Les égouts

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Marcy
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Re: Les égouts

Message par Marcy » sam. 13 déc. 2025 18:07

Douces paroles, dure réalité

La pièce où Marcy suit Yerek n’en est pas vraiment une. C’est un simple corridor qu’une torche illumine d’une lumière dansante. Yerek referme la porte derrière eux après avoir offert un signe de la main aux jeunes voleurs qui les observent. Lorsqu’il se tourne vers Marcy, il affiche toujours un sourire qui se veut bienveillant et qui commence à taper sur les nerfs de la rouquine. Adossée à un mur, les bras dans le dos, elle attend. Ce qu’elle n’a pas à faire longtemps. Yerek se place face à elle.

- Eleanore ne tarit pas d’éloge sur toi, Marcy. Selon elle, tu serais exceptionnelle.

Marcy ne peut empêcher son jeune égo de résonner chaleureusement à ces mots. Que quelqu’un reconnaisse son talent est une des rares choses qu’elle espère et attend. Elle se demande quand même ce qui peut tant impressionner Eleanore. Elle ne l’a littéralement rien vu faire, si ce n’est se débarrasser péniblement de leur agresseur. Et ce questionnement doit se lire sur son visage, car Yerek enchaîne.

- Cela fait quelques temps que mes jeunes amis t’ont remarqué. Tu es apparemment très douée de tes doigts.

- Je me débrouille.

Elle fait de son mieux pour ne pas se laisser embobiner par les paroles mielleuses, malgré la satisfaction qu’elle ressent. Le sourire de Derek ne diminue pas, bien au contraire.

- Modeste, avec ça.

- A trop l’ouvrir, on se crée des problèmes.

Elle n’est pas du genre fanfaron, même si elle sait parfaitement frimer quand le moment est opportun. Mais elle sait aussi que, dans ce monde, crier ses exploits, surtout illégaux, à qui veut l’entendre est le meilleur moyen de terminer en prison. Ou pire. Et, visiblement, cela plaît à Yerek qui pointe un doigt dans sa direction.

- Exactement. Tu es très lucide et observatrice. C’est rare. Et précieux.

Elle se demande comment il peut déduire tout ça après seulement quelques minutes depuis leur rencontre et encore moins de temps à parler avec elle. Il semble sincère, mais elle n’arrive pas à ne pas imaginer un stratagème. Elle n’a pas oublié le mensonge lâché aux enfants, un peu plus tôt.

- Tu pourrais grandement nous aider, si tu te joignais à nous.

Ah, enfin. Elle commençait à se dire qu’il n’allait jamais en venir là. Elle pourrait dire oui tout de suite, mais elle imagine que ce serait un peu suspect. Donc elle tente de jouer la difficile. Ce qui n’est pas très compliqué, étant donné le peu d’envie qu’elle a de vraiment les rejoindre.

- Je ne sais pas trop. Je ne comprends pas vraiment ce que j’ai à y gagner.

- Des alliés. Une famille et, quand nous aurons assez d’argent, un endroit où vivre, loin d’ici. En sécurité.

De belles promesses qui auraient sans doute pu la convaincre, si elle n’avait les informations provenant de Jean. Cet elfe ment. Et les autres gobent tout ce qu’il dit, guidés par l’espoir d’une vie meilleure. Elle comprend l’attrait. Ce qu’elle ne comprend pas, c’est ce que Yerek cherche à faire, réellement. Elle n’imagine pas qu’il emmènera vraiment la trentaine d’enfants en sécurité, mais il va bien finir par y avoir de l’impatience chez les voleurs. Qui sait depuis combien de temps dure son manège ? Elle doit en savoir plus.

- C’est… tentant.

- Je me doute. Tu peux m’aider. A éviter des tragédies inutiles. A protéger ces enfants.

- En leur faisant croire que tout va bien ?

Sa réplique, lancée d’une voix cinglante, lui échappe et elle pince les lèvres. Elle n’est vraiment pas faite pour jouer un jeu comme celui-là. Mais cela ne semble pas perturber Yerek qui continue sur le même ton calme et posé.

- S’ils paniquent, ils commettront des erreurs et les tragédies s’enchaineront. Je souhaite les protéger, pas les alarmer.

- Mais tu leur mens ! Alors qu’ils te font confiance.

- Je leur dis ce qu’ils ont besoin d’entendre.

Cela fait hausser un sourcil à la rouquine. Elle s’attendait à une certaine animosité, maintenant qu’elle a montré une partie de ses cartes, mais il n’en est rien. Comme s’il savait déjà qu’elle était au courant.

- Je ne te demande pas d’apprécier, simplement de comprendre. C’est pour ça que je voulais te parler. Tu es lucide, tu connais les risques. Tu peux les aider.

- Comment ? En faisant le sale boulot ?

- Non. Je ne te demanderai ni loyauté, ni obéissance. Ça ne semble pas être quelque chose que tu apprécies.

Elle n’aime pas la manière qu’il a de lire en elle comme dans un livre ouvert. Il en sait beaucoup trop sur elle. Peut-être qu’il ne fait qu’émettre des hypothèses, mais le voir faire mouche systématiquement commence à tendre Marcy.

- Fais le bon choix, c’est tout ce que je peux te dire, Marcy. Tous ces enfants dépendent de toi, d’une manière ou d’une autre. Nous gagnerions beaucoup à t’avoir parmi nous. Mais cela doit venir de toi.

- Je… vais y réfléchir.

- Je n’en demande pas plus. Merci, Marcy

Elle ne sait plus trop quoi penser, à vrai dire. Elle n’était déjà pas vraiment certaine de ses options, et cet endroit, ainsi que cette conversation, ne l’aide pas à voir plus clair sur ce qu’elle doit réellement faire. Yerek, toujours souriant, la raccompagne dans la pièce principale, une fois la conversation terminée. Il est rapidement happé par des enfants et Marcy observe l’interaction avec un air partagé. Il a l’air de vraiment vouloir le bien de tout ce groupe. Mais elle ne peut ôter ce sentiment qui s’est installé dans sa poitrine. Quelque chose la gêne. Profondément. Comme si un élément lui manquait. Peut-être qu’elle devrait le suivre. Juste pour être sûre…

Eleanore et son petit groupe s’attroupent rapidement autour de la rouquine prise au dépourvu. Les questions pleuvent et elle s’efforce de ne rien laisser filtrer de sa gêne. Eleanore, persuadée que Marcy va les rejoindre, est tout excitée et ne cesse de babiller. Tant et si bien que Marcy perd Yerek de vue. Elle peut alors oublier son idée de filature. Elle soupire sans pouvoir s’en empêcher. Eleanore, qui vient de bailler, pense que Marcy est fatiguée, elle aussi et se propose de la raccompagner à l’extérieur, elle qui doit rentrer chez elle. Marcy accepte, appréciant l’idée de ne pas se balader seule dans les couloirs sombre qui s‘étendent au-delà de la cachette des voleurs. En sortant, elle croise le regard d’Edouard fixé sur elle. Un regard qui ne lui dit rien qui vaille.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » sam. 13 déc. 2025 23:22

La troisième voie

- De quoi as-tu parlé avec Yerek ?

Marcy lève les yeux au ciel, mais un léger sourire étire ses lèvres. Elle se doutait un peu qu’Eleanore ne pourrait contenir sa curiosité bien longtemps. Elles ont à peine quitté la planque qu’elle pose la question. La petite voleuse ne va évidemment pas révéler le vrai contenu de la conversation, cela ruinerait sans doute sa relation avec Eleanore. Avouer qu’elle émet de sérieux doutes concernant les motivations et objectifs de Yerek n’est sans doute pas le plus malin. Pas plus que d’avouer qu’il ment. Elle se sent coincée par ce que lui a dit l’elfe. Pas uniquement à cause d’Eleanore, mais aussi parce qu’elle n’a aucune idée des limites de l’influence de l’elfe sur le groupe. Si elle parvient à faire douter Eleanore, elle craint un peu que ça retombe sur la petite blonde. Elle est trop naïve pour ne pas se faire avoir, c’est évident.

- Du groupe, de vos objectifs, ce genre de choses.

- Tu nous rejoins alors ?

- Je lui ai dit que j’y réfléchirai sérieusement.

Elle note le gonflement boudeur d’Eleanore et ricane doucement. La petite mage semble vraiment tenir à ce qu’elle fasse partie du groupe.

- Pourquoi c’est si important pour toi que je vous rejoigne ? Tu as déjà plein d’amis dans le groupe.

- Je sais, mais… y’en a aucun qui est comme toi. T’as battu un adulte toute seule. Et tu m’as sauvée ! Je suis sûre qu’on aurait déjà pu rassembler tout l’argent si tu avais été là dès le début !

Cela tire un souffle amusé à la voleuse qui lance une œillade vers Eleanore.

- Edouard n’est pas aussi doué ?

- Oh, non ! Il est fort, mais pas discret. Il vole pas, lui. Et il fait un peu peur.

La rouquine hoche la tête. Chacun à ses propres atouts, semblerait. Elle laisse Eleanore continuer à dénigrer ses amis en les comparant un à un. Elle pourrait en apprendre beaucoup sur le groupe, mais elle trouve ça un peu gênant qu’Eleanore s’imagine qu’elle soit si forte que ça. Ce qui n’est pas le cas. L’idée qu’on la trouve incroyable lui plaît, mais peut-être pas à ce point. Elle lui pose une main sur l’épaule pour l’interrompre.

- Eleanore, écoute, je ne…

Elle se fige et tourne la tête vers le couloir obscur qui s’étend derrière elles. Elle a cru entendre quelque chose. La lumière d’Eleanore les illumine, mais s’arrête à quelques mètres, rendant toute observation du couloir impossible tant il est sombre. Eleanore s’est tue et l’observe avec une inquiétude grandissante.

- Marcy, tu…

La rouquine plaque une main sur la bouche de la petite blonde qui écarquille les yeux en la voyant dégainer sa dague. Le silence devient pesant, lourd, mais Marcy se fie à son instinct. Et elle sent que quelque chose, ou quelqu’un, est là, tapi dans l’ombre. Elle entend la respiration d’Eleanore, s’accélérer et décide de ne pas tenter quoi que ce soit ici. L’endroit est trop étriqué et Eleanore est sans défense. Elle se penche vers elle et lui murmure de courir jusqu’à la sortie aussi vite que possible, sans discuter. La petite blonde obéit sans demander son reste et se carapate à toute vitesse, Marcy sur ses talons. La course semble durer une éternité et les poumons de Marcy commencent à la brûler lorsqu’elle aperçoit enfin l’échelle. Elle laisse Eleanore grimper avant elle et la suite de près. Elle jette néanmoins un coup d’œil derrière elle, juste au cas où. Rien. Elle se demande si elle a rêvé, mais préfère jouer la prudence. Elle grimpe l’échelle en quatrième vitesse et rejoint Eleanore qui peine à grimper après avoir couru aussi longtemps.

- Allez, El’, tu y es presque.

A nouveau, elle jette un œil vers le bas de l’échelle. Là, une silhouette se tient pendant une brève fraction de seconde. Elle n’avait donc pas rêvé. Elle se hisse enfin en haut et rejoint Eleanore qui déverrouille la porte. Elle l’aide à l’ouvrir avant de la prendre par le bras et de murmure.

- Rentre chez toi sans te retourner. Je viendrai te voir demain, d’accord ?

- Mais…

- D’accord ?

La petite hoche la tête et file après une brève hésitation. Marcy, elle profite de l’obscurité de la cave pour se tapir dans un coin en laissant la porte de la cave ouverte pour faire croire à leur fuite. Elle range sa dague et tire deux de ses kunai. Elle se met alors à attendre. Son cœur bat la chamade, mais elle veut savoir qui les a suivis. Et surtout, pourquoi. Quand, enfin, la silhouette émerge par l’échelle, Marcy se tient prête. Malgré l’obscurité à peine percée par la lumière de la lune passant par l’ouverture de la porte, la personne qui les a suivis n’a aucun problème à bouger. Même dans les tunnels, elle n’avait pas de problème à les suivre. Cela inquiète un peu Marcy qui imagine quelque magie permettant de voir dans le noir. Elle inspire longuement, mais elle semble bien cachée car elle n’est pas repérée.

L’inconnu passe à quelques centimètres de sa cachette et se dirige vers la sortie. Marcy saisit l’opportunité qu’elle n’aura sans doute jamais de nouveau. Elle se redresse et lance son premier kunai dans le dos de celui qui les suit. Le tir n’est pas difficile, même avec une lumière très diffuse. La lame file et se plante dans la cuisse de la cible qui crie de douleur. Marcy grimace au son de la douleur, mais resserre sa main sur son second kunai. L’inconnu se retourne alors que le kunai tombe au sol, et Marcy reconnait immédiatement le visage déformé par une grimace. Edouard.

- Sale petite… je vais te détruire.

Lisant la fureur dans le regard du jeune homme et, effrayée -à raison – Marcy lance son second kunai par réflexe. Moins bien lancé, celui-ci ne fait qu’effleurer le jeune homme qui fonce sur Marcy. Même s’il est sans arme, il compte visiblement se débarrasser d’elle. La rouquine, bien que surprise, réagit au quart de tour. Elle se carapate hors de portée tout en tirant une autre lame de sa sacoche. Lame qui, cette fois, a le mérite de faire ralentir Edouard lorsqu’il l’aperçoit. Blessé, il semble que la prudence l’emporte face à une Marcy visiblement bien mieux équipée que lui. Cette dernière garde une distance prudente avec lui. Elle veut des réponses. C’est la seule raison pour laquelle elle n’a pas filé avec Eleanore.

- C’est Yerek qui t’envoie, pas vrai ?

- Tu te crois plus maligne que tout le monde, pas vrai ?

- Plus que toi, en tout cas.

- Tsk. Il a juste émis des doutes. J’ai décidé seul de m’occuper de toi. Il m’en sera reconnaissant.

Une façon, pour Marcy, d’avouer. Même si Yerek n’a pas vraiment donné l’ordre, il a planté la graine dans l’esprit d’Edouard. Un aveu qui ne fait que confirmer un sentiment qu’elle avait déjà. Cet elfe est louche et dangereux. Elle continue de rester à distance d’Edouard qui, elle le remarque, boite quand même à cause de son lancer de kunai. Sauf que son effet de surprise est passé et qu’elle n’est pas vraiment dans une position très avantageuse. Parce qu’elle n’a pas envie d’être obligée d’aller trop loin. Sauf que le jeune homme finit par perdre patience. Il se rue sur elle. De nouveau, elle lance un kunai. La lame, mieux ajustée que le tir précédent, va se loger sous la clavicule du jeune homme. Il pousse un cri de douleur et s’effondre. Imaginant el combat terminé, Marcy contourne alors le jeune homme au sol pour récupérer ses autres kunai précédemment lancés.

Lorsqu’elle entend le sanglot douloureux d’Edouard, elle ferme les yeux et inspire. Ce n'est pas ce qu'elle voulait. ça ne l'a jamais été. Elle hésite, puis décide que, tant pis, elle fera selon ses propres convictions, sans jouer le jeu de Jean ou de Yerek. Selon ses règles. Selon sa façon de faire; et pas selon les idées d'un autre. Elle s’approche d’Edouard et s’agenouille près de l’adolescent recroquevillé.

- Je suis désolée… Tu… tu m’as fait peur. Je voulais pas te faire du mal.

- Va te faire foutre, putain… Je vais crever par ta faute !

- Mais non ! Viens, je sais où on peut te soigner.

- Pourquoi je te ferai confiance ? hein ?

- Parce que j’aurai eu dix occasions de te trancher la gorge. Et que je l’ai pas fait. Et que j’essayais de vous aider, moi, à la base !

Le visage baigné de larmes, Edouard fixe Marcy, comme s’il tentait de comprendre ce qu’il a en face de lui. Et malgré toute la méfiance qui s’est installée entre eux, il finit par acquiescer. Rien ne se passe comme Marcy l’avait espéré. Elle s’est crue plus forte avec quelques kunai, mais elle est loin d’avoir la force d’ôter une vie. Et elle refuse qu’Edouard soit le premier. Alors, en attendant de rejoindre Eleanore et ses doigts de fée, elle retire délicatement le kunai de l’épaule d’Edouard, le bande comme elle peut avec un peu du tissu de la cape du jeune homme, découpée à l’aide de sa dague Puis elle l’aide à se relever et à marcher vers la sortie de la cave.

- T’es vraiment bizarre. En plus d’être une emmerdeuse. Tu le sais ?

- La ferme, sinon je te laisse crever dans cette cave.

Une menace en l’air. Elle le sait. Et elle a l’intime conviction qu’Edouard le sait aussi, maintenant.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » dim. 4 janv. 2026 21:19

L'illusion du contrôle

Gauche, gauche, milieu, droit, milieu. Marcy se souvient du trajet. De chaque embranchement et dans quel ordre les prendre. L’obscurité l’entoure, tout juste percée par la torche qu’elle tient en main. Toujours aussi épaisse. Toujours aussi silencieuse. Seul le ronronnement des flammes, le son de sa respiration et les légers pas sur le sol brisent le silence des lieux. Elle avance prudemment, les sens aux aguets. Le vendeur ne l’a pas suivie et personne ne s’attend à sa venue. Du moins, elle l’espère. Elle doute que Yerek s’imagine que la mère d’Eleanore l’ait réellement tué. A vrai dire, elle ne comprend pas trop ce que Yerek veut réellement. L’attirer, elle ? Elle n’est pas si importante que ça. Et il n’a aucun moyen de connaître son implication dans toute cette histoire. Ni sa relation avec Jean, la pègre ou le type encapuchonné. Une fois de plus, tout ce que cet elfe fait est louche. Mais Marcy compte bien tirer ça au clair.

Lorsqu’elle perçoit la lumière des deux braseros indiquant l’entrée de la cachette, elle pose sa torche sur le sol. Elle l’éteint avec un peu d’eau, boit le reste de sa gourde et se dirige à pas lents et feutrés vers la porte. Accroupie, elle approche du battant. Il n’y a aucune serrure, donc elle est obligée d’entrouvrir la porte pour observer ce qui se trame de l’autre côté. Tout doucement, elle serre la poignée et l’abaisse avant de tirer la porte. Juste assez pour jeter un œil. Elle aperçoit immédiatement des enfants et adolescents. Aucun ne semble vraiment regarder vers la porte. Ni même être inquiet de quoi que ce soit. A vrai dire, ils sont focalisés sur autre chose. Marcy ouvre un peu plus la porte qui émet un léger grincement. Elle se fige, mais aucun regard ne se tourne vers elle. Alors elle passe la tête dans l’ouverture.

Yerek.

Il est là, sur l’estrade, en train de parler. Aucune trace d’Eleanore. A moins qu’elle ne soit dans la troupe assise face à lui. Concentré sur ses ouailles, il ne fait aucunement attention à la petite silhouette de Marcy qui se faufile à l’intérieur pour se cacher derrière un des piliers. Son cœur bat à tout rompre. Elle n’a pas le droit à l’erreur. Si possible, elle aimerait s’assurer qu’Eleanore va bien avant de tenter quoi que ce soit. Alors elle penche la tête sur le côté et observe le groupe. Elle reconnaît quelques profils aperçus lors de son précédent passage. Et, enfin, celui d’Eleanore. Et aussi celui d’Edouard, juste à côté. Les deux ont l’air sains et saufs. Elle respire un peu mieux, soudainement. Un tracas en moins. La question, maintenant, est simple. Que faire ? Impossible de les prévenir sans attirer l’attention de tout le monde. Et attaquer Yerek sous les yeux de tout le monde ferait d’elle le danger. La responsable des problèmes. Pas celle qui tente de les aider. Faute d’idées, elle écoute le discours de Yerek.

- Nous sommes donc à l’orée de notre réussite. Il ne reste plus grand chose à régler. Nous serons bientôt tous en lieu sûr, loin d’ici.

Marcy ne peut s’empêcher de grimacer. Elle sait qu’il ment. Elle ne sait simplement pas ce qu’il cache réellement. Qu’a-t-il prévu de faire à tous ces enfants, exactement ? Il n’a jamais eu l’intention de les sauver, mais pourquoi revenir et leur faire croire le contraire, alors même que la pègre s’est débarrassée de la menace que lui et son groupe de cinglés tentaient de créer ? Il a forcément quelque chose derrière la tête. Quelque chose qui ne plaît pas à Marcy, même si elle ne sait pas de quoi il s’agit. Ça ne peut pas bien finir pour les enfants, c’est évident. Enfants qui ne se posent pas la moindre question. Ils sont complètement dévoués à sa cause, sans même le savoir. Si seulement elle avait eu le temps ou les moyens de convaincre Edouard…

- Vos familles nous joindront peu après. Vous êtes bien sûr les premiers à en profiter. Nous partirons dès demain.

Nouvelle grimace de Marcy. Dès le lendemain ? Elle devait agir maintenant, alors. Elle devait se débrouiller pour convaincre les enfants et faire en sorte que Yerek abandonne son projet. Elle se redresse et sort de sa cachette. Elle marche droit vers l’estrade. Yerek la repère rapidement cette fois. Il la fixe, silencieux, faisant tourner des têtes vers sa direction. Marcy se campe, bras croisés, à la limite du petit groupe.

- Marcy !

Sans trop de surprise, Eleanore se rue vers elle pour l’enlacer. La rouquine titube un peu sous l’impact, mais ne lâche pas Yerek des yeux. Elle caresse le haut de la tête de la petite blonde, soulagée de la voir en pleine forme. Et, au vu de la réaction générale, l’elfe tatoué ne les a pas montés contre elle. Rien de plus normal. Après tout, il n’y a pas de problème, n’est-ce pas ?

- On s’inquiétait, Marcy ! Tu étais où pendant ces derniers jours ?

La rouquine porte finalement son attention sur la jeune fille. Elle est toujours la même. Aucune trace de violence, aucune peur dans ses prunelles claires. Juste Eleanore, avec sa chevelure couleur d’or et sa bouille naïve qui donne envie de l’enrouler dans toutes les protections du monde.

- Je m’occupais de… quelques rats…

Elle relève son regard en disant cela. Yerek et elle se toisent alors qu’Eleanore, confuse, l’observe sans comprendre ce qu’elle insinue. Marcy n’est pas certaine que révéler son implication soit la chose la plus maligne à faire. Yerek ne va certainement pas rester les bras croisés. La rouquine est un danger pour ses plans, il doit agir vite. Et c’est exactement ce que Marcy espère. Qu’il fasse le premier pas. Qu’il montre son vrai visage. Cela la met en danger, mais elle sait que Yerek voulait déjà se débarrasser d’elle. Elle lui a simplement donné une raison. Une raison qu’il ne peut pas expliquer aux enfants. Elle se pense sauve pour le moment. Tout ce qu’elle a à faire, c’est de sortir Eleanore de là et de trouver un moyen de lui expliquer toute la situation. Ainsi qu’à Edouard. Et que les deux la croient et l’aident à sortir les autres de là. Avant le lendemain.

- Tu t’occupais de ce genre de rats, Marcy ?

La concernée quitte son duel de regard avec Yerek pour regarder là où pointe Eleanore. Un rat se tient là. Gros, noir, luisant. Il semble les observer, ce qui met Marcy mal à l’aise. Mais pas autant que les paroles de Yerek.

- Puisque Marcy est là, je pense qu’on peut partir plus tôt que prévu.

Elle tourne son regard vers lui. Il sourit. Un sourire aimable et doux. Tout le contraire du regard qu’il lui lance. Elle ne s’est pas du tout jouée de Yerek. Elle s’est jetée dans la gueule du loup.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » lun. 5 janv. 2026 22:03

Le prix de la vérité

Si c’est l’excitation qui prime pour les enfants après l’annonce de Yerek, c’est la douche froide pour Marcy. Elle espérait utiliser le temps à sa disposition pour emmener Eleanore loin d‘ici, convaincre Edouard et trouver, avec leur aide, une issue pour les enfants. Mais Yerek ruine ses plans pensés à la va-vite. Trop, sans doute. Elle aurait dû trouver une solution avant de venir. Mais elle n’a pas eu le temps. Le temps comptait trop. Et, maintenant, elle ne sait pas du tout ce que l’elfe tatoué peut bien avoir en tête. Il a clairement prévu quelque chose, mais elle ne sait pas quoi. Et c’est clairement le plus angoissant. Elle est persuadée qu’il va vouloir se débarrasser des enfants. Toute cette histoire de les emmener en lieu sûr n’était qu’une vaste fumisterie depuis le début, ça elle le sait. Mais la manière dont il va s’occuper de se débarrasser d’autant de témoins gênants lui échappe. Et cela l’angoisse. Parce qu’elle doute de pouvoir faire face, seule.

- T’entends ça, Marcy ?!

Aussi excitée que les autres, Eleanore sourit à la rouquine. Cette dernière serre la mâchoire. La peur et la colère se mélangent dans son corps et son esprit, menaçant d’exploser d’un moment à l’autre. Elle serre les poings, un regard empli de haine et d’incertitude diriger vers Yerek qui ne bouge toujours pas après son annonce. Comme s’il savourait les réactions qu’il provoque. Que ce soit la naïveté des enfants qui le croient ou la réaction viscéral et silencieuse d’une Marcy dépassée ; mais, à la surprise générale, ce n’est aucun des deux qui réagit.

- Et pour ceux qui sont malades ?

Marcy tourne son regard vers Edouard. Debout au milieu des autres, il ne semble pas partager l’ambiance de la liesse générale. Il fixe Yerek, bras croisés, dans une posture qui n’est pas sans rappeler celle de Marcy. Pour la première fois, une ombre de surprise passe sur le visage de l’elfe tatoué. Marcy, elle, se met à espérer. Juste un peu.

- Ils nous rejoindront plus tard, Edouard, évidemment.

La réponse de Yerek ne semble guère convaincre Edouard qui se contente de hoche la tête avant de venir vers Marcy. Il pose une main sur son épaule et leurs regards se fixent l’un dans l’autre. Elle perçoit une tristesse résolue, bien loin de l’assurance qu’il avait lors de leur dernier échange. Il ne fait que murmurer quelques mots, mais cela suffit à Marcy :

- Tu avais raison.

Ils se fixent encore quelques secondes avant qu’Edouard ne s’écarte d’elle. Yerek n’a pas cessé de les fixer, même Marcy doute qu’il ait pu entendre ce qu’Edouard lui a murmuré, surtout avec le brouhaha provoqué par l’euphorie des enfants. Reste qu’elle ne peut compter que sur Edouard. Et même s’il est peut-être persuasif, cela ne va pas contrecarrer l’emprise qu’a Yerek sur les enfants. Mais cette aide bienvenue redonne un peu de courage et d’espoir à Marcy. Si Edouard appuie son propos, les enfants pourraient douter. Et c’est tout ce dont elle a besoin : créer le doute.

- Pourquoi ne pas dire la vérité, Yerek ? Pourquoi ne pas admettre que tout ça n’est qu’une vaste blague et qu’il n’y a jamais eu de plan pour les sauver et les sortir d’ici ?

- Marcy ?

Eleanore l’observe, comme tous les enfants de la pièce. Surpris ou emplis d’incompréhension, pour la plupart. Certains des plus vieux, eux, ont une expression plus difficile à percer. Come s’ils attendaient la suite pour réellement réagir. Comme s’ils doutaient déjà, au fond d’eux. L’elfe, lui, reste calme, comme si les paroles de Marcy n’avaient guère d’importance.

- Tout ce qui a été fait était dans le seul but de sortir tout le monde d’ici, Marcy. Cela me chagrine que tu penses ça. J’ai œuvré corps et âme à la réalisation de ce projet qui aurait changé la vie de tout le monde ici.

Marcy ne peut retenir un souffle sarcastique. Il ne ment pas, techniquement. Si son vrai projet avait réussi, beaucoup de vie auraient été changé. Détruites, anéanties, mais changées, selon sa logique tordue.

- Vraiment ? Alors pourquoi ne pas dire où sont les trois absents ?

Il y a un léger tic sur le visage de Yerek. Cela ne dure qu’une brève seconde. Si fugace que Marcy aurait pu l’imaginer. Mais elle l’a vu.

- Comme j’ai dit, ils sont malades, ils…

- Ils sont morts.

La voix d’Edouard coupe celle de Yerek. Un silence suit cette déclaration tandis que l’adolescent fixe Yerek avec un regard à la fois meurtri et empli de haine.

- J’ai été chez eux. Ils sont morts. Leurs parents les pleuraient encore. Tu nous as menti, Yerek !

L’elfe soupire à cette déclaration, alors que tous les enfants l’observent.

- J’ai préféré vous épargner la douleur de leur perte. Ils se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Le monde n’est pas sûr. C’est pour ça que je souhaite vous mettre en sécurité. Pour que ce genre de tragédie ne se reproduise pas.

Marcy grince des dents. Cet enfoiré ne lâche pas le morceau. Il continue à plaider que tout est fait dans l’intérêt des enfants. Même en admettant qu’il ment, il passe pour le gentil de l’histoire. Peu, parmi les enfants, doutent. Les plus âgés ont l’air un peu plus conscients que ce mensonge n’est pas normal, mais les autres n’y pensent même pas. Pour eux, Yerek les protège. Y compris Eleanore, qui observe Marcy avec une expression peinée.

- Marcy, pourquoi tu n’aimes pas Yerek ?

La rouquine pose son regard sur la petite blonde. Tout raconter serait extrêmement long et Yerek aurait tout le loisir de contredire tout ce qu’elle peut avancer comme argument. Non, elle doit trouver un argument imparable. Et Yerek lui en a fourni un, malgré lui, maintenant qu’elle y pense.

- Parce que c’est un lâche qui ment et qui force les autres à faire de mauvaises choses. Ta maman, par exemple.

Les yeux de la jeune fille s’écarquillent.

- Ma… maman ?

Marcy acquiesce.

- Il lui a fait croire que j’étais méchante. Et que, pour te revoir, elle devait me faire du mal.

- C’est ridicule ! – la voix de yerek la coupe. Mais il semble plus tendu, moins serein. Alors Marcy continue.

- Si c’est ridicule, je suis sûre qu’on peut aller voir sa maman pour qu’elle dise à tout le monde que je mens, pas vrai ?

(Prends ça, enfoiré !)

S’il refuse et obligé tout le monde à rester là, les doutes des enfants vont grandir. S’il accepte, la maman d’Eleanore n’aura aucun mal à admettre ce qu’il l’a forcée à faire. Et il le sait. Un rictus d’agacement se dessine sur son visage alors que Marcy lui offre un sourire de petite peste. Il est dos au mur cette fois. Quoi qu’il décide, il perdra. Marcy est persuadée d’avoir réussi son coup. C’est donc avec une certaine appréhension qu’elle le voit soupirer. Son visage cesse d‘être le masque affable qu’elle a toujours vu et son regard se fait dur.

- Une vraie épine dans mon pied, voilà ce que tu es, petite chieuse. J’espérais éviter les cris et la souffrance, mais tant pis. Ainsi soit-il.

Dans un bruissement d’étoffe, un long fouet sort de sa manche, glissant jusqu’au sol. Il fixe Marcy, son regard froid et déterminé. Marcy sent une longue trainée glacée lui parcourir l’échine. Elle l’a poussé à bout, elle a réussi son pari. Maintenant, elle va devoir en gérer les conséquences.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » mer. 7 janv. 2026 18:55

Quand tombe le masque


La tension dans la pièce a brusquement grimpé en flèche. Les enfants fixent Yerek avec des visages confus ou apeurés tandis que Marcy tire sa dague de sa ceinture. Eleanore, qui s’agrippait à elle, s’écarte brusquement, une terreur nouvelle apparaissant dans ses yeux.

- Marcy...

- El’, rentre chez toi. Emmène tout le monde dehors. Vite !

- Mais…

Marcy aurait insisté si quelque chose ne s’était pas soudainement enroulé autour de sa cheville. Avant qu’elle ne comprenne, elle s’écrase sur le sol, sa jambe tirée en arrière par le fouet que Yerek tient en main et qu’il a enroulé autour de sa cheville. Il s’avance, visiblement furieux. Refusant de le laisser approcher, Marcy lui lance sa dague. Il la dévie d’un coup de fouet, mais donne l’opportunité à la rouquine de s’en libérer. Elle recule en rampant rapidement sur les fesses avant de se relever. Un kunai vient remplacer sa dague dans sa main. Ses yeux scannent la pièce, cherchant une opportunité, une échappatoire, même brève. Mais le fouet revient à la charge. Filant comme l’éclair, il ne lui laisse pas le temps de réagir et la pointe en acier qui en termine l’extrémité zèbre douloureusement sa joue, arrachant une plainte à l’adolescente qui passe immédiatement sa main dessus, par réflexe.

- Il est temps de t’apprendre à obéir.

De nouveau, le fouet claque. Trop rapide pour que Marcy l’esquive consciemment. Elle se jette en arrière par instinct, évitant de justesse la morsure du métal, mais heurtant un pilier de la pièce en échange. Elle n’a aucune idée de comment éviter ce genre d’attaque. Alors elle se cache derrière le pilier, le souffle court, les yeux embués de larmes. Il ne peut pas l’atteindre s’il ne peut pas la voir. Elle prend une seconde pour respirer. Puis deux. Elle s’attend à quelque chose, mais rien. Rien d’autre que la douleur de sa joue et le sang qui s’écoule dessus. Son cœur bat la chamade, ses jambes tremblent et elle peine à déglutir. Une sueur froide et désagréable coule de son front. Elle essuie son visage, inspire et resserre sa prise sur son kunai. Elle se prépare à sortir de sa cachette lorsqu’elle voit, du coin de l’œil, l’extrémité du fouet brusquement apparaître et, de façon incompréhensible, tourner vers elle. Comme s’il était doté d’une volonté propre.

- Qu’est-ce que…

La pointe de métal file droit vers sa tête. Elle se protège de son bras gauche, qu’elle lève devant son visage. Un réflexe qui lui sauve sûrement la vie. Mais la lame se plante profondément dans sa chair et elle crie de douleur. Puis elle tombe à genoux, le visage baigné de larmes. Yerek, lui, apparaît. Il enroule lentement le fouet autour de sa main, tirant lentement sur le bras de Marcy, envoyant encore plus de spasmes de douleur dans le bras de la jeune fille.

- Tu fais moins la fière, maintenant, gamine !

- Va... te faire foutre…

L’elfe tire d’un coup sec, arrachant le métal de la chair. Marcy crie de nouveau, submergée par la douleur. Elle se recroqueville sur elle-même, tenant son bras blessé contre sa poitrine. Son sang macule ses vêtements et coule sur le sol, mélangé aux larmes qu’elle n’essaie même pas de retenir. Elle a trop mal pour ça. Elle ne ressent rien d’autre que la douleur dans son bras, à présent. Elle n’imaginait pas que Yerek sache faire ce genre de choses. Une erreur de jugement qui lui coûte cher. Très cher. Elle sent la poigne de l’elfe agripper ses cheveux pour relever son visage vers le sien. Malgré le rideau de larmes, elle le défie du regard. Un spectacle qui semble amuser l’enfoiré qui lui a transpercé le bras.

- Si arrogante… Tu aurais pu t’éviter tout ça en arrêtant de fouiner. Tant pis pour toi.

Il lève son bras pour frapper.

- Marcy !

Le cri d’Eleanore transperce les tympans de la rouquine. L’électrochoc de la voix terrifiée de la petite blonde fait réagir la voleuse qui, plutôt que d’abandonner, décide de frapper, sans même y penser. Le kunai qu’elle tenait toujours s’enfonce profondément dans le flanc de Yerek qui hoquète sous la douleur. Un flot de sang jaillit lorsque Marcy retire la lame. Elle sent la poigne sur ses cheveux disparaître et choit au sol. L’elfe titube en se tenant le flanc, le visage partagé entre surprise et incompréhension.

- Petite… Garce…

Une silhouette le percute de plein fouet. Malgré les larmes qui brouillent sa vue, Marcy reconnaît Edouard qui se jette sur Yerek pour le repousser. Des mains, petites et fragiles, se posent alors sur son épaule. Eleanore. Elle aussi pleure, mais pas de douleur ; simplement de voir son amie dans une telle situation et blessée. Elle crie, entre deux sanglots :

- Marcy ! Marcy !

- Je suis blessée, pas sourde, El’ ! Pourquoi t’es encore là ? Tirez-vous, merde !

Elle n’a aucune envie de se sacrifier. Ou de jouer les héroïnes, mais subir tout ça sans qu’aucun des enfants ne fichent le camp, ça l’énerve. Eleanore ne répond pas et continue de pleurer, mais ses mains se déplacent au-dessus de sa blessure. Et une lumière en sort. Une lumière qui fait soudainement beaucoup de bien à Marcy qui sent la douleur refluer. Elle cligne des yeux, surprise. Si la douleur ne disparaît pas totalement, elle n’est plus aussi horrible qu’avant. Son bras a même cessé de saigner, bien que regarder la blessure donne à Marcy envie de vomir.

- Comment tu …

- Je t’ai dit que je savais faire d’autres trucs.

Un bref rire nerveux secoue la rouquine. Elle essuie son visage de sa manche propre et se relève, avec l’aide d’Eleanore qui la soutient. Les jambes de Marcy peinent à la soutenir. C’est Edouard qui, en courant, attrape la rouquine pour la soulever. Marcy se retrouve donc portée comme une princesse par un Edouard qui enjoint tous les enfants à partir. Ce qu’ils font, la plupart en courant. Eleanore court aux côtés du jeune homme. Marcy, elle, est encore sous le choc de sa blessure et du geste d’Edouard. Elle fixe ce dernier avec des yeux ronds, comme si elle le découvrait pour la première fois. Pas qu’elle le connaisse bien, loin de là, mais quand même. Elle se sent petite dans ses bras. Et elle déteste ça.

- Pose-moi… siffle-t-elle entre ses dents.

Edouard lui jette un coup d’œil, mais n’obéit pas. Marcy commence à gigoter, mais Edouard raffermit sa prise sur sa cuisse, faisant hausser les sourcils de la rouquine.

- Tu vas nous ralentir. Alors sois sage et attend qu’on soit sorti.

Elle ouvre la bouche, mais rien n’en sort. Edouard, lui, se fend Son bras a même cessé de saigner d’un sourire moqueur lorsqu’ils finissent par sortir enfin de la pièce. Marcy ferme la bouche, mais se promet de le lui faire regretter plus tard. Mais son esprit et ses yeux se focalisent sur autre chose, lorsque la voix de Yerek lui parvient.

- Tuez-les !

Juste avant qu’Edouard ne les fasse prendre la tangente, elle aperçoit quelque chose. Quatre grosses créatures sombres, aux yeux rouges et aux dents immenses. Si elle pensait avoir peur avant, elle se rend compte que ce n’était rien, comparé à la terreur qu’elle ressent alors. Yerek n’a aucune intention de les laisser fuir.

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Message par Marcy » jeu. 8 janv. 2026 20:14

Le fond du tunnel

Fermement tenue par Edouard, Marcy se sent particulièrement inutile et impuissante tandis que les enfants s’enfuient dans le dédale de couloir sombres vers la sortie. Son regard passe de la chevelure blonde d’Eleanore qui court devant eux à la menace invisible qui les poursuit, derrière. L’obscurité percée par le petit orbe de la blonde n’est pas suffisante pour donner à marc yue vision de ce qu’il se passe derrière eux et cela l’angoisse. Elle craint que les créatures les rattrapent. Elle n’a pas eu le temps de voir ce qu’elles étaient vraiment, mais nul doute que Yerek n’a pas envoyé des petits chats adorables. Encore que, vu la présence de l’asternia la dernière fois, ce ne serait pas forcément la chose la plus improbable.

- Merde ! L’échelle !

Marcy tourne la tête. Au fond du couloir, leur salut. Bouché. Tous les enfants se sont précipités au même endroit et le couloir est bondé. Les premiers sont en train de monter, dans un concert de cris et de pleurs provoqués par ceux arrivés après. Il n’y a nulle part d’autre où fuir. Yerek le sait. Tôt ou tard, ils se feront acculés par les créatures qui les pourchassent. Et ce sera un carnage. Marcy se débat alors, comprenant que, dans cette situation, elle ne peut pas rester aussi vulnérable.

- Pose-moi, Edouard ! Ces trucs vont arriver d’un moment à l’autre.

- Et tu vas faire quoi ?

- Pas rester dans tes bras à les laisser tous nous tuer en tout cas. Dépêche !

Hésitant un court instant, il finit quand même par la poser délicatement sur le sol. Marcy titube un peu et se retient au mur. Elle inspire et se campe sur ses jambes, fixant l’obscurité menaçante d’où peuvent surgir les pires cauchemars de tout Yuimen. Sa main tire un kunai. Acculée, elle n’a pas beaucoup d‘autres choix, mais elle ne va certainement pas se laisser faire.

- Tiens, je l’ai ramassée.

Elle dévie le regard vers la main tendue d’Edouard. Sa dague repose sur sa paume. Elle s’en empare sans hésiter. Elle la garde dans son autre main, avant de réaliser.

- Et toi ?

Son silence est évocateur. Elle soupire.

- Ma sacoche arrière. Prend au moins un kunai !

Rien. Elle tourne la tête vers lui. Le regard du jeune homme est fixé sur le bas du dos de la rouquine. Puis il croise son regard et semble gêné. Marcy ne comprend pas et s‘impatiente. Comme si c’était le moment d’hésiter, avec ce qui va leur tomber dessus. Son ton est sec, pressé.

- Quoi ?!

- C’est la première fois qu’une fille me dit de lui peloter les fesses.

Marcy n’en croit pas ses oreilles. Elle lui jette un regard à mi-chemin entre l’incompréhension et la surprise la plus totale. Mais elle réagit bien vite et son pied vient heurter le tibia du jeune homme qui laisse échapper une exclamation douloureuse.

- Hey !

- T’es un crétin !

Elle lui tend alors le kunai qu’elle a en main avant d’en prendre un autre quand Edouard s’est armé. Elle peste, mais remercie silencieusement le couloir d’être sombre. Elle espère vivement que le jeune homme n’a pas remarqué le rougissement intense de ses joues. Quelque part, elle a presque envie de remercie Edouard, parce qu’elle est moins angoissée, après ce bref interlude. De l’autre, elle a juste envie de le baffer. Plusieurs fois. Elle l’affuble intérieurement de différents noms d’oiseaux et de sobriquets insultants tout en scrutant l’obscurité face à eux. Son monlogue intérieur s’arrête lorsqu’elle perçoit finalement les premiers yeux rouges qui s’approchent dans l’obscurité. Elle resserre la prise sur ses armes.

- Ils sont là…

Elle entend Eleanore laisser échapper un souffle tremblant dans son dos. La petite blonde est juste derrière eux, éclairant le passage, tandis que le reste des enfants continuent de sortir. Lentement. Trop lentement. Marcy n’a aucune idée de comment se sortir de là. Même si, par miracle, ils arrivent à retenir les bestioles assez longtemps pour que tous les autres sortent, Edouard et elle seront coincés en bas avec ces choses. Choses qui, lentement, se dévoilent enfin.

- Merde… des ratissa…

Quatre énormes rats aux incisives démesurées et tranchantes, une fourrure sombre et sale, des yeux rouges malveillants et des griffes souillées. Un portrait peu flatteur des rois des rats. Marcy en a déjà vu de loin, mais ils sont généralement traqués sans pitié par la milice qui ne les laissent pas quitter les égouts. Et à juste raison. Ils ne sont pas plus gros que des chiens, mais elle n’a que trop entendu les histoires d’enfants trop téméraires qui ont fini dévorés par ces abominations. Que les histoires soient vraies ou non, elle a toujours craint de tomber sur une de ces choses. Et voilà que quatre d’entre eux la fixent, avec l’envie de tuer brillant dans leurs pupilles. Marcy regrette d’avoir jeté et mouillée sa torche, plus tôt. Le feu aurait été un excellent répulsif contre ces horreurs. Mais elel a quand même une autre solution.

- Hey, envoyez-nous une torche !

Sa voix se perd dans le capharnaüm du couloir. En voyant les ratissa, beaucoup d’enfants ont criés et le pleurs ont redoublé d’intensité. Marcy jure, mais la voix d’Eleanore perce les pleurs et parvient jusqu’à ses oreilles.

- Je vais leur dire !

La rouquine ne peut pas quitter les énormes rats des yeux, mais une lueur d’espoir se fait ; S’ils peuvent obtenir une torche, il y aura une chance de les tenir en respect. Le tout est de savoir dans combien de temps ladite torche fera son apparition. Car, de leur côté, les ratissas se préparent à attaquer. Les gencives immenses claquent, prêtes à mordre et déchiqueter la chair des enfants. Marcy tremble, mais resserrent à nouveau ses mains sur les manches de ses armes. A ses côtés, elle entend un flot ininterrompu de jurons quitter la bouche d’Edouard qui n’en mène pas large non plus. Quelque part, cela la rassure et lui tire même un sourire. Elle préfère se débrouiller seule au quotidien, mais, dans une situation pareille, elle apprécie ne pas être complètement seule face à ces choses. Même si elle ne l’avouera jamais. Et encore moins à Edouard.

- Un pari, ça te dit ?

La voix d’Edouard lui arrache un son amusé. Et il a l’air de prendre ça pour une confirmation.

- Celui qui se débarrasse du plus de ces trucs gagne. L’autre lui file 10 yus.

C’est complètement con. Voilà ce que Marcy a envie de lui répondre. Mais elle sent le trémolo dans sa voix. C’est une façon à lui de se rassurer. De ne pas céder complètement à la panique qui menace de l’engloutir, elle aussi. Alors elle frotte d’un coup sec ses deux lames l’une contre l’autre et se campe fermement sur ses jambes, prête à bondir.

- Pari tenu !

C’est complètement insensé. Ils le savent tous les deux. Mais ça donne un Marcy un peu de baume au cœur. Et Gaïa sait qu’elle en a besoin.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » sam. 10 janv. 2026 00:52

La Loi des Crocs

L’attaque tardait. Marcy sent sa respiration devenir plus courte, ses épaules se tendre de plus en plus. Ses doigts crispés sur ses armes commencent à lui faire mal. Elle se met à espérer que les ratissas craignent les deux adolescents armés. Les quatre créatures ne font que les observer en crissant des dents, sans attaquer. La part optimiste de la voleuse se dit qu’ils n’osent pas se lancer à l’assaut. Sa part plus pragmatique se dit simplement qu’ils attentent un moment d’inattention, une faiblesse à exploiter. Et ils la trouvent. La voix d’Eleanore demandant une torche s’élève au-dessus du reste et Marcy tourne à peine la tête, attirée instinctivement par la voix familière. Aussitôt, les rongeurs géants passent à l’offensive. Avec une telle vitesse et violence qu’ils prennent les deux adolescents de court.

Les quatre animaux se jettent sur eux, griffes sorties, dents prêtes à déchiqueter les chairs vulnérables. Surprise, mais néanmoins pleine de réflexe, Marcy réplique aussitôt. D’un bond en arrière, elle garde un peu de distance tandis que son kunai fuse en une ligne directe vers le rongeur le plus proche. La lame s’enfonce dans la fourrure épaisse de la créature qui piaille de douleur, l’arrêtant net. Mais les trois autres n’en ont cure. Deux se ruent sur Edouard qui fait de grands gestes de son bras armé, pour les tenir à distance. Marcy évite de justesse les griffes de son propre rat. Son pied rate de peu l’animal qui recule en crachant. Elle ne perd pas de temps et vient en aide à Edouard, en grande difficulté. Elle bondit, dague en avant, mais rate sa cible d’un cheveu. Ou d’un poil. Le duo de rats recule à son tour. Le blessé, lui, essaie de se débarrasser du kunai. Profitant du répit, Marcy jette un œil à Edouard. Il saigne de son bras libre et d’une cheville, les habits tranchés par les griffes des créatures. Il respire lourdement, signe d’un épuisement déjà conséquent. Elle-même n’est pas en meilleur état, avec son bras toujours blessé et son souffle court.

- T’as un plan ?

Elle secoue la tête, provoquant une floppée de jurons chez Edouard. Elle n’aurait pas dit mieux. Bloquée par le tunnel, elle n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. Sa rencontre il y a quelques jours contre l’asternia lui donne un peu d’expérience pour gérer des animaux. Mais quatre ratissas, c’est autre chose qu’un gros chat avec des piques sur le dos. Elle tire un nouveau kunai, puis, histoire de se donner plus de possibilités, elle porte sa dague à sa bouche et mord dans le manche pour le maintenir entre ses dents. Son autre main, désormais libre, prend un autre kunai. Elle souffle du nez et se ramasse sur elle-même. Elle a bien vu que les animaux visaient ses jambes. Si elle peut les éviter et répliquer rapidement, elle a peut-être une chance. De leur côté, les rats se sont rassemblés. Chose étonnante, un ratissa arrache le kunai enfoncé dans la chair de son camarade. L’arme ensanglantée repose sur le sol et les quatre rats se préparent à repartir à l’attaque. Leur comportement n’a rien de normal ou naturel, elle en est persuadée. Yerek doit les contrôler d’une manière ou d’une autre.

Au moment où les rats se mettent à avancer, Marcy agit. Elle surprend Edouard, les ratissas et elle-même. Elle bondit d’un coup, ses pieds quittant le sol tandis que sa main gauche lance un kunai qui heurte le sol juste devant le museau poisseux d’un ratissa. Son second kunai part dès qu’elle touche le sol. Droitière, elle ajuste bien mieux son tir qui touche le rat déjà blessé. Il titube tandis que ses compagnons se jettent sur elle. Elle récolte une griffure à son mollet qui la fait crier. La dague quitte sa bouche, mais termine dans sa main et fend l’air, tranchant des moustaches. Des griffes frôlent sa jambe qu’elle retire juste à temps. Edouard arrive alors en beuglant et profite pour donner un coup de pied dans un des rats qui n’apprécie guère le traitement et recule en boitant. Edouard attrape l’épaule de Marcy et la tire en arrière, lui évitant de finir défigurée par un rongeur sauteur.

- T’es cinglée ou quoi ?

- J’en ai eu un, non ?

Elle grimace, sa jambe lui faisant un mal de chien. Elle peut sentir le sang couler jusqu’à son pied, mais tout ça n’a pas été en vain ; un ratissa de moins, non ? Sauf que ce qui suit la fait pâlir. Les trois rats se jettent sur leur camarade agonisant et commencent à le dévorer sans pitié, avec un appétit vorace et des bruits atroces. Le sang gicle et des viscères tombent sur le sol. Un haut-le-cœur prend les deux adolescents qui reculent, à la fois dégoutés et terrifiés par la scène qui se déroule sous leurs yeux. Bien vite, il ne reste rien du ratissa à part des os rongés et des lambeaux de chair déchiquetés. Le sang et le buffet semblent avoir enragé un peu plus les ratissas qui cessent d’être prudents. Ils se jettent sur les adolescents avec une faim dévorante dans le regard. Marcy évite les dents d’un bond, mais ne parvient pas à riposter. Elle aperçoit du coin de l’œil Edouard reculer, puis trébucher. Sous ses yeux horrifiés, il chute et les trois rats se jettent aussitôt sur lui. Du sang gicle. Edouard hurle. Marcy hurle avec lui et se jette sur le rat le plus proche. Sa dague lui perfore le dos, mais l’animal l’ignore complètement, occupé à planter ses dents dans la chair de l’adolescent.

Elle frappe encore et encore, le sang maculant bien vite ses doigts. Le rat finit par lâcher le jeune homme et se tourner vers elle. Marcy lève le bras une nouvelle fois, mais sa dague, poisseuse de sang, lui échappe des mains. Ses yeux s’écarquillent alors que l’animal se jette sur elle. Elle fixe idiotement les dents ensanglantées filer vers son visage. Puis un éclat métallique passe à sa droite. Le ratissa est comme projeté contre le mur, puis cloué sur ce dernier. Les deux autres, alertés, s’écartent de l’adolescent qu’ils tentaient encore de tuer. Edouard, blessé de manière horrible, pousse un râle sifflant, sa bouche crachant du sang. Les deux rats bondissent vers Marcy, mais, de nouveau, deux éclats métalliques frôlent la jeune fille. Le premier rat est coupé en deux sur toute sa longueur, chaque mocreaux s'écrasant sur le sol en un son ignoble. L’autre animal s’écrase sur le sol, cloué à ce dernier. Un silence assourdissant remplace finalement les cris. Puis une ombre entoure Marcy, telle une grande cape noire s’étalant autour d’elle. Une main se pose sur sa tête. Calme. Réconfortante. Humaine. Elle relève les yeux tandis que la cape qui l’entoure finit par prendre l'apparence d'une silhouette humaine, un visage connu sortant des ombres. L’encapuchonné.

- Désolé d’avoir tardé.

Un sanglot soulagé s’échappe des lèvres de la rouquine. La tension et l'adrénaline qui la maintenaient debout finissent par la quitter et elle tombe à genoux, les mains tremblantes, dans une flaque de sang qui pourrait aussi bien être celui des ratissas que celui d’Edouard, toujours allongé sur le sol.

- Edouard, il…

- Va s’en sortir.

Elle fixe l’homme qui débouche un flacon. Il s’agenouille près de l’adolescent et le redresse pour lui faire boire le contenu de la fiole. Marcy l’entend tousser, puis jurer. De longues secondes s’écoulent avant que l’homme ne se relève en aidant l’adolescent à faire de même. Celui-ci est un peu hébété, mais vivant, bien que toujours blessé. Il sourit faiblement à Marcy qui sent ses épaules s’affaisser, un poids s'envolant enfin. ils sont sauvés. Le cauchemar est terminé.

- Marcy

Interpelée, la concerné tourne la tête vers l'encapuchonné, le regard empli de reconnaissance et d'espoir. Sauf qu’il n’offre pas à Marcy le salut espéré.

- Navré, mais je vais encore avoir besoin de toi.
Modifié en dernier par Marcy le sam. 10 janv. 2026 09:33, modifié 1 fois.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » sam. 10 janv. 2026 02:43

Dernière Descente

Avec l’aide de l’encapuchonné, Marcy et Edouard sont finalement parvenus à monter l’échelle et à se reposer un peu dans la cave. L’ambiance est tendue. La plupart des enfants sont restés, effrayés à l’idée de sortir. Les plus vieux gardent l’entrée. Tous observent avec une crainte mêlée d’admiration l’encapuchonné qui est venu si facilement à bout des ratissas. Marcy, elle, respire finalement, malgré les sanglots difficilement contenus d’Eleanore qui n’a cessé d’aller et venir entre elle et Edouard sans trop savoir quoi faire. Dans d’autres circonstances, cela aurait pu amuser ou, à terme, agacer la rouquine. Mais Marcy est focalisée sur l’encapuchonné qui s’installe près d’elle après s’être assuré que rien d’autre ne sortait des ombres du tunnel. Il dépose les trois kunais de Marcy près d’elle et entreprend de bander son mollet blessé. Le tissu sent curieusement, comme un mélange d’herbe et d’autre chose, mais Marcy est trop occupée à siffler de douleur entre ses dents pour réellement se soucier de l’odeur.

- Navré, je n’ai plus assez de potions de soin. Tu devras t’en contenter.

- Je ne me suis pas plainte… Aïe !

Elle jette un regard noir à l’encapuchonné, persuadée qu’il a fait exprès de serrer un peu plus fort pour lui donner tort. Mais elle refuse de se plaindre. Elle a de la chance d’être en vie. S’il n’était pas arrivé, elle n’ose imaginer ce qu’elle aurait vécu sous les dents des ratissas. Edouard doit avoir une petite idée, mais elle n’a aucune envie de le savoir. Ce qu’elle veut savoir, en revanche…

- Comment vous nous avez trouvé ?

- Le Renard.

Jean… évidemment. Elle lui a dit où se trouvait la planque des enfants. Il a accepté de ne pas révéler l’information à la pègre, mais ça ne prend pas en compte ce type étrange. Marcy ne trouve hélas rien à redire à cette transgression, malgré tout. Elle est en vie grâce à ça. Il s’en est fallu de peu, et elle en tremble encore, malgré toute la volonté qu’elle met pour rester aussi stoïque que possible. Elle s’estime déjà heureuse de ne pas s’être faite dessus de peur. D’autres enfants n’ont pas eu cette retenue. Mais personne ne se moque. Tout le monde a eu peur. Et, pour beaucoup, des mois de confiance et d’espoir viennent de voler en éclat. A cause d’une seule ordure.

- Et maintenant ? Vous allez arrêter Yerek ?

- Oui. Mais j’ai besoin de toi.

- Vous êtes balèze, vous avez pas besoin de moi.

Elle n’a aucune honte à dire clairement qu’elle n’a aucune envie de retourner face à Yerek. Il l’a presque tuée et ce, sans effort. Elle n’a aucune envie de se retrouver de nouveau face à lui.

- Je n’ai pas besoin que tu te battes, mais que tu me montres le chemin. Tu n’interviens pas, tu me conduis à lui et tu fiches le camp.

Elle hoche la tête. Voilà un plan qui est acceptable, pour elle. Si quelqu’un peut s’occuper de Yerek, c’est bien cet homme. Elle n’a pas bien compris comment, mais il a massacré les ratissas sans effort avant de surgir du néant. Elle ne l’avouera pas, mais elle est impressionnée. Mais elle a plein de questions pour lui. Et il semble s’en rendre compte.

- Une question. Choisis bien.

Marcy ferme la bouche qu’elle avait ouverte et fronce les sourcils. Cela ne lui plaît pas beaucoup de devoir trier tout ce qu’elle a envie de savoir. Elle aimerait comprendre tout ce qu’il se passe sans devoir faire des suppositions et hypothèses. Elle en a un peu marre d’être dans le flou concernant l’elfe qui a tenté de la tuer par deux fois et d’empoisonner la ville entière en se servant d’enfants qu’il voulait tuer une fois leur utilité expirée. Alors, incapable de choisir, elle opte pour celle qui la contentera le plus. Momentanément, du moins.

- Pourquoi vous êtes après Yerek ?

Elle est presque certaine qu’il sourit furtivement, pendant un quart de seconde, mais c’est avec un visage sérieux qu’il répond à la question.

- Il a volé quelque chose qu’il n’aurait jamais dû. Je suis là pour le récupérer. Et le punir.

Marcy fait la moue. Cela soulève davantage de questions encore et elle n’a rien appris de bien essentiel, finalement. A croire qu’il se joue d’elle, sachant très bien qu’elle a des centaines de questions pour lui. Il se relève d’ailleurs, sans lui laisser le temps d’enchaîner une question sans tenir compte de son interdiction.

- On doit se dépêcher. Yerek ne va pas tarder à se rendre compte que ses animaux de compagnie n’ont pas fini le travail.

Malgré l’envie de Marcy de rester loin de cet enfoiré d’elfe tatoué, elle se relève tout de même. Péniblement, elle se campe sur ses jambes, mais la petite main d’Eleanore qui tire sa cape la retient.

- Marcy…

- Ça va aller, El’… Je reviens vite. Mais il vaudrait sans doute mieux ne pas attendre ici…

Elle observe la cave. Près d’une trentaine d’enfants et adolescents, la plupart terrifiés par ce qu’il vient de se passer. Edouard est blessé et a besoin de soin, malgré toute l’aide apportée par l’encapuchonné. Mieux vaudrait qu’ils ne restent pas là. Qui sait si le commerçant ne va pas finir par appeler la milice ou si la pègre ne va pas débarquer ici malgré tout.

- Mais on va où ?

Marcy repose son regard sur Eleanore, sur son visage inquiet, sur les sillons de larmes à peine sèches qui maculent ses joues. Sa mâchoire se crispe un instant, puis elle prend une grande inspiration. Elle a promis à sa mère de la lui ramener. Et pour ça, elle doit être en sécurité. Et il n’y a qu’un seul endroit où elle peut avoir confiance en une telle chose.

- Allez à l’orphelinat Almaran. Demandez Méli et dites-lui que c’est Marcy qui vous a dit d’aller là, en attendant. Je vous y rejoins, après.

Il y a un silence qui suit ses paroles. Les enfants s’entre-regardent et Eleanore semble vouloir dire quelque chose. Mais c’est la voix d’Edouard qui brise le silence.

- T’es sûre qu’on nous laissera entrer ?

- Oui.

Aucune hésitation dans la voix de Marcy. A vrai dire, elle sait que Méli aimerait venir en aide à plus d’enfants, bien que les moyens restent limités. Mais, ponctuellement, elle est persuadée qu’elle fera le nécessaire. La seule chose que Marcy craint réellement, c’est d’y retourner elle-même. Mais si ça peut sauver tout le monde, elle peut bien se faire passer un savon par Méli. Ce ne sera pas son premier. Elle enlève sa besace qu’elle tenait en bandoulière et en tire sa lyre. Eleanore écarquille les yeux en voyant l’instrument que Marcy lui tend alors.

- Si jamais elle doute, montre-lui ça. Elle la reconnaîtra.

- Marcy…

- Il faut y aller !

La rouquine hoche la tête en direction de l’encapuchonné et ébouriffe la petite blonde en essayant de se montrer rassurante malgré la peur qui lui tord les entrailles.

- L’orphelinat, El’. On se rejoint là-bas !

Elle emboîte le pas de l’encapuchonné, droit vers les tunnels quittés il n’y a qu’une poignée de minutes. Elle empoigne le premier barreau de l’échelle et emprunte cette dernière. Pour, elle l’espère, la dernière fois.

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Re: Les égouts

Message par Marcy » sam. 10 janv. 2026 15:24

Face à l'abîme


C’est en silence que Marcy conduit l’encapuchonné dans les tunnels. Ils marchent d’un pas rapide, l’homme calquant son rythme sur celui de la rouquine. Si elle a brièvement fermé les yeux en repassant à l’endroit du combat précédent, elle a maintenant les yeux grands ouverts, les sens en alerte. Malgré la fatigue – mentale comme physique – elle tient à ce que Yerek paie pour ce qu’il a fait. Une fois qu’elle aura conduit l’homme jusqu’à la planque, elle filera retrouver les autres enfants. Elle est persuadée qu’il se débarrassera sans peine de l’elfe. Après tout, il s’est sorti vivant de son combat contre les trois hommes dans la maison et a massacré les rats sans le moindre effort apparent. Elle, en revanche, n’est pas taillée pour ce combat et n’est, de toute façon, pas vraiment adepte de la confrontation frontale. L’assaut des ratissas l’a prouvé une fois de plus. Autant éviter les combats quand elle n’a pas l’avantage et des moyens sûrs de fuir.

Elle mène ainsi l’homme jusqu’à la porte cernée des deux braseros. Il pose une main sur son épaule, lui offre un hochement de tête, puis ouvre la porte pour s’engouffrer dans la pièce. Marcy, elle le regarde faire sans bouger, jusqu’à ce que la porte se referme presque entièrement, ne laissant qu’un léger interstice. Elle inspire et se détourne, son cœur battant la chamade. Ce cauchemar va prendre fin, ici et maintenant. Et elle n’a même pas besoin de régler le problème elle-même. Elle fait un pas en direction de la sortie.

- YEREK !

Elle tourne la tête vers la porte. Une grimace sur le visage, elle commence à hésiter. Elle pourrait rester et écouter à la porte, non ? Elle a tellement de questions restées sans réponse. Sans nul doute que les deux adultes vont échanger. Peut-être même s’expliquer…

(Je vais le regretter… )

Elle se glisse jusqu’à la porte et tend l’oreille, interceptant la conversation qui a lieu.

- Les Chevaucheurs t’ont envoyé et tu as obéis, comme un bon chien. Pathétique.

- Tu as abandonné ta mission et les a trahis. Que croyais-tu qu’il allait advenir ? Pensais-tu vraiment qu’ils te laisseraient en paix ?

- Leur avis m’importe peu. Vous avez trahi les enseignements du fondateur. J’ai trouvé ma voie, contrairement à vous. La Vraie Voie ! La seule Voie que tout Arpenteur devrait prendre ! Un but ! Une mission !

- Massacrer une ville entière ? C’est ça, ta mission ?

- Ce n’est qu’une étape. Je me moque de l’objectif de ces pathétiques fanatiques de Jeri. J’arpente ma Voie, telle que nous devrions tous le faire. Toi aussi, mon frère, tu peux aspirer à mieux.

- J’aspire au salut et à l’obéissance dans notre ordre. Que tu as bafoué sans vergogne. Tu dois en payer les conséquences.

- Ainsi soit-il. Mais tu vas regretter ton choix.

Marcy n’y comprend rien. Sans compter les mots qu’elle ne connaît tout simplement pas, elle a du mal à comprendre la dynamique et ce qui se joue ici. Elle a bien compris l’histoire de trahison, mais il y a d’autres gens ? Un ordre ? Yerek n’est pas avec les fanatiques de Jeri ? une voie ? Tout ça est trop compliqué pour elle. Et amène encore plus de questions, alors qu’elle espérait des réponses. Mais maintenant que le combat a commencé et que les deux adultes échangent coup après coup, métal tintant contre le métal. Elle doit s’éloigner. Elle doute d’en apprendre davantage. Mais sa curiosité la fait jeter un coup d’œil. Un simple et bref regard à travers l’interstice de la porte. Et ce qu’elle voit ne la rassure pas du tout.

Le fouet presque vivant de Yerek fend l’air à toute vitesse, zébrant sol, murs, piliers et plafond comme si la pierre était faite de papier. L’elfe ne bouge même pas vraiment, seul son fouet agit. Face à lui, l’encapuchonné évite les assauts par des acrobaties tellement invraisemblables que Marcy croit rêver. Chaque attaque du fouet rencontre les deux disques de métal de l’encapuchonné. Chaque lancer de disque est dévié par un mouvement sec et terrifiant de rapidité du fouet. Marcy sent son souffle se couper sous l’intensité du combat. Elle n’avait réellement aucune chance contre Yerek. Mais il semble que l’encapuchonné ne soit pas non plus en mesure de gagner ce combat. Plusieurs déchirures ensanglantées sur ses habits noirs sont visibles et il est clairement plus occupé à éviter les attaques qu’à riposter. A ce rythme, Marcy craint qu’il ne perde le combat. Si cela arrive, rien n’empêchera Yerek de retrouver les enfants et de finir ce qu’il a commencé. Et elle est persuadée d’être en haut de sa liste. Elle saisit sa dague, puis se fige en fixant l’arme qu’elle a instinctivement serrée entre ses doigts.

(Mais je fais quoi, au juste ?)

Ses mains tremblent à la simple idée de franchir cette porte pour entrer dans cette pièce où deux monstres sont en train de s’affronter dans un duel sans pitié. Elle ne fait pas le poids. Yerek n’aurait eu aucun mal à la tuer s’il n’avait pas cherché à faire un exemple face aux enfants. La seule raison pour laquelle elle est en vie, c’est qu’il a été arrogant et, elle, plus résistante qu’il ne le pensait. Il ne refera pas cette erreur si elle se pointe maintenant. Elle devrait fuir. Mais l’idée que Yerek gagne et se mette à la traquer. Et à traquer les autres… Elle se mord la lèvre et attrape son poignet armé de sa main libre. Elle serre, cherchant à calmer les tremblements alors que sa lèvre se met à saigner sous l’assaut de ses dents.

Elle ne veut pas y aller.

Elle doit le faire.

Elle a trop peur.

Elle ne veut pas mourir.

Elle ne veut pas que les autres meurent.


Ses yeux se ferment. Son cœur bat si vite qu’elle a le sentiment qu’il va quitter sa poitrine. Sa main tremble toujours. Son souffle est erratique. Risquer de mourir maintenant ou risquer de mourir plus tard. Un choix qui n’en est pas un. Elle raffermit la prise sur sa dague. Un kunai se glisse dans son autre main. Ses yeux s’ouvrent à nouveau. La porte fait de même. Marcy se glisse à l’intérieur. Une ombre rousse silencieuse qui se cache derrière un pilier. Elle se risque à passer la tête sur le côté. Le combat continue de faire rage, du sang commence à maculer le sol et elle parvient à mieux discerner l’encapuchonné, signe qu’il ralentit. Yerek est entièrement concentré sur lui. Marcy inspire, le bras se détend d’un coup. Le kunai fuse droit sur la tête de l’elfe. Marcy écarquille les yeux.

Un tintement. Le kunai est repoussé, s’envole, pour retomber sur le sol, plus loin. Inoffensif. Inutile. Une seconde, le silence se fait, quand Yerek tourne la tête vers elle, petite souris derrière son pilier.

- Toi…

Le fouet serpente à une vitesse ahurissante, droit sur elle. Ses jambes tremblantes refusent de lui obéir. Elle reste là, encore. Comme avec le rat, pétrifiée par la peur et l’absurdité de sa situation. Mais, une fois de plus, une ombre se jette à ses côtés. Deux disques rencontrent la pointe du fouet dans une gerbe d’étincelles brutale. Le repoussent. Sauvent une Marcy au cœur prêt à exploser.

- Je t’avais dit de fuir.

Sa voix est ferme, mais pas furieuse, comme s’il ne lui en voulait pas. Comme s’il ne lui reprochait rien. Celle de Marcy est tremblante, pleine d’angoisse. Teintée d'une résolution définitive.

- Je sais…

Trop tard pour reculer, maintenant. Elle le sait.

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Marcy
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Re: Les égouts

Message par Marcy » sam. 10 janv. 2026 19:53

Bête Noire


- Reste cachée autant que possible. J’attire son attention.

Marcy n’a que le temps d’acquiescer que le combat reprend. L’encapuchonné se rue en avant et lui et Yerek recommencent à échanger des coups. Marcy, elle, reste cachée derrière son pilier. Mais elle sait que cela n’arrêtera pas le fouet, elle en a fait les frais, plus tôt. Elle attend un peu, puis sort de sa cachette pour en changer. Mais à peine pose-t-elle un pied hors de son abri de fortune que le fouet de Yerek la cible. Seul un tir précis des disques de l’encapuchonné lui évite de finir embrochée. Marcy se replace dos à son pilier, le front en sueur, le souffle erratique. Yerek ne se fera pas avoir deux fois. Elle doit trouver autre chose. Elle décide alors de reculer lentement du pilier, en gardant ce dernier entre elle et le combat qui fait rage. Une fois qu’elle touche le mur d’en face, elle se met à courir de toute ses forces. Le fouet ne l’attaque pas, entièrement focalisé sur son adversaire. Marcy plisse les yeux. Il a peut-être une portée maximale d’utilisation. Elle se réfugie derrière un amas de caisses et reprend son souffle.

Sa dague est rangée, mais elle sort un kunai. Elle doit aider à abattre Yerek. Sauf qu’elle se retrouve un peu loin, maintenant. Elle a bien l’idée de pousser les caisses, mais elles font un poids monstre. Elle décide plutôt d’en ouvrir une, espérant y trouver une aide quelconque. Elle n’y trouve que des sacs de pains et des boîtes de clous. Mais cela lui donne une idée. Elle prend une boîte de clous et un sac de pain avant de filer vers une autre cachette, derrière un autre pilier. Elle voit du coin de l’œil le fouet tracer une ligne sanglante sur le torse de l’encapuchonné qui recule peu à peu et perd du terrain. Elle doit se dépêcher. Elle glisse sur le sol, arrive à sa nouvelle cachette et empoigne un des deux sacs de pain, qu’elle lance vers Yerek. Comme prévu, le fouet pulvérise le sac, libérant une dizaine de petits pains qui tombent en pluie vers l’elfe qui ricane.

- Tu comptes m’abattre avec du pain, Marcy ?

Mais la rouquine observe. Le fouet détruit avec précision chaque pain, comme pour s’assurer d’éliminer chaque menace potentielle.

- Tu pourrais avoir faim, même après avoir mangé ma lame dans le bide.

- Petite garce…

Elle entend le fouet fuser et se jette au sol. Bien lui prend, car, cette fois, l’arme ne s’embarrasse pas de contourner le pilier. Il pulvérise plutôt ce dernier en passant droit en son centre, là où Marcy se tenait un instant plus tôt. Une pluie de poussière et de petites pierres tombe sur Marcy qui se carapate en vitesse, faisant de nouveau rire Yerek. Mais l’encapuchonné revient à la charge coupant court au rire et à l’assaut de l’elfe sur Marcy. Cette dernière court à perdre haleine jusqu’à un côté de la pièce où sont postés les tables. Elle grimpe sur une et lance un nouveau sac de pain. Le fouet le détruit et perd de précieuses secondes à détruire les pains. Cela offre une ouverture à l’encapuchonné qui en profite. Marcy le voit se jeter sur Yerek. Mais ce dernier n’est malgré tout pas sans défense et il contre les assauts de ses poings et pieds avec une aisance rivalisant celle de son adversaire. Mais Marcy serre la boîte de clous dans sa main. Il y a un coup à jouer.

Elle fonce à nouveau, ignorant la plainte de son corps fatigué et, choisissant un nouvel angle, lance la boîte droit vers le crâne de Yerek. La boîte explose en vol, libérant des dizaines de clous. Marcy en profite alors et lance son kunai. L’arme fuse et traverse la zone protégée par le fouet, trop occupé à gérer les clous. Le kunai perfore le bras de Yerek qui lâche une exclamation douloureuse et surprise. Cela suffit à l’encapuchonné pour tracer un sillon sanglant sur le torse de l’elfe, l’envoyant au tapis. Le fouet tombe au sol, soudainement inerte. Marcy arrête de courir et observe le corps inerte au sol. L’encapuchonné avance vers le corps. La rouquine, elle, récupère un de ses kunai tombé au sol. Un bruit étrange attire son attention. Sous ses yeux ébahis, le corps de Yerek disparaît, remplacé par celui d’un ratissa qui file à toute vitesse vers la sortie.

- Merde, Marcy !

Car la sortie se trouve derrière la rouquine. Le rat-Yerek se jette sur elle. Mais, cette fois, au lieu de restée figée par la peur, elle se jette au sol en lançant son arme. Elle le rate complètement, mais le ratissa ne fait que l’effleurer. Il a à peine touché le sol qu’il reprend son apparence elfique. Bien que blessé, il n’est pas mort, finalement. Et son fouet claque brutalement avant de s’enrouler autour de la gorge de Marcy. La petite voleuse se débat de toutes ses maigres forces, mais chaque griffure ou coup qu’elle donne ne fait que resserrer le lien autour de sa gorge. Elle étouffe peu à peu et cesse de se débattre pour se concentrer sur le fait de respirer.

- Pas un pas ! Si tu approches, je lui brise la nuque.

Sûrement que l’encapuchonné a voulu intervenir, mais Yerek la tient, cette fois. Il la soulève, empirant la sensation d’étouffement. Seule la pointe de ses pieds touche encore le sol.

- Tu auras été une épine dans mes côtes dès ton apparition, gamine.

Marcy ne peut pas répondre, sa gorge comprimée par le fouet. Elle ne fait que crachoter la répartie qu’elle espérait lui envoyer. Comme pour la narguer, il desserre un peu le fouet. Elle prend une grande inspiration, n’ayant jamais été aussi heureuse de respirer de toute sa vie.

- Tu disais ?

- Je t’emmerde !

- Nous aurions pu faire de grandes choses. Dommage.

Au lieu de la sensation du fouet se resserrant sur sa nuque, c’est le froid d’une lame s’enfonçant dans son flanc que Marcy ressent. Elle hoquète de douleur et titube, lorsque le fouet la relâche. Puis elle tombe lourdement sur le sol en cherchant de l’air alors qu’un feu indescriptible se répand dans son corps.

- Tu vas devoir faire un choix, mon frère. Me poursuivre, ou la sauver. Le poison de ma lame ne lui laisse que quelques minutes.

Marcy serre les dents. Pas cette fois ! Elle refuse que cette ordure s’enfuie. Pas après tout ça ! Sa main agrippe sa dague. Elle se fait violence et roule sur son ventre en abattant sa lame directement sur le pied de Yerek. La lame transperce le membre, tirant un hurlement à l’elfe. Un hurlement qui s’éteint dans un gargouillis sanglant. Marcy relève des yeux voilés de larmes et de douleur pour voir une gerbe de sang précéder la chute du corps de Yerek, deux disques perforant sa tête et son torse.

- Marcy !

Elle sent des bras l’entourer et la soulever doucement. Elle ne ressent presque rien d’autre, totalement absorbée par la douleur dans son corps. Du sang coule de sa bouche et de ses yeux alors qu’elle crachote. Tout n’est qu’un feu douloureux. Elle ferme les yeux, souhaitant que la douleur s’arrête. Peu importe le coût.

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