X.2 Vivre le pas présent. (suite)
Celui qui s’occupe de moi est un oranais plus vieux. Mon salut paraît le surprendre, mais j’ai comme l’impression qu’il apprécie le geste. Un peu comme adulte qui se garde de tout commentaire, devant un enfant qui fait mal en tâchant de respecter les coutumes des grands. Il arbore un épais tablier dont le travail se reflète à l’usure du cuir qui le protège, ainsi que sur l’ensemble en lin, qui a lui aussi connu bien des œuvres entre les mains du forgeron. Au vu de la sueur sur son front et des cendres qui habillent son visage comme un maquillage, je le dérange dans son œuvre. Pourtant, c’est avec une bienveillance et une attitude des plus amicale qu’il me reçoit.
Il examine en détail ce que je lui propose, mettant rapidement de côté les deux épées de piètre qualité. Il inspecte plus en détail la brigantine ainsi que la dague, dont la qualité saute même aux yeux des néophytes. Il s’interroge de la raison pour laquelle je souhaite me séparer de ces armes, avant de porter sur moi un regard assez similaire. Il ne lui faut que quelques secondes pour comprendre que malgré la qualité de ces armes, je dispose de bien mieux sur moi. Encore heureux qu’il ne s’attarde pas plus que nécessaire. Il aurait peut-être compris que je possède une dangereuse relique de glace, une dague faite avec une dent du Dragon Noir et une troisième ayant servi à l’un des assassins les plus célèbres de ce monde. A moins qu’il ne l’ait déjà compris.
Il fait le compte, jugeant de la qualité des équipements, des ressources qu’il pourrait tirer des deux épées avant de me donner une somme, qu’il rectifie pour un montant supérieur. Acceptant sans rechigner les mille six cent cinquante yus qu’il me propose, il m’invite à revenir.
« N'hésitez pas, si vous avez besoin d'autre chose. Vous serez toujours le bienvenu dans notre boutique, Kayne-dono. »
(Kayne-dono ?)
(C’est une marque de profond respect. Mais que je sache, tu ne t’es pas présenté. Il sait donc qui tu es et certainement ce que tu as fait. Kochii ce n’est pas rien pour les Oranais.)
(Tu as probablement raison.)
(Certainement, tu veux dire.)
(Certainement en effet.)
(Rajoute : comme toujours.)
(Haaa, tu as parfaitement raison, comme toujours.)
(Hooo, tu apprends vite vile flatteur !)
(Du coup, comment dois-je le remercier ? Himatori-dono ?)
(Pour le coup, j’aurais tendance à dire Himatori-sama. C’est une marque très respectueuse, sans être aussi formelle que dono. Contrairement à toi, il n’a pas participé directement au conflit face à Oaxaca. Il fait preuve d’un très grand respect en utilisant un tel suffixe, faire de même pour lui, réduirait la preuve de respect qu’il t’a présenté et il pourrait mal le prendre.)
(Sama donc ?)
(Sama oui.)
(Sama ?)
(Sama.)
(Sama l’air d’être bien alors.)
(HI-LA-RANT !)
« Merci, Himatori-sama. » Dis-je en m’inclinant, lui renvoyant son salut. Avant de le laisser à sa tâche.
X.3 Ce que la route m’a laissé.