« Peu importe, » dit-elle avec son pragmatisme habituel. « On a ce qu'il nous fallait. Maintenant, il faut le remettre à Kibarg. »
« Et Yngrid ? » demanda Rodryk. « Elle s'est échappée aussi. »
Ardur ricana. « Qu'elle aille se faire foutre. Elle nous a assez fait chier pour aujourd'hui. »
Vallen observa le collier dans les mains d'Ardur, son expression devenant songeuse. « Voilà donc le fameux artefact ? »
Morrigane s'approcha, fixant l'objet. Le collier était magnifique, dans un bois taillé avec une précision remarquable et serti de runes...
« Il y a probablement de la magie puissante là-dedans, » murmura-t-elle, fascinée malgré elle. C'était l'un des rares moments où elle ressentait quelque chose qui s'apparentait à de l'intérêt véritable.
Ardur haussa les épaules. « Tant mieux. On n'a pas risqué nos peaux pour rien. Allons voir Kibarg et qu'on en finisse. »
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Modifié en dernier par Morrigane le mar. 30 déc. 2025 17:39, modifié 1 fois.
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Morrigane
- Messages : 46
- Enregistré le : sam. 19 déc. 2020 07:06
Re: Les Habitations
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De retour à la demeure d'Ardur, le groupe se dispersa, chacun trouvant un coin pour se reposer. De retour dans sa chambre chez Ardur, Morrigane s'effondra sur le lit, son corps réclamant du repos après cette nuit épuisante. Mais son esprit, lui, refusait de s'arrêter. Les événements tournaient en boucle dans sa tête : Yngrid, Marrek, Kibarg, et maintenant cette nouvelle menace qui planait sur eux. Elle devait devenir plus forte. Plus efficace. Plus dangereuse.
Assise à la petite table de sa chambre, elle ouvrit à nouveau le grimoire de magie élémentaire de flamme. Ses doigts parcoururent les pages jusqu'à un sort qu'elle avait brièvement aperçu lors de précédentes lectures mais jamais étudié en profondeur.
Cercle de Feu.
L'illustration en marge montrait une silhouette humaine entourée d'un anneau de flammes parfaitement circulaire. Simple en apparence, mais Morrigane savait que la simplicité visuelle cachait souvent une complexité technique considérable.
"Contrairement aux sorts offensifs directs, le Cercle de Feu ne vise pas à infliger des dégâts maximaux immédiatement, mais plutôt à créer une barrière tactique qui limite les mouvements et punit les transgressions."
(Contrôle de zone. Barrière tactique. Un sort défensif, mais avec un potentiel offensif indirect. Intéressant.)
"Principe fondamental : Le Cercle de Feu est une structure géométrique fixe ancrée à un individu dans l'espace. Le cercle doit être centré sur une cible – que ce soit le lanceur lui-même, un allié, ou même un ennemi…"
Ancré. Centré sur une cible. Morrigane réfléchit aux implications tactiques. Un sort qui emprisonnait autant qu'il protégeait. Si elle le lançait sur elle-même, elle serait à l'abri des attaques au corps à corps, mais également incapable de se...
Un léger coup à la porte interrompit sa concentration. Rodryk entra sans attendre de réponse, l'air préoccupé.
« Tu ne dors pas ? » demanda-t-il doucement.
« Je n'en ai pas envie, » répondit-elle simplement, refermant le grimoire.
Rodryk s'assit au bord du lit, hésitant. Morrigane l'observa, notant les cernes sous ses yeux, la tension dans ses épaules. Il était épuisé, probablement éprouvé par les événements de la nuit. Elle savait qu'elle devrait dire quelque chose de réconfortant, mais les mots lui échappaient.
« Morrigane... je sais que tu ne ressens pas les choses comme nous, mais... tu te rends compte de ce qu'on vient de vivre ? On aurait pu mourir. Plusieurs fois. »
Elle le regarda, cherchant la réponse appropriée. « Oui. Je m'en rends compte. »
« Et ça ne te fait rien ? »
Morrigane réfléchit un instant. C'était une question qu'il lui posait souvent, sous différentes formes. Et elle n'avait jamais trouvé de réponse satisfaisante.
« Pas de la manière dont tu l'entendrais, » dit-elle finalement. « Mais je sais que c'était dangereux. Je sais que nous avons pris des risques. Et je sais que nous devrons encore en prendre. C'est factuel. »
Rodryk soupira, passant une main dans ses cheveux. « Parfois, j'aimerais comprendre ce qui se passe dans ta tête. »
« Toi et moi égal deux, » murmura-t-elle.
Rodryk rit doucement et Morrigane le regarda comme si elle avait vu un fantôme. Elle ne comprenait pas ce qu'elle venait de dire de drôle. C'était vrai, d'une certaine façon. Son esprit ne s'embarrassait pas des pensées superflues des normaux. Elle était juste logique, presque mathématique.
Devant sa réaction, il se contenta d'un sourire qui sentait l'amertume et l'acceptation, et s'en alla après avoir posé une main aimante sur la joue de sa sœur. Morrigane ne réagit pas, insensible à ce genre d'attention, mais elle nota l'intention du geste et dans quelles situations elle pourrait le ressortir. Elle regarda Rodryk s'en aller et finit par s'endormir de fatigue.
Suivant
De retour à la demeure d'Ardur, le groupe se dispersa, chacun trouvant un coin pour se reposer. De retour dans sa chambre chez Ardur, Morrigane s'effondra sur le lit, son corps réclamant du repos après cette nuit épuisante. Mais son esprit, lui, refusait de s'arrêter. Les événements tournaient en boucle dans sa tête : Yngrid, Marrek, Kibarg, et maintenant cette nouvelle menace qui planait sur eux. Elle devait devenir plus forte. Plus efficace. Plus dangereuse.
Assise à la petite table de sa chambre, elle ouvrit à nouveau le grimoire de magie élémentaire de flamme. Ses doigts parcoururent les pages jusqu'à un sort qu'elle avait brièvement aperçu lors de précédentes lectures mais jamais étudié en profondeur.
Cercle de Feu.
L'illustration en marge montrait une silhouette humaine entourée d'un anneau de flammes parfaitement circulaire. Simple en apparence, mais Morrigane savait que la simplicité visuelle cachait souvent une complexité technique considérable.
"Contrairement aux sorts offensifs directs, le Cercle de Feu ne vise pas à infliger des dégâts maximaux immédiatement, mais plutôt à créer une barrière tactique qui limite les mouvements et punit les transgressions."
(Contrôle de zone. Barrière tactique. Un sort défensif, mais avec un potentiel offensif indirect. Intéressant.)
"Principe fondamental : Le Cercle de Feu est une structure géométrique fixe ancrée à un individu dans l'espace. Le cercle doit être centré sur une cible – que ce soit le lanceur lui-même, un allié, ou même un ennemi…"
Ancré. Centré sur une cible. Morrigane réfléchit aux implications tactiques. Un sort qui emprisonnait autant qu'il protégeait. Si elle le lançait sur elle-même, elle serait à l'abri des attaques au corps à corps, mais également incapable de se...
Un léger coup à la porte interrompit sa concentration. Rodryk entra sans attendre de réponse, l'air préoccupé.
« Tu ne dors pas ? » demanda-t-il doucement.
« Je n'en ai pas envie, » répondit-elle simplement, refermant le grimoire.
Rodryk s'assit au bord du lit, hésitant. Morrigane l'observa, notant les cernes sous ses yeux, la tension dans ses épaules. Il était épuisé, probablement éprouvé par les événements de la nuit. Elle savait qu'elle devrait dire quelque chose de réconfortant, mais les mots lui échappaient.
« Morrigane... je sais que tu ne ressens pas les choses comme nous, mais... tu te rends compte de ce qu'on vient de vivre ? On aurait pu mourir. Plusieurs fois. »
Elle le regarda, cherchant la réponse appropriée. « Oui. Je m'en rends compte. »
« Et ça ne te fait rien ? »
Morrigane réfléchit un instant. C'était une question qu'il lui posait souvent, sous différentes formes. Et elle n'avait jamais trouvé de réponse satisfaisante.
« Pas de la manière dont tu l'entendrais, » dit-elle finalement. « Mais je sais que c'était dangereux. Je sais que nous avons pris des risques. Et je sais que nous devrons encore en prendre. C'est factuel. »
Rodryk soupira, passant une main dans ses cheveux. « Parfois, j'aimerais comprendre ce qui se passe dans ta tête. »
« Toi et moi égal deux, » murmura-t-elle.
Rodryk rit doucement et Morrigane le regarda comme si elle avait vu un fantôme. Elle ne comprenait pas ce qu'elle venait de dire de drôle. C'était vrai, d'une certaine façon. Son esprit ne s'embarrassait pas des pensées superflues des normaux. Elle était juste logique, presque mathématique.
Devant sa réaction, il se contenta d'un sourire qui sentait l'amertume et l'acceptation, et s'en alla après avoir posé une main aimante sur la joue de sa sœur. Morrigane ne réagit pas, insensible à ce genre d'attention, mais elle nota l'intention du geste et dans quelles situations elle pourrait le ressortir. Elle regarda Rodryk s'en aller et finit par s'endormir de fatigue.
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Morrigane
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Re: Les Habitations
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Morrigane rentra chez Ardur, elle grimpa l'escalier extérieur qui menait au deuxième étage. Ses pas résonnaient doucement sur les marches de bois usé. Quelque chose n'allait pas. D'habitude, elle entendait les voix d'Ardur et Vallen avant même d'atteindre la porte. Ce soir, le silence régnait. Elle ralentit son approche, tous ses sens en alerte. La porte était entrouverte. Mauvais signe. Morrigane la poussa doucement du bout des doigts. Elle s'ouvrit sans un grincement, révélant l'intérieur faiblement éclairé par quelques chandelles. Ce qu'elle vit la figea sur place.
Ardur était à genoux au centre de la pièce, les mains liées dans le dos. Vallen était dans la même position à côté de lui, un filet de sang coulant de son arcade sourcilière. Rodryk se tenait debout près du mur, maintenu par deux hommes massifs qui lui tordaient les bras. Et au milieu de tout ça, Kibarg le Boucher. Il portait un tablier de cuir maculé de taches sombres du sang, probablement, ancien et récent. Dans sa main droite, il tenait un couperet de boucher dont la lame reflétait la lumière des chandelles.
Quatre autres hommes se tenaient en retrait, des gardes armés jusqu'aux dents. Tous les regards se tournèrent vers Morrigane.
« Ah, » fit Kibarg d'une voix grave et posée. « La petite sorcière. Entre donc. On t'attendait. »
Morrigane entra lentement, refermant la porte derrière elle. Son esprit tournait à pleine vitesse, analysant la situation. (Sept hommes, dont Kibarg. Impossible de tous les éliminer... Trop nombreux, trop rapides. Ils sont tous les trois entravés. Je suis seul. )
Elle adopta une expression neutre, les mains visibles, paumes ouvertes pour montrer qu'elle ne préparait pas de sort.
« Kibarg, » dit-elle d'une voix calme. « Je ne m'attendais pas à votre visite. »
Le Boucher eut un rire sans joie. « Je n'en doute pas. Dis-moi, petite... Comment on s'arrange ? »
Morrigane ne répondit pas immédiatement. Elle observa les visages autour d'elle. Ardur était livide, la sueur perlant sur son front malgré le froid. Ses yeux bougeaient frénétiquement entre Kibarg et ses frères, une terreur animale s'y reflétant. Vallen semblait résigné, la mâchoire serrée, mais ses mains tremblaient. Rodryk la fixait avec une expression qu'elle reconnut comme de l'inquiétude.
« Je ne comprends pas, » dit-elle sincèrement.
Kibarg fit un pas vers elle. Malgré sa corpulence, il se déplaçait avec une grâce surprenante, comme un prédateur.
« Le collier que tu m'as apporté, » dit-il lentement, articulant chaque mot. « C'était un faux. »
Le sang de Morrigane se glaça. (Non. Impossible.)
« Comment... » commença-t-elle.
« J'ai un expert pour ce genre de choses, » l'interrompit Kibarg. « Un homme qui sait reconnaître la vraie magie de la pacotille. Il a suffi de quelques minutes pour qu'il me confirme que votre collier n'était qu'une vulgaire copie. Belle copie, je dois l'admettre. Mais une copie quand même. »
Morrigane sentit son cerveau s'emballer. (Comment est-ce possible ? On a récupéré le collier directement sur Marrek. À moins que... Yngrid. Bien sûr. Cette garce avait dû échanger le vrai collier contre un faux avant même de le vendre à Marrek. Elle avait probablement gardé l'original pour elle, sachant sa véritable valeur. Marrek lui-même a dû se faire avoir.)
« Je vois que tu comprends enfin, » dit Kibarg en observant son visage. « Oui, petite. On s'est fait avoir. Tous. »
« On peut arranger ça, » intervint Vallen d'une voix tremblante. « On va récupérer le vrai collier. Donnez-nous juste du temps. »
Kibarg se tourna vers lui, et le silence qui suivit était plus terrifiant qu'un cri de rage.
« Du temps ? » répéta-t-il doucement. « J'ai déjà perdu assez de temps avec vous, bande d'incapables. Non. Ce qu'il vous faut, c'est une leçon. Une leçon qui vous rappellera que Kibarg le Boucher ne tolère pas qu'on le prenne pour un con. »
Il fit un geste de la main. Les deux hommes qui maintenaient Rodryk le traînèrent jusqu'au centre de la pièce et le forcèrent à s'agenouiller. L'un d'eux, un colosse au visage balafré, saisit sa main droite et l'étendit de force sur la table basse, écrasant ses doigts contre le bois pour l'immobiliser complètement. L'autre lui tendit un petit couteau effilé.
« Non... non, attendez... » haleta Rodryk, ses yeux s'écarquillant de terreur alors qu'il comprenait ce qui allait se passer.
Ardur se débattit violemment contre ses liens, ses veines saillant sur son cou. « NON ! PUTAIN NON ! » Son cri était guttural, déchirant. « PRENEZ-MOI ! C'EST MOI LE CHEF, C'EST MA RESPONSABILITÉ ! RODRYK N'A RIEN À VOIR LÀ-DEDANS ! »
Il tira sur ses liens jusqu'à ce que ses poignets saignent, la corde entamant sa chair. Ses yeux étaient exorbités, injectés de sang, fixés sur son frère avec une intensité désespérée.
« Commence par deux doigts, » ordonna Kibarg d'un ton neutre à son homme. « Histoire qu'ils comprennent bien le message. »
Le colosse leva le couteau, visant l'index et le majeur de Rodryk.
Morrigane comprit immédiatement ce qui allait se passer. (Rodryk est utile. Archer doué. Le blesser est contre-productif.)
« Attendez, » dit-elle d'une voix qu'elle s'efforça de rendre suppliante. « Ce n'est pas nécessaire. On va retrouver le collier. C'est Yngrid qui l'a. »
« Oh, je n'en doute pas, » répondit Kibarg sans regarder l'homme qui s'apprêtait à trancher. « Mais maintenant je veux être sûr que vous comprenez bien les conséquences de votre échec. »
« RODRYK ! » hurla Ardur, sa voix se brisant. « LÂCHEZ-LE PUTAIN ! »
Il se tordait comme un possédé, ses yeux injectés de sang fixés sur son frère cadet. Sa mâchoire était serrée si fort que ses dents grinçaient. Vallen détourna le regard, incapable de supporter la scène qui allait suivre. Le couteau commença sa descente.
Dans un geste désespéré et instinctif, Morrigane canalisa une infime quantité de son fluide magique, utilisant brûlure sournoise pour faire chauffer l'arme du l'homme de main. Le sort marche parfaitement.
Le colosse hurla soudainement, lâchant le couteau qui tomba sur le sol avec un tintement métallique. Il secoua sa main brûlée, des cloques apparaissant déjà sur sa paume.
« Putain ! Le couteau... il est brûlant ! »
Tous les regards se tournèrent vers Morrigane. Kibarg l'observait, ses yeux froids évaluant la situation. Un sourire lent, glacial, étira ses lèvres.Le silence qui suivit était assourdissant.
« Du cran, » dit-il finalement, sa voix basse et dangereuse. « La petite sorcière a du cran. J'aime ça. »
Il s'approcha de Morrigane, son imposante silhouette projetant une ombre menaçante. « Mais le cran sans cervelle, ça se paie, petite. »
Il se tourna brusquement et d'un pas lourd, il se dirigea vers Rodryk toujours maintenu sur la table.
« Kibarg, » tenta encore Morrigane, mais le ton de sa voix sonnait creux, même à ses propres oreilles.
« Deux doigts, c'était la punition initiale, » déclara Kibarg en se penchant sur Rodryk. « Mais puisque ta sœur a voulu jouer les héroïnes... »
Il leva son propre couteau de boucher bien haut.
« Maintenant, ce sera toute la main. »
« NON ! MORRIGANE QU'EST-CE QUE T'AS FAIT ?! » rugit Ardur, sa voix déchirée par l'horreur et la rage.
La lame s'abattit.
Le bruit fut pire que tout ce que Morrigane aurait pu imaginer – un craquement sec d'os brisé, un bruit mouillé de chair tranchée, comme un couperet fendant un morceau de viande sur un étal. La main de Rodryk se détacha net, s'agitant seule, restant sur la table dans une petite mare de sang qui se formait rapidement, les doigts remuants
Le hurlement de Rodryk déchira le silence – un cri primitif, animal, qui sembla durer une éternité.
« AAAAAAHHHHH ! MA MAIN ! MA MAIN ! »
Ardur vomit. Violemment. Son corps tout entier se convulsa alors qu'il vidait le contenu de son estomac sur le plancher, incapable de détacher ses yeux de la main coupée de son frère.
« Non... non non non non... Rodryk... petit frère... » grogna-t-il entre ses dents serrées, sa voix rauque et brisée par l'horreur. Ses yeux restaient fixes, écarquillés, rivés sur le moignon sanglant. Vallen avait fermé les yeux, sa respiration hachée. Ses lèvres bougeaient en une prière muette, ses mains liées tremblant violemment. Kibarg brandit son couperet ensanglanté, le pointant vers Morrigane.
« JE SUIS KIBARG ! » rugit-il, sa voix résonnant dans toute la pièce. « Et voilà pourquoi on m'appelle Le Boucher, bande de misérables ! »
Il plongea son regard dans celui de Morrigane.
« Tu as du cran, petite. Je te l'accorde. Mais maintenant, tu payes pour en avoir eu. Deux doigts, c'était la leçon. Une main entière, c'est le prix de ton audace. »
Morrigane observa la scène avec une étrange distance. Elle voyait le sang – tellement de sang, se répandant en rigoles sombres entre les lattes du plancher. Elle entendait les cris – Rodryk qui hurlait toujours, Ardur qui gémissait entre deux haut-le-cœur, le souffle haché de Vallen. Elle percevait la douleur de son frère, le moignon de son poignet d'où jaillissait encore du sang en pulsations rythmiques, synchrones avec les battements de son cœur.
(Erreur de calcul. Intervention contre-productive. Mutilation aggravée. Envoi d'un message renforcé. Démonstration de pouvoir amplifiée. Rodryk survivra – ce n'est qu'une main. La blessure peut être cautérisée. Infection possible si pas traitée rapidement. Perte de fonctionnalité permanente. Handicap tactique pour le groupe. Choc traumatique probable. Ma faute. Calcul erroné.)
Elle força son visage à se tordre dans une expression d'horreur, écarquilla les yeux, porta une main à sa bouche. Le mime parfait de ce qu'on attendait d'elle.
(Kibarg ne se laisse pas intimider. Toute résistance entraîne une escalade. Noter pour référence future.)
Kibarg essuya calmement la lame de son couperet sur les vêtements de Rodryk qui se tordait de douleur, son moignon serré contre sa poitrine. Le sang imbibait déjà sa chemise, la teignant d'un rouge sombre.
« Voilà. Maintenant que j'ai votre attention... »
Il se tourna vers Morrigane, s'approchant suffisamment pour qu'elle sente l'odeur de sang qui imprégnait son tablier.
« Vous avez trois jours. Trois jours pour me ramener le vrai collier. Pas une copie, pas une excuse, le VRAI collier. Si dans trois jours je ne l'ai pas, je reviendrai. Et ce sera pas qu'une main. »
Un des hommes de Kibarg jeta un tissu aux pieds deRodryk.
« Pour le saignement. »
Ardur rampa jusqu'à son frère, ses mains liées rendant ses mouvements maladroits et désespérés. « Rodryk... Rodryk, tiens bon... putain, tiens bon petit frère... »
Il pressait le tissu contre le moignon de son frère de ses mains attachées, mais le sang continuait de couler, imbibant le tissu en quelques secondes. Ses mâchoires étaient serrées, sa respiration sifflante à travers ses dents.
Morrigane s'agenouilla près de Rodryk, jouant son rôle. (Coupe nette, os sectionnés proprement. Les vaisseaux sanguins principaux tranchés. Artère radiale sectionnée d'où l'hémorragie importante. Il faudrait cautériser immédiatement pour éviter qu'il ne se vide de son sang. Ensuite, nettoyer la plaie, bander serré. Risque d'infection élevé.)
« Trois jours. Pas un de plus. »
Il fit signe à ses hommes, qui libérèrent Ardur et Vallen en coupant leurs liens d'un coup de lame brutal. Ardur se jeta immédiatement sur Rodryk, le serrant contre lui malgré le sang qui maculait maintenant leurs deux corps. « Je suis désolé... putain je suis tellement désolé... c'est ma faute... tout est ma faute... » Sa voix était rauque, brisée, mais sèche. Pas de larmes. Juste une rage impuissante qui vibrait dans chaque mot.
Puis ses yeux se tournèrent vers Morrigane, et ce qu'elle y vit était nouveau : une haine pure, viscérale.
« Non... c'est toi... » cracha-t-il, sa voix tremblante de fureur contenue. « C'est toi... Si t'avais rien fait... deux doigts... juste deux putains de doigts... »
Kibarg s'arrêta sur le seuil de la porte, jetant un dernier regard à la main coupée qui reposait toujours sur la table.
« Ah, et une dernière chose... Si jamais vous envisagez de fuir Tulorim, sachez que j'ai des yeux partout. Aux portes, au port, sur toutes les routes. Vous ne pourrez pas vous échapper. Alors soyez intelligents. Trouvez ce putain de collier. »
La porte claqua derrière lui et ses hommes.
Le silence retomba, brisé seulement par les gémissements étouffés de Rodryk et la respiration rauque d'Ardur. Morrigane regarda la main sur la table. Pâle. Les doigts légèrement recroquevillés. Elle se leva calmement et se dirigea vers ses frères.
« Il faut cautériser. Maintenant. Ou il va se vider de son sang. »
Sa voix était plate, factuelle. Pratique. Ardur leva vers elle des yeux rougis, son visage déformé par une expression entre horreur et incompréhension totale. Il tenait toujours son frère contre lui, comme si son étreinte pouvait annuler ce qui venait de se passer.
« Comment... comment peux-tu être aussi... » Il ne termina pas sa phrase, sa voix se brisant. « C'EST DE TA FAUTE ! TOUTE SA MAIN ! À CAUSE DE TOI ! »
Morrigane ne répondit pas. Il y avait du travail à faire.
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Morrigane rentra chez Ardur, elle grimpa l'escalier extérieur qui menait au deuxième étage. Ses pas résonnaient doucement sur les marches de bois usé. Quelque chose n'allait pas. D'habitude, elle entendait les voix d'Ardur et Vallen avant même d'atteindre la porte. Ce soir, le silence régnait. Elle ralentit son approche, tous ses sens en alerte. La porte était entrouverte. Mauvais signe. Morrigane la poussa doucement du bout des doigts. Elle s'ouvrit sans un grincement, révélant l'intérieur faiblement éclairé par quelques chandelles. Ce qu'elle vit la figea sur place.
Ardur était à genoux au centre de la pièce, les mains liées dans le dos. Vallen était dans la même position à côté de lui, un filet de sang coulant de son arcade sourcilière. Rodryk se tenait debout près du mur, maintenu par deux hommes massifs qui lui tordaient les bras. Et au milieu de tout ça, Kibarg le Boucher. Il portait un tablier de cuir maculé de taches sombres du sang, probablement, ancien et récent. Dans sa main droite, il tenait un couperet de boucher dont la lame reflétait la lumière des chandelles.
Quatre autres hommes se tenaient en retrait, des gardes armés jusqu'aux dents. Tous les regards se tournèrent vers Morrigane.
« Ah, » fit Kibarg d'une voix grave et posée. « La petite sorcière. Entre donc. On t'attendait. »
Morrigane entra lentement, refermant la porte derrière elle. Son esprit tournait à pleine vitesse, analysant la situation. (Sept hommes, dont Kibarg. Impossible de tous les éliminer... Trop nombreux, trop rapides. Ils sont tous les trois entravés. Je suis seul. )
Elle adopta une expression neutre, les mains visibles, paumes ouvertes pour montrer qu'elle ne préparait pas de sort.
« Kibarg, » dit-elle d'une voix calme. « Je ne m'attendais pas à votre visite. »
Le Boucher eut un rire sans joie. « Je n'en doute pas. Dis-moi, petite... Comment on s'arrange ? »
Morrigane ne répondit pas immédiatement. Elle observa les visages autour d'elle. Ardur était livide, la sueur perlant sur son front malgré le froid. Ses yeux bougeaient frénétiquement entre Kibarg et ses frères, une terreur animale s'y reflétant. Vallen semblait résigné, la mâchoire serrée, mais ses mains tremblaient. Rodryk la fixait avec une expression qu'elle reconnut comme de l'inquiétude.
« Je ne comprends pas, » dit-elle sincèrement.
Kibarg fit un pas vers elle. Malgré sa corpulence, il se déplaçait avec une grâce surprenante, comme un prédateur.
« Le collier que tu m'as apporté, » dit-il lentement, articulant chaque mot. « C'était un faux. »
Le sang de Morrigane se glaça. (Non. Impossible.)
« Comment... » commença-t-elle.
« J'ai un expert pour ce genre de choses, » l'interrompit Kibarg. « Un homme qui sait reconnaître la vraie magie de la pacotille. Il a suffi de quelques minutes pour qu'il me confirme que votre collier n'était qu'une vulgaire copie. Belle copie, je dois l'admettre. Mais une copie quand même. »
Morrigane sentit son cerveau s'emballer. (Comment est-ce possible ? On a récupéré le collier directement sur Marrek. À moins que... Yngrid. Bien sûr. Cette garce avait dû échanger le vrai collier contre un faux avant même de le vendre à Marrek. Elle avait probablement gardé l'original pour elle, sachant sa véritable valeur. Marrek lui-même a dû se faire avoir.)
« Je vois que tu comprends enfin, » dit Kibarg en observant son visage. « Oui, petite. On s'est fait avoir. Tous. »
« On peut arranger ça, » intervint Vallen d'une voix tremblante. « On va récupérer le vrai collier. Donnez-nous juste du temps. »
Kibarg se tourna vers lui, et le silence qui suivit était plus terrifiant qu'un cri de rage.
« Du temps ? » répéta-t-il doucement. « J'ai déjà perdu assez de temps avec vous, bande d'incapables. Non. Ce qu'il vous faut, c'est une leçon. Une leçon qui vous rappellera que Kibarg le Boucher ne tolère pas qu'on le prenne pour un con. »
Il fit un geste de la main. Les deux hommes qui maintenaient Rodryk le traînèrent jusqu'au centre de la pièce et le forcèrent à s'agenouiller. L'un d'eux, un colosse au visage balafré, saisit sa main droite et l'étendit de force sur la table basse, écrasant ses doigts contre le bois pour l'immobiliser complètement. L'autre lui tendit un petit couteau effilé.
« Non... non, attendez... » haleta Rodryk, ses yeux s'écarquillant de terreur alors qu'il comprenait ce qui allait se passer.
Ardur se débattit violemment contre ses liens, ses veines saillant sur son cou. « NON ! PUTAIN NON ! » Son cri était guttural, déchirant. « PRENEZ-MOI ! C'EST MOI LE CHEF, C'EST MA RESPONSABILITÉ ! RODRYK N'A RIEN À VOIR LÀ-DEDANS ! »
Il tira sur ses liens jusqu'à ce que ses poignets saignent, la corde entamant sa chair. Ses yeux étaient exorbités, injectés de sang, fixés sur son frère avec une intensité désespérée.
« Commence par deux doigts, » ordonna Kibarg d'un ton neutre à son homme. « Histoire qu'ils comprennent bien le message. »
Le colosse leva le couteau, visant l'index et le majeur de Rodryk.
Morrigane comprit immédiatement ce qui allait se passer. (Rodryk est utile. Archer doué. Le blesser est contre-productif.)
« Attendez, » dit-elle d'une voix qu'elle s'efforça de rendre suppliante. « Ce n'est pas nécessaire. On va retrouver le collier. C'est Yngrid qui l'a. »
« Oh, je n'en doute pas, » répondit Kibarg sans regarder l'homme qui s'apprêtait à trancher. « Mais maintenant je veux être sûr que vous comprenez bien les conséquences de votre échec. »
« RODRYK ! » hurla Ardur, sa voix se brisant. « LÂCHEZ-LE PUTAIN ! »
Il se tordait comme un possédé, ses yeux injectés de sang fixés sur son frère cadet. Sa mâchoire était serrée si fort que ses dents grinçaient. Vallen détourna le regard, incapable de supporter la scène qui allait suivre. Le couteau commença sa descente.
Dans un geste désespéré et instinctif, Morrigane canalisa une infime quantité de son fluide magique, utilisant brûlure sournoise pour faire chauffer l'arme du l'homme de main. Le sort marche parfaitement.
Le colosse hurla soudainement, lâchant le couteau qui tomba sur le sol avec un tintement métallique. Il secoua sa main brûlée, des cloques apparaissant déjà sur sa paume.
« Putain ! Le couteau... il est brûlant ! »
Tous les regards se tournèrent vers Morrigane. Kibarg l'observait, ses yeux froids évaluant la situation. Un sourire lent, glacial, étira ses lèvres.Le silence qui suivit était assourdissant.
« Du cran, » dit-il finalement, sa voix basse et dangereuse. « La petite sorcière a du cran. J'aime ça. »
Il s'approcha de Morrigane, son imposante silhouette projetant une ombre menaçante. « Mais le cran sans cervelle, ça se paie, petite. »
Il se tourna brusquement et d'un pas lourd, il se dirigea vers Rodryk toujours maintenu sur la table.
« Kibarg, » tenta encore Morrigane, mais le ton de sa voix sonnait creux, même à ses propres oreilles.
« Deux doigts, c'était la punition initiale, » déclara Kibarg en se penchant sur Rodryk. « Mais puisque ta sœur a voulu jouer les héroïnes... »
Il leva son propre couteau de boucher bien haut.
« Maintenant, ce sera toute la main. »
« NON ! MORRIGANE QU'EST-CE QUE T'AS FAIT ?! » rugit Ardur, sa voix déchirée par l'horreur et la rage.
La lame s'abattit.
Le bruit fut pire que tout ce que Morrigane aurait pu imaginer – un craquement sec d'os brisé, un bruit mouillé de chair tranchée, comme un couperet fendant un morceau de viande sur un étal. La main de Rodryk se détacha net, s'agitant seule, restant sur la table dans une petite mare de sang qui se formait rapidement, les doigts remuants
Le hurlement de Rodryk déchira le silence – un cri primitif, animal, qui sembla durer une éternité.
« AAAAAAHHHHH ! MA MAIN ! MA MAIN ! »
Ardur vomit. Violemment. Son corps tout entier se convulsa alors qu'il vidait le contenu de son estomac sur le plancher, incapable de détacher ses yeux de la main coupée de son frère.
« Non... non non non non... Rodryk... petit frère... » grogna-t-il entre ses dents serrées, sa voix rauque et brisée par l'horreur. Ses yeux restaient fixes, écarquillés, rivés sur le moignon sanglant. Vallen avait fermé les yeux, sa respiration hachée. Ses lèvres bougeaient en une prière muette, ses mains liées tremblant violemment. Kibarg brandit son couperet ensanglanté, le pointant vers Morrigane.
« JE SUIS KIBARG ! » rugit-il, sa voix résonnant dans toute la pièce. « Et voilà pourquoi on m'appelle Le Boucher, bande de misérables ! »
Il plongea son regard dans celui de Morrigane.
« Tu as du cran, petite. Je te l'accorde. Mais maintenant, tu payes pour en avoir eu. Deux doigts, c'était la leçon. Une main entière, c'est le prix de ton audace. »
Morrigane observa la scène avec une étrange distance. Elle voyait le sang – tellement de sang, se répandant en rigoles sombres entre les lattes du plancher. Elle entendait les cris – Rodryk qui hurlait toujours, Ardur qui gémissait entre deux haut-le-cœur, le souffle haché de Vallen. Elle percevait la douleur de son frère, le moignon de son poignet d'où jaillissait encore du sang en pulsations rythmiques, synchrones avec les battements de son cœur.
(Erreur de calcul. Intervention contre-productive. Mutilation aggravée. Envoi d'un message renforcé. Démonstration de pouvoir amplifiée. Rodryk survivra – ce n'est qu'une main. La blessure peut être cautérisée. Infection possible si pas traitée rapidement. Perte de fonctionnalité permanente. Handicap tactique pour le groupe. Choc traumatique probable. Ma faute. Calcul erroné.)
Elle força son visage à se tordre dans une expression d'horreur, écarquilla les yeux, porta une main à sa bouche. Le mime parfait de ce qu'on attendait d'elle.
(Kibarg ne se laisse pas intimider. Toute résistance entraîne une escalade. Noter pour référence future.)
Kibarg essuya calmement la lame de son couperet sur les vêtements de Rodryk qui se tordait de douleur, son moignon serré contre sa poitrine. Le sang imbibait déjà sa chemise, la teignant d'un rouge sombre.
« Voilà. Maintenant que j'ai votre attention... »
Il se tourna vers Morrigane, s'approchant suffisamment pour qu'elle sente l'odeur de sang qui imprégnait son tablier.
« Vous avez trois jours. Trois jours pour me ramener le vrai collier. Pas une copie, pas une excuse, le VRAI collier. Si dans trois jours je ne l'ai pas, je reviendrai. Et ce sera pas qu'une main. »
Un des hommes de Kibarg jeta un tissu aux pieds deRodryk.
« Pour le saignement. »
Ardur rampa jusqu'à son frère, ses mains liées rendant ses mouvements maladroits et désespérés. « Rodryk... Rodryk, tiens bon... putain, tiens bon petit frère... »
Il pressait le tissu contre le moignon de son frère de ses mains attachées, mais le sang continuait de couler, imbibant le tissu en quelques secondes. Ses mâchoires étaient serrées, sa respiration sifflante à travers ses dents.
Morrigane s'agenouilla près de Rodryk, jouant son rôle. (Coupe nette, os sectionnés proprement. Les vaisseaux sanguins principaux tranchés. Artère radiale sectionnée d'où l'hémorragie importante. Il faudrait cautériser immédiatement pour éviter qu'il ne se vide de son sang. Ensuite, nettoyer la plaie, bander serré. Risque d'infection élevé.)
« Trois jours. Pas un de plus. »
Il fit signe à ses hommes, qui libérèrent Ardur et Vallen en coupant leurs liens d'un coup de lame brutal. Ardur se jeta immédiatement sur Rodryk, le serrant contre lui malgré le sang qui maculait maintenant leurs deux corps. « Je suis désolé... putain je suis tellement désolé... c'est ma faute... tout est ma faute... » Sa voix était rauque, brisée, mais sèche. Pas de larmes. Juste une rage impuissante qui vibrait dans chaque mot.
Puis ses yeux se tournèrent vers Morrigane, et ce qu'elle y vit était nouveau : une haine pure, viscérale.
« Non... c'est toi... » cracha-t-il, sa voix tremblante de fureur contenue. « C'est toi... Si t'avais rien fait... deux doigts... juste deux putains de doigts... »
Kibarg s'arrêta sur le seuil de la porte, jetant un dernier regard à la main coupée qui reposait toujours sur la table.
« Ah, et une dernière chose... Si jamais vous envisagez de fuir Tulorim, sachez que j'ai des yeux partout. Aux portes, au port, sur toutes les routes. Vous ne pourrez pas vous échapper. Alors soyez intelligents. Trouvez ce putain de collier. »
La porte claqua derrière lui et ses hommes.
Le silence retomba, brisé seulement par les gémissements étouffés de Rodryk et la respiration rauque d'Ardur. Morrigane regarda la main sur la table. Pâle. Les doigts légèrement recroquevillés. Elle se leva calmement et se dirigea vers ses frères.
« Il faut cautériser. Maintenant. Ou il va se vider de son sang. »
Sa voix était plate, factuelle. Pratique. Ardur leva vers elle des yeux rougis, son visage déformé par une expression entre horreur et incompréhension totale. Il tenait toujours son frère contre lui, comme si son étreinte pouvait annuler ce qui venait de se passer.
« Comment... comment peux-tu être aussi... » Il ne termina pas sa phrase, sa voix se brisant. « C'EST DE TA FAUTE ! TOUTE SA MAIN ! À CAUSE DE TOI ! »
Morrigane ne répondit pas. Il y avait du travail à faire.
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Modifié en dernier par Morrigane le mar. 6 janv. 2026 12:33, modifié 1 fois.
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Morrigane
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Re: Les Habitations
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Le silence retomba, brisé seulement par les gémissements étouffés de Rodryk.
Morrigane resta immobile quelques secondes, agenouillée près de son frère. Le plancher de bois usé de la planque d'Ardur était froid sous ses genoux. La pièce sentait le tabac refroidi, la sueur de la peur, et maintenant le cuivre âcre du sang frais. Les murs de pierre grossière, blanchis à la chaux il y a des années, étaient maculés d'ombres projetées par la maigre lumière d'une lanterne suspendue au plafond. Un petit brasero rougeoyait faiblement près du mur, ses braises mourantes dégageant encore un peu de chaleur.
Son esprit cataloguait mécaniquement les informations : (Mutilation mineure. Hémorragie contrôlable. Risque d'infection élevé sans traitement approprié. État de choc probable. Cauterisation nécessaire.)
Elle observait le sang qui continuait de couler malgré le tissu sale pressé contre la blessure. Un spasme léger mais distinct parcourut son estomac. Pas de la nausée. Plutôt une forme d'irritation physique qu'elle n'avait pas anticipée.
(Tiens... Mon corps réagit indépendamment de ma volonté.... Ça doit être sans importance.)
Elle se releva, se tournant vers Ardur et Vallen qui fixaient tous deux Rodryk. Sourcils froncés, mâchoires crispées, teint pâli. Horreur et culpabilité. Deux émotions qu'elle reconnaissait théoriquement sans pouvoir les saisir.
« Il faut cautériser » dit-elle d'une voix neutre, énonçant un simple fait.
Ardur la regarda comme si elle venait de dire quelque chose d'obscène.
« C'est tout ce que tu trouves à dire ? Notre frère vient de se faire mutiler ! »
« Justement. Et si on ne traite pas la plaie rapidement, il risque l'infection. »
(Pourquoi cette réaction ? C'est de la logique pure. L'infection peut le tuer, donc on cautérise. C'est simple.)
Morrigane se dirigea vers le brasero. Un tisonnier était planté dans les braises mourantes. Elle le saisit et le plongea plus profondément dans les charbons ardents, attisant les flammes avec le bout du métal.
« Rod... Rod, tu m'entends ? On va te soigner. »
Ardur s'était agenouillé près de Rodryk, posant une main tremblante sur son épaule. Morrigane observa le geste distraitement tout en surveillant le tisonnier. Le métal commençait à rougeoyer. Rodryk hocha faiblement la tête, le visage d'une pâleur cadavérique. Ses yeux cherchèrent ceux de Morrigane. Elle y lut quelque chose... De la confiance, peut-être. Ou de la résignation.... Elle n'était pas certaine de la différence.
« Fais-le » murmura-t-il entre ses dents serrées.
« Ardur, tiens-le par les épaules. Vallen, bloque son bras. Fermement. Il va se débattre. »
Les deux hommes obéirent sans discuter. Morrigane retira le tisonnier des braises. Le bout était rouge vif, presque blanc. Parfait. Elle s'agenouilla, retirant le tissu imbibé de sang. La plaie était nette, propre. Kibarg savait ce qu'il faisait... Un vrai travail de boucher, l'os était sectionné proprement.
(Quelques secondes de contact devraient suffire. Pas plus, ou je carbonise la cicatrisation.)
Morrigane savait à peu près ce qu'elle faisait. C'était elle l'érudite du village que l'on venait voir lors des bobos. Elle, la Mère de tous, la Maman Ours qui dans cette ville n'était rien. Sans hésitation, elle appliqua le métal brûlant sur le moignon sanglant.nLe hurlement de Rodryk déchira le silence. Son corps se cambra violemment malgré la poigne d'Ardur et Vallen. L'odeur de chair brûlée emplit immédiatement l'air, écœurante. Le spasme dans l'estomac de Morrigane se répéta, plus fort cette fois.
(Encore ? Ignore. Concentre-toi...L)
Elle retira le tisonnier. La plaie était cautérisée, la chair noircie mais le saignement arrêté. Efficace. Rodryk s'effondra en arrière, à bout de forces, respirant par saccades irrégulières. Vallen le rattrapa, l'installant contre le mur avec une douceur que Morrigane nota distraitement comme étant inefficace mais apparemment nécessaire pour maintenir la cohésion du groupe.
« Il survivra. La blessure est propre. Pas de complications si on évite l'infection. Il faudra changer le bandage deux fois par jour avec des herbes antiseptiques. On pourra probablement en trouver sur le marché... »
Elle se releva, replaçant méthodiquement le tisonnier dans le brasero. Ses mains ne tremblaient pas. Pourquoi le feraient-elles ? Elle avait fait ce qui était nécessaire. Rodryk était un atout utile alors le maintenir en vie était logique.
Ardur la fixait avec une expression qu'elle n'arrivait pas tout à fait à déchiffrer. Ses yeux oscillaient entre elle et Rodryk.
« Tu es incroyable, tu sais ça ? »
(Le ton suggère que ce n'est pas un compliment. Incompréhensible. J'ai agi avec une efficacité maximale.)
« J'ai fait ce qui était nécessaire. »
« Ouais. Ce qui était nécessaire. Comme d'habitude. »
(Ah... Il cherche quelqu'un à blâmer. Comportement prévisible face au stress. C'est sans intérêt.)
Elle eut une expression qui pourrait être perçue comme de la préoccupation, les sourcils légèrement froncés, regard dirigé vers Rodryk. Mais cela n'avait rien à avoir avec Rodryk.
« Nous avons trois jours. Il faut un plan. »
Ardur se leva brusquement, faisant tomber la chaise sur laquelle il était assis. Le bruit résonna dans la pièce exiguë.
« Un plan ? Tu veux parler de plan maintenant ? » Sa voix tremblait de rage contenue. « Notre frère vient de perdre une main à cause de toi ! »
Morrigane le regarda calmement. Son visage resta parfaitement impassible.
(Ah... Il a besoin d'évacuer, de trouver un responsable. Comportement prévisible. Je vais le laisser se vider.)
« Je n'ai pas découpé la main de Rodryk. C'était Kibarg. »
« Mais c'est toi qui as agi ! C'est toi qui a lancé ton sort pour rendfe brulant l'arme de son gard ! Si tu n'avais rien fait, Kibarg n'aurait coupé que quelques doigts comme prévu. Mais non — tu as dû intervenir, et maintenant Rodryk a perdu toute sa main ! »
Morrigane se leva lentement. Elle ne haussa pas le ton, ne changea pas d'expression. Simplement, elle le fixa de son regard vide.
(Intéressant... Il projette sa propre culpabilité. Analysons sa logique défaillante.)
« Tu étais attaché Ardur... »
« Quoi ? »
« Tu étais attaché et pourtant tu te débâtais comme un fou pour intervenir. Il n'y a qu'a regardé les marques sur tes poignets... Dis-moi, si tu ne l'avais pas été, qu'aurais-tu fait quand l'homme de Kibarg a approché son couteau de Rodryk ? »
Ardur ouvrit la bouche, puis la referma. Ses mâchoires se crispèrent.
« Tu serais intervenu. Exactement comme moi. La seule différence, c'est que toi, tu étais attaché. Donc tu me reproches d'avoir fait ce que tu aurais toi-même fait si tu en avais eu la possibilité. »
« Ce n'est pas... »
« C'est exactement ça. » coupa Morrigane en faisant un pas vers lui. Elle avait toujours ce regard plat, clinique. « Tes paroles sont hypocrites. C'est l'émotion qui parle. Tu cherches quelqu'un à blâmer pour évacuer ta culpabilité. Je suis une cible facile parce que je ne réagis pas comme tu t'y attends. »
(C'est une vérité objective. Il ne peut pas la réfuter logiquement.)
« Tu ne ressens rien, c'est ça le problème ! Notre frère vient de perdre une main et toi tu parles de 'plan' comme si on discutait de la météo ! »
« Parce que mes émotions n'aideront pas Rodryk à récupérer sa main. Elles ne nous aideront pas à récupérer le collier. Elles ne nous aideront pas à survivre aux trois prochains jours. » Sa voix était parfaitement neutre, énonçant des faits. « Pleurer, crier, blâmer ce sont peut-être des luxes, mais nous n'avons pas ce luxe. Nous avons un problème à résoudre alors soit tu m'aides à le résoudre, soit tu continues à gaspiller de l'énergie en récriminations inutiles. »
Le silence retomba. Ardur tremblait de rage ou peut-être de frustration, Morrigane n'était pas sûre. Vallen se leva précipitamment, s'interposant entre eux.
« Ça suffit. Les deux. » Il posa une main sur l'épaule d'Ardur. « Ardur, elle a raison. On n'a pas le temps pour ça. Tu veux aider Rodryk ? Alors aide-nous à récupérer ce putain de collier. »
Ardur respira profondément, fermant les yeux. Quand il les rouvrit, une partie de la rage s'était dissipée remplacée par quelque chose de plus froid. Plus contrôlé.
« Très bien. » Sa voix était dure. « On fait ton plan. Mais après ça... après ça, on aura une vraie conversation sur ce que tu es. »
Morrigane hocha simplement la tête. Elle n'avait aucune intention d'avoir cette conversation, mais ce n'était pas le moment de le dire.
(Il me craint maintenant. Ou me déteste. L'un des deux. Peut-être les deux. Peu importe. Tant qu'il reste fonctionnel.)
« Déplaçons Rodryk dans un endroit plus confortable. » Ils se dirigèrent tous pour soutenir le bonhomme et le mener dans la pièce où il dormait d'habitude. Alors que Morrigane suivait le déplacement de Rodryk, son esprit commença à analyser ce qui venait de se passer.
(J'ai fais un erreur de calcul.)
C'était clair maintenant, avec le recul. Elle avait pris une décision basée sur une évaluation incomplète des variables.
(Situation initiale : l'homme de Kibarg menaçait Rodryk. Menace crédible mais limitée — quelques doigts, comme punition standard. Douloureux mais il aurait peut-être été fonctionnel. Rodryk aurait conservé l'usage de sa main. Mon intervention avait pour but de sauver les doigt de Rodryk, le protéger. Résultat : escalade de la punition. Main entière perdue au lieu de quelques doigts. Rodryk est désormais significativement handicapé. Il ne pourra sûrement plus jamais manier un arc. Son utilité vient de diminuer...)
Elle fronça imperceptiblement les sourcils. Ce n'était pas de l'émotion plutôt une contraction musculaire involontaire accompagnant un processus de pensée intense.
(Variable non prise en compte : les conséquences de tenir tête à Kibarg devant témoins. Augmentation prévisible de la punition pour compenser l'affront. J'aurais dû anticiper cela.)
Cette sensation dans son estomac... Pas tout à fait de la nausée, mais quelque chose d'apparenté. De la frustration, probablement. Son corps réagissait à l'échec de son raisonnement d'une manière qu'elle trouvait... désagréable.
(Intéressant. Mon corps génère une réponse négative face à l'inefficacité. Ma frustration est un signal d'alarme indiquant une erreur de calcul.)
Elle observa ses mains... Stables, pas de tremblements. Les réactions de son corps restaient sous contrôle.
(Que faire de Rodryk, maintenant ? Inutile au tir à l'arc. Moins efficace au corps à corps... Sa valeur comme ressource diminue considérablement. Et tout ça à cause de mon erreur d'évaluation.)
Pas de culpabilité. Elle ne ressentait toujours pas ça. Mais quelque chose d'autre : une forme d'irritation froide face à sa propre inefficacité. Comme un artisan découvrant un défaut dans son travail.
(Pire encore : Ardur me fait moins confiance maintenant. Il a verbalisé son doute. 'On aura une conversation sur ce que tu es.' Cela complique la dynamique du groupe. Réduit ma capacité à les utiliser efficacement.)
Elle ferma les yeux un instant, forçant son esprit à passer de l'analyse rétrospective aux ajustements à opérer.
(Leçon à retenir : mes interventions impulsives ont des conséquences en cascade que je dois mieux anticiper. Intervenir pour protéger un atout peut dégrader cet atout plus que l'inaction ne l'aurait fait. Variable émotionnelle chez les autres : toujours calculer leur réaction prévisible, pas ma réaction logique. Je dois ajuster mon comportement. : Avant d'agir, se poser la question : quelle est la conséquence optimale versus la conséquence probable de mon action ? Ne pas confondre protection immédiate avec protection à long terme. Je ne referai pas cette erreur. Mes outils — Ardur, Vallen, Rodryk — sont trop précieux pour être gaspillés par négligence. Je dois être plus prudente. Plus calculatrice. Anticiper non seulement les conséquences directes de mes actes, mais aussi les conséquences indirectes à travers les réactions émotionnelles des autres.)
Vallen et Ardur déposèrent Rodryk sur son matelas et revinrent vers elle.
« Rodryk dort. Il a l'air stable. On fait quoi maintenant ? »
Morrigane hocha la tête...Il était temps de se concentrer sur le problème immédiat : récupérer le collier. Ardur se tourna vers les autres, évitant soigneusement le regard de Morrigane.
« Avant de chercher Yngrid, on doit comprendre exactement ce qu'on cherche. Ce collier... ne sait pas grand chose sur lui... »
« On pourrait aller voir Mazallin. Il tient une boutique de curiosités. Si quelqu'un peut nous renseigner sur un objet magique, c'est lui. »
Morrigane hocha la tête.
« Allons-y.»
Les trois quittèrent la planque laissant Rodryk à son repos.
Suivant
Le silence retomba, brisé seulement par les gémissements étouffés de Rodryk.
Morrigane resta immobile quelques secondes, agenouillée près de son frère. Le plancher de bois usé de la planque d'Ardur était froid sous ses genoux. La pièce sentait le tabac refroidi, la sueur de la peur, et maintenant le cuivre âcre du sang frais. Les murs de pierre grossière, blanchis à la chaux il y a des années, étaient maculés d'ombres projetées par la maigre lumière d'une lanterne suspendue au plafond. Un petit brasero rougeoyait faiblement près du mur, ses braises mourantes dégageant encore un peu de chaleur.
Son esprit cataloguait mécaniquement les informations : (Mutilation mineure. Hémorragie contrôlable. Risque d'infection élevé sans traitement approprié. État de choc probable. Cauterisation nécessaire.)
Elle observait le sang qui continuait de couler malgré le tissu sale pressé contre la blessure. Un spasme léger mais distinct parcourut son estomac. Pas de la nausée. Plutôt une forme d'irritation physique qu'elle n'avait pas anticipée.
(Tiens... Mon corps réagit indépendamment de ma volonté.... Ça doit être sans importance.)
Elle se releva, se tournant vers Ardur et Vallen qui fixaient tous deux Rodryk. Sourcils froncés, mâchoires crispées, teint pâli. Horreur et culpabilité. Deux émotions qu'elle reconnaissait théoriquement sans pouvoir les saisir.
« Il faut cautériser » dit-elle d'une voix neutre, énonçant un simple fait.
Ardur la regarda comme si elle venait de dire quelque chose d'obscène.
« C'est tout ce que tu trouves à dire ? Notre frère vient de se faire mutiler ! »
« Justement. Et si on ne traite pas la plaie rapidement, il risque l'infection. »
(Pourquoi cette réaction ? C'est de la logique pure. L'infection peut le tuer, donc on cautérise. C'est simple.)
Morrigane se dirigea vers le brasero. Un tisonnier était planté dans les braises mourantes. Elle le saisit et le plongea plus profondément dans les charbons ardents, attisant les flammes avec le bout du métal.
« Rod... Rod, tu m'entends ? On va te soigner. »
Ardur s'était agenouillé près de Rodryk, posant une main tremblante sur son épaule. Morrigane observa le geste distraitement tout en surveillant le tisonnier. Le métal commençait à rougeoyer. Rodryk hocha faiblement la tête, le visage d'une pâleur cadavérique. Ses yeux cherchèrent ceux de Morrigane. Elle y lut quelque chose... De la confiance, peut-être. Ou de la résignation.... Elle n'était pas certaine de la différence.
« Fais-le » murmura-t-il entre ses dents serrées.
« Ardur, tiens-le par les épaules. Vallen, bloque son bras. Fermement. Il va se débattre. »
Les deux hommes obéirent sans discuter. Morrigane retira le tisonnier des braises. Le bout était rouge vif, presque blanc. Parfait. Elle s'agenouilla, retirant le tissu imbibé de sang. La plaie était nette, propre. Kibarg savait ce qu'il faisait... Un vrai travail de boucher, l'os était sectionné proprement.
(Quelques secondes de contact devraient suffire. Pas plus, ou je carbonise la cicatrisation.)
Morrigane savait à peu près ce qu'elle faisait. C'était elle l'érudite du village que l'on venait voir lors des bobos. Elle, la Mère de tous, la Maman Ours qui dans cette ville n'était rien. Sans hésitation, elle appliqua le métal brûlant sur le moignon sanglant.nLe hurlement de Rodryk déchira le silence. Son corps se cambra violemment malgré la poigne d'Ardur et Vallen. L'odeur de chair brûlée emplit immédiatement l'air, écœurante. Le spasme dans l'estomac de Morrigane se répéta, plus fort cette fois.
(Encore ? Ignore. Concentre-toi...L)
Elle retira le tisonnier. La plaie était cautérisée, la chair noircie mais le saignement arrêté. Efficace. Rodryk s'effondra en arrière, à bout de forces, respirant par saccades irrégulières. Vallen le rattrapa, l'installant contre le mur avec une douceur que Morrigane nota distraitement comme étant inefficace mais apparemment nécessaire pour maintenir la cohésion du groupe.
« Il survivra. La blessure est propre. Pas de complications si on évite l'infection. Il faudra changer le bandage deux fois par jour avec des herbes antiseptiques. On pourra probablement en trouver sur le marché... »
Elle se releva, replaçant méthodiquement le tisonnier dans le brasero. Ses mains ne tremblaient pas. Pourquoi le feraient-elles ? Elle avait fait ce qui était nécessaire. Rodryk était un atout utile alors le maintenir en vie était logique.
Ardur la fixait avec une expression qu'elle n'arrivait pas tout à fait à déchiffrer. Ses yeux oscillaient entre elle et Rodryk.
« Tu es incroyable, tu sais ça ? »
(Le ton suggère que ce n'est pas un compliment. Incompréhensible. J'ai agi avec une efficacité maximale.)
« J'ai fait ce qui était nécessaire. »
« Ouais. Ce qui était nécessaire. Comme d'habitude. »
(Ah... Il cherche quelqu'un à blâmer. Comportement prévisible face au stress. C'est sans intérêt.)
Elle eut une expression qui pourrait être perçue comme de la préoccupation, les sourcils légèrement froncés, regard dirigé vers Rodryk. Mais cela n'avait rien à avoir avec Rodryk.
« Nous avons trois jours. Il faut un plan. »
Ardur se leva brusquement, faisant tomber la chaise sur laquelle il était assis. Le bruit résonna dans la pièce exiguë.
« Un plan ? Tu veux parler de plan maintenant ? » Sa voix tremblait de rage contenue. « Notre frère vient de perdre une main à cause de toi ! »
Morrigane le regarda calmement. Son visage resta parfaitement impassible.
(Ah... Il a besoin d'évacuer, de trouver un responsable. Comportement prévisible. Je vais le laisser se vider.)
« Je n'ai pas découpé la main de Rodryk. C'était Kibarg. »
« Mais c'est toi qui as agi ! C'est toi qui a lancé ton sort pour rendfe brulant l'arme de son gard ! Si tu n'avais rien fait, Kibarg n'aurait coupé que quelques doigts comme prévu. Mais non — tu as dû intervenir, et maintenant Rodryk a perdu toute sa main ! »
Morrigane se leva lentement. Elle ne haussa pas le ton, ne changea pas d'expression. Simplement, elle le fixa de son regard vide.
(Intéressant... Il projette sa propre culpabilité. Analysons sa logique défaillante.)
« Tu étais attaché Ardur... »
« Quoi ? »
« Tu étais attaché et pourtant tu te débâtais comme un fou pour intervenir. Il n'y a qu'a regardé les marques sur tes poignets... Dis-moi, si tu ne l'avais pas été, qu'aurais-tu fait quand l'homme de Kibarg a approché son couteau de Rodryk ? »
Ardur ouvrit la bouche, puis la referma. Ses mâchoires se crispèrent.
« Tu serais intervenu. Exactement comme moi. La seule différence, c'est que toi, tu étais attaché. Donc tu me reproches d'avoir fait ce que tu aurais toi-même fait si tu en avais eu la possibilité. »
« Ce n'est pas... »
« C'est exactement ça. » coupa Morrigane en faisant un pas vers lui. Elle avait toujours ce regard plat, clinique. « Tes paroles sont hypocrites. C'est l'émotion qui parle. Tu cherches quelqu'un à blâmer pour évacuer ta culpabilité. Je suis une cible facile parce que je ne réagis pas comme tu t'y attends. »
(C'est une vérité objective. Il ne peut pas la réfuter logiquement.)
« Tu ne ressens rien, c'est ça le problème ! Notre frère vient de perdre une main et toi tu parles de 'plan' comme si on discutait de la météo ! »
« Parce que mes émotions n'aideront pas Rodryk à récupérer sa main. Elles ne nous aideront pas à récupérer le collier. Elles ne nous aideront pas à survivre aux trois prochains jours. » Sa voix était parfaitement neutre, énonçant des faits. « Pleurer, crier, blâmer ce sont peut-être des luxes, mais nous n'avons pas ce luxe. Nous avons un problème à résoudre alors soit tu m'aides à le résoudre, soit tu continues à gaspiller de l'énergie en récriminations inutiles. »
Le silence retomba. Ardur tremblait de rage ou peut-être de frustration, Morrigane n'était pas sûre. Vallen se leva précipitamment, s'interposant entre eux.
« Ça suffit. Les deux. » Il posa une main sur l'épaule d'Ardur. « Ardur, elle a raison. On n'a pas le temps pour ça. Tu veux aider Rodryk ? Alors aide-nous à récupérer ce putain de collier. »
Ardur respira profondément, fermant les yeux. Quand il les rouvrit, une partie de la rage s'était dissipée remplacée par quelque chose de plus froid. Plus contrôlé.
« Très bien. » Sa voix était dure. « On fait ton plan. Mais après ça... après ça, on aura une vraie conversation sur ce que tu es. »
Morrigane hocha simplement la tête. Elle n'avait aucune intention d'avoir cette conversation, mais ce n'était pas le moment de le dire.
(Il me craint maintenant. Ou me déteste. L'un des deux. Peut-être les deux. Peu importe. Tant qu'il reste fonctionnel.)
« Déplaçons Rodryk dans un endroit plus confortable. » Ils se dirigèrent tous pour soutenir le bonhomme et le mener dans la pièce où il dormait d'habitude. Alors que Morrigane suivait le déplacement de Rodryk, son esprit commença à analyser ce qui venait de se passer.
(J'ai fais un erreur de calcul.)
C'était clair maintenant, avec le recul. Elle avait pris une décision basée sur une évaluation incomplète des variables.
(Situation initiale : l'homme de Kibarg menaçait Rodryk. Menace crédible mais limitée — quelques doigts, comme punition standard. Douloureux mais il aurait peut-être été fonctionnel. Rodryk aurait conservé l'usage de sa main. Mon intervention avait pour but de sauver les doigt de Rodryk, le protéger. Résultat : escalade de la punition. Main entière perdue au lieu de quelques doigts. Rodryk est désormais significativement handicapé. Il ne pourra sûrement plus jamais manier un arc. Son utilité vient de diminuer...)
Elle fronça imperceptiblement les sourcils. Ce n'était pas de l'émotion plutôt une contraction musculaire involontaire accompagnant un processus de pensée intense.
(Variable non prise en compte : les conséquences de tenir tête à Kibarg devant témoins. Augmentation prévisible de la punition pour compenser l'affront. J'aurais dû anticiper cela.)
Cette sensation dans son estomac... Pas tout à fait de la nausée, mais quelque chose d'apparenté. De la frustration, probablement. Son corps réagissait à l'échec de son raisonnement d'une manière qu'elle trouvait... désagréable.
(Intéressant. Mon corps génère une réponse négative face à l'inefficacité. Ma frustration est un signal d'alarme indiquant une erreur de calcul.)
Elle observa ses mains... Stables, pas de tremblements. Les réactions de son corps restaient sous contrôle.
(Que faire de Rodryk, maintenant ? Inutile au tir à l'arc. Moins efficace au corps à corps... Sa valeur comme ressource diminue considérablement. Et tout ça à cause de mon erreur d'évaluation.)
Pas de culpabilité. Elle ne ressentait toujours pas ça. Mais quelque chose d'autre : une forme d'irritation froide face à sa propre inefficacité. Comme un artisan découvrant un défaut dans son travail.
(Pire encore : Ardur me fait moins confiance maintenant. Il a verbalisé son doute. 'On aura une conversation sur ce que tu es.' Cela complique la dynamique du groupe. Réduit ma capacité à les utiliser efficacement.)
Elle ferma les yeux un instant, forçant son esprit à passer de l'analyse rétrospective aux ajustements à opérer.
(Leçon à retenir : mes interventions impulsives ont des conséquences en cascade que je dois mieux anticiper. Intervenir pour protéger un atout peut dégrader cet atout plus que l'inaction ne l'aurait fait. Variable émotionnelle chez les autres : toujours calculer leur réaction prévisible, pas ma réaction logique. Je dois ajuster mon comportement. : Avant d'agir, se poser la question : quelle est la conséquence optimale versus la conséquence probable de mon action ? Ne pas confondre protection immédiate avec protection à long terme. Je ne referai pas cette erreur. Mes outils — Ardur, Vallen, Rodryk — sont trop précieux pour être gaspillés par négligence. Je dois être plus prudente. Plus calculatrice. Anticiper non seulement les conséquences directes de mes actes, mais aussi les conséquences indirectes à travers les réactions émotionnelles des autres.)
Vallen et Ardur déposèrent Rodryk sur son matelas et revinrent vers elle.
« Rodryk dort. Il a l'air stable. On fait quoi maintenant ? »
Morrigane hocha la tête...Il était temps de se concentrer sur le problème immédiat : récupérer le collier. Ardur se tourna vers les autres, évitant soigneusement le regard de Morrigane.
« Avant de chercher Yngrid, on doit comprendre exactement ce qu'on cherche. Ce collier... ne sait pas grand chose sur lui... »
« On pourrait aller voir Mazallin. Il tient une boutique de curiosités. Si quelqu'un peut nous renseigner sur un objet magique, c'est lui. »
Morrigane hocha la tête.
« Allons-y.»
Les trois quittèrent la planque laissant Rodryk à son repos.
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Morrigane
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- Enregistré le : sam. 19 déc. 2020 07:06
Re: Les Habitations
Précédent
Morrigane quitta son abri et traversa la rue silencieusement. Elle poussa la porte dans un grincement sinistre, impossible à éviter. Le hall d'entrée était plongé dans l'obscurité, il y avait une forte odeur de moisissure, d'urine et de pourriture. Un escalier de bois vermoulu s'élevait vers les étages.
Elle posa le pied sur la première marche. Craquement. Elle grimaça intérieurement mais continua. Deuxième marche. Troisième. Premier étage. Couloir sombre. Trois portes. Toutes fermées. Aucun bruit. Elle continua. Deuxième étage. Même configuration. Troisième étage. Morrigane émergea dans un couloir étroit. Quatre portes. Une seule montrait un rai de lumière sous le battant ; celle du fond à gauche.
(C'est là. Approche discètre. Vérification rapide par l'entrebâillement ou la fenêtre si accessible, puis je m'en vais.)
Elle avança prudemment dans le couloir, évitant les planches qui semblaient les plus fragiles. Dix mètres. Huit mètres. Six mètres. Soudain la porte s'ouvrit violemment. La femme encapuchonnée jaillit, poignard à la main, lame étincelant dans la lumière faible. Morrigane eut à peine le temps de reculer sous l'effet de la surprise. La lame siffla à quelques centimètres de sa gorge. Elle bascula en arrière, main cherchant instinctivement un couteau qu'elle ne possedait pas à sa ceinture. La femme ne dit rien... Pas de cri. Pas de menace. Juste une attaque immédiate, brutale, professionnelle.
(Une embuscade préméditée ? Elle m'attendait.)
La femme attaqua à nouveau par un coup bas, visant le ventre. Morrigane para avec son avant-bras, sentant la lame déchirer sa manche et entailler superficiellement sa peau. La douleur était aiguë et elle dû serrer les dents alors qu'unang chaud commençait à couler le long de son bras.
(Je dois mettre de la distance et user de ma magie.)
Morrigane recula de deux pas et leva la main gauche. Incantation rapide, geste précis une sphère de flammes se matérialisa dans sa paume. Le projectile enflammé fusa vers la femme. Celle-ci plongea sur le côté avec une agilité surprenante, mais pas assez vite. Les flammes frappèrent son épaule gauche, embrasant le tissu de sa manche. La femme grogna, battant frénétiquement pour éteindre le feu. Mais elle se releva instantanément et chargea à nouveau. Trop rapide. Trop déterminée. El les conditions étaient à son avantage. L'endroit donnait l'avantage a une spécialiste du corps à corps.
(Un sort utilisé Je ne peux plus utilisé que deux avant d'épuiser mes réserves restantes.)
La femme fut sur elle avant que Morrigane ne puisse lancer un deuxième sort. Poignard dans une main, l'autre agrippant le poignet de Morrigane pour l'empêcher de canaliser sa magie. Elles basculèrent contre le mur dans un choc violent. Le souffle de Morrigane s'échappa de ses poumons. La lame plongea vers sa gorge. Morrigane bloqua avec sa main libre et la lame transperça sa paume. La douleur fut explosive, blanche, aveuglante. Du sang chaud jaillit entre ses doigts pour aller éclabousser son propre visge. Et là quelque chose s'activa en elle.
Pas de panique. Pas de terreur émotionnelle. Juste une reconnaissance froide, cristalline, incontestable :
(Je vais mourir. Si je ne change rien. Si je continue comme ça. Elle va me tuer. Inacceptable. INACCEPTABLE. Je refuse. JE REFUSE.)
L'adrénaline explosa dans son système. Mais pas comme pour les autres. Pas de confusion. Pas de pensées brouillées. Au contraire c'est comme si tout était un peu plus clair. La texture rugueuse du poignard dans sa paume. L'odeur de sueur et de fumée. Le souffle de la femme contre son visage. Les muscles de son bras tendus pour enfoncer la lame plus profondément.
Morrigane ignora la douleur et se concentra intensément. Incantation mentale, visualisation précise. L'air autour d'elle sembla vibrer. Deux petites sphères incandescentes se matérialisèrent instantanément, tourbillonnant autour de Morrigane. Elles volettaient comme des lucioles enragées, dégageant une chaleur intense. La femme écarquilla les yeux mais il était trop tard. Les feux follets attaquèrent immédiatement. Le premier frappa le visage de la femme dans une explosion de flammes. Elle hurla, lâchant instinctivement le poignet de Morrigane pour se protéger le visage.
(Ouverture. Je dois en profiter.)
Morrigane tordit violemment son poignet droit, arrachant la lame de sa paume percée. La douleur était atroce mais l’adrénaline l'aida a l' ignorer. Elle repoussa la femme de toutes ses forces et le second feu follet frappa, touchant la poitrine de la femme. Les flammes s'accrochèrent au tissu déjà brûlé. La femme bascula en arrière, battant frénétiquement sa tunique qui s'embrasait. Les feux follets continuaient de tournoyer agressivement autour de Morrigane, prêts à attaquer à nouveau.
(Deux sorts utilisés. Un restant. Les feux follets restent actifs. encore quelques secondes. Je dois profiter de l'avantage. Finir ça, le temps n'est pas mon allié.)
Morrigane chercha autour d'elle. Le couloir commençait à s'enflammer à cause des différentes attaques. Les planches pourries commençaient à s'embraser. Et une fumée commençait à se dégager. La femme éteignit les dernières flammes sur ses vêtements et se redressa. Son visage était à moitié visible maintenant la capuche avait glissé dans l'action. Cheveux bruns. Yeux verts. Visage ordinaire. Peau rougie par les flammes. Mais pas Yngrid.
(Ce n'est pas elle. C'est uniège délibéré. Yngrid a envoyé un leurre. et cette femme va me tuer si je ne la tue pas en premier.)
La femme chargea à nouveau, poignard brandi, ignorant visiblement la douleur de ses brûlures. Déterminée. Les feux follets réagirent instantanément. Le premier plongea vers son bras tenant le poignard. La femme grogna mais ne lâcha pas l'arme.
Elle était à deux mètres. Un mètre.
(Dernière option. Je dois la cuire. C'est risqué je ne pourrai plus bouger, mais si ça la stoppe...)
Morrigane attendit. Une fraction de seconde. La femme était presque sur elle. Maintenant. Morrigane leva sa main gauche valide, paume ouverte vers la femme qui chargeait. Concentration totale. Visualisation du flux de magie. Et elle lança son sort cuisson. La femme s'embrasa littéralement. Pas comme avec la boule de feu, ce n'était pas un impact. C'était une combustion continue, soutenue. Les flammes l'enveloppèrent, s'accrochant à elle comme une deuxième peau de feu.
Elle hurla. Un cri aigu, terrible, inhumain. Mais le sort avait un prix. Morrigane sentit sa conscience se verrouiller sur la cible. Elle ne pouvait plus bouger. Ne pouvait plus attaquer. Ne pouvait que maintenir la connexion magique, canalisant le flux brûlant.
(Je suis vulnérable. Si elle arrive jusqu'à moi avant que le sort la consume... Elle doit mourir avant.)
La femme en flammes continua d'avancer. Trois pas. Deux pas. Le poignard levé malgré tout, malgré l'enfer qui la consumait. Ca devait être une véritable professionnelle. Morrigane maintint la canalisation. Concentration absolue. Les flammes s'intensifièrent. Plus chaudes. Plus voraces. Un pas. Le dernier Feu folllet fila vers la femme traversant littéralement son abdomen. La femme s'effondra. Elle tomba à genoux d'abord, le poignard glissant de ses doigts calcinés. Puis bascula sur le côté. Son corps continuait de brûler, les flammes léchant sa chair noircie.Morrigane maintint encore le sort, pour être sûr de finir le travail. Le corps ne bougeait plus.
Elle relâcha la canalisation. Les flammes s'éteignirent progressivement.
Morrigane vacilla, libérée du verrou mental. Ses jambes tremblaient. Sa reserve magique magique était complètement épuisé. Les deux feux follets tourbillonnèrent encore un instant autour de Morrigane, puis disparurent dans un dernier scintillement, leur durée écoulée.
Le couloir était en feu. La fumée de plus en plus épaisse. Une odeur de chair brûlée. Le corps sous elle ne bougeait plus. Carbonisé. Méconnaissable. Morte. Morrigane se redressa lentement, haletante. Ses mains tremblaient ... pas d'émotion, juste de fatigue musculaire et d'adrénaline résiduelle. Son cœur battait à tout rompre. Sa paume percée pulsait de douleur.
(Vivante. Je suis vivante et elle est morte. J'ai gagné.)
Aucune joie. Aucun soulagement émotionnel. Juste un constat froid. Le feu se propageait rapidement dans le couloir. Il fallait partir et vite, mais d'abord fouiller. Morrigane s'agenouilla près du corps. Ses doigts, poisseux de sang, fouillèrent méthodiquement ce qui restait des vêtements. La chaleur des vêtements calcinés brûlait ses doigts. Elle trouva ourse à la ceinture, partiellement fondue mais récupérable. Elle la prit. Puis elle arriva sur la poche intérieure de la tunique. Là quelque chose de dur, miraculeusement préservé par l'épaisseur du tissu.
Morrigane le sortit. Le Pendentif du Docteur Chêne. Forme de feuille de chêne. Bronze noirci par la chaleur. Pierre d'ambre sombre au centre. Elle le souleva à la lumière vacillante du feu.
( Métal lisse. Et la pierre...)
Elle approcha le pendentif de ses yeux, se souvenant des indications de Mazallin...
(Du verre teinté, pas d'ambre véritable. C'est un faux. Une copie. Exactement comme celle de Mazallin. Yngrid m'a tendu un piège. Elle savait que quelqu'un la chercherait. Elle a envoyé un leurre avec une fausse copie pour éliminer les poursuivants. C'était terriblement efficace, j'ai failli mourir.)
Morrigane glissa le faux pendentif dans sa sacoche. Puis elle fouilla rapidement le reste du corps. Pas de lettre, pas de carte, pas d'indication sur Yngrid. Elle ressentit de la frustration.
(La planque ! Je dois la fouiller avant que tout brûle.)
Morrigane se redressa et se précipita vers la porte de la pièce et la poussa. C'était un petit logement misérable. Une pièce unique avec n matelas pourri sur le sol, une table bancale, une chaise cassée et quelques vêtements jetés en vrac dans un coin.nMorrigane fouilla frénétiquement. Table ... rien. Matelas ... rien. Vêtements... rien.
(Rien. Aucune trace d'Yngrid. Aucune indication sur sa véritable localisation. Cette planque était juste un piège. Rien de plus.)
La fumée devenait insupportable. Les flammes léchaient déjà l'encadrement de la porte.
(Je dois partir. Maintenant.)
Morrigane sortit en courant. Elle enjamba le corps carbonisé, traversa le couloir en flammes, dévala les escaliers jusqu'à se retrouver dehors à l'air frais, dans la nuit noire. Très frustrée, et les dents sérrés à cause de ses blessures, Morrigane s'arrêta à une vingtaine de mètres de l'immeuble. Pas pour fuir. Pas encore. Une pensée lui traversa l'esprit. Elle avait au moins l'opportunité de tenter de tirer quelques chose de cette expédition ratée.
Elle se retourna, observant les flammes qui dévoraient le bâtiment. Le feu grimpait déjà au quatrième étage, léchant les poutres vermoulues. Des gerbes d'étincelles jaillissaient dans le ciel nocturne.
(Je n'ai plus rien en réserve.... La récupération sera naturelle : demain matin au mieux. Mais... il y a là une énorme source de feu. Intense et disponible maintenant. Je dois essayer de m'en imprégner, il parait que c'est possible d'augmenter ses réserves naturelles avec un élément pur environnant. )
Elle s'adossa contre un mur, face à l'incendie. Ferma les yeux à demi. Sa respiration se ralentit, devint plus profonde, plus régulière. Elle laissa son corps se remettre du combat à mort dans le bâtiment, son souffle et son coeur ralentir. L’adrénaline se faire moins présente à mesure que les secondes passaient.
(Méditation. Concentration. Visualisation du flux.)
Morrigane tendit sa conscience vers les flammes. Pas avec ses mains. Pas avec son corps. Avec quelque chose de plus profond cette partie d'elle-même qui percevait le fluide magique, qui le manipulait, qui le comprenait. L'incendie rugissait se rependant rapidement. La chaleur était de plus en plus intense même à cette distance. Le bois pourri craquait, explosait. Les flammes dansaient, voraces, affamées. Morrigane sentit le fluide de feu, si pur. Ce n'était pas comme le fluide magique dans son propre corps réserve interne, stable, contrôlée. Non. C'était sauvage. Chaotique. Un tourbillon de puissance brute qui se consumait elle-même dans un cycle de destruction.
Elle inspira lentement. Très lentement.
(Visualisation. Les flammes ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi magiques. Je les aies provoquées. Énergie pure. Transformation de la matière en chaleur, en lumière. Le fluide de feu circule dans cet incendie comme le sang circule dans un corps. Je dois. tenter de l'attirer, le canaliser, l'absorber.)
Morrigane imagina son corps comme un vide, un puits sans fond. Une faim aussi vorace que celle des flammes elles-mêmes.
Elle tendit sa volonté vers l'incendie. Rien. Elle insista tentant de rentrer dans une oncentration absolue. Ignorant la douleur de sa main percée, de son poignet foulé de son bras entaillé. Ignorant la fatigue. Tout ce qui existait, c'était elle et le feu.
(Viens à moi.)
Quelque chose frémit. Une connexion ténu. Comme un fil invisible reliant les flammes à son corps. Morrigane sentit... quelque chose. Une chaleur. Une minuscule étincelle qui s'allumait dans le vide de ses réserves magiques épuisées. Elle tira sur le fil. Doucement. Prudemment.nLe fluide de feu résistait. Sauvage, indiscipliné, Il était libre etl ne voulait pas être apprivoisé.
Morrigane insista. Sa volonté était froide, implacable. Elle exigeait. Elle maintint la connexion. Secondes. Minutes. Le temps perdait tout sens.
Puis — des voix.
« Au feu ! Au feu ! »
« L'immeuble brûle ! »
« Y'a quelqu'un à l'intérieur ? »
Morrigane ouvrit les yeux, surprise. Des badauds arrivaient de toutes les ruelles adjacentes. Une vingtaine de personnes. Puis trente. Des hommes, des femmes, des enfants même. Certains s'arrêtaient, bouche bée, hypnotisés par les flammes. D'autres criaient, paniqués.
Un homme grand et maigre, torse nu malgré le froid, hurla :
« Des seaux ! Faut des seaux ! »
Un autre courut vers une fontaine au coin de la rue. D'autres le suivirent. Ils revinrent avec des seaux de bois, des bassines, même des pots de chambre remplis d'eau.
Ils jetèrent l'eau sur les flammes. Dérisoire. Une pluie pathétique contre un brasier qui dévorait l'immeuble entier. Mais ils continuaient. Encore et encore dans une haîne humaine désordonnée, désespérée. Une vieille femme aux cheveux blancs, accroupie près de Morrigane sans même qu'elle l'eut remarquée, murmurait une prière aux ancêtres.
« Les âmes perdues... les pauvres âmes... »
(Personne ne me regarde. Ils sont tous fixés sur le feu. Parfait. Continuer l'absorption. Profiter de ce temps.)
Morrigane ferma à nouveau les yeux à demi. Reprit sa concentration. Le fil était toujours là, plus ténu maintenant, sa concentration avait été dérangée. Elle tira encore.
Puis la connexion se rompit. L'incendie était toujours présent, mais trop dilué, trop combattu. Morrigane rouvrit complètement les yeux et tenta d'évaluer ses réserves internes, mais elle était trop fatiguée pour savoir si ça avait reussis. Trop épuisée pour ressentir quoi que ce soit. La journée à attendre, le combat, les blessures, la reserve magique vidée et la fatigue accumulée... Elle saurait plus tard, l'esprit plus clair peut-être.
La foule grossissait.Certains continuaient à jeter de l'eau, d'autres regardaient simplement, fascinés par la destruction. Morrigane se détacha du mur silencieusement. Personne ne fit attention à elle, elle était juste une silhouette de plus parmi les ombres. Elle se fondit dans la masse, puis s'éloigna par une ruelle latérale. À
Morrigane regarda sa paume percée. Le sang avait ralenti mais ne s'était pas arrêté. Il faudrait cautériser ça ou bander serré. Elle arracha un morceau de tissu de sa manche déchirée et l'enroula autour de sa main, serrant avec ses dents.
( Yngrid est plus dangereuse que prévu... Elle anticipe, elle prépare et elle élimine les menaces avant qu'elles ne deviennent problématiques....)
Elle se redressa et commença à marcher vers la planque d'Ardur, laissant derrière elle l'immeuble qui brûlait, le cadavre carbonisé de la femme, et sa première vraie défaite tactique. Yngrid avait gagné ce round, mais ce n'était pas terminé. Elle espérait que Vallen et Ardur avaient eus plus de réussites qu'elle...
Morrigane quitta son abri et traversa la rue silencieusement. Elle poussa la porte dans un grincement sinistre, impossible à éviter. Le hall d'entrée était plongé dans l'obscurité, il y avait une forte odeur de moisissure, d'urine et de pourriture. Un escalier de bois vermoulu s'élevait vers les étages.
Elle posa le pied sur la première marche. Craquement. Elle grimaça intérieurement mais continua. Deuxième marche. Troisième. Premier étage. Couloir sombre. Trois portes. Toutes fermées. Aucun bruit. Elle continua. Deuxième étage. Même configuration. Troisième étage. Morrigane émergea dans un couloir étroit. Quatre portes. Une seule montrait un rai de lumière sous le battant ; celle du fond à gauche.
(C'est là. Approche discètre. Vérification rapide par l'entrebâillement ou la fenêtre si accessible, puis je m'en vais.)
Elle avança prudemment dans le couloir, évitant les planches qui semblaient les plus fragiles. Dix mètres. Huit mètres. Six mètres. Soudain la porte s'ouvrit violemment. La femme encapuchonnée jaillit, poignard à la main, lame étincelant dans la lumière faible. Morrigane eut à peine le temps de reculer sous l'effet de la surprise. La lame siffla à quelques centimètres de sa gorge. Elle bascula en arrière, main cherchant instinctivement un couteau qu'elle ne possedait pas à sa ceinture. La femme ne dit rien... Pas de cri. Pas de menace. Juste une attaque immédiate, brutale, professionnelle.
(Une embuscade préméditée ? Elle m'attendait.)
La femme attaqua à nouveau par un coup bas, visant le ventre. Morrigane para avec son avant-bras, sentant la lame déchirer sa manche et entailler superficiellement sa peau. La douleur était aiguë et elle dû serrer les dents alors qu'unang chaud commençait à couler le long de son bras.
(Je dois mettre de la distance et user de ma magie.)
Morrigane recula de deux pas et leva la main gauche. Incantation rapide, geste précis une sphère de flammes se matérialisa dans sa paume. Le projectile enflammé fusa vers la femme. Celle-ci plongea sur le côté avec une agilité surprenante, mais pas assez vite. Les flammes frappèrent son épaule gauche, embrasant le tissu de sa manche. La femme grogna, battant frénétiquement pour éteindre le feu. Mais elle se releva instantanément et chargea à nouveau. Trop rapide. Trop déterminée. El les conditions étaient à son avantage. L'endroit donnait l'avantage a une spécialiste du corps à corps.
(Un sort utilisé Je ne peux plus utilisé que deux avant d'épuiser mes réserves restantes.)
La femme fut sur elle avant que Morrigane ne puisse lancer un deuxième sort. Poignard dans une main, l'autre agrippant le poignet de Morrigane pour l'empêcher de canaliser sa magie. Elles basculèrent contre le mur dans un choc violent. Le souffle de Morrigane s'échappa de ses poumons. La lame plongea vers sa gorge. Morrigane bloqua avec sa main libre et la lame transperça sa paume. La douleur fut explosive, blanche, aveuglante. Du sang chaud jaillit entre ses doigts pour aller éclabousser son propre visge. Et là quelque chose s'activa en elle.
Pas de panique. Pas de terreur émotionnelle. Juste une reconnaissance froide, cristalline, incontestable :
(Je vais mourir. Si je ne change rien. Si je continue comme ça. Elle va me tuer. Inacceptable. INACCEPTABLE. Je refuse. JE REFUSE.)
L'adrénaline explosa dans son système. Mais pas comme pour les autres. Pas de confusion. Pas de pensées brouillées. Au contraire c'est comme si tout était un peu plus clair. La texture rugueuse du poignard dans sa paume. L'odeur de sueur et de fumée. Le souffle de la femme contre son visage. Les muscles de son bras tendus pour enfoncer la lame plus profondément.
Morrigane ignora la douleur et se concentra intensément. Incantation mentale, visualisation précise. L'air autour d'elle sembla vibrer. Deux petites sphères incandescentes se matérialisèrent instantanément, tourbillonnant autour de Morrigane. Elles volettaient comme des lucioles enragées, dégageant une chaleur intense. La femme écarquilla les yeux mais il était trop tard. Les feux follets attaquèrent immédiatement. Le premier frappa le visage de la femme dans une explosion de flammes. Elle hurla, lâchant instinctivement le poignet de Morrigane pour se protéger le visage.
(Ouverture. Je dois en profiter.)
Morrigane tordit violemment son poignet droit, arrachant la lame de sa paume percée. La douleur était atroce mais l’adrénaline l'aida a l' ignorer. Elle repoussa la femme de toutes ses forces et le second feu follet frappa, touchant la poitrine de la femme. Les flammes s'accrochèrent au tissu déjà brûlé. La femme bascula en arrière, battant frénétiquement sa tunique qui s'embrasait. Les feux follets continuaient de tournoyer agressivement autour de Morrigane, prêts à attaquer à nouveau.
(Deux sorts utilisés. Un restant. Les feux follets restent actifs. encore quelques secondes. Je dois profiter de l'avantage. Finir ça, le temps n'est pas mon allié.)
Morrigane chercha autour d'elle. Le couloir commençait à s'enflammer à cause des différentes attaques. Les planches pourries commençaient à s'embraser. Et une fumée commençait à se dégager. La femme éteignit les dernières flammes sur ses vêtements et se redressa. Son visage était à moitié visible maintenant la capuche avait glissé dans l'action. Cheveux bruns. Yeux verts. Visage ordinaire. Peau rougie par les flammes. Mais pas Yngrid.
(Ce n'est pas elle. C'est uniège délibéré. Yngrid a envoyé un leurre. et cette femme va me tuer si je ne la tue pas en premier.)
La femme chargea à nouveau, poignard brandi, ignorant visiblement la douleur de ses brûlures. Déterminée. Les feux follets réagirent instantanément. Le premier plongea vers son bras tenant le poignard. La femme grogna mais ne lâcha pas l'arme.
Elle était à deux mètres. Un mètre.
(Dernière option. Je dois la cuire. C'est risqué je ne pourrai plus bouger, mais si ça la stoppe...)
Morrigane attendit. Une fraction de seconde. La femme était presque sur elle. Maintenant. Morrigane leva sa main gauche valide, paume ouverte vers la femme qui chargeait. Concentration totale. Visualisation du flux de magie. Et elle lança son sort cuisson. La femme s'embrasa littéralement. Pas comme avec la boule de feu, ce n'était pas un impact. C'était une combustion continue, soutenue. Les flammes l'enveloppèrent, s'accrochant à elle comme une deuxième peau de feu.
Elle hurla. Un cri aigu, terrible, inhumain. Mais le sort avait un prix. Morrigane sentit sa conscience se verrouiller sur la cible. Elle ne pouvait plus bouger. Ne pouvait plus attaquer. Ne pouvait que maintenir la connexion magique, canalisant le flux brûlant.
(Je suis vulnérable. Si elle arrive jusqu'à moi avant que le sort la consume... Elle doit mourir avant.)
La femme en flammes continua d'avancer. Trois pas. Deux pas. Le poignard levé malgré tout, malgré l'enfer qui la consumait. Ca devait être une véritable professionnelle. Morrigane maintint la canalisation. Concentration absolue. Les flammes s'intensifièrent. Plus chaudes. Plus voraces. Un pas. Le dernier Feu folllet fila vers la femme traversant littéralement son abdomen. La femme s'effondra. Elle tomba à genoux d'abord, le poignard glissant de ses doigts calcinés. Puis bascula sur le côté. Son corps continuait de brûler, les flammes léchant sa chair noircie.Morrigane maintint encore le sort, pour être sûr de finir le travail. Le corps ne bougeait plus.
Elle relâcha la canalisation. Les flammes s'éteignirent progressivement.
Morrigane vacilla, libérée du verrou mental. Ses jambes tremblaient. Sa reserve magique magique était complètement épuisé. Les deux feux follets tourbillonnèrent encore un instant autour de Morrigane, puis disparurent dans un dernier scintillement, leur durée écoulée.
Le couloir était en feu. La fumée de plus en plus épaisse. Une odeur de chair brûlée. Le corps sous elle ne bougeait plus. Carbonisé. Méconnaissable. Morte. Morrigane se redressa lentement, haletante. Ses mains tremblaient ... pas d'émotion, juste de fatigue musculaire et d'adrénaline résiduelle. Son cœur battait à tout rompre. Sa paume percée pulsait de douleur.
(Vivante. Je suis vivante et elle est morte. J'ai gagné.)
Aucune joie. Aucun soulagement émotionnel. Juste un constat froid. Le feu se propageait rapidement dans le couloir. Il fallait partir et vite, mais d'abord fouiller. Morrigane s'agenouilla près du corps. Ses doigts, poisseux de sang, fouillèrent méthodiquement ce qui restait des vêtements. La chaleur des vêtements calcinés brûlait ses doigts. Elle trouva ourse à la ceinture, partiellement fondue mais récupérable. Elle la prit. Puis elle arriva sur la poche intérieure de la tunique. Là quelque chose de dur, miraculeusement préservé par l'épaisseur du tissu.
Morrigane le sortit. Le Pendentif du Docteur Chêne. Forme de feuille de chêne. Bronze noirci par la chaleur. Pierre d'ambre sombre au centre. Elle le souleva à la lumière vacillante du feu.
( Métal lisse. Et la pierre...)
Elle approcha le pendentif de ses yeux, se souvenant des indications de Mazallin...
(Du verre teinté, pas d'ambre véritable. C'est un faux. Une copie. Exactement comme celle de Mazallin. Yngrid m'a tendu un piège. Elle savait que quelqu'un la chercherait. Elle a envoyé un leurre avec une fausse copie pour éliminer les poursuivants. C'était terriblement efficace, j'ai failli mourir.)
Morrigane glissa le faux pendentif dans sa sacoche. Puis elle fouilla rapidement le reste du corps. Pas de lettre, pas de carte, pas d'indication sur Yngrid. Elle ressentit de la frustration.
(La planque ! Je dois la fouiller avant que tout brûle.)
Morrigane se redressa et se précipita vers la porte de la pièce et la poussa. C'était un petit logement misérable. Une pièce unique avec n matelas pourri sur le sol, une table bancale, une chaise cassée et quelques vêtements jetés en vrac dans un coin.nMorrigane fouilla frénétiquement. Table ... rien. Matelas ... rien. Vêtements... rien.
(Rien. Aucune trace d'Yngrid. Aucune indication sur sa véritable localisation. Cette planque était juste un piège. Rien de plus.)
La fumée devenait insupportable. Les flammes léchaient déjà l'encadrement de la porte.
(Je dois partir. Maintenant.)
Morrigane sortit en courant. Elle enjamba le corps carbonisé, traversa le couloir en flammes, dévala les escaliers jusqu'à se retrouver dehors à l'air frais, dans la nuit noire. Très frustrée, et les dents sérrés à cause de ses blessures, Morrigane s'arrêta à une vingtaine de mètres de l'immeuble. Pas pour fuir. Pas encore. Une pensée lui traversa l'esprit. Elle avait au moins l'opportunité de tenter de tirer quelques chose de cette expédition ratée.
Elle se retourna, observant les flammes qui dévoraient le bâtiment. Le feu grimpait déjà au quatrième étage, léchant les poutres vermoulues. Des gerbes d'étincelles jaillissaient dans le ciel nocturne.
(Je n'ai plus rien en réserve.... La récupération sera naturelle : demain matin au mieux. Mais... il y a là une énorme source de feu. Intense et disponible maintenant. Je dois essayer de m'en imprégner, il parait que c'est possible d'augmenter ses réserves naturelles avec un élément pur environnant. )
Elle s'adossa contre un mur, face à l'incendie. Ferma les yeux à demi. Sa respiration se ralentit, devint plus profonde, plus régulière. Elle laissa son corps se remettre du combat à mort dans le bâtiment, son souffle et son coeur ralentir. L’adrénaline se faire moins présente à mesure que les secondes passaient.
(Méditation. Concentration. Visualisation du flux.)
Morrigane tendit sa conscience vers les flammes. Pas avec ses mains. Pas avec son corps. Avec quelque chose de plus profond cette partie d'elle-même qui percevait le fluide magique, qui le manipulait, qui le comprenait. L'incendie rugissait se rependant rapidement. La chaleur était de plus en plus intense même à cette distance. Le bois pourri craquait, explosait. Les flammes dansaient, voraces, affamées. Morrigane sentit le fluide de feu, si pur. Ce n'était pas comme le fluide magique dans son propre corps réserve interne, stable, contrôlée. Non. C'était sauvage. Chaotique. Un tourbillon de puissance brute qui se consumait elle-même dans un cycle de destruction.
Elle inspira lentement. Très lentement.
(Visualisation. Les flammes ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi magiques. Je les aies provoquées. Énergie pure. Transformation de la matière en chaleur, en lumière. Le fluide de feu circule dans cet incendie comme le sang circule dans un corps. Je dois. tenter de l'attirer, le canaliser, l'absorber.)
Morrigane imagina son corps comme un vide, un puits sans fond. Une faim aussi vorace que celle des flammes elles-mêmes.
Elle tendit sa volonté vers l'incendie. Rien. Elle insista tentant de rentrer dans une oncentration absolue. Ignorant la douleur de sa main percée, de son poignet foulé de son bras entaillé. Ignorant la fatigue. Tout ce qui existait, c'était elle et le feu.
(Viens à moi.)
Quelque chose frémit. Une connexion ténu. Comme un fil invisible reliant les flammes à son corps. Morrigane sentit... quelque chose. Une chaleur. Une minuscule étincelle qui s'allumait dans le vide de ses réserves magiques épuisées. Elle tira sur le fil. Doucement. Prudemment.nLe fluide de feu résistait. Sauvage, indiscipliné, Il était libre etl ne voulait pas être apprivoisé.
Morrigane insista. Sa volonté était froide, implacable. Elle exigeait. Elle maintint la connexion. Secondes. Minutes. Le temps perdait tout sens.
Puis — des voix.
« Au feu ! Au feu ! »
« L'immeuble brûle ! »
« Y'a quelqu'un à l'intérieur ? »
Morrigane ouvrit les yeux, surprise. Des badauds arrivaient de toutes les ruelles adjacentes. Une vingtaine de personnes. Puis trente. Des hommes, des femmes, des enfants même. Certains s'arrêtaient, bouche bée, hypnotisés par les flammes. D'autres criaient, paniqués.
Un homme grand et maigre, torse nu malgré le froid, hurla :
« Des seaux ! Faut des seaux ! »
Un autre courut vers une fontaine au coin de la rue. D'autres le suivirent. Ils revinrent avec des seaux de bois, des bassines, même des pots de chambre remplis d'eau.
Ils jetèrent l'eau sur les flammes. Dérisoire. Une pluie pathétique contre un brasier qui dévorait l'immeuble entier. Mais ils continuaient. Encore et encore dans une haîne humaine désordonnée, désespérée. Une vieille femme aux cheveux blancs, accroupie près de Morrigane sans même qu'elle l'eut remarquée, murmurait une prière aux ancêtres.
« Les âmes perdues... les pauvres âmes... »
(Personne ne me regarde. Ils sont tous fixés sur le feu. Parfait. Continuer l'absorption. Profiter de ce temps.)
Morrigane ferma à nouveau les yeux à demi. Reprit sa concentration. Le fil était toujours là, plus ténu maintenant, sa concentration avait été dérangée. Elle tira encore.
Puis la connexion se rompit. L'incendie était toujours présent, mais trop dilué, trop combattu. Morrigane rouvrit complètement les yeux et tenta d'évaluer ses réserves internes, mais elle était trop fatiguée pour savoir si ça avait reussis. Trop épuisée pour ressentir quoi que ce soit. La journée à attendre, le combat, les blessures, la reserve magique vidée et la fatigue accumulée... Elle saurait plus tard, l'esprit plus clair peut-être.
La foule grossissait.Certains continuaient à jeter de l'eau, d'autres regardaient simplement, fascinés par la destruction. Morrigane se détacha du mur silencieusement. Personne ne fit attention à elle, elle était juste une silhouette de plus parmi les ombres. Elle se fondit dans la masse, puis s'éloigna par une ruelle latérale. À
Morrigane regarda sa paume percée. Le sang avait ralenti mais ne s'était pas arrêté. Il faudrait cautériser ça ou bander serré. Elle arracha un morceau de tissu de sa manche déchirée et l'enroula autour de sa main, serrant avec ses dents.
( Yngrid est plus dangereuse que prévu... Elle anticipe, elle prépare et elle élimine les menaces avant qu'elles ne deviennent problématiques....)
Elle se redressa et commença à marcher vers la planque d'Ardur, laissant derrière elle l'immeuble qui brûlait, le cadavre carbonisé de la femme, et sa première vraie défaite tactique. Yngrid avait gagné ce round, mais ce n'était pas terminé. Elle espérait que Vallen et Ardur avaient eus plus de réussites qu'elle...
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Morrigane
- Messages : 46
- Enregistré le : sam. 19 déc. 2020 07:06
Re: Les Habitations
Morrigane poussa la porte de la planque Ardur et Vallen étaient déjà là, assis autour de la table du bureau d'Ardur. Une bouteille de vin rouge à moitié vide entre eux. Leurs visages se tournèrent vers elle quand elle entra.
« Morrigane. » Vallen se leva. « Tu es blessée. »
Ce n'était pas une question. Ses yeux s'étaient immédiatement fixés sur la main bandée de fortune, le sang séché sur sa manche déchirée, les griffures sur sa joue.
« Rien de morte, je vais m'en remettre. »
Morrigane s'avança dans la pièce, tira une chaise et s'assit. Ses muscles protestèrent. Tout commençait à s'accumuler, la fatigue, les contusions, les douleurs résiduelles.
« Laisse-moi deviner. » Ardur se versa un verre de vin, puis en poussa un deuxième vers Morrigane. « Femme brune, trentaine, yeux verts., négociait un collier en forme de feuille de chêne. Mais ce n'était pas Yngrid »
« Exactement. »
« Et elle t'a attaquée. »
« C'était une mbuscade. Elle m'attendait au troisième étage d'un immeuble. Probablement une professionnelle, j'ai eu de la chance. »
Ardur eut un rire amer.
« Pareil pour moi. Sauf que moi, c'était dans une cave près du marché. La garce m'a coincé dans un cul-de-sac. » Il écarta son col, révélant une ecchymose violacée sur son cou. « J'ai eu de la chance moi aussi. Elle visait la gorge avec son poignard. J'ai paré au dernier moment. »
« Tu l'as tuée ? »
« Oui. Pas eu le choix. » Il but une gorgée de vin. « Et toi ? »
« Je l'ai carbonisée. »
Vallen, resté silencieux jusque-là, intervint :
« Moi, je ne me suis pas fait attaquer. »
Morrigane et Ardur se tournèrent vers lui.
« J'ai suivi ma cible jusqu'à un entrepôt désaffecté près du port. Elle est entrée. J'ai attendu dehors. J'etais prêt à entrer mais au bout d'un moment... » Il marqua une pause. « Je me suis dit que quelque chose clochait. »
« Quoi ? »
« Sa démarche. » Vallen se frotta le visage. « Je connais bien Yngrid. Très bien. Et cette femme... elle avait la bonne taille, les bons cheveux une allure qui pourrait passer pour celle d'Yngrid. Mais sa démarche n'était pas la sienne. Trop raide. Trop mécanique. Yngrid marche avec... » Il chercha ses mots. « Une certaine fluidité, un peu comme une chatte. Une danseuse. Cette femme marchait comme quelqu'un qui tentait d'imiter Yngrid sans vraiment la connaître. »
« Tu la connais si bien que ça ? » S'étonna Morrignae
Vallen hésita. Ardur répondit à sa place, un sourire en coin :
« Ils étaient amants. Il y a quelques années. »
Vallen lui lança un regard noir.
« Ce n'est pas le sujet, Ardur. »
« C'est pertinent, pourtant. Ça explique pourquoi tu es le seul à ne pas t'être fait avoir. »
« Je n'ai pas envie d'en parler. » La voix de Vallen était froide, définitive. « Ce qui compte, c'est qu'Yngrid nous a roulés. Elle a anticipé qu'on irait voir les receleurs. Elle a envoyé des leurres avec de fausses copies du pendentif. »
Ardur sortit quelque chose de sa poche. Un pendentif. Feuille de chêne en bronze, pierre sombre au centre.
« Faux. Je l'ai trouvé sur le corps de celle qui m'a attaqué. »
Morrigane sortit le sien. Noirci par les flammes, mais identique.
« Pareil. »
Ardur soupira, se laissant retomber sur sa chaise.
« Trois leurres. Trois pistes. Trois échecs. Elle nous a complètement manipulés. »
Vallen se frotta le visage, réfléchissant.
« Elle n'a pas fait faire un seul faux. Elle en a commandé plusieurs probablement chez d'autres faussaires pour que personne ne se doute de la supercherie. Elle en a fait au moins quatre si on considère celui qu'on a donné à Kibarg, peut-être plus…. »
« Et elle a demandé à Mazallin à dessein les noms des receleurs connus. » Morrigane joua avec les deux faux pendentifs sur la table. « Pour qu'il nous indique ensuite où ils se trouvent. Pendant ce temps, elle a payé des assassins qui lui ressemblent pour piéger ses poursuivants. On aurait pu s'en douter. C'est une voleuse, elle doit déjà connaître tous les receleurs de la ville…»
Ardur eut un rire amer.
« Intelligent. Vicieux. Mais ça a dû lui coûter une fortune. »
Vallen hocha la tête.
« Trois femmes assasins ressemblant à Yngrid. Trois planques différentes. Trois faux pendentifs. Plus les pots-de-vin pour Mazallin et les autres faussaires. C'est beaucoup d'argent dépensé, en effet... »Dit-il en se grattant la barbe.
Morrigane secoua la tête.
« Pas tant que ça. Vu la valeur du vrai pendentif, elle rentre probablement dans ses frais. »
« Comment ça ? »
« Elle peut vendre les faux à d'autres acheteurs comme elle a fait pour Marrek le Gris. Qui ne connaît pas le vrai pendentif paiera le prix fort pour une copie convaincante. » Elle tapota le faux pendentif noirci. « Mazallin nous a dit que le pendentif valait des milliers de yus. Si elle vend trois ou quatre faux ne serait-ce que le quart de leur prix, elle couvre ses dépenses aisément. Et elle garde le vrai pour le revendre encore plus cher ailleurs. Ou pour l'utiliser elle-même. »
Ardur siffla entre ses dents.
« Ingénieux. La garce. »
Un silence s'installa. Puis Morrigane se tourna vers son frère.
« Rodryk. Comment va-t-il ? »
Ardur grimaça.
« Toujours fébrile. La fièvre ne baisse pas vraiment. J'ai refait le bandage ce matin tout à l'heure mais... » Il hésita. « Je suis pas guérisseur, Morrigane. J'ai fait ce que j'ai pu. »
« Et pour es herbes ? »
« J'ai profité de la mission au marché pour en chercher. J'ai trouvé J'ai pris ce que le vendeur m'a conseillé pour les infections. »
Morrigane hocha la tête.
« Bien. Je vais aller le voir etefaire le bandage correctement. »
Elle se leva sans attendre de réponse et se dirigea vers a chambre de Rodryk. Elle était petite, sombre, encombrée. Un lit étroit contre le mur, une chaise, une table avec une bassine d'eau. Rodryk y était allongé, recroquevillé sous une couverture mince, le visage luisant de sueur.
Morrigane s'approcha silencieusement, s'assit sur la chaise près du lit et observa son frère.
Il respirait difficilement. Souffle court et irrégulier. Son front était brûlant — elle le toucha du bout des doigts — La fièvre élevée.
(Infection. Pas critique mais préoccupante. Le bandage d'Ardur est probablement mal fait ou les herbes ne sont pas les bonnes.)
Elle souleva délicatement la couverture. Son bras droit reposait sur sa poitrine, le moignon enveloppé de bandages souillés de sang séché. La main coupée par Kibarg le Boucher le matin même, n'était plus là. Juste un moignon qui s'arrêtait net au poignet.
Morrigane défit le bandage avec précaution. La plaie était rouge, enflée. Pas de pus visible, mais les bords étaient chauds au toucher. La cautérisation avait été faite dans l'urgence et le tissu cicatriciel était irrégulier, boursouflé.
(Ardur a fait ce qu'il a pu. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut nettoyer. Appliquer des herbes anti-infectieuses.)
Morrigane trouva un sac d'herbes séchées près du lit. Il vérifia, et constata qu'il y avait ce qui fallait pour les infections et un mortier et un pillon.
Elle prépara une petitedécoction rapidement, mélangé avec de l'eau qu'elle pris dans la bassine et fit chauffer le tout à l'aide d'une bougie qui était là en la passant sous le mortier. Puis elle netooya le moignon avec un linge propre imbibé du liquide. Rodryk gémit dans son sommeil mais ne se réveilla pas. Morrigane rebanda la plaie avec des gestes précis, méthodiques. Pas trop serré. Il fallait que la plaie respire mais assez pour protéger le moignon des saletés. Elle venait de terminer quand la porte s'ouvrit.
Ardur entra, s'arrêta sur le seuil en la voyant.
« Tu... » Il hésita. « Tu soignes bien. »
Il y avait toujours cette tension dans sa voix quand il s'adressait à elle. Mais quelque chose d'autre aussi, une sorte de reconnaissance réticente.
« J'ai pris la suite de mère au village. »
Morrigane ne le regardait pas. Elle rangeait les herbes et rinçait le linge.
« Je soignais les petits bobos de tout le monde. Coupures, brûlures, fièvres. Mère m'avait transmis ses connaissances avant de mourir. »
« Je me souviens. » Ardur s'avança dans la pièce, s'adossa contre le mur. « Certains t'appelaient la Mère du village avant que je parte pour la ville. Ça te faisait bizarre comme surnom, vu que... »
« Vu que je ne ressens rien pour eux. »
Ce n'était pas une question. Juste un constat.
Ardur ne répondit pas immédiatement. Puis :
« Tu as toujours été bizarre, Morrigane. Même enfant. »
« Je sais. »
Un silence.
Ardur continua, voix plus basse :
« Tu te souviens des chatons ? »
Morrigane se figea, des images ressurgissant dans son esprit, puis elle reprit ses gestes, méthodiques.
« Oui. »
« Mère nous en avait offert cinq. Un pour chacun de la fatrie. Toi, moi, Rodryk, Kaelya, Brijitt. » Sa voix était tendue maintenant. « Tu les as tous noyés ou torturés. Je me souviens de celui de Kaelya... tu lui avais arraché les pattes. lle avait huit ans et elle a pleuré pendant des jours. »
« Je me découvrais. »
Morrigane se tourna enfin vers lui. Son visage était parfaitement neutre.
« Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était si scandalisé. Ce n'étaient que des animaux, des objets qui bougeaient. Je voulais comprendre comment ils fonctionnaient. »
« Ils souffraient Morrigane. »
« Je le sais, intellectuellement. » Elle marqua une pause. « Mais je ne le ressentais pas. Je ne le ressens toujours pas. »
Ardur la fixa, mâchoire serrée.
« Et maintenant ? Tu continues à... »
« Non… Je me canalise. »
« Pourquoi ? »
« Parce que c'est ce que la société attend de moi. Et la survie veut que j'aille dans le sens de cette société. »
Elle s'approcha de lui, s'arrêta à un mètre. Le regarda dans les yeux.
« Je ne ressens pas d'empathie, Ardur. Je ne ressens pas de culpabilité, je ne ressens pas d'amour. Je suis même pas sur de ce que ça veut dire… Je ne suis pas comme vous, mais j'ai compris que si je veux survivre, si je veux que les autres ne me rejettent pas ou ne me tuent pas, je dois simuler. Je dois suivre les règles et faire semblant. »
« C'est... » Il chercha ses mots. « C'est terrifiant. »
« Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. »
Un silence pesant s'installa entre les deux, puis Morrigane ajouta, voix parfaitement plate :
« Tu préfères que je fasse semblant ? Comme je le faisais pour ces pauvres hères du village ? »
Avant qu'Ardur ne puisse répondre, elle changea. Son visage s'anima. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement. Un sourire chaleureux étira ses lèvres. Sa voix devint plus douce, plus mélodieuse.
« Oh, Ardur, mon cher frère. » Elle posa une main sur son bras dans un geste qui se voulait affectueux. « Je suis tellement inquiète pour toi. Cette blessure au cou... tu aurais pu mourir. Ça m'aurait brisé le cœur. » Ses yeux se remplirent d'une fausse émotion. « Je t'aime tellement, je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »
Ardur recula instinctivement, le visage tordu de dégoût.
« Arrête. Arrête ça ! C'est... c'est glauque. »
Morrigane laissa tomber le masque instantanément. Son visage redevint neutre et ses yeux, vides. Elle retira sa main.
« Voilà. Tu as ta réponse. »
Ardur la fixa, troublé. Puis :
« Donc tout ce que tu fais... c'est juste de la simulation. »
« Pas tout. »
Elle retourna près de Rodryk, vérifia son front. Il était toujours fébrile mais stable.
« Je ne vous aime pas, pas comme vous entendez le mot 'aimer'. Mais vous pouvez être sûrs que je ne vous ferai jamais de mal. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je me le suis promis. Par conviction. »
Elle se retourna vers lui.
« Je vois bien à quel point la famille est importante pour vous. Toi, Rodryk, Kaelya, Brijitt. Vous vous battez les uns pour les autres. Vous pleurez les uns pour les autres. C'est... précieux… pour ma survie. Vous êtes mes alliés les plus fiables. Vous ne me trahirez pas parce que vous m'aimez, même si vous ne me comprenez pas. Alors je me suis juré de ne jamais vous toucher, de ne jamais vous manipuler au-delà de ce qui est nécessaire de vous protéger. »
Ardur la regarda longuement. Puis, lentement, un sourire triste se dessina sur ses lèvres.
« J'aurais préféré que tu ne nous manipula pas du tout… Mais venant de toi... je crois que je vais prendre ça presque pour un 'je t'aime'. »
Morrigane le regarda. Quelque chose bougea imperceptiblement dans son regard. Pas une émotion, juste... une reconnaissance. Ce qui pour elle était beaucoup.
« C'est sans doute ce que c'est. À ma manière. »
Ardur hocha la tête puis soupira.
« Viens. Vallen nous attend. Il a besoin de la carte. Il va passer la nuit à imaginer où Yngrid peut se trouver. »
Ils retournèrent au bureau ensemble. Vallen était penché sur la table, entouré de notes griffonnées.
« La carte. »
Morrigane la lui tendit et Vallen la déplia, commençant à marquer des points avec une plume.
« Yngrid est intelligente. Elle ne va pas rester dans les endroits évidents. Pas d'auberge. Pas de taverne. Probablement pas chez un contact connu. » Il marqua plusieurs croix. « Mais elle a besoin d'un toit. D'un endroit discret. Et elle doit rester à Tulorim elle ne peut pas quitter la ville avec le pendentif sans risquer de se faire arrêter aux portes. »
Il continua à marquer des zones, marmonnant pour lui-même.
« Demain, on va passer la journée à la chercher. Dans tout Tulorim s'il le faut. On n'a pas le choix. »
Ardur et Morrigane échangèrent un regard.
« Ça va être long. »
« On a plus que un peu plus de deux jours que Kibarg nous découpe tous. Peut-être moins vu le personnage. » Vallen leva les yeux. « Alors oui. Ça va être long, mais c'est notre seule chance. »
Morrigane s'assit, observant Vallen travailler alors que Ardur se versa un autre verre de vin. La nuit allait être longue. Et demain serait pire encore. Elle ferma les yeux et Le sommeil vint rapidement... La fatigue accumulée, ses reserves magiques épuisées, ses blessures pulsant douloureusement. Son esprit sombra dans l'obscurité sans rêves....
...
Morrigane fut réveillée par la lumière grise du matin filtrant à travers les fenêtres crasseuses. Son cou était raide, son dos douloureux. Elle se redressa lentement, grimaçant à chaque mouvement.La scène dans le bureau n'avait presque pas changé. Ardur dormait toujours, ronflant légèrement. Mais Vallen...Vallen était exactement dans la même position qu'hier soir. Penché sur la table. La carte devant lui. Sauf que maintenant, le parchemin était méconnaissable.
Morrigane se leva et s'approcha.
La carte de Tulorim autrefois lisible était devenue un chaos organisé de notes, annotations, ratures et symboles. Des lignes rouges reliaient certains quartiers. Des croix marquaient des bâtiments. Des cercles entouraient des zones entières. Dans les marges, une écriture serrée et frénétique listait des noms, des adresses, des notes fragmentaires. Vallen leva les yeux à l'approche de Morrigane. Ses traits étaient tirés, creusés par une nuit blanche. Ses yeux injectés de sang. Mais son regard était vif, concentré.
« Enfin debout ? Bien. On a du travail.»
Sa voix était rauque mais ferme.
« J'ai divisé la ville en trois secteurs. » Il tapota la carte. « Ardur prendra le nord : quartier des entrepôts, zone portuaire haute, marché aux poissons. Moi, je prends l'ouest et le centre. »
Il sortit trois feuilles de parchemin couvertes d'écriture.
« Toi, Morrigane, tu prends le sud et l'est. Quartiers pauvres, bas quartiers.... »
Il lui tendit l'une des feuilles. Morrigane la parcourut rapidement. Une liste de noms et d'adresses. Longue. Très longue.
Elle releva les yeux vers Vallen.
« C'est beaucoup. »
« C'est toute la journée. Peut-être plus. » Il se passa une main sur le visage tiré par la fatigue. « On se retrouve ici ce soir. Si l'un de nous trouve quelque chose, et qu'il doit repartir on laisse un message chez ici... Compris ? »
« Compris. »
C'est le moment que choisis Ardur spour se reveiller en sursaut, désorienté.
« Quoi ? C'est le matin ? »
« Allez debout. On bouge. »
Et Vallen lui tendit sa propre liste.
...
Avant de partir, Morrigane retourna dans la chambre de Rodryk. Il était réveillé cette fois. Assis péniblement contre le mur, le teint toujours gris, mais les yeux ouverts. Il la regarda entrer sans rien dire.
« Le bandage. »
Rodryk tendit son bras droit sans protester. Le moignon était toujours enveloppé dans les linges qu'elle avait posés hier soir. Morrigane défit le bandage avec soin. La plaie avait meilleure mine. Moins rouge. Moins enflée. La décoction avait fait effet.
« Comment tu te sens ? »
« Mal... » dit-il d'une voix triste et faible.
Elle ne réagit pas. Il avait perdu une main et était attaqué par l'infection, ça ne pouvait pas être autrement. Elle nettoya à nouveau le moignon avec une nouvelle infusion de saule et d'écorce de chêne. Rodryk serra les dents mais ne fit aucun bruit.
« La fièvre baisse. Ça va dans le bon sens... Tu survivras. »
Ce n'était pas dit avec chaleur mais plutôt avec un constat clinique. Rodryk eut un faible sourire.
« Merci, Morri. »
Elle rebanda le moignon proprement, serrant juste assez. Puis se leva.
« Repose-toi, Ne bouge pas. On doit s'absenter quelques heures, on reviendra... »
Elle pose une main sur son épaule. Mimant un geste qui se voulait réconfortant et qu'il avait déjà eut envers elle. Elle l'avait noté dans sa panoplie de gestes sociaux. Puis elle quitta la chambre sans attendre de réponse
« Morrigane. » Vallen se leva. « Tu es blessée. »
Ce n'était pas une question. Ses yeux s'étaient immédiatement fixés sur la main bandée de fortune, le sang séché sur sa manche déchirée, les griffures sur sa joue.
« Rien de morte, je vais m'en remettre. »
Morrigane s'avança dans la pièce, tira une chaise et s'assit. Ses muscles protestèrent. Tout commençait à s'accumuler, la fatigue, les contusions, les douleurs résiduelles.
« Laisse-moi deviner. » Ardur se versa un verre de vin, puis en poussa un deuxième vers Morrigane. « Femme brune, trentaine, yeux verts., négociait un collier en forme de feuille de chêne. Mais ce n'était pas Yngrid »
« Exactement. »
« Et elle t'a attaquée. »
« C'était une mbuscade. Elle m'attendait au troisième étage d'un immeuble. Probablement une professionnelle, j'ai eu de la chance. »
Ardur eut un rire amer.
« Pareil pour moi. Sauf que moi, c'était dans une cave près du marché. La garce m'a coincé dans un cul-de-sac. » Il écarta son col, révélant une ecchymose violacée sur son cou. « J'ai eu de la chance moi aussi. Elle visait la gorge avec son poignard. J'ai paré au dernier moment. »
« Tu l'as tuée ? »
« Oui. Pas eu le choix. » Il but une gorgée de vin. « Et toi ? »
« Je l'ai carbonisée. »
Vallen, resté silencieux jusque-là, intervint :
« Moi, je ne me suis pas fait attaquer. »
Morrigane et Ardur se tournèrent vers lui.
« J'ai suivi ma cible jusqu'à un entrepôt désaffecté près du port. Elle est entrée. J'ai attendu dehors. J'etais prêt à entrer mais au bout d'un moment... » Il marqua une pause. « Je me suis dit que quelque chose clochait. »
« Quoi ? »
« Sa démarche. » Vallen se frotta le visage. « Je connais bien Yngrid. Très bien. Et cette femme... elle avait la bonne taille, les bons cheveux une allure qui pourrait passer pour celle d'Yngrid. Mais sa démarche n'était pas la sienne. Trop raide. Trop mécanique. Yngrid marche avec... » Il chercha ses mots. « Une certaine fluidité, un peu comme une chatte. Une danseuse. Cette femme marchait comme quelqu'un qui tentait d'imiter Yngrid sans vraiment la connaître. »
« Tu la connais si bien que ça ? » S'étonna Morrignae
Vallen hésita. Ardur répondit à sa place, un sourire en coin :
« Ils étaient amants. Il y a quelques années. »
Vallen lui lança un regard noir.
« Ce n'est pas le sujet, Ardur. »
« C'est pertinent, pourtant. Ça explique pourquoi tu es le seul à ne pas t'être fait avoir. »
« Je n'ai pas envie d'en parler. » La voix de Vallen était froide, définitive. « Ce qui compte, c'est qu'Yngrid nous a roulés. Elle a anticipé qu'on irait voir les receleurs. Elle a envoyé des leurres avec de fausses copies du pendentif. »
Ardur sortit quelque chose de sa poche. Un pendentif. Feuille de chêne en bronze, pierre sombre au centre.
« Faux. Je l'ai trouvé sur le corps de celle qui m'a attaqué. »
Morrigane sortit le sien. Noirci par les flammes, mais identique.
« Pareil. »
Ardur soupira, se laissant retomber sur sa chaise.
« Trois leurres. Trois pistes. Trois échecs. Elle nous a complètement manipulés. »
Vallen se frotta le visage, réfléchissant.
« Elle n'a pas fait faire un seul faux. Elle en a commandé plusieurs probablement chez d'autres faussaires pour que personne ne se doute de la supercherie. Elle en a fait au moins quatre si on considère celui qu'on a donné à Kibarg, peut-être plus…. »
« Et elle a demandé à Mazallin à dessein les noms des receleurs connus. » Morrigane joua avec les deux faux pendentifs sur la table. « Pour qu'il nous indique ensuite où ils se trouvent. Pendant ce temps, elle a payé des assassins qui lui ressemblent pour piéger ses poursuivants. On aurait pu s'en douter. C'est une voleuse, elle doit déjà connaître tous les receleurs de la ville…»
Ardur eut un rire amer.
« Intelligent. Vicieux. Mais ça a dû lui coûter une fortune. »
Vallen hocha la tête.
« Trois femmes assasins ressemblant à Yngrid. Trois planques différentes. Trois faux pendentifs. Plus les pots-de-vin pour Mazallin et les autres faussaires. C'est beaucoup d'argent dépensé, en effet... »Dit-il en se grattant la barbe.
Morrigane secoua la tête.
« Pas tant que ça. Vu la valeur du vrai pendentif, elle rentre probablement dans ses frais. »
« Comment ça ? »
« Elle peut vendre les faux à d'autres acheteurs comme elle a fait pour Marrek le Gris. Qui ne connaît pas le vrai pendentif paiera le prix fort pour une copie convaincante. » Elle tapota le faux pendentif noirci. « Mazallin nous a dit que le pendentif valait des milliers de yus. Si elle vend trois ou quatre faux ne serait-ce que le quart de leur prix, elle couvre ses dépenses aisément. Et elle garde le vrai pour le revendre encore plus cher ailleurs. Ou pour l'utiliser elle-même. »
Ardur siffla entre ses dents.
« Ingénieux. La garce. »
Un silence s'installa. Puis Morrigane se tourna vers son frère.
« Rodryk. Comment va-t-il ? »
Ardur grimaça.
« Toujours fébrile. La fièvre ne baisse pas vraiment. J'ai refait le bandage ce matin tout à l'heure mais... » Il hésita. « Je suis pas guérisseur, Morrigane. J'ai fait ce que j'ai pu. »
« Et pour es herbes ? »
« J'ai profité de la mission au marché pour en chercher. J'ai trouvé J'ai pris ce que le vendeur m'a conseillé pour les infections. »
Morrigane hocha la tête.
« Bien. Je vais aller le voir etefaire le bandage correctement. »
Elle se leva sans attendre de réponse et se dirigea vers a chambre de Rodryk. Elle était petite, sombre, encombrée. Un lit étroit contre le mur, une chaise, une table avec une bassine d'eau. Rodryk y était allongé, recroquevillé sous une couverture mince, le visage luisant de sueur.
Morrigane s'approcha silencieusement, s'assit sur la chaise près du lit et observa son frère.
Il respirait difficilement. Souffle court et irrégulier. Son front était brûlant — elle le toucha du bout des doigts — La fièvre élevée.
(Infection. Pas critique mais préoccupante. Le bandage d'Ardur est probablement mal fait ou les herbes ne sont pas les bonnes.)
Elle souleva délicatement la couverture. Son bras droit reposait sur sa poitrine, le moignon enveloppé de bandages souillés de sang séché. La main coupée par Kibarg le Boucher le matin même, n'était plus là. Juste un moignon qui s'arrêtait net au poignet.
Morrigane défit le bandage avec précaution. La plaie était rouge, enflée. Pas de pus visible, mais les bords étaient chauds au toucher. La cautérisation avait été faite dans l'urgence et le tissu cicatriciel était irrégulier, boursouflé.
(Ardur a fait ce qu'il a pu. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut nettoyer. Appliquer des herbes anti-infectieuses.)
Morrigane trouva un sac d'herbes séchées près du lit. Il vérifia, et constata qu'il y avait ce qui fallait pour les infections et un mortier et un pillon.
Elle prépara une petitedécoction rapidement, mélangé avec de l'eau qu'elle pris dans la bassine et fit chauffer le tout à l'aide d'une bougie qui était là en la passant sous le mortier. Puis elle netooya le moignon avec un linge propre imbibé du liquide. Rodryk gémit dans son sommeil mais ne se réveilla pas. Morrigane rebanda la plaie avec des gestes précis, méthodiques. Pas trop serré. Il fallait que la plaie respire mais assez pour protéger le moignon des saletés. Elle venait de terminer quand la porte s'ouvrit.
Ardur entra, s'arrêta sur le seuil en la voyant.
« Tu... » Il hésita. « Tu soignes bien. »
Il y avait toujours cette tension dans sa voix quand il s'adressait à elle. Mais quelque chose d'autre aussi, une sorte de reconnaissance réticente.
« J'ai pris la suite de mère au village. »
Morrigane ne le regardait pas. Elle rangeait les herbes et rinçait le linge.
« Je soignais les petits bobos de tout le monde. Coupures, brûlures, fièvres. Mère m'avait transmis ses connaissances avant de mourir. »
« Je me souviens. » Ardur s'avança dans la pièce, s'adossa contre le mur. « Certains t'appelaient la Mère du village avant que je parte pour la ville. Ça te faisait bizarre comme surnom, vu que... »
« Vu que je ne ressens rien pour eux. »
Ce n'était pas une question. Juste un constat.
Ardur ne répondit pas immédiatement. Puis :
« Tu as toujours été bizarre, Morrigane. Même enfant. »
« Je sais. »
Un silence.
Ardur continua, voix plus basse :
« Tu te souviens des chatons ? »
Morrigane se figea, des images ressurgissant dans son esprit, puis elle reprit ses gestes, méthodiques.
« Oui. »
« Mère nous en avait offert cinq. Un pour chacun de la fatrie. Toi, moi, Rodryk, Kaelya, Brijitt. » Sa voix était tendue maintenant. « Tu les as tous noyés ou torturés. Je me souviens de celui de Kaelya... tu lui avais arraché les pattes. lle avait huit ans et elle a pleuré pendant des jours. »
« Je me découvrais. »
Morrigane se tourna enfin vers lui. Son visage était parfaitement neutre.
« Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde était si scandalisé. Ce n'étaient que des animaux, des objets qui bougeaient. Je voulais comprendre comment ils fonctionnaient. »
« Ils souffraient Morrigane. »
« Je le sais, intellectuellement. » Elle marqua une pause. « Mais je ne le ressentais pas. Je ne le ressens toujours pas. »
Ardur la fixa, mâchoire serrée.
« Et maintenant ? Tu continues à... »
« Non… Je me canalise. »
« Pourquoi ? »
« Parce que c'est ce que la société attend de moi. Et la survie veut que j'aille dans le sens de cette société. »
Elle s'approcha de lui, s'arrêta à un mètre. Le regarda dans les yeux.
« Je ne ressens pas d'empathie, Ardur. Je ne ressens pas de culpabilité, je ne ressens pas d'amour. Je suis même pas sur de ce que ça veut dire… Je ne suis pas comme vous, mais j'ai compris que si je veux survivre, si je veux que les autres ne me rejettent pas ou ne me tuent pas, je dois simuler. Je dois suivre les règles et faire semblant. »
« C'est... » Il chercha ses mots. « C'est terrifiant. »
« Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. »
Un silence pesant s'installa entre les deux, puis Morrigane ajouta, voix parfaitement plate :
« Tu préfères que je fasse semblant ? Comme je le faisais pour ces pauvres hères du village ? »
Avant qu'Ardur ne puisse répondre, elle changea. Son visage s'anima. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement. Un sourire chaleureux étira ses lèvres. Sa voix devint plus douce, plus mélodieuse.
« Oh, Ardur, mon cher frère. » Elle posa une main sur son bras dans un geste qui se voulait affectueux. « Je suis tellement inquiète pour toi. Cette blessure au cou... tu aurais pu mourir. Ça m'aurait brisé le cœur. » Ses yeux se remplirent d'une fausse émotion. « Je t'aime tellement, je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »
Ardur recula instinctivement, le visage tordu de dégoût.
« Arrête. Arrête ça ! C'est... c'est glauque. »
Morrigane laissa tomber le masque instantanément. Son visage redevint neutre et ses yeux, vides. Elle retira sa main.
« Voilà. Tu as ta réponse. »
Ardur la fixa, troublé. Puis :
« Donc tout ce que tu fais... c'est juste de la simulation. »
« Pas tout. »
Elle retourna près de Rodryk, vérifia son front. Il était toujours fébrile mais stable.
« Je ne vous aime pas, pas comme vous entendez le mot 'aimer'. Mais vous pouvez être sûrs que je ne vous ferai jamais de mal. »
« Pourquoi ? »
« Parce que je me le suis promis. Par conviction. »
Elle se retourna vers lui.
« Je vois bien à quel point la famille est importante pour vous. Toi, Rodryk, Kaelya, Brijitt. Vous vous battez les uns pour les autres. Vous pleurez les uns pour les autres. C'est... précieux… pour ma survie. Vous êtes mes alliés les plus fiables. Vous ne me trahirez pas parce que vous m'aimez, même si vous ne me comprenez pas. Alors je me suis juré de ne jamais vous toucher, de ne jamais vous manipuler au-delà de ce qui est nécessaire de vous protéger. »
Ardur la regarda longuement. Puis, lentement, un sourire triste se dessina sur ses lèvres.
« J'aurais préféré que tu ne nous manipula pas du tout… Mais venant de toi... je crois que je vais prendre ça presque pour un 'je t'aime'. »
Morrigane le regarda. Quelque chose bougea imperceptiblement dans son regard. Pas une émotion, juste... une reconnaissance. Ce qui pour elle était beaucoup.
« C'est sans doute ce que c'est. À ma manière. »
Ardur hocha la tête puis soupira.
« Viens. Vallen nous attend. Il a besoin de la carte. Il va passer la nuit à imaginer où Yngrid peut se trouver. »
Ils retournèrent au bureau ensemble. Vallen était penché sur la table, entouré de notes griffonnées.
« La carte. »
Morrigane la lui tendit et Vallen la déplia, commençant à marquer des points avec une plume.
« Yngrid est intelligente. Elle ne va pas rester dans les endroits évidents. Pas d'auberge. Pas de taverne. Probablement pas chez un contact connu. » Il marqua plusieurs croix. « Mais elle a besoin d'un toit. D'un endroit discret. Et elle doit rester à Tulorim elle ne peut pas quitter la ville avec le pendentif sans risquer de se faire arrêter aux portes. »
Il continua à marquer des zones, marmonnant pour lui-même.
« Demain, on va passer la journée à la chercher. Dans tout Tulorim s'il le faut. On n'a pas le choix. »
Ardur et Morrigane échangèrent un regard.
« Ça va être long. »
« On a plus que un peu plus de deux jours que Kibarg nous découpe tous. Peut-être moins vu le personnage. » Vallen leva les yeux. « Alors oui. Ça va être long, mais c'est notre seule chance. »
Morrigane s'assit, observant Vallen travailler alors que Ardur se versa un autre verre de vin. La nuit allait être longue. Et demain serait pire encore. Elle ferma les yeux et Le sommeil vint rapidement... La fatigue accumulée, ses reserves magiques épuisées, ses blessures pulsant douloureusement. Son esprit sombra dans l'obscurité sans rêves....
...
Morrigane fut réveillée par la lumière grise du matin filtrant à travers les fenêtres crasseuses. Son cou était raide, son dos douloureux. Elle se redressa lentement, grimaçant à chaque mouvement.La scène dans le bureau n'avait presque pas changé. Ardur dormait toujours, ronflant légèrement. Mais Vallen...Vallen était exactement dans la même position qu'hier soir. Penché sur la table. La carte devant lui. Sauf que maintenant, le parchemin était méconnaissable.
Morrigane se leva et s'approcha.
La carte de Tulorim autrefois lisible était devenue un chaos organisé de notes, annotations, ratures et symboles. Des lignes rouges reliaient certains quartiers. Des croix marquaient des bâtiments. Des cercles entouraient des zones entières. Dans les marges, une écriture serrée et frénétique listait des noms, des adresses, des notes fragmentaires. Vallen leva les yeux à l'approche de Morrigane. Ses traits étaient tirés, creusés par une nuit blanche. Ses yeux injectés de sang. Mais son regard était vif, concentré.
« Enfin debout ? Bien. On a du travail.»
Sa voix était rauque mais ferme.
« J'ai divisé la ville en trois secteurs. » Il tapota la carte. « Ardur prendra le nord : quartier des entrepôts, zone portuaire haute, marché aux poissons. Moi, je prends l'ouest et le centre. »
Il sortit trois feuilles de parchemin couvertes d'écriture.
« Toi, Morrigane, tu prends le sud et l'est. Quartiers pauvres, bas quartiers.... »
Il lui tendit l'une des feuilles. Morrigane la parcourut rapidement. Une liste de noms et d'adresses. Longue. Très longue.
Elle releva les yeux vers Vallen.
« C'est beaucoup. »
« C'est toute la journée. Peut-être plus. » Il se passa une main sur le visage tiré par la fatigue. « On se retrouve ici ce soir. Si l'un de nous trouve quelque chose, et qu'il doit repartir on laisse un message chez ici... Compris ? »
« Compris. »
C'est le moment que choisis Ardur spour se reveiller en sursaut, désorienté.
« Quoi ? C'est le matin ? »
« Allez debout. On bouge. »
Et Vallen lui tendit sa propre liste.
...
Avant de partir, Morrigane retourna dans la chambre de Rodryk. Il était réveillé cette fois. Assis péniblement contre le mur, le teint toujours gris, mais les yeux ouverts. Il la regarda entrer sans rien dire.
« Le bandage. »
Rodryk tendit son bras droit sans protester. Le moignon était toujours enveloppé dans les linges qu'elle avait posés hier soir. Morrigane défit le bandage avec soin. La plaie avait meilleure mine. Moins rouge. Moins enflée. La décoction avait fait effet.
« Comment tu te sens ? »
« Mal... » dit-il d'une voix triste et faible.
Elle ne réagit pas. Il avait perdu une main et était attaqué par l'infection, ça ne pouvait pas être autrement. Elle nettoya à nouveau le moignon avec une nouvelle infusion de saule et d'écorce de chêne. Rodryk serra les dents mais ne fit aucun bruit.
« La fièvre baisse. Ça va dans le bon sens... Tu survivras. »
Ce n'était pas dit avec chaleur mais plutôt avec un constat clinique. Rodryk eut un faible sourire.
« Merci, Morri. »
Elle rebanda le moignon proprement, serrant juste assez. Puis se leva.
« Repose-toi, Ne bouge pas. On doit s'absenter quelques heures, on reviendra... »
Elle pose une main sur son épaule. Mimant un geste qui se voulait réconfortant et qu'il avait déjà eut envers elle. Elle l'avait noté dans sa panoplie de gestes sociaux. Puis elle quitta la chambre sans attendre de réponse
-
Morrigane
- Messages : 46
- Enregistré le : sam. 19 déc. 2020 07:06
Re: Les Habitations
Quand elle arriva, la nuit tombait. Ardur et Vallen étaient déjà là, assis autour de la même table que ce matin. Leurs visages disaient tout. Eux non plus n'avaient rien trouvé. Ils tournèrent vers elles des visages pleins d'espoirs.
« Rien. »
Ils soufflèrent d'un même vent de déséspoir alors que leurs épaules s'abattîrent.
« Pareil. »
« Pareil. »
Morrigane s'assit près d'eux et un tro long silence s'installa entre-eux. Après un moment, Vallen se passa les mains sur le visage.
« Yngrid n'est pas à Tulorim. Ou elle est mieux cachée qu'on ne le pensait. »
Ardur explosa. « Putain ! »
Il se leva brusquement, renversant sa chaise.
« On est complètement foutus ! FOUTUS ! »
Il fit les cent pas dans le bureau exigu, les mains sur son crâne chauve.
« Demain soir, le temps sera écoulé. Kibarg va nous découper en morceaux. Tous les trois. Et Rodryk avec, pour faire bonne mesure. »
Vallen resta silencieux, fixant la carte annotée devant lui. Son visage était fermé, impénétrable. Morrigane, elle, ne dit rien. Elle observait Ardur s'agiter comme un animal en cage. Elle calculait, réfléchissait et tentait de trouver une solution? mais rien ne venait. Si elel ressentait pas la peur comme les autres, une tension froide commençait à s'emparer d'elle. Ellr commençait sérieusement à songer à fuir la ville.
Ardur, lui continua sa diatribe, gesticulant violemment.
« Trois jours ! On a eu TROIS JOURS ! Et qu'est-ce qu'on a ? RIEN ! Que dalle ! » Il donna un coup de poing dans le mur. « Cette garce d'Yngrid nous a roulés dans la farine. On a couru partout dans cette putain de ville comme des idiots. Pendant qu'elle... elle... »
Il s'interrompit, cherchant ses mots, les mains tremblantes de frustration.
« Pendant qu'elle se barre tranquillement avec le pendentif ! Ou qu'elle le vend ! Ou qu'elle... je sais même pas ! »
Morrigane le laissa vider son sac. C'était inutile d'intervenir maintenant. Ardur avait besoin d'évacuer sa panique.
Vallen, lui, finit par parler. Voix basse, fatiguée.
« On a fait ce qu'on pouvait. »
« Ce qu'on pouvait ?! » Ardur se tourna vers lui, furieux. « Ce qu'on pouvait, c'était PAS ASSEZ ! »
« Peut-êre qu'on devrait profiter de la jurnée de demain pour tenter de quitter la ville. Solvyn fait dans la disparition de personne. C'est toujours mieux que d'attendre de se faire découper demain... »
Morrigane resta silencieuse pendant les deux comparses imaginaient déjà une porte de sortie, une fuite hors de la ville.
« C'est tout ce qui nous reste à faire. T'as un contact pour nous mettre en relation avec lui ?»
Puis, soudain, quelque chose frappa Morrigane. Une pensée. Une anomalie qu'elle n'avait pas relevée jusqu'à présent et c'est l'évocation de Solvyn qui l'amena vers cette idée?
« Marrek le Gris... »
Sa voix, calme et plate, coupa net l' échange entre Ardur et Vallen. Les deux hommes se tournèrent vers elle.
« Quoi ? »
« Marrek le Gris. Il n'a rien fait. »
Ardur fronça les sourcils, déstabilisé.
« Quoi... comment ça, il n'a rien fait ? »
« Vous disiez qu'il était dangereux. » Morrigane se leva lentement, son regard passant d'Ardur à Vallen. « Que c'était l'un des hommes les plus puissants de Tulorim. Qu'il contrôlait les bas-fonds avec Kibarg. Qu'il ne laisserait jamais passer un vol comme celui du pendentif et c'est aussi ce que Kibarg affirmait. Il nous a même mis en garde. »
Vallen hocha lentement la tête.
« C'est vrai. Marrek ne laisse pas passer ce genre d'affront. On a quand même pénétré sa propriété. »
« Et pourtant... » Morrigane marqua une pause. « Rien. Pas de représailles. Pas de chasse à l'homme. Pas de pression sur nous, rien. On a parcourus toute la ville aujourd'hui et hier, et rien ne nous ai arrivé, pas même un avertissment, rien. »
Ardur cligna des yeux.
« Peut-être qu'il a d'autres priorités. D'autres... »
« D'autres chats à fouetter ? » Morrigane secoua la tête. « Un pendentif qui vaut des milliers de yus ? Non. Le type que vous m'avez décrit n'aurait jamais laissé passer ça. »
Elle ommença à faire les cent pas à son tour. Mais pas comme Ardur — pas de panique, pas de gesticulation. Juste des pas lents, mesurés. Son esprit assemblait les pièces du puzzle.
« Sauf si... »
Elle s'arrêta brusquement. Se tourna vers eux.
« Putain. Et si depuis le début, on avait tout faux ? »
Vallen se redressa légèrement.
« Comment ça ? »
« Précise ta pensée. »
Morrigane posa ses mains à plat sur la table, se penchant vers eux.
« Et si, depuis le début, on faisait fausse route ? »
Elle laissa sa question flotter un instant.
« On est partis du principe qu'Yngrid avait volé le pendentif à Marrek le Gris. Qu'elle l'avait mis à l'envers. »
Vallen fronça les sourcils.
« Oui. Et alors ? C'est ce qui s'est passé, non ? »
« Non. » Morrigane secoua la tête. « Peut-être pas. Et s'ils étaient de mèche ? »
Un silence. Ardur cligna des yeux.
« De... de mèche ? Comment ça ? »
« Mais oui, réfléchissez ! »
Morrigane se redressa, croisant les bras.
« Depuis le début, Yngrid a toujours un coup d'avance sur nous. Toujours. »
Elle commença à énumérer, voix froide et clinique.
« Quand on est arrivés chez Marrek le Gris, il nous attendait. Déjà prêt, déjà organisé. Et pourtant on arrive on s'empare du faux collier et on s'en sort... presque... trop facilement. »
Vallen ouvrit la bouche, puis la referma, Morrigane continua.
« Ensuite, Mazallin. Il nous donne trois noms de receleurs. Sauf que les trois pistes étaient des pièges. Des leurres. Des femmes ressemblant à Yngrid, avec de faux pendentifs, payées pour nous attaquer. »
Elle marqua une pause.
« Vous l'avez dit vous-mêmes : c'est beaucoup d'argent. Beaucoup de préparation. Trois leurres. Trois planques. Trois faux pendentifs. Comment Yngrid aurait-elle pu organiser tout ça, seule en si peu de temps ? »
Ardur se laissa retomber sur sa chaise, les yeux écarquillés.
« Tu veux dire que... »
« Que Marrek le Gris a tout mis en place. »
Morrigane tapota la table du bout des doigts.
« Il a les ressources. Il a les contacts. Il a l'argent. Engager trois femmes qui ressemblent à Yngrid ? Facile pour lui. Faire fabriquer plusieurs faux pendentifs ? Trivial. »
Vallen se frotta le visage, incrédule.
« Mais pourquoi ? Pourquoi ferait-il ça ? »
« Parce que en agissant de la sorte le collier disparaît et personne ne sait que c'est lui que le possède. »
Morrigane se pencha à nouveau vers eux.
« Réfléchissez. Quand on est repartis de chez Marrek le Gris... ils ne nous ont même pas poursuivis. Pas de représailles. Pas de vengeance. Rien. »
Elle laissa ça s'installer.
« Un homme comme Marrek le Gris nous auraient laissé pénétrer sa demeure et partir avec un objet si precieux. Sauf s'il voulait qu'on parte. Sauf s'il était satisfait de nous voir disparaître avec le faux pendentif. »
Morrigane se redressa, croisant les bras.
« Et puis il y a autre chose. La soirée chez Belos vous vous souvenez ? »
Ardur et Vallen échangèrent un regard.
« La soirée... oui. Tous les boss de la pègre étaient là. »
« Exactement. Tous. » Morrigane marqua une pause. « Sauf Marrek le Gris. »
Vallen fronça les sourcils.
« Oui... mais il était représenté. Par... »
Il s'interrompit brusquement. Ses yeux s'écarquillèrent.
« Putain. Par Yngrid. »
« Exactement. »
Morrigane hocha la tête lentement.
« Yngrid était envoyé depuis le départ par Marrek.. »
Ardur se prit la tête entre les mains.
« Putain... putain, t'as raison. »
« Tout cela c'était une mise en scène. »
Vallen se laissa retomber sur sa chaise.
Vallen fixait la carte devant lui, comme si elle allait soudain révéler la vérité.
« Donc... Marrek et Yngrid travaillent ensemble. Depuis le début. »
« Oui. »
Morrigane hocha la tête.
« Pendant qu'on cherche Yngrid, le collier se trouve déjà entre les mains de Marrek le Gris.. »
Vallen se leva brusquement.
« Ca se trouve, il l'a peut-être déja revendu... »
Morrigane secoua la tête.
« On ne sait pas. Pas encore. »
Elle se pencha sur la carte, traçant du doigt le quartier où se trouvait le manoir de Marrek le Gris.
« Mais on sait où commencer à chercher. »
Ardur fronça les sourcils.
« Tu veux qu'on retourne chez Marrek ? Après ce qui s'est passé ? Il nous tuera sur place ! »
« Non. Pas dans son manoir. »
Morrigane tapota la carte autour du quartier de Marrek.
« Aux environs. On va surveiller. Observer. Si Yngrid travaille pour Marrek, elle doit forcément entrer en contact avec lui. Des allers-retours. Des messagers. Quelque chose. »
Vallen hocha lentement la tête.
« Espionner les environs de chez Marrek... »
Il réfléchit, les yeux fixés sur la carte.
« Ça pourrait marcher, il fait nuit, on pourrait observer sans être vus. »
« Et si on ne voit rien ? Si Yngrid ne sort pas ? »
« Alors on attend. »
Morrigane se redressa.
« Si elle est là-bas, elle finira par sortir.. Marrek lui-même, peut-être. Ou un messager. Un acheteur, un homme de main ... On suivra la piste. »
Ardur hésita, puis hocha la tête.
« D'accord. Mais si on se fait repérer... »
« On ne se fera pas repérer. »
Vallen attrapa son manteau.
« On reste discrets. On observe de loin. Pas d'action directe. Pas d'attaque. Juste de la surveillance. C'est le meilleur moment. Peu de monde dans les rues. On peut se poster aux bons endroits. Observer toute la nuit si nécessaire. »
Ardur se leva, enfilant sa cape.
« Et si on voit Yngrid ? »
« On la suit. »
« Allons-y. On n'a plus de temps à perdre. »
Les trois se dirigèrent vers la porte. La nuit n'était pas terminée et avec un peu de chance, eux non plus.
« Rien. »
Ils soufflèrent d'un même vent de déséspoir alors que leurs épaules s'abattîrent.
« Pareil. »
« Pareil. »
Morrigane s'assit près d'eux et un tro long silence s'installa entre-eux. Après un moment, Vallen se passa les mains sur le visage.
« Yngrid n'est pas à Tulorim. Ou elle est mieux cachée qu'on ne le pensait. »
Ardur explosa. « Putain ! »
Il se leva brusquement, renversant sa chaise.
« On est complètement foutus ! FOUTUS ! »
Il fit les cent pas dans le bureau exigu, les mains sur son crâne chauve.
« Demain soir, le temps sera écoulé. Kibarg va nous découper en morceaux. Tous les trois. Et Rodryk avec, pour faire bonne mesure. »
Vallen resta silencieux, fixant la carte annotée devant lui. Son visage était fermé, impénétrable. Morrigane, elle, ne dit rien. Elle observait Ardur s'agiter comme un animal en cage. Elle calculait, réfléchissait et tentait de trouver une solution? mais rien ne venait. Si elel ressentait pas la peur comme les autres, une tension froide commençait à s'emparer d'elle. Ellr commençait sérieusement à songer à fuir la ville.
Ardur, lui continua sa diatribe, gesticulant violemment.
« Trois jours ! On a eu TROIS JOURS ! Et qu'est-ce qu'on a ? RIEN ! Que dalle ! » Il donna un coup de poing dans le mur. « Cette garce d'Yngrid nous a roulés dans la farine. On a couru partout dans cette putain de ville comme des idiots. Pendant qu'elle... elle... »
Il s'interrompit, cherchant ses mots, les mains tremblantes de frustration.
« Pendant qu'elle se barre tranquillement avec le pendentif ! Ou qu'elle le vend ! Ou qu'elle... je sais même pas ! »
Morrigane le laissa vider son sac. C'était inutile d'intervenir maintenant. Ardur avait besoin d'évacuer sa panique.
Vallen, lui, finit par parler. Voix basse, fatiguée.
« On a fait ce qu'on pouvait. »
« Ce qu'on pouvait ?! » Ardur se tourna vers lui, furieux. « Ce qu'on pouvait, c'était PAS ASSEZ ! »
« Peut-êre qu'on devrait profiter de la jurnée de demain pour tenter de quitter la ville. Solvyn fait dans la disparition de personne. C'est toujours mieux que d'attendre de se faire découper demain... »
Morrigane resta silencieuse pendant les deux comparses imaginaient déjà une porte de sortie, une fuite hors de la ville.
« C'est tout ce qui nous reste à faire. T'as un contact pour nous mettre en relation avec lui ?»
Puis, soudain, quelque chose frappa Morrigane. Une pensée. Une anomalie qu'elle n'avait pas relevée jusqu'à présent et c'est l'évocation de Solvyn qui l'amena vers cette idée?
« Marrek le Gris... »
Sa voix, calme et plate, coupa net l' échange entre Ardur et Vallen. Les deux hommes se tournèrent vers elle.
« Quoi ? »
« Marrek le Gris. Il n'a rien fait. »
Ardur fronça les sourcils, déstabilisé.
« Quoi... comment ça, il n'a rien fait ? »
« Vous disiez qu'il était dangereux. » Morrigane se leva lentement, son regard passant d'Ardur à Vallen. « Que c'était l'un des hommes les plus puissants de Tulorim. Qu'il contrôlait les bas-fonds avec Kibarg. Qu'il ne laisserait jamais passer un vol comme celui du pendentif et c'est aussi ce que Kibarg affirmait. Il nous a même mis en garde. »
Vallen hocha lentement la tête.
« C'est vrai. Marrek ne laisse pas passer ce genre d'affront. On a quand même pénétré sa propriété. »
« Et pourtant... » Morrigane marqua une pause. « Rien. Pas de représailles. Pas de chasse à l'homme. Pas de pression sur nous, rien. On a parcourus toute la ville aujourd'hui et hier, et rien ne nous ai arrivé, pas même un avertissment, rien. »
Ardur cligna des yeux.
« Peut-être qu'il a d'autres priorités. D'autres... »
« D'autres chats à fouetter ? » Morrigane secoua la tête. « Un pendentif qui vaut des milliers de yus ? Non. Le type que vous m'avez décrit n'aurait jamais laissé passer ça. »
Elle ommença à faire les cent pas à son tour. Mais pas comme Ardur — pas de panique, pas de gesticulation. Juste des pas lents, mesurés. Son esprit assemblait les pièces du puzzle.
« Sauf si... »
Elle s'arrêta brusquement. Se tourna vers eux.
« Putain. Et si depuis le début, on avait tout faux ? »
Vallen se redressa légèrement.
« Comment ça ? »
« Précise ta pensée. »
Morrigane posa ses mains à plat sur la table, se penchant vers eux.
« Et si, depuis le début, on faisait fausse route ? »
Elle laissa sa question flotter un instant.
« On est partis du principe qu'Yngrid avait volé le pendentif à Marrek le Gris. Qu'elle l'avait mis à l'envers. »
Vallen fronça les sourcils.
« Oui. Et alors ? C'est ce qui s'est passé, non ? »
« Non. » Morrigane secoua la tête. « Peut-être pas. Et s'ils étaient de mèche ? »
Un silence. Ardur cligna des yeux.
« De... de mèche ? Comment ça ? »
« Mais oui, réfléchissez ! »
Morrigane se redressa, croisant les bras.
« Depuis le début, Yngrid a toujours un coup d'avance sur nous. Toujours. »
Elle commença à énumérer, voix froide et clinique.
« Quand on est arrivés chez Marrek le Gris, il nous attendait. Déjà prêt, déjà organisé. Et pourtant on arrive on s'empare du faux collier et on s'en sort... presque... trop facilement. »
Vallen ouvrit la bouche, puis la referma, Morrigane continua.
« Ensuite, Mazallin. Il nous donne trois noms de receleurs. Sauf que les trois pistes étaient des pièges. Des leurres. Des femmes ressemblant à Yngrid, avec de faux pendentifs, payées pour nous attaquer. »
Elle marqua une pause.
« Vous l'avez dit vous-mêmes : c'est beaucoup d'argent. Beaucoup de préparation. Trois leurres. Trois planques. Trois faux pendentifs. Comment Yngrid aurait-elle pu organiser tout ça, seule en si peu de temps ? »
Ardur se laissa retomber sur sa chaise, les yeux écarquillés.
« Tu veux dire que... »
« Que Marrek le Gris a tout mis en place. »
Morrigane tapota la table du bout des doigts.
« Il a les ressources. Il a les contacts. Il a l'argent. Engager trois femmes qui ressemblent à Yngrid ? Facile pour lui. Faire fabriquer plusieurs faux pendentifs ? Trivial. »
Vallen se frotta le visage, incrédule.
« Mais pourquoi ? Pourquoi ferait-il ça ? »
« Parce que en agissant de la sorte le collier disparaît et personne ne sait que c'est lui que le possède. »
Morrigane se pencha à nouveau vers eux.
« Réfléchissez. Quand on est repartis de chez Marrek le Gris... ils ne nous ont même pas poursuivis. Pas de représailles. Pas de vengeance. Rien. »
Elle laissa ça s'installer.
« Un homme comme Marrek le Gris nous auraient laissé pénétrer sa demeure et partir avec un objet si precieux. Sauf s'il voulait qu'on parte. Sauf s'il était satisfait de nous voir disparaître avec le faux pendentif. »
Morrigane se redressa, croisant les bras.
« Et puis il y a autre chose. La soirée chez Belos vous vous souvenez ? »
Ardur et Vallen échangèrent un regard.
« La soirée... oui. Tous les boss de la pègre étaient là. »
« Exactement. Tous. » Morrigane marqua une pause. « Sauf Marrek le Gris. »
Vallen fronça les sourcils.
« Oui... mais il était représenté. Par... »
Il s'interrompit brusquement. Ses yeux s'écarquillèrent.
« Putain. Par Yngrid. »
« Exactement. »
Morrigane hocha la tête lentement.
« Yngrid était envoyé depuis le départ par Marrek.. »
Ardur se prit la tête entre les mains.
« Putain... putain, t'as raison. »
« Tout cela c'était une mise en scène. »
Vallen se laissa retomber sur sa chaise.
Vallen fixait la carte devant lui, comme si elle allait soudain révéler la vérité.
« Donc... Marrek et Yngrid travaillent ensemble. Depuis le début. »
« Oui. »
Morrigane hocha la tête.
« Pendant qu'on cherche Yngrid, le collier se trouve déjà entre les mains de Marrek le Gris.. »
Vallen se leva brusquement.
« Ca se trouve, il l'a peut-être déja revendu... »
Morrigane secoua la tête.
« On ne sait pas. Pas encore. »
Elle se pencha sur la carte, traçant du doigt le quartier où se trouvait le manoir de Marrek le Gris.
« Mais on sait où commencer à chercher. »
Ardur fronça les sourcils.
« Tu veux qu'on retourne chez Marrek ? Après ce qui s'est passé ? Il nous tuera sur place ! »
« Non. Pas dans son manoir. »
Morrigane tapota la carte autour du quartier de Marrek.
« Aux environs. On va surveiller. Observer. Si Yngrid travaille pour Marrek, elle doit forcément entrer en contact avec lui. Des allers-retours. Des messagers. Quelque chose. »
Vallen hocha lentement la tête.
« Espionner les environs de chez Marrek... »
Il réfléchit, les yeux fixés sur la carte.
« Ça pourrait marcher, il fait nuit, on pourrait observer sans être vus. »
« Et si on ne voit rien ? Si Yngrid ne sort pas ? »
« Alors on attend. »
Morrigane se redressa.
« Si elle est là-bas, elle finira par sortir.. Marrek lui-même, peut-être. Ou un messager. Un acheteur, un homme de main ... On suivra la piste. »
Ardur hésita, puis hocha la tête.
« D'accord. Mais si on se fait repérer... »
« On ne se fera pas repérer. »
Vallen attrapa son manteau.
« On reste discrets. On observe de loin. Pas d'action directe. Pas d'attaque. Juste de la surveillance. C'est le meilleur moment. Peu de monde dans les rues. On peut se poster aux bons endroits. Observer toute la nuit si nécessaire. »
Ardur se leva, enfilant sa cape.
« Et si on voit Yngrid ? »
« On la suit. »
« Allons-y. On n'a plus de temps à perdre. »
Les trois se dirigèrent vers la porte. La nuit n'était pas terminée et avec un peu de chance, eux non plus.