Les Ruelles

Morrigane
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Re: Les Ruelles

Message par Morrigane » ven. 26 déc. 2025 12:43

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Le groupe s'élança dans les ruelles de Tulorim, suivant les pas rapides et insaisissables d'Yngrid. Les pavés irréguliers résonnaient sous leurs bottes tandis qu'ils couraient, les yeux fixés sur les coins de rue et les ombres dansantes, tentant de deviner son passage.

Vallen, en tête, serrait les dents, son regard fouillant chaque recoin à la recherche d'un éclat de mouvement. « Elle est là ! » murmura-t-il en désignant une ombre à l'angle d'un bâtiment, mais au moment où ils atteignaient l'intersection, la ruelle était déserte, l'écho de leurs pas s'éteignant dans la nuit.
« Elle est rapide, cette maudite voleuse, » grogna Ardur en serrant les poings. « Je la vois là, et la seconde d'après, elle disparaît. »

Rodryk, haletant, s'arrêta pour reprendre son souffle. « On ne peut pas… courir derrière elle comme ça indéfiniment.… »
Ardur repris « Elle connait cette ville comme sa poche… »

Morrigane, fronçant les sourcils, jetait des regards rapides aux alentours. « Elle se joue de nous. Plus on la poursuit à l'aveugle, plus elle aura de chances de nous semer définitivement. »

Vallen, qui reprenait lentement son calme, hocha la tête. « D'accord, vous avez raison tous les deux. Yngrid est rusée. Elle sait que nous sommes sur ses talons, et elle va chercher à nous égarer. »

Un silence tomba sur le groupe, chacun reprenant son souffle, l'esprit tendu. Ardur, toujours impatient, finit par briser le silence. « Alors quoi ? On la laisse filer ? »

Morrigane secoua la tête, ses yeux sombres fixant son frère ainée. « Non. On ne va pas lui courir après, mais on va la traquer. Elle ne connaît que trop bien ces rues, alors servons-nous de ce qu'elle sait et de ce qu'elle fera. Elle voudra sûrement se mettre à l'abri quelque part. Elle a forcément un point de chute, un endroit où elle peut se cacher ou faire affaire discrètement, »

Rodryk, qui observait tout autour, murmura alors d'une voix prudente : « Mais où chercher ? On ne connaît pas ses cachettes. »
Ardur fit un geste impatient. « On connaît Tulorim aussi, vous savez. On peut trouver des pistes, des gens qui l'ont vue passer. Elle est rapide, mais elle ne peut pas disparaître dans le néant. »

Vallen hocha la tête, les mâchoires serrées. « Oui, et je la connais, je saurais peut-être où chercher, mais les endroits sont nombreux. Alors on se disperse, on demande autour de nous. Ardur et moi on a des contacts dans cette ville. Des yeux et des oreilles. On sait où elle pourrait se cacher pour revendre l'artefact… et elle ne manquera pas de tenter quelque chose de rapide. »

Ardur reprit, son ton tranchant. « Bon, Rodryk et moi, on va allez voir dans les tavernes du coin. Yngrid a dû attirer l'attention, même pour quelques secondes. Demandez discrètement. Vallen, toi et Morrigane, allez voir les intermédiaires ceux du marché noir. Ils auront des informations. »
« Daccord, mais surtout, » ajouta Vallen, son regard se durcissant, « n'éveillons pas trop les soupçons. Yngrid se méfie autant de la pègre que des autorités. Pas de coups d'éclats.»

Le groupe se sépara dans un silence tendu, chacun disparaissant dans les ombres des ruelles.
Vallen et Morrigane se glissèrent dans les ruelles sombres de Tulorim, le silence entre eux aussi dense que la nuit qui les enveloppait. Ils se dirigeaient vers le quartier de l'Est, un enchevêtrement de ruelles et d'arrières-cours où les trafics les plus discrets prenaient place.

Après quelques minutes de marche rapide, Vallen brisa le silence d'un ton calme, mais son visage demeurait tendu. « On va voir si des informateurs ont entendus parler de ce qu'elle trame, et identifier les acheteurs potentiels pour le collier. Elle va probablement tenté de le revendre rapidement. Yngrid joue avec nous, et ça l'amuse. Elle sait très bien qu'on n'abandonnera pas. »

Morrigane répondit d'un regard acéré. « On va devoir se montrer aussi rusés qu'elle. »

Vallen acquiesça, un sourire froid étirant ses lèvres. « Parfait. Elle sait peut-être se cacher dans les ombres, mais nous savons qui y règne. Et certains d'entre eux nous doivent des services. »

Ils atteignirent enfin le marché, où des échoppes dissimulées sous de lourdes tentures proposaient des marchandises diverses – des potions, des armes trafiquées, et des objets magiques d'origine douteuse. Les rues étaient faiblement éclairées, un voile d'obscurité les rendant presque invisibles aux regards indiscrets. Le marché noir de Tulorim, peuplé d'informateurs et d'intermédiaires, semblait sur le point de se dissoudre au moindre signe de trouble.
S'approchant d'un petit étalage caché entre deux bâtiments, ils tombèrent sur un vieil homme, un peu voûté et à la barbe mal entretenue. Il leva les yeux en les voyant approcher, une lueur de malice traversant son regard fatigué.

« Tiens, tiens… Vallen. Ça faisait longtemps. Encore en quête d'un petit service, n'est-ce pas ? » murmura-t-il d'une voix rauque.
Vallen hocha la tête, ne prenant même pas la peine de saluer. « Je ne suis pas là pour bavarder, Varn. On cherche quelqu'un : Yngrid la Sournoise. Elle a un collier en sa possession… et si j'étais toi, je m'assurerais de nous donner des informations utiles. »

Varn émit un ricanement faussement désinvolte, ses doigts glissant sur un vieux médaillon pendu à son cou. « Yngrid, hein ? Elle est bien trop rapide pour que je puisse lui mettre la main dessus. Mais… je peux te dire qu'elle cherche quelqu'un, elle aussi. »
Morrigane s'avança, son regard acéré fixant Varn avec intensité. « Elle cherche à vendre le collier, n'est-ce pas ? Elle n'a pas l'intention de le garder. »

Varn plissa les yeux, évaluant la jeune femme d'un regard calculateur. « Toi, je ne te connais pas, mais tu n'as pas l'air d'une idiote. Oui, elle cherche à vendre. À qui ? Ça, c'est une autre histoire. » Il fit une pause, observant Morrigane avec une curiosité mêlée de crainte. « Tu n'as pas l'air d'une acheteuse ordinaire non plus… »

Morrigane ignora sa remarque et insista. « Où est-elle partie ? »

Varn haussa les épaules, prenant son temps, apparemment amusé par leur empressement. « Elle ne donne pas ses plans à n'importe qui. Elle a juste murmuré quelques mots, et un nom en particulier… un contact qui pourrait s'arranger avec des objets d'une valeur exceptionnelle. »

Vallen serra la mâchoire, visiblement impatient. « Arrête tes manigances, Varn. Dis-nous où elle est, maintenant. »
Varn leva les mains dans un geste apaisant. « Calme-toi, calme-toi. Je veux juste m'assurer que je suis… compensé pour mon aide. »

Un silence tendu s'installa. Vallen glissa la main dans sa poche et tira quelques pièces d'argent, les tendant à Varn qui les prit avec un sourire satisfait. Le vieil homme se pencha vers eux, parlant à voix basse.
« Elle a mentionné un vieil entrepôt, près du port. Elle y a un contact, quelqu'un d'influent, mais je ne connais pas son nom. Elle était pressée. Peut-être a-t-elle déjà conclu son affaire. »

Morrigane croisa le regard de Vallen, son expression se durcissant. « Elle ne nous échappera pas cette fois. Merci, Varn. »
Alors qu'ils se détournaient pour se diriger vers le port, Varn leur lança un dernier regard, un sourire en coin. « Soyez prudents, tous les deux. Yngrid n'est pas la seule à convoiter ce que vous cherchez »

Vallen hocha la tête sans un mot, son regard fixé droit devant son objectif
Alors que Morrigane et Vallen s'éloignaient de l'étal de Varn en direction du port, une ombre surgit devant eux dans une ruelle adjacente. Rodryk et Ardur arrivèrent, leurs visages tendus, légèrement haletants d'avoir parcouru la ville.

« On a quelque chose, » annonça Ardur d'un ton sec en s'arrêtant devant eux.
Morrigane et Vallen échangèrent un regard rapide, leur attention piquée par l'intonation grave d'Ardur. Vallen, toujours direct, demanda : « Quoi ? Elle a été vue ? »

Rodryk, reprenant son souffle, hocha la tête. « Oui, elle a laissé quelques traces. On a fait le tour des tavernes, posé des questions. Elle a été aperçue aux Sept Sabre, mais elle ne s'est pas attardée. On nous a dit qu'elle avait demandé des directions… vers les quartier riches. »
« Le quartier riche ? Mais elle en vient ! » murmura Morrigane, fronçant les sourcils. « Elle ne cesse de bouger pour brouiller les pistes. »

Ardur acquiesça. « Exact. On pensait qu'elle pourrait tenter de se cacher là-bas, mais ensuite on a croisé un autre type, un informateur qui disait l'avoir vue quitter ce quartier en toute hâte. Elle semblait… tendue, presque impatiente. »

Rodryk ajouta : « Elle s'est dirigée vers le port. »

À ces mots, Morrigane et Vallen échangèrent un regard entendu. Les informations de Varn venaient d'être confirmées.
« Parfait, » murmura Vallen, son expression se durcissant alors qu'il assimilait les nouvelles informations. « Varn nous a parlé d'un entrepôt au port. Apparemment, Yngrid aurait un contact là-bas. Un type capable de traiter un objet d'une telle valeur. »

Ardur fronça les sourcils, visiblement préoccupé. « Donc elle cherche bien à le revendre, et vite. Elle sait que si elle reste trop longtemps avec le collier, on finira par la retrouver. »

Morrigane hocha la tête, sa détermination brûlant dans son regard. « Ça signifie qu'elle est déjà en train de négocier. On doit se dépêcher. »

Rodryk, les sourcils froncés, observa les ruelles autour d'eux. « Mais le port, c'est un vrai nid à embuscades, surtout de nuit. Des entrepôts déserts, des quais où les ombres peuvent dissimuler n'importe quoi… »

Vallen posa une main rassurante sur l'épaule de Rodryk. « On a géré pire, Rodryk. Restons prudents, mais ne perdons pas de temps. Yngrid n'attendra pas. »

Ils se rassemblèrent rapidement, ajustant leurs capes pour se fondre dans les ombres de Tulorim, et se mirent en route vers le port avec la certitude que chaque seconde gagnée pouvait les rapprocher du collier.

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Modifié en dernier par Morrigane le mar. 30 déc. 2025 05:02, modifié 1 fois.

Morrigane
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Re: Les Ruelles

Message par Morrigane » mar. 30 déc. 2025 05:00

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La journée s'était passée dans le calme. Morrigane l'avait passée à dormir, vidée de son énergie. Elle avait décidé en fin de journée de faire un tour dehors pour s'exercer à la magie. Morrigane se tenait dans une ruelle abandonnée du quartier des entrepôts, loin des regards indiscrets, là où elle pourrait s'entraîner. L'endroit empestait le poisson pourri et l'urine, mais elle n'y prêtait aucune attention. Seul importait l'espace dont elle disposait. Elle avait ouvert son grimoire à la page du Cercle de Feu, posé sur une caisse renversée. À la lueur d'une lanterne volée, elle relisait les instructions pour la cinquième fois de la soirée. Le sort était complexe, exigeant une précision géométrique parfaite. Il ne s'agissait pas simplement de projeter du feu, mais d'en contrôler la forme circulaire, la distribution uniforme, la cohésion structurelle. Visualiser le cercle depuis le dessus.

Morrigane ferma les yeux et leva les bras latéralement jusqu'à hauteur d'épaules, formant un 'T' avec son corps. Elle sentit la chaleur familière monter en elle, cette énergie brûlante qui sommeillait toujours quelque part sous sa peau. Elle commença à faire descendre les bras en arc de cercle devant elle, tentant de visualiser l'anneau se formant au sol autour d'elle. Un cercle parfait vu du dessus. Pas une ellipse, pas une déformation – un cercle mathématiquement exact. Mais ses mains ne bougeaient pas en parfaite synchronisation. Sa main gauche descendait légèrement plus vite que la droite. Elle le sentait, cette asymétrie subtile dans le mouvement.
Pas de flammes. Pas même une étincelle.

Morrigane expira avec frustration. Elle rouvrit le grimoire, relut le passage sur la synchronisation des mains. "Les débutants utilisent leurs mains pour aider à former le cercle autour de lui , mais une maîtrise avancée du sort se fait sans cette béquille."

Elle recommença.Cette fois, elle se concentra intensément sur ses mains, observant leur mouvement du coin de l'œil pour vérifier qu'elles restaient symétriques.
Le résultat fut pire. Elle perdit la visualisation mentale du cercle. Le fluide ne savait pas où aller, hésitant entre plusieurs trajectoires contradictoires.
Quand elle tenta l'ignition, une petite flamme apparut brièvement devant elle –puis s'éteignit aussitôt.

Troisième tentative. Elle ferma les yeux pour mieux visualiser, mais sans voir ses mains... Le fluide se concentra surtout devant elle et derrière elle, créant deux zones denses reliées par des sections beaucoup plus faibles sur les côtés. Quand elle força l'ignition, deux petites flaques de feu apparurent – une devant, une derrière – mais aucune connexion entre elles. Pas de cercle.. Juste deux flammes isolées qui s'éteignirent en moins d'une seconde.

Quatrième tentative. Morrigane serra les dents. Elle était fatiguée maintenant, sa réserve de fluide s'amenuisant avec chaque essai raté. Mais elle refusait d'abandonner.La frustration montait, mais Morrigane la réprima. Les émotions ne servaient à rien. Il fallait analyser, comprendre l'erreur, corriger. Le problème était multiple : synchronisation des mains, visualisation mentale du cercle parfait, distribution égale du fluide, tout cela simultanément. Trop de variables à contrôler en même temps. Elle essaya de se concentrer uniquement sur la visualisation, laissant ses mains bouger instinctivement. Le résultat fut catastrophique – ses bras partirent dans des directions complètement asymétriques, l'un décrivant un grand arc, l'autre un petit. Morrigane rouvrit les yeux, fixant l'espace vide où aurait dû se trouver un cercle de feu parfait.

Échec.

Elle referma le grimoire d'un geste sec. Ses mains tremblaient de fatigue, pas de colère. Elle était vidée, physiquement et magiquement. Tant de tentatives, et pas une seule n'avait produit quelque chose qui ressemblait même vaguement au sort décrit dans le grimoire.

(Trop complexe. Trop de composantes simultanées. Je ne suis pas prête.)

Cette constatation était froide, factuelle. Pas de frustration émotionnelle, juste une analyse objective de ses capacités actuelles versus les exigences du sort.
Le Cercle de Feu devrait attendre. Elle avait besoin de plus de pratique sur les fondamentaux – peut-être des exercices de coordination des mains sans magie, ou des sorts plus simples pour développer sa capacité à distribuer le fluide uniformément dans plusieurs directions.
Mais pas ce soir. Ce soir, elle était à bout de forces.

Morrigane ramassa son grimoire, éteignit la lanterne, et quitta la ruelle. Ses vêtements étaient trempés de sueur malgré la fraîcheur nocturne. La magie avait drainé presque toutes ses réserves. Il était temps de rentrer.

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Morrigane
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Re: Les Ruelles

Message par Morrigane » jeu. 8 janv. 2026 15:43

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Le quartier pauvre s'étendait comme une plaie infectée dans le ventre sud de Tulorim. Morrigane progressait lentement entre les immeubles délabrés, observant chaque détail avec son regard clinique habituel. Les façades lépreuses s'élevaient de part et d'autre des ruelles étroites, recouvertes d'un crépi jauni qui s'effritait par plaques entières, révélant la pierre noircie dessous. L'humidité suintait des murs, traçant des sillons sombres qui évoquaient des larmes figées. Certaines fenêtres étaient condamnées par des planches pourries, d'autres béaient comme des orbites vides. Aux étages supérieurs, du linge miteux pendait sur des cordes tendues d'un bâtiment à l'autre.... Chemises rapiécées, draps grisâtres qui n'avaient jamais vraiment été blancs.

Le sol était un mélange de pavés disjoints et de terre battue boueuse. Des flaques stagnantes reflétaient le ciel gris, leur surface troublée par les déchets qui y flottaient. L'odeur était omniprésente : mélange âcre d'urine, d'ordures en décomposition, de fumée de charbon bon marché et de quelque chose de plus insidieux : une puanteur organique de misère humaine concentrée.

(Environnement hostile. Population hostile. Visibilité réduite. Nombreux recoins pour embuscades potentielles. Je dois rester vigilante.)

Des enfants aux pieds nus jouaient dans la crasse, leurs rires aigus contrastant étrangement avec la désolation ambiante. Certains la regardaient passer avec des yeux trop vieux pour leur âge. Un regard calculateur, évaluant si elle valait la peine d'être dépouillée. Morrigane leur rendait un regard plat et froid et ils détournaient les yeux. Des femmes épuisées, le dos courbé par des décennies de labeur, transportaient des seaux d'eau ou du linge. Leurs visages étaient creusés, marqués par la faim permanente et l'absence d'espoir. Des hommes maigres trainaient contre les murs, certains buvant de l'alcool frelaté directement à la bouteille, d'autres fumant des pipes bon marché. Leurs regards suivaient Morrigane avec une attention prédatrice à peine dissimulée.

( Je détonne ici. Je suis une cible potentielle. Je dois maintenir une posture dissuasive, ne pas montrer de faiblesse.)

Elle consulta mentalement les indications de Mazallin. « Bas quartiers vers le sud. Fenrik le Bancal. » Aucune adresse précise. Juste un nom et une zone approximative. Elle allait devoir chercher. Morrigane s'arrêta à un croisement de trois ruelles. Déployant la carte de Vallen, elle repéra sa position. Elle se trouvait près d'une petite place appelée « Place du Gibet » sur les annotations manuscrites. Nom charmant. Elle leva les yeux : effectivement, au centre de la place crasseuse, une vieille potence en bois vermoulu se dressait encore, son nœud coulant pendant mollement comme une langue obscène.

(Fenrik le Bancal, receleur. Donc son échoppe doit être discrète. Probablement pas d'enseigne visible. Un bâtiment isolé ou un fond de ruelle. Ce serait logique pour une activité illégale.)

Elle interrogea un mendiant assis contre un mur, lui tendant les trois yus de bronze qui lui restaient.

« Fenrik le Bancal. Où ? »

L'homme tendit une main sale vers les pièces, les palpa, puis cracha par terre.

« Rue des Écorchés. Troisième impasse à gauche. Porte rouge avec marque de hache. Mais t'es pas du coin, toi. Fais gaffe. »

Morrigane laissa tomber les pièces dans sa paume crasseuse et s'éloigna sans un mot. Rue des Écorchés. Morrigane mit près d'une demi heure à la trouver dans ce labyrinthe. Une venelle particulièrement sordide qui serpentait entre des immeubles si rapprochés que leurs toits se touchaient presque, plongeant la ruelle dans une pénombre permanente. Le nom était gravé à moitié effacé sur une plaque de pierre fissurée. Troisième impasse à gauche. Morrigane compta : une. Deux. Trois.

L'impasse était une fente étroite entre deux bâtiments, à peine assez large pour qu'une personne y passe de face. L'odeur de moisissure y était suffocante. Elle s'y engagea prudemment, ses bottes crissant sur des débris qu'elle préférait ne pas identifier. Au fond de l'impasse : une porte. Rouge autrefois, maintenant plus proche du brun rouille. Et effectivement, gravée grossièrement dans le bois : une marque de hache. Trois entailles parallèles. Morrigane frappa à la porte de trois coups secs.

Silence...

Elle frappa à nouveau, plus fort cette fois. Un bruit de verrou qu'on tire. La porte s'entrouvrit d'un cquelques centimètres retenue par une chaîne. Un œil injecté de sang apparut dans l'interstice.

« Fenrik le Bancal ? »

« Qui demande ? »

« Quelqu'un qui cherche des informations. Et qui peut payer. »

L'œil la détailla de haut en bas, suspicieux. Puis la chaîne cliqueta et la porte s'ouvrit. L'homme qui se tenait devant elle correspondait parfaitement à son surnom. Fenrik le Bancal : taille moyenne, maigreur maladive, jambe gauche tordue formant un angle contre nature au niveau du genou. Quand il fit un pas de côté pour la laisser entrer, sa démarche était un balancement grotesque... Trois pas normaux, puis une traînée du pied gauche accompagnée d'un grognement de douleur. Son visage était un paysage de violence accumulée. Nez cassé au moins trois fois, étalé sur le côté gauche de la figure. Cicatrice profonde barrant la joue droite, de l'oreille jusqu'au coin de la bouche, donnant à son sourire une asymétrie permanente. Cheveux gras et clairsemés, teints d'un gris sale. Barbe de plusieurs jours parsemée de blanc. Yeux petits, enfoncés dans leurs orbites, d'un brun presque noir. Regard de prédateur évaluant une proie.

Il portait des vêtements qui avaient peut-être été de bonne qualité il y a dix ans : gilet de cuir craquelé, chemise jadis blanche désormais jaunâtre, pantalon rapiécé aux genoux. Ses mains étaient noueuses, doigts épais comme des saucisses, ongles noirs de crasse.

(Dangereux. Violence physique évidente dans son passé. Probablement armé. Observer l'environnement. Repérer les issues.)

L'intérieur était une pièce unique et exiguë, encombrée jusqu'au plafond. Des étagères branlantes s'entassaient contre chaque mur, croulant sous un bric-à-brac hétéroclite : objets volés, manifestement. Morrigane identifia des chandeliers en argent ternis, des coffrets sculptés, des vêtements de qualité pliés en vrac, quelques armes rouillées : des dagues, un glaive court, même une arbalète démontée. Dans un coin, une collection de bijoux entassés sans soin dans une boîte de bois. Morrigane ne savait dire si ils étaient faux ou authentiques. Une table bancale occupait le centre de la pièce, encombrée de paperasses graisseuses et d'une bouteille d'alcool à moitié vide. Pas de fenêtre. L'unique source de lumière : une lampe à huile fumante suspendue au plafond, projetant des ombres dansantes.

Fenrik se laissa tomber sur une chaise qui grinça dangereusement sous son poids. Il ne proposa pas de siège à Morrigane.

« Alors ? Des informations sur quoi ? »

« Une femme. Brune, trentaine, yeux verts. Elle aurait pu venir ici récemment. Avec des objets de valeur à écouler. »

Fenrik la regarda fixement, puis éclata d'un rire gras qui se transforma en toux grasse. Il cracha dans un coin de la pièce.

« Tu crois que je donne les noms de mes clients comme ça ? T'es qui, toi ? La garde ? » Il ricana. « Non, t'as pas la gueule d'une garde. T'as même pas l'air d'une citadine... Trop...» Il fit un geste vague. « Campagnarde. »

(Approche directe inefficace. Changer de tactique. Utiliser Kibarg comme levier.)

Morrigane fit un pas en avant. Son visage resta parfaitement impassible, mais sa voix se durcit imperceptiblement.

« Je ne suis pas la garde. Je suis envoyée par Kibarg le Boucher. »

Le changement fut immédiat. Le sourire narquois de Fenrik s'effaça. Ses épaules se tendirent. Sa main droite glissa lentement vers sa ceinture, probablement pour saisir une arme cachée.

« Kibarg ? » Sa voix avait perdu toute trace d'amusement. « Pourquoi Kibarg enverrait quelqu'un comme toi ? »

« On va faire simple : parce qu'un objet lui appartenant a été volé. Un pendentif très précieux. Et nous pensons que la voleuse essaie de l'écouler dans ce quartier. » Morrigane fit un autre pas. « On nous a donné trois noms. Le tien en fait partie. Alors je vais te poser la question une seule fois : cette femme est-elle venue ici ? »

Fenrik déglutit. Ses yeux allèrent de Morrigane à la porte, puis revinrent sur elle. Il semblait calculer ses options.

« Je... écoute, j'sais pas les noms de mes clients, d'accord ? C'est la règle. Ils viennent, on fait affaire, ils partent. Je pose pas de questions. »

« Mais tu te souviens d'eux. »

Ce n'était pas une question. Fenrik hésita encore. Puis soupira, ses épaules s'affaissant.

« Ouais. Ouais, j'me souviens. » Il se frotta le visage avec sa main sale. « Y'a une femme. Pourrait correspondre à ce que tu décris. Brune. Trentaine. Yeux... ouais, verts. Visage quelconque. »

(C'est elle.)

« Quand ? »

« Hier. En fin d'après-midi. » Fenrik se gratta la barbe avant de se passer une main sur le visage. « En forme de feuille, de chêne je crois. Bronze avec une pierre au centre. Joli travail, vraiment. »

(Le Pendentif du Docteur Chêne. C'est bien elle. C'est Yngrid.)

« Et elle ne l'a pas vendu ? »

« Non ! » Fenrik secoua la tête avec véhémence. « Elle voulait une fortune pour ce truc. J'ai proposé un prix honnête... très honnête même, vu la qualité — mais elle... » Il fronça les sourcils. « C'était bizarre. Comme si elle voulait pas vraiment le vendre. Comme si elle voulait juste... je sais pas. Saboter l'opération. Elle a même monté son prix quand j'ai essayé de négocier. Qui fait ça ? »

(Saboter l'opération. Pourquoi Yngrid saboterait-elle délibérément la vente du pendentif ? Soit elle veut le garder. Soit... piège. Appât. Elle attend quelque chose. Ou quelqu'un.)

Une sensation glacée se propagea dans l'esprit de Morrigane. Pas de la peur. Juste une reconnaissance froide d'un danger potentiel.

« Et ? »

« Et donc a pas réussi à se mettre d'accord sur le prix. » Il haussa les épaules. « Elle demandait trop. Je suis pas con — un collier comme ça, ça vaut quelque chose, mais pas ce qu'elle demandait. J'lui ai fait une offre. Elle a dit qu'elle allait réfléchir. »

« Elle est repartie avec le collier ? »

« Ouais. Mais elle a échangé d'autres trucs en attendant. Des petits objets, faciles à liquider. » Fenrik tapota la table nerveusement. « Elle a dit qu'elle repasserait aujourd'hui. En fin de journée. Pour le collier. Pour voir si on pouvait trouver un terrain d'entente. »

Morrigane sentit quelque chose qui ressemblait presque à de la satisfaction... Froid, calculé, purement tactique.

« Quelle heure ? »

« J'sais pas. » Fenrik écarta les mains. « Crépuscule, probablement. C'est l'heure où la plupart viennent. Ya moins de monde dans les rues. Plus... discret. »

« Elle a dit quelque chose d'autre ? Mentionné où elle logeait ? »

« Non. Rien. » Il secoua la tête. « Écoute, j'te dis tout ce que je sais. C'est bon ? On est quittes ? J'veux pas d'emmerdes avec Kibarg. »

Morrigane le fixa un long moment sans rien dire. Fenrik se recroquevilla légèrement sous son regard vide.

« Si tu la préviens qu'on la cherche... »

« J'dirai rien ! » Il leva les mains. « Je l'connais même pas ! Si elle revient pas, c'est pas mon problème. Si elle revient, je fais comme si de rien était. Promis. »

(Il a l'air sincère. La peur est authentique. Il ne parlera pas. Par lâcheté, pas par loyauté, mais le résultat est le même et c'est ce qui importe.)

« Bien. »

Morrigane se dirigea vers la porte, puis se retourna une dernière fois.

« Kibarg saura apprécier ta... coopération. »

Elle sortit, laissant Fenrik s'effondrer sur sa chaise avec un soupir de soulagement audible même à travers la porte qui se refermait.

Morrigane ressortit de l'impasse et évalua la situation. Le crépuscule... Elle avait du temps a tuer. Mais elle ne pouvait pas rester plantée là dans cette impasse. Elle était trop visible, trop suspecte. Elle recula dans la rue des Écorchés, cherchant un point d'observation. Là, elle trouva : un renfoncement dans un mur, à une dizaine de mètres de l'entrée de l'impasse. Assez sombre pour passer inaperçue, assez proche pour surveiller l'entrée. Elle s'y accroupis trouvant une position confortable dos contre le mur et rabattit sa capuche, prenant l'air d'une sans abris. Une statue de pierre. Les gens du quartier passaient sans la voir vraiment juste une silhouette de plus dans les ombres d'un quartier où personne ne regardait de trop près.

Le temps s'écoula. Le soleil gris déclinait lentement derrière les toits délabrés. Les ombres s'allongeaient. L'activité dans la rue changeait progressivement les femmes rentraient avec leurs seaux, les enfants disparaissaient à l'intérieur, remplacés par des silhouettes plus louches, plus dangereuses. Des hommes aux regards furtifs, des transactions rapides dans les recoins. Morrigane, elle ne bougeait pas. Ses yeux restaient fixés sur l'entrée de l'impasse. Les heures passèrent. Et elle commença à trouver le temps long, mais était fixée sur son objective. Elle dû plusieurs fois changer de positions pour ne pas s'engourdir. Le crépuscule commençait à teinter le ciel d'un orange maladif. Les bougies s'allumaient une à une dans les fenêtres, projetant des lumières jaunâtres et tremblotantes.

Puis, un mouvement.

Une silhouette émergea de la pénombre au bout de la rue. Femme. Taille moyenne. Capuche relevée masquant le visage. Démarche rapide mais contrôlée — pas de panique, mais de la prudence. Elle se dirigeait vers l'impasse.

(C'est elle.)

Morrigane se redressa imperceptiblement, tous ses sens en alerte. La femme s'arrêta brièvement à l'entrée de l'impasse, jetant un regard circulaire... vérification de routine, cherchant des menaces potentielles. Son visage resta dans l'ombre de la capuche, mais Morrigane entrevit brièvement : peau claire, mèches de cheveux bruns, profil fin.

(On dirait Yngrid. Comportement prudent et professionnelle.)

La femme s'engagea dans l'impasse, disparaissant de la vue. Morrigane attendit. Compter mentalement. Trente secondes. Une minute. La femme devait être chez Fenrik maintenant, en train de négocier. Deux minutes. La femme ressortit. Le pas un peu plus rapide cette fois. Transaction avortée ? Méfiance ? Impossible à dire. Quoi qu'il en fût avec la menace de Kibarg sur le dos, impossible que Fenrik ai réalisé la transaction.

(J'espère qu'il ne m'a pas vendu... Peu importe, je vais parier sur la crainte qu'il a envers Kibarg Je dois la suivre. Je n'ai pas le choix. Je ne dois pas la perdre de vue.)

Morrigane lui laissa une avance de dix mètres, puis se détacha de son renfoncement. Elle la suivit. La femme progressait d'un bon pas dans le dédale de ruelles, tournant à gauche, puis à droite, empruntant des passages couverts et des venelles étroites. Elle connaissait le quartier. Ses mouvements étaient fluides, automatiques, sans la moindre hésitation. Morrigane maintint sa distance. Pas trop près — risque d'être repérée. Pas trop loin — risque de la perdre. Équilibre précaire dans ces ruelles tortueuses.

(Elle ne vérifie pas si elle est suivie. Je la pensai plus prudente pour une professionelle. Confiance excessive... Ou ...

La femme tourna dans une rue plus large avec des immeubles hauts de quatre étages aux façades délabrées. Elle s'arrêta devant un bâtiment particulièrement miteux, jeta un dernier coup d'œil autour d'elle, puis poussa une porte qui grinça sinistrement. Morrigane s'immobilisa dans l'ombre d'un porche, à vingt mètres de là. Morrigane vérifia sa carte.

(Rue des Lavandières. Bâtiment de quatre étages. Porte d'entrée défoncée. Elle est montée où ? Aucune lumière aux fenêtres du bâtiment. Je ne peux pas confirmer son identité depuis l'extérieur. Il faut que je me rapproche. Vérifier visuellement qu'il s'agit bien d'Yngrid avant de mobiliser mes ressources Ardur et Vallen.)

Elle attendit deux minutes. Aucun mouvement visible aux fenêtres alors elle se décida.

(Entrée rapide. Localisation. Confirmation visuelle. Sortie. Cinq minutes maximum.)

Morrigane quitta son abri et traversa la rue silencieusement.

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Morrigane
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Re: Les Ruelles

Message par Morrigane » mar. 13 janv. 2026 17:43

Tulorim s'éveillait lentement sous un ciel gris et lourd. Morrigane quitta la planque d'Ardur alors que les premières lueurs de l'aube coloraient les toits de la ville.
Elle consulta sa liste. Premier lieu : Petite auberge clandestine de la rue des Écorchés.

Elle connaissait l'endroit. Elle y était passée hier, en poursuivant le leurre d'Yngrid. Le trajet prit quelques minutes. La rue des Écorchés était aussi sordide de jour que de nuit. Morrigane poussa la porte du lieu, un vieux bâtiment noirci qui menaçait de tomber en ruine. L'intérieur sentait la bière rance et la sueur. Quelques hommes étaient affalés sur des tables, cuvant leur alcool de la veille. Le tavernier , un homme massif au crâne rasé, la regarda entrer avec méfiance.

« Je cherche une femme. Brune, trentaine, yeux verts. Elle aurait pu louer une chambre ici. »

Le tavernier cracha par terre.

« Pas vu de femme comme ça. J'ai que des habitués. Des hommes. Pas de nouvelles têtes depuis une semaine. »

(Première piste : nulle.)

Elle se rendit au deuxième lieu indiqué sur sa feuille : Ancien entrepôt de Ferric. à côté etait écrit en tout petit : ancienne planque de repli dYngrid. Le trajet était plus long. Elle dut traverser tout le quartier pauvre, longer une sorte de quartier puant où des hommes débitaient du gibier. Odeur de tripes et de sang ferreux. Le lieu qu'elle cherchait était un petit entrepôt qui se trouvait au bout de cette rue des bouches Ancien bâtiment de stockage, abandonné depuis des années. Les fenêtres étaient brisées. La porte principale pendait de travers sur ses gonds.

Morrigane entra prudemment. L'intérieur était vide. Complètement vide. Pas de meubles, pas de caisses, pas de traces récentes de présence humaine. Juste de la poussière, des toiles d'araignées, et des déjections de rats. Elle fouilla quand même. Inspecta chaque recoin. Monta au premier étage par un escalier branlant. Rien.

(Deuxième piste : nulle.)


Elle se dirigea vers le troisième lieu : Cave sous la boulangerie des Morten

La boulangerie était fermée. Barricadée. Un panneau indiquait « À VENDRE — S'adresser à maître Joris, notaire ». Morrigane força la porte arrière, qui ne résista pas bien longtemps tant les gonds était pourris de l'intérieur. Dans le vieux bâtiment, l'odeur de moisi était suffocante, le four à charbon était froid depuis longtemps. Elle trouva l'accès à la cave par une ne trappe dans le sol. Elle descendit dans l'obscurité et alluma une petite lumière de sa main. La cave était petite, basse de plafond. Vides de provisions. Mais là — dans un coin — des traces, récentes. Un matelas de fortune, une couverture sale, des bougies consumées. Et des emballages vides de nourriture. Pain sec et fromage moisi.

(Quelqu'un a séjourné ici. Récemment. Mais qui ? Yngrid ? Un vagabond ? Impossible à dire.)

Elle fouilla plus en profondeur. Rien d'autre. Pas de vêtements, pas d'objets personnels, pas de pendentif.

(Piste possible mais insuffisante.)

Et ainsi de suite.

Heure après heure.

Lieu après lieu.

Morrigane progressait méthodiquement dans sa liste.

Maison délabrée, impasse du Gibet : vide, inhabitée depuis des mois, toiture effondrée.

Ancien atelier de tanneur, rue des Peaux: converti en repaire de mendiants, une douzaine d'hommes et de femmes y vivaient entassés, aucun ne correspondait à la description d'Yngrid.

Planque supposée, ruelle du Suaire : Brûlée, Récemment. Peut-être trois jours plus tôt. Impossible d'y entrer.

Maison abandonnée, quartier des Ferailleurs: occupée par des rats. Littéralement.... Des centaines de rats. Morrigane battit en retraite après avoir jeté un coup d'œil à l'intérieur grouillant.



Puis vint le tour des informateurs Morrigane détestait cette partie. Parler aux gens, simuler de l'intérêt, négocier, mentir. Tant d'effort à déployer, mais c'était nécessaire.

Premier informateur : Grell le Borgne, place La Coupe Brisée.

La place en question était crasseuse. Grell était exactement comme son surnom l'indiquait : un œil manquant, remplacé par une cicatrice boursouflée. Il était assis seul sur un banc de pierre sirotant de la bière trouble.

Morrigane s'assit en face de lui sans y être invitée.

« Grell. On m'a dit que tu sais tout ce qui se passe dans ce quartier. »

Il la regarda de son œil unique, méfiant.

« Qui t'envoie ? »

« Vallen. »

Son œil s'éclaira.

« Qu'est-ce que tu veux savoir ? »

« Une femme. Brune, trentaine, yeux verts. Professionnelle. Discrète. Elle aurait pu passer par ici il y a quelques jours. »

Grell réfléchit, buvant une gorgée.

« Des femmes comme ça, j'en vois dix par jour. Faut être plus précis. »

« Yngrid... »

Grell secoua la tête.

« Pas vu depuis longtemps celle-là.... »

Morrigane se leva.

(Informateur numéro un : inutile.)


Deuxième informateur : Mirza la Chiffonnière, marché secondaire.

Le marché aux secondaire s'étendait sur une place crasseuse au sud de la ville. Des dizaines de vendeurs proposaient des vêtements usés, des objets cassés, des babioles sans valeur. Mirza était une vieille femme édentée, accroupie derrière un étal de chiffons. Elle jeta un oeil méfiant à Morrigane qu'elle n'avait jamais vu — tout le monde connaissait tout le monde dans ces quartiers.

« L'étrangère... Que veux-tu ? »

« Des informations. »

Morrigane décrivit Yngrid. Encore. Pour la énième fois aujourd'hui. Mirza écouta attentivement, puis secoua la tête.

« J'ai rien vu. Mais si tu veux, je peux demander aux autres marchands. Pour le bon prix. »

« Combien ? »

« Dix pièces d'argent. »

Trop cher, Morrigane renifla l'arnaque et refusa et passa au suivant.

Troisième informateur : Tomaz l'Estropié, fontaine du Bouc

Tomaz était un mendiant unijambiste qui passait ses journées assis près de la fontaine, tendant une sébile aux passants. Morrigane s'accroupit près de lui, lui glissant sa dernière pièce de bronze.

« Une femme. Brune... »

Tomaz l'interrompit.

« Je sais qui tu cherches. Tout le monde dans le quartier cherche cette femme. »

Morrigane se tendit.

« Qui d'autre ? »

« Deux hommes. Un crâne rasé et un brun. Ils sont passés ce matin. Ils ont posé les mêmes questions que toi. »

(Ardur et Vallen... Il a dû tous nous refiler le m^me informateur a interroger avec la fatigue... On se marche dessus. Val)

« Et tu leur as dit quoi ? »

« Que j'ai rien vu. Parce que c'est la vérité. »

Encore une impasse. Et ainsi continua la journée. Informateur après informateur.

Sendra la prostituée : ne se souvenait de rien d'utile, trop saoule pour être cohérente.

Karven le Rat : un voleur de bas étage qui prétendait tout savoir mais ne savait rien.

Olessa la Tatoueuse : avait effectivement vu une femme brune il y a trois jours, mais celle-ci avait les yeux bleus, pas verts.

Finn le Couteau : exigea dix pièces d'argent juste pour parler, Morrigane refusa.

....

Le soleil atteignit son zénith. Puis commença à décliner. Morrigane continua, méthodique, épuisée mais déterminée. Elle visita encore quatre entrepôts abandonnés. Tous vides. Elle interrogea encore sept informateurs. Tous inutiles. Elle fouilla trois autres planques supposées. Une était occupée par des squatteurs, une autre par des contrebandiers qui la chassèrent avec des couteaux, la troisième était tout simplement introuvable l'adresse sur la liste n'existait pas. Elle perdit un temps fou avec celle-çi.

En fin d'après-midi, Morrigane s'arrêta dans une ruelle déserte. Elle consulta sa liste rayée entièrement. Yngrid n'était pas dans le sud de la ville, ni dans l'est. Ou alors Yngrid avait déjà quitté sa planque, u alors elle n'avait jamais eu de planque fixe.

(Journée perdue. Rien. Absolument rien. Frustrant.)

Elle sentit quelque chose bouillonner en elle. Pas de la colère... elle ne ressentait pas vraiment de colère. Mais une... tension. Une énergie négative qui demandait à être libérée. Elle avait besoin de se défouler.

Elle quitta les quartiers pauvres et se dirigea vers la périphérie de la ville. Là où les maisons s'espaçaient, où les terrains vagues s'étendaient entre les bâtiments. Elle trouva un endroit isolé. Un ancien champ en friche, entouré de murs de pierre effondrés. Personne aux alentours. Elle se plaça au centre du terrain. Ferma les yeux. Respira profondément.

Son fluide magique s'était régénéré depuis la veille. Elle voulait maîtriser un nouveau sort. Quelque chose qu'elle avait lu dans l'un de ses grimoires mais jamais réussi à lancer correctement jusqu'à présent. Peut-être qu'elle allait devoir se battre pour sa survie face à Kibarg. Elle devait mettre totes les chances de son côté, vu comme c'était parti.


Elle avait essayé plusieurs fois deux jours plus tôt. C'était un échec à chaque fois. Soit les flammes étaient trop faibles, soit elles ne formaient pas un cercle complet, soit elles s'éteignaient après quelques secondes. Aujourd'hui, elle allait réussir. Morrigane leva les deux mains. Paumes ouvertes vers le sol. Visualisation. Concentration totale. Elle imagina le fluide magique s'écouler de son corps. Pas en un jet unique comme pour la boule de feu. Mais en un flux continu, circulaire, formant un anneau autour d'elle. Incantation mentale, geste précis, rotation lente des poignets.

Le sol s'embrasa. Des flammes jaillirent en un cercle presque parfait autour d'elle, jusqu'à hauteur de taille, ondulant, crépitant.

Morrigane sourit intérieurement. (Ça marche mieux que la dernière fois, mais il manque quelque chose. Les flammes ne sont pas assez hautes, as assez stables.)

Elle maintint la concentration, dix secondes, vingt secondes. Puis les flammes vacillèrent, s'affaiblirent, s'éteignirent. Elle relâcha le sort et analysa.

(Problème : flux magique insuffisant. Je dois canaliser plus de puissance, plus longtemps, essayer encore.)

Elle recommença. Cette fois, elle visualisa le flux avec plus de détails. Imagina le fluide magique comme une rivière de feu liquide s'écoulant de son corps, traçant un cercle parfait autour d'elle. Les flammes explosèrent à nouveau, plus hautes cette fois., plus intenses. La chaleur était presque insupportable même pour elle.

Elle maintint le sort plus longtemps. Mais là un problème. Le cercle n'était pas parfait. Il y avait un trou. Une section d'environ un mètre où les flammes étaient beaucoup plus faibles.

(Point faible. Si un ennemi identifie cette faille, il peut passer. Inacceptable.)

Elle essaya de corriger en temps réel. Redirigea mentalement le flux magique vers la section faible. Les flammes s'intensifièrent légèrement. Mais pas assez. Puis tout le cercle s'effondra. Les flammes s'éteignirent brusquement. Morrigane grimaça, de frustration.

Elle se concentra encore plus intensément. Ferma complètement les yeux cette fois pour une isualisation totale. Pas de distraction. Le fluide magique circulant de son corps, formant un anneau parfait, alimentant des flammes hautes, stables, continues.

Cette fois ce fut succès.

Le cercle se forma instantanément. Il semblait parfait. Aucune faille. Les flammes montaient à hauteur d'épaule, ondulant uniformément.

Morrigane ouvrit les yeux. Se tint immobile au centre du brasier. C'était... magnifique. Un anneau de feu pur. Protecteur. Mortel pour quiconque tenterait de l'approcher. Elle maintint le sort quelques secondes et puis les flammes s'éteignirent proprement, contre sa volonté. Elle y était presque.... Elle devait juste réussir à le maintenait plus longtemps. Et il fallait encore voir si elle était capable de l'invoquer en situation réelle. Elle regarda autour d'elle. Le sol était noirci en un cercle parfait. Fumant. L'herbe calcinée. Morrigane tourna les talons et reprit le chemin de la planque d'Ardur.

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