La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

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Yuimen
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La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

Message par Yuimen » mer. 3 janv. 2018 14:10

Darkhàm: La Prison Abandonnée

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Apparaissant à l'horizon, elle se situe à quelques dizaines de kilomètres à l'est dans les plaines entourant la cité pirate. La vieille prison de Darkhàm finit sa vieille existence par l'érosion du temps. Depuis des années, vidés de ses gardiens et de ses occupants, ses longs couloirs de cellules vides ne sont plus parcourus que par le vent et la vermine. Le mur d'enceinte est éventré à plusieurs endroits et la porte principale gît hors de ses gonds.
Pelles et pioches de forçats sont abandonnées là, plantées dans la terre ou jetées au sol, évoquant avec tristesse un passé oublié. Une époque où les dirigeants avaient peut-être tenté de réduire la criminalité ou, au moins, les opposants.

Pourtant, ce lieu sans âme s'illumine certaine nuit de torches, s'éveille sous les brefs éclats de voix et murmures qui résonnent dans ses murs. On devine alors qu'il sert d'abris à des aventuriers fourbus, ou de repaire temporaire pour brigands de tout poil.

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Silmeria
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Re: La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

Message par Silmeria » jeu. 7 mai 2020 03:35

[:attention:] Non destiné aux âmes sensibles [:attention:]
Une lune grise inondait le ciel de ses rayons pâles. Quelques nuages dessinaient de lourdes mains écrasant l'horizon sur laquelle s'érigeait une ruine, l'ancienne prison Darkhàm, abandonnée depuis des lustres. Nombreux voyageurs passaient devant en pressant le pas, préférant risquer de dormir dans les bois plutôt que d'y établir un bivouac. On dit que les murs se chargent des souvenirs, et que peut-on trouver comme souvenir dans une prison ?

La douleur n'est pas soluble dans le temps. En tout cas, pas celle sans issue ni remède, de l'agonie. La douleur stagne, forme une flaque et croupit. Elle se calcairise, elle se fossilise mais elle perdure tandis que la joie s'évapore. Raison pour laquelle les châteaux, quand ils sont hantés, ne le sont pas par de joyeux lurons qui font gaiement cliqueter leurs chaînes en poussant des gémissements de plaisir.

Hrist était étendue entre ses vieilles pierres, elle s'était faite dérober ses effets et ne portait qu'une vieille guenille de chanvre couverte de vermine. Notre histoire débute au creux de la nuit, la lune vient alors poser une rognure d'ongle luisante sur les vieilles tuiles de la prison, et à ce moment précis, la femme se réveilla avec un mal de crâne d'enclume.

Son esprit embrumé, elle massa son crâne du bout de ses doigts, ses cheveux étaient gras et inhabituellement ébouriffés. Lorsque sa vue commença à percevoir autre chose qu'une compote floue et sombre, ses autres sens se mirent en branle comme lorsque qu'elle se trouve en danger imminent. Hrist contempla avec horreur l'ampleur du désastre, une lourde chaîne rivée à ses poignets, ses chevilles dénudées elles même entravées par une seconde chaîne solidement reliée au mur, à en juger la longueur, elle ne pourrait pas s'éloigner de la paillasse infecte et puante où elle croupissait de plus d'un mètre. Sa peau couverte d'une crasse encore non identifiée commençait à la démanger, ses cheveux grattaient et c'est comme si elle avait de nombreuses plaques à vif le long du cuir chevelu, derrière ses oreilles et dans le dos. Lorsqu'elle se grattait, les lourdes chaînes fatiguaient la peau fragile de ses poignets et elle cessa alors tout mouvement. Son instinct lui dictait de rester tranquille, de rassembler le maximum de souvenir et comprendre, que c'était-il passé ? Que faisait-elle ici ? Et où était ce " ici " ?

Le plafond en lourde pierre humide semblait être couvert de mousse, était-ce de la mousse verte ou noire ? La pénombre était si épaisse que même sa condition de Sindel ne lui permettait pas d'y voir assez clair. Il devait donc s'agir d'un bâtiment, probablement massif, une geôle ? Une prison ? La liste des personnes qu'elle avait offensé était trop longue pour qu'elle puisse raisonnablement faire un tri.

Et cette odeur, pire que les quartiers des tanneurs de Kendra Kâr ou que le marché aux poissons de Darhàm, exacerbée par ces relents insoutenables, Hrist bascula sur le côté, entrevit un seau et tâcha de l'attraper, le raclement des chaînes brisa le silence, elle parvint à le toucher du bout des doigts, l'ombre autour d'elle prenait la forme d'un corps allongé, déconcentrée par ce qu'elle venait de voir, elle tira trop fort sur le seau et celui-ci se renversa vers elle, déversant un flot de déjection qui l'éclaboussa. L'odeur d'ammoniaque qui appartenait à l'urine et la chaude odeur musquée de la fiente eurent alors raison d'elle, Hrist rendit un flot de bile dans une marre d'excréments. Au dessus d'elle, l'ombre qui appartenait à ce qui semblait être un homme venait de se dresser tout doucement.

Ses battements de coeur manquaient de faire chavirer sa tête tant ils tambourinaient ses tempes, usant ses dernières forces, elle repoussa son corps étourdit le plus loin possible de la flaque putride et se recroquevilla sur sa paillasse.

" Vous êtes enfin réveillée ? " Demanda une voix usée et faible, elle appartenait à un homme, probablement âgé. La noirceur ne permettait pas de le voir, mais le son de sa voix indiquait une certaine promiscuité, il ne devait pas être loin et le fait de savoir à quel point la cellule était exiguë alimentait l'angoisse grandissante de la Sindel qui reprenait son souffle et tentait d'apaiser son corps secoué de spasmes.

" Ils vous ont traînée ici il y a bien deux jours. J'pensais que vous ne vous réveillerez pas, je vous entendais pas faire un bruit... Il aurait mieux valu pour vous que votre coeur ne vous fasse défaut... Personne ne souhaite ouvrir les yeux ici. "

A ces mots, les démangeaisons parcoururent son corps sous la forme de centaines de petites piqûres exacerbant ce qui lui restait comme espoir. Elle ne dit aucun mot, tâcha de ne pas faire le moindre bruit, était-ce un rêve, ou plutôt un cauchemar ? Tout ceci avait l'air si réel, son malaise grandissant, elle ferma ses yeux, écoutant maintenant sa respiration sifflante. Le vomis avait laissé des fluides dans ses narines et celles-ci chatouillaient à chaque expiration.

Le cauchemar prenait forme.

" Je vais pas vous mentir. On m'a promis de me laisser tranquille en échange de ce que je vous ferais... "

Son instinct de tueu se frappa fort, envoyant de l'adrénaline dans son coeur, provoquant une douce montée de chaleur, Hrist parvint à se lever presque d'un coup, sa tête tourna légèrement suite à cet effort mais elle tint bon, debout et prête à en découdre, elle serrait les poings en cherchant du regard cette ombre noire pour en appréhender les mouvements.

" N'essaie pas. "

Tous deux restèrent silencieux un long moment. Ce fut l'homme qui rompit le silence, sa voix était lasse et il ne semblait pas particulièrement combatif sur le plan physique.
" Pourquoi vous avoir enfermé ici avec moi pour vous tuer ? Je suis ici depuis si longtemps... Je n'ai plus la force de me battre. Non mon enfant, en réalité... Je dois te raconter une histoire. Assieds toi s'il te plaît, tu ne voudrais pas que les gardes nous remarquent... Crois-moi sur parole."

Préférant écouter la voix du vieil homme, Hrist céda et se laissa retomber le long du mur, s'écrasant doucement sur le tas de paille.

" Je crois que ça fait partie de la torture qu'ils te réservent... Ils veulent que je te raconte ce qui se passe ici. Pour nuire à ton espoir... Altérer ton esprit. Je suis désolé. D'un côté, tu t'en rendras compte sous peu. Les gardes ont déjà du voir que tu étais réveillée. "

" Je n'ai pas entendu le moindre bruit dans les couloirs. Aucune lumière, à tel point que je ne sais pas où se trouve la porte. Elle est à ma droite, ou à ta droite ? " Le coupa Hrist.

" On n'entend jamais les gardes... Juste parfois quand celui ou celle qu'ils viennent chercher hurle. Puis plus rien. C'est le silence le plus insupportable. Il ne se perce que par les hurlements. Tu ne dois pas te montrer combative, si tu te soumets, ils seront moins durs... Essaie d'approcher doucement ta main, à côté du seau que tu as renversé, je suis désolé d'ailleurs, mais il ne sera pas nettoyé avant un moment... "

" Je me sentais déjà répugnante avant que ça ne me coule dessus. Qu'est ce que je dois chercher devant moi ? " Demandait-elle le plus bas possible en cherchant à tâtons ce qu'elle trouva sans plus attendre. Un os, il n'y avait pas de doute, sa paume s'était refermée sur un os, celui-ci semblait être rattaché à d'autres car quand elle le tira doucement vers elle, il en fit cliqueter d'autres.

" C'est parce qu'ils te plongent dans la fange avant... Ils font ça à chaque fois, pour briser ton moral et te rendre sale... Ca facilite les maladies. Celui que tu sens sous ta main, c'était autrefois un homme très combatif. Il n'a pas crié quand on l'a réveillé un matin pour l'emmener, il a failli se battre avec les gardes et ils n'est pas revenu pendant plus d'un mois. "

Hrist lâcha l'os, une moue de dégoût au travers des lèvres.
" Un mois ? Comment comptes-tu les jours ? Il fait si sombre que je ne saurai dire si on est en pleine nuit ou si le soleil est déjà haut."

" Oh, il m'a tout raconté... Un jeune homme combatif que j'disais. Il était fort et téméraire, il parlait même de s'échapper à peine il venait d'ouvrir les yeux. Il disait être fort comme un buffle. Et ils a été détruit. Ils l'ont fichu dans la boîte. Un supplice qu'ils réservent aux plus durs. Une boîte, presque un cercueil, bras et jambes étendues, sanglé de partout... Allongé pendant des jours entiers, nourris pauvrement et obligé de se chier dessus jour après jour... Au bout de quelques jours déjà, il me disait ne plus avoir la force de crier... Et après deux semaines, ses muscles étaient devenus moins saillants. La boîte lui avait arraché la peau des coudes et du dos, il était à vif. Quand il me l'ont rendu un petit matin, ils l'ont jeté comme un sac au milieu de la cellule, même plus besoin de l'enchaîner, il était trop faible et s'était brisé des os. Il est resté à pourrir ici, à côté de moi pendant des semaines, c'est les rongeurs et la vermine qui a fait le travail... "

" Ravissant... Une chance que tu ne sois pas tombé malade... Pourtant tu n'as pas l'air tout jeune et tu es probablement affaibli... Alors vivre des semaines à côté d'un corps en décomposition... "

Il y eut un long silence. Le vieil homme ne dit rien pendant un temps avant de se décider à reprendre la conversation.
" Je suis désolé, mais ici... Tu t'en rendras vite compte, on ne meurt pas. Pas tout de suite. Pas tout à fait. Et... Je n'ai pas encore répondu à ta question."

" Laquelle ? " Lança Hrist, tâchant de rassembler le plus d'information possible.
" Au sujet des jours. A chaque cri dans le couloir, chaque nouvelle victime, une nouvelle journée. "
Modifié en dernier par Silmeria le mer. 24 juin 2020 01:21, modifié 1 fois.
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Silmeria
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Re: La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

Message par Silmeria » sam. 20 juin 2020 00:53

[:attention:] Non destiné aux âmes sensibles [:attention:]


Lorsqu'au petit matin, deux paires de mains silencieuses virent soulever Hrist par les bras, elle su que son tour était arrivé. Le vieil homme était resté d'un silence de mort tandis que les ombres venaient la cueillir. Elle ne dit rien, la femme ne voulait pas être battue ou torturée immédiatement, il ne fallait pas finir comme ce cadavre dans la cellule, pas dans une boîte.

Recroquevillée dans les bras de ses ravisseurs, elle se laissa guider au travers des couloirs, essayant de compter le nombre de pas qu'elle faisait en fermant les yeux, bien que les corridors soient plongés dans le noir le plus complet, Hrist usa de ses sens pour déterminer l'itinéraire emprunté en souhaitant que cela puisse lui servir.
Quant aux gardes autour d'elle, de véritables fantômes, aucun bruit, aucune respiration, elle en vint à croire à des spectres faucheurs mais lorsque les premières torches apparurent enfin au grès d'un couloir, ses yeux croûtés et larmoyant parvinrent à les reconnaître. Des Shaakts. Des Elfes Noirs, Hrist portait une haine indescriptible envers les Shaakts, bien que lointains cousins de sa propre race, il y avait là un passif trop lourd pour qu'elle puisse espérer un jour entretenir une relation même cordiale avec l'un de ces maudits Elfes Noirs.

Ils passèrent une porte donnant à une salle circulaire, au milieu de celle-ci, une estrade en demi lune montée par trois marches de pierre. Trônant en haut de celle-ci, une ombre familière. Elle fut jetée à même le sol comme on renverse un corps ou un sac, le temps de rassembler ses esprits, elle entendit simplement la porte derrière elle se refermer.

En massant ses poignets irrités par les fers de sa geôle, elle redressa le corps, à genoux, offerte à ses étranges ravisseurs, elle tâcha d'observer en silence. L'ombre féminine descendit les marches une à une en se penchant, la femme portait une longue robe aux motifs noirs et violets ainsi qu'une cape noire qui dissimulait son visage, arrivée à sa hauteur, elle planta ses deux bottes devant Hrist qui réalisait doucement ce qu'elle avait devait les yeux.

La capuche de l'inconnue curieuse tomba, dévoilant des yeux rouges et un visage d'ébène, de longs cheveux argentés tombaient sur ses épaules. Elle avait des yeux de chat, ronds et chargés de menace, elles restèrent s'observer, Hrist subjuguée, elle par curiosité manifeste.

L'inconnue attrapa les cheveux de la tueuse par l'arrière du crâne sans qu'elle ne puisse esquiver quoique ce soit et alors qu'elle fermait les yeux, s'attendant à prendre un mauvais coup en guise d'introduction à la torture - elle qui estimait qu'on ne l'ait pas déplacée pour rien. reçu alors un long baiser sur les lèvres. Complètement déboussolée, elle ouvrit grand les yeux tandis que la Shaak soudait ses lèvres aux siennes.

Lorsqu'elle se recula, Hrist avait changé de regard, totalement interloquée, elle en venait à se demander si elle n'aurait pas préféré un coup de gourdin sur le crâne.

" Si tu savais... Je suis tellement contente de te retrouver enfin. Enfin te voila, enfin je peux te toucher, te sentir... " Sa voix fascinée trahissait une réelle joie. Hrist faisait le tri dans ses souvenirs et sa mémoire, espérant trouver un indice de qui pouvait être cette femme et ce qu'elle voulait.
" Et... Je crois qu'une lettre parfumée aurait suffit. " Dit-elle doucement, ses lèvres tiédie par ce baiser demeuraient gercées et croûtées de sang.
" Mais avant d'aller plus loin... " Provocante, elle voulait lui parler de sa haine envers ceux de son espèce quand elle porta plus d'attention aux détails de la tenue qu'arborait la Shaakt. Une robe noire, des bottes et des gardes de poignet assorties, le tout en tissus enchanté, léger et desquels émanait une noirceur magnétique, quelques broderies dessinaient des Sylphes, créatures magiques et éthérées, adoratrices du vent.
" Est-ce que ce sont mes affaires ? " Demanda-t-elle sous le choc de sa découverte.

" Ouiii ! " Dit la Shaakt en se relevant d'un coup et clapota dans ses mains telle une enfant qu'on venait de gâter.
" C'est ta tenue, je n'allais pas la laisser s'abîmer dans les geôles tout de même, et puis figure toi qu'elle me va plutôt bien, j'avais des doutes au début mais je crois qu'on a beaucoup de choses en commun, taille y compris. "

Hrist restait silencieuse, elle n'allait pas s'arrêter là, la Shaakt allait bien donner une information supplémentaire, que faisait-elle ici ? Pourquoi Hrist ? S'agissait-il d'un complot, une trahison ?

Ses doigts noirs virent caresser la joue de Hrist et son regard aux airs profondément bienveillant s'enfoncèrent dans ses yeux. Elle puait l'horreur et la mesquinerie, d'ordinaire la Sindel n'avait rien contre ses traits de caractère mais dans la situation où elle se trouvait, elle aurait préféré un garde de Kendra Kâr bien bourru et enclin à la violence, au moins elle saurait à quoi s'en tenir...

" Alors, je sais que ça remonte à des lustres, mais ton dernier passage à Caix n'a pas laissé toutes les familles indifférentes, on se souvient encore d'un navire noir fendant les flots, s'extirpant du brouillard, avec pendu au mat et aux voiles pas moins de trente Shaakts. C'est un comportement très vilain, il est normal que certaines familles t'en tiennent rigueur. " Sa voix restait douce, son regard n'avait pas changé, mais la pression de ses doigts se fit plus dure, sa main doucement glissait derrière son oreille et Hrist se tenait prête à ce qu'elle lui tire les cheveux en arrière, ce qu'elle fit une demi-seconde plus tard.
" Alors tu te doutes bien, quand Edmond de la Maison Noire a offert aux grandes Matriarches de traquer et tuer la fameuse Hrist, Silmeria ou Lenneth, on s'y perd avec tous ces noms d'emprunt, je n'ai pas pu résister. "

Elle fit une pause, approchant son visage de la Sindel qui grimaçait de dégoût à l'avance, voyant venir un autre baiser.

" Vois-tu, il se trouve que certaines personnes t'admirent, et j'en fais partie. J'ai toujours succombé d'admiration devant la subtilité de tes crimes, de tes tortures et de tes méthodes de traque, j'en ai recopiées quelques unes... Et le clou du spectacle... "

Elle lâcha enfin prise, rejetant Hrist à terre.

" Je suis devenu toi ! Enfin ! " Clama la femme dans un éclat de rire cristallin.

Hrist ravala douloureusement sa salive à travers sa gorge sèche et lança d'un air mauvais :
" Si tu aimes tant mes méthodes de torture, je peux te proposer d'échanger les rôles. "

La Shaakt en ria aux éclats, d'un doigt joueur qu'elle enroula autour d'une de ses mèches argentée elle se recoiffa puis son expression joviale tomba et d'un masque grave dit simplement :
" Non. "

Elle envoya un remarquable coup de pied dans la poitrine de Hrist qui venait difficilement de parvenir à se redresser, l'envoyant de nouveau à terre. Sans plus de ménagement ni même lui laisser un maigre répit, la Shaakt en profita pour dominer la Sindel en lui plaçant la botte sur la gorge. Comme une araignée qu'on écrase, ses jambes se recroquevillèrent et ses mains tentèrent d'entourer la botte pour soulager la pression qu'elle exerçait sur sa gorge.

" Si tu es ici aujourd'hui, c'est parce qu'Edmond de la Maison Noire a ordonné ta mort. Si tu n'es pas encore morte aujourd'hui c'est parce que les maisons Shaakt exigent un paiement au moins aussi insupportable que le mal que tu as infligé à notre peuple, mon peuple. Alors je tente de concilier les deux demandes et devine quoi ! C'est moi qui va te torturer, sans relâche, nuit et jour, je briserai ton esprit et ton corps, tu seras si fragile que lorsque les Matriarches te verront, elle auront du mal à croire que tu es bien la Murène. "

Elle retira sa botte et Hrist prit une grande bouffée d'air, un goût de métal se faisait sentir au fond de sa gorge.

La Shaakt reprit une expression des plus aimable et s'accroupit à côté de la Sindel et disant :

" D'ailleurs, je dois te demander, pourquoi les murènes ? Je dois dire que ça m'intrigue beaucoup, quand on pense à quelque chose de menaçant, c'est pas la murène qui vient en premier. C'est comme ceux qui se donnent des noms ridicules, les Salamandres, les Requins des mers, j'ai même entendu parler de la secte les messagers du Corbeau ? Tu imagines un peu ? Non mais plus sérieusement, pourquoi une murène ? "

Son visage attentif semblait trahir un réel intérêt, Hrist frissonnait, elle avait bien retenu un des mécanismes de torture préféré de Hrist, lier la sympathie à la cruauté de sorte à ce que le prisonnier ne sache où commence la torture ni où elle s'arrête, face à un bourreau qui alterne les humeurs comme on alterne les instruments, il est impossible de trouver une marche à suivre permettait de ne pas s'attirer les foudres de son tortionnaire. C'est ainsi que Hrist aimait torturer ses victimes, la torture est équivoque, équivoque mais redoutable, protéiforme, implacable.

" Tu savais que les dents des murènes sont néfastes, et qu'en cas de morsure, il y a de grandes chances qu'elle ne s'infecte et provoque fièvre et douleur ? Et d'ailleurs, tu sais quel point commun ont les elfes et le biscuit ? "

Face à cette question pour le moins intrigante, la Shaakt fronça les sourcils, réfléchit un court instant ne sachant si Hrist faisait de l'humour ou si la question était justifiée.

" Un elfe et du biscuit ? Non, vraiment je ne vois pas. "

La tueuse ferma doucement les yeux, sachant que sa réponse allait lui attirer un flot de coups.

" Quand c'est noir, c'est raté. "
Modifié en dernier par Silmeria le mer. 24 juin 2020 01:21, modifié 1 fois.
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Silmeria
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Re: La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

Message par Silmeria » dim. 21 juin 2020 21:21

[:attention:] Non destiné aux âmes sensibles [:attention:]



Ce n'est que trois jours après qu'on traîna le corps de Hrist jusque dans sa cellule, jetée sans ménagement à même sa paillasse, un garde se pencha sur elle pour enfermer ses poignets dans l'étau de fer que représentait ses chaînes.
Le vieil homme, son compagnon de cellule dont elle ignorait toujours le nom demeurait silencieux comme la mort, il attendit un long moment après le départ des gardes pour se tourner vers la femme et inspecter son état qu'il devinait déplorable. Sa respiration sifflotante de Hrist totalement perdue dans le noir laissait entendre qu'elle avait passé un sale moment.

Lorsque le vieil homme parvint à discerner à quoi elle ressemblait, il eut un frisson dans le dos. Les yeux de la femme étaient si gonflés qu'elle ne pouvait plus les ouvrir, son nez, brisé et marbré d'un hématome encore enflé sifflait à chaque respiration et expulsait des bulles de sang par les narines. Ses doigts tordus avaient été brisés, probablement un à un quant au reste de cette triste carcasse, elle était coupée de partout, malmenée, on devinait des fractures à chaque membre et malgré tout ça, elle poussait un léger ricanement dans une compote de sons rauques.

" Je croyais qu'on avait convenu que tu te montrerai docile ? "

Elle tâcha de déglutir un glaire de sang à travers sa gorge douloureuse et répondit difficilement quelque chose, que le vieil homme interpréta qu'au moins, elle n'avait pas terminé dans la fameuse boîte.

Cèles, sa Faera apparu dans son esprit tel un petit feu follet violet dansant.

" Quand même, depuis le temps que tu mourrais d'envie de faire cette blague à un Shaakt, est-ce que la situation était vraiment idéale ? Oh, ma pauvre, tu es dans un sale état, au moins ton esprit reste mais ta carcasse... J'ai bien cru qu'elle allait avoir notre peau. "

Car si Hrist ne parvenait pas à communiquer sans mal, elle pouvait toujours répondre à sa Faera dans son esprit. Le vieil homme devrait attendre. De toutes façons, dans l'état où elle se trouvait, il y avait fort à parier qu'il avait définitivement plus de temps qu'elle n'en avait.

" Je dirais bien que ça valait la peine. Au moins je n'ai pas terminé dans cette fameuse boîte, un mois à rester allongée, j'aurai terminé le traitement comme le tas d'osselet à côté de moi. Bon sang, mes côtes me font tellement souffrir, j'ai l'impression que l'un d'elle est entrée dans un poumon, à chaque fois que je respire je ressens comme un coup de couteau. "

Cèles restait silencieuse, dans son esprit qui commençait à imaginer une grande salle en pierre, complètement dénuée d'apparat et de décorum, la Sindel et son feu follet restèrent un instant sans piper mot. Hrist se concentrait sur l'idée de ne pas mourir dans ses glaires, Cèles de son côté, se demandait si ça ne sentait pas la fin du voyage.

" As-tu compris qu'ici, il n'y a rien que je puisse faire, il y a une magie qui m'empêche de voir à l'extérieur, même passer à travers un mur ou une porte est hors de ma portée. Je ne peux même pas apparaître. Crois-moi, le sorcier qui a incanté cette magie est loin d'être une demi baguette. Je pense que c'est un puissant Shaakt. "
" Ce sont TOUS des Shaakts. " Sentenca Hrist d'une voix piquante.
" C'est tout de même assez curieux. Non seulement on se émerge chez ton admiratrice la plus... Comment dire. Coriace ? Cruelle ? Folle à lier ? Non folle à lier ça reviendrait à t'insulter, vous vous ressemblez trop. "
" Qu'on se ressemble ? Tu veux que je souffle sur ta flammèche ? "
" Pfeuh, l'éther ne meurt pas comme ça, toi par contre, si tu te retournes trop vite pour vomir ton sang, tu pourrais claquer ta pipe. C'est quand même assez ironique. Mais si tu regardes attentivement, vous êtes toutes les deux de vraies passionnées par le crime, la cruauté, la méchanceté, vous ne semblez reculer devant aucun sévices et n'avez nullement peur de vous salir les mains. Sans parler de cette petite étincelle dans le regard qui n'augure rien de bon. Tu as vu, elle a la même mimique que toi, elle aussi se mord la lèvre de rage tandis qu'elle te malmenait. "
" Je crois que je suis en train de claquer... "

Une main ensanglantée venait se poser sur sa poitrine, elle cherchait les battements de son coeur et le rythme de sa respiration afin de déterminer si c'est l'afflux de sang dans les poumons qui la tuerait ou si c'est son coeur qui finira par lui dire "merde"

Le vieil homme retrouva le sommeil, bercé par les râles et les sifflements de Hrist.

Ce qui lui semblait une éternité plus tard, on vint la récupérer, fiévreuse et délirante de douleur et on la traîna de nouveau hors de sa cellule.
Modifié en dernier par Silmeria le mer. 24 juin 2020 01:21, modifié 1 fois.
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Silmeria
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Re: La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

Message par Silmeria » lun. 22 juin 2020 19:51

[:attention:] Non destiné aux âmes sensibles [:attention:]

La tueuse mettait toutes ses forces à essayer de comprendre où elle était ainsi traînée, impossible de déterminer dans la noirceur et son état quel couloir était emprunté, elle ne réalisait même plus qu'on l'avait déjà installée sur une chaise en bois si large qu'elle aurait pu servir de trône. Une sangle de cuir vint étreindre ses poignets et on lui passa autour du visage un sac de toile raide de crasse qui collait à sa bouche et ses narines à chaque respiration.

Autour d'elle, Hrist senti la présence d'une personne qui allait et venait à côté d'elle, impossible de savoir si il s'agissait d'une seule personne ou d'un petit groupe. Elle sentait la fin venir, impossible pour elle de résister à une autre séance de torture, celle-ci la conduirait droit à la tombe, elle n'aurait tenu que deux tristes journées en ces lieux - et quelque part, elle ne regrettait pas que son calvaire se termine si vite, bien que terrifiée à l'idée de mourir si piteusement.

Ses nerfs à vifs, elle ne réalisait pas à quel point son corps était crispé, aveugle et étourdie, elle s'était recroquevillée sur elle même, les jambes arquées et les mains s'enfonçaient dans leurs étaux comme si elles voulaient disparaître. Une voix neutre intervint.

" Ils ont encore fait dans le détail. Est-ce que tu m'entends ? " C'était la voix d'une femme, elle avait prononcé ses mots de façon très claire, comme si elle était habituée à rencontrer des êtres torturés.
" Bouge la main droite si tu m'entends. "

Hrist s'exécuta sans attendre malgré la douleur que lui lançait sa main brisée enfermée dans cet étau de fer et de cuir.
" Au moins, personne ne t'as crevé les tympans. Je suis guérisseuse. Mon rôle est de te remettre sur pied, tu comprends ? Bouge la main droite si tu comprends ce que je viens de dire."

Ravivée comme une braise mourante jetée dans un tas de paille sèche, Hrist sentait la douce chaleur de l'adrénaline monter en elle et se souvint des mots du vieil homme dans sa cellule qui disait qu'on ne mourait pas tout à fait en ces lieux, la présence de la guérisseuse expliquait cette rumeur. Hrist se sentait rassurée mais la perspective de rester en vie et disposée à subir une autre torture ne lui plaisait qu'à moitié. Elle bougea cependant la main droite.

" Bien, alors commençons. On va te dévêtir et nettoyer ton corps, en voyant tes plaies et tes fractures, je pourrais faire ça de façon plus efficace. "

Deux mains silencieuse lui arrachèrent la tenue de chanvre grouillant de vermine et on l'aspergea sans ménagement, l'eau claire fouetta sa peau, dégorgeant les plaies ensanglantées et retirant une partie de la crasse dont elle était couverte, elle tombait à même le sol dans un mélange d'eau rosée et boueuse. Une main ferme frotta un chiffon sur son corps sans épargner ses fractures et ses entailles, ravivant la douleur, son corps entier se crispa à chaque passage de la main, tantôt les coupures brûlaient ses chairs, ses fractures lançaient des pics de douleur qui lui envoyèrent immédiatement une sensation de migraine blottie dans un nuage de vertige, sa tête dodelina dans un vertige qui la conduisit doucement vers un évanouissement qu'elle ne pu éviter.

Un deuxième seau d'eau frappa la jeune femme assise et Hrist se réveilla d'un coup. Sa respiration ne lui faisait plus souffrir alors qu'elle avalait de grosses bouffées d'air à travers son sac de toile, ses côtes avaient été guéries, elle sentait de nouveau ses mains, ses coudes ne semblaient plus brûler d'avoir eu la peau arrachée de même que ses chevilles entaillée et les nombreuses coupures ne semblaient être qu'un mauvais souvenir. Il restait cependant le visage tuméfié et les dents brisées dans sa mâchoire qui lançaient un pic de souffrance à chaque fois qu'elle voulait articuler un mot. Tandis qu'elle reprenait ses esprits, on lui ôta le sac d'un coup sec, l'air frais de la pièce embrassa sa peau couverte de petites gouttes de sueur. Ses cheveux collaient à son visage à cause du sang coagulé qui laissait croire qu'on venait de la badigeonner avec de la boue. Ses yeux encore tuméfiés ne pouvaient pas s'ouvrir mais à travers l'étroite plissure de ses orbites imprégnés de larmes, elle avait la nette impression que la pièce était bien éclairée, deux ombres passaient et venaient devant les flammes d'une bougie et l'une d'elle, la plus proche, émit de nouveau un son, c'était la guérisseuse.

" Passons au visage maintenant, je ne soigne les bouches et les yeux qu'à la fin, sinon les prisonniers me supplient de mettre fin à leur calvaire, et les voir m'implorer avec leurs yeux là... Beurk, quelle horreur je déteste ça. " dit elle en glissant des doigts entre ses lèvres pour lui ouvrir la bouche et inspecter son état.
" Quelques dents brisées, on va pouvoir refaire apparaître tes dents et apaiser ton visage, ça pourrait être désagréable. "

Un léger sifflement traversa ses oreilles, elle se sentait bien, magnifiquement bien, bercée dans un linceul de béatitude. Ses yeux sortirent doucement de leurs bleus et la sensation irritée autour de ses paupières disparu, comme s'il ne s'agissait que de poussière emportée par le vent, son nez chatouillait comme pour la prévenir d'un éternuement à venir, mais il ne s'agissait que de son cartilage qui se redressa dans un craquement sec. La repousse des dents était toutefois moins agréable, de minuscules cristaux d'émail poussèrent de sa gencive comme de petites lames et s'enroulèrent les unes aux autres jusqu'à former une dent neuve, blanche et éclatante. Quant à sa migraine, elle était emportée avec le reste, de nouveau elle pouvait voir et appréhender tout ce qui se passait autour d'elle.

La Shaakt qui devait être la soignante était assez similaire à celle qui la torturait, à un point si déstabilisant qu'au début, Hrist cru confondre les deux. Mais la couleur de ses yeux étaient moins vive et moins vipérine, elle était un peu plus petite et large bien que le reste de son visage ressemblait à cette inconnue, admiratrice sans pitié de la Murène.

" La repousse des dents n'était pas si désagréable que ça... J'espère que la prochaine fois, je me ferai énucléer, je meurs d'envie de voir ce que fait un oeil qui repousse. "

La guérisseuse leva les yeux en l'air, n'en revenant pas d'une telle énormité de la part d'une prisonnière. Elle inspecta ensuite son corps pour s'assurer qu'elle était en état, lorsque ce fut le cas, on lui jeta aux genoux une nouvelle chemise de chanvre pliée, elle ne semblait pas aussi répugnante que la précédente, mais le léger fumet dont elle était chargée laissait croire qu'elle appartenait à quelqu'un il y a peu.

Une porte claqua et alors, un frisson traversa le dos de la femme, la Shaakt vengeresse arriva d'un pas décidée, comme impatiente de jouer de nouveau avec sa captive fraîchement remise sur pied.

Provocante jusqu'au bout, la Shaakt vint s'assoir sur les genoux de Hrist toujours entravée à sa chaise, elle recula doucement le visage pour éviter celui de la Shaakt qui s'approchait. Elle semblait folle de joie et sa main droite caressait un collier accroché à son cou, il était confectionné en plumes de corbeau et en perles rouges, cet objet appartenait à Hrist, elle n'avait jamais su d'où venaient exactement perles et plumes, mais elle n'ignorait pas le pouvoir qu'il renfermait et la jubilation de la Shaakt laissait croire qu'elle aussi avait découvert son usage.

" Il protège des poisons ! C'est un outil exceptionnel pour qui manipule les poisons. Comme une certaine détentrice de la Vieille Rengaine ? Tu ne mérites pas un tel objet, mais sois rassurée, je ferai un excellent usage de ton arme. Et comme je ne suis pas si méchante, je vais te laisser un souvenir de ton arme fétiche. "

Sans prévenir, elle enfonça la lame de la vielle Rengaine dans le bras de Hrist, perforant son biceps et fracturant l'humérus. La Murène cracha un relent de bile de douleur et se mordit les lèvres pour ne pas crier, le sang perla dans sa bouche et déjà, la Shaakt n'était plus là. On lui enfonça la tenue de chanvre dans les bras, de nouveau un sac noir s'abattit sur sa tête et de force elle fut trainée gémissante de douleur dans une nouvelle cellule, si étroite qu'il lui était impossible de se rhabiller, de s'allonger ou même s'assoir. Le poison commençait à provoquer des spasmes dans ses muscles et l'heure était déjà grave, il fallait pour elle enrouler la tenue de chanvre autour de son bras, faute de pouvoir la déchirer d'une seule main, elle enveloppa la chemise entière sur la plaie et attendit que le poison ne disparaisse, se cognant doucement la tête contre le mur en pierre pour oublier un instant la douleur dévorante qui voyageait à travers ses veines comme un poison hivernal.

Elle y resta deux jours, sans manger ni boire, à devoir uriner sur elle même, ivre de douleur et de chagrin.
La petite plume de la Mort.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


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Silmeria
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Re: La Vieille Prison Abandonnée Darkhàm

Message par Silmeria » mer. 24 juin 2020 02:25

[:attention:] Non destiné aux âmes sensibles [:attention:]

Jours après jours, Hrist alternait entre les traitements odieux de ses ravisseurs et les séances auprès de la guérisseuse, celle-ci s'était par ailleurs montrée plus douce qu'au premier jour. Elle nettoyait elle même les plaies au lieu de laisser ça aux gardes sans ménagement. Malgré ce traitement de faveur, elle n'avait répondu à aucune des questions de Hrist, la guérisseuse était fidèle à ses maîtres et remplissait son devoir avec zèle et grande discipline. L'ordre instauré par cette maudite Shaakt était tel que Hrist ne trouvait aucun moyen plausible de s'évader. Assise dans sa cellule, elle grattait le mur de pierre autour de la lourde chaîne qui la retenait. Poussière après poussière, elle parvenait enfin à extraire une première brique à ce qui la retenait, mais le renforcement qui maintenait la chaîne était trop ancré et il restait immobile malgré les efforts de la jeune femme pour le bouger. La Sindel glissa la brique dans son orifice d'origine afin de ne pas créer de soupçon à qui viendrait de nouveau l'enlever.

" As-tu compté les jours depuis que tu es ici ? " Demandait le vieil homme.

La soupe venait d'être servie aux prisonniers, un bol de terre cuite remplit à ras bord d'un liquide fumant. Chaque jour à la même heure un seul et unique bol par prisonnier, un mélange de gruau et de grains durs noyés dans un bouillon clair.

" Non. " Dit-elle tout simplement entre deux gorgées.
" Cependant j'ai compté le nombre de fois où je serai morte si on ne m'avait pas soigné. Quatorze. C'est pas rien quand même. "
" Ton esprit, comment est-il ? "
" Comment ça ? "

Le vieil homme aspirait le fond de son bol, il mangeait plus vite que Hrist qui se demandait pourquoi son bol avait si mauvais goût. Le vieil homme expliqua l'intérêt de maintenir son esprit aussi fort et résistant que les chaînes et les barreaux qui les privaient de liberté. Ceux qui sombraient dans la folie ne souffraient que davantage, tourmentés durant les nuits dans l'âme, tourmentés durant les jours dans l'être.

" Probablement. " Disait-elle, pensive.
" Tu n'as pas comme un goût de sel dans ta soupe ? C'est étrange. " Marmonna-t-elle en reniflant son écuelle.
" Au tout début, quand ils me brûlaient avec du fer chaud, je m'imaginais un immense bloc de glace pour me rafraichir. Tu vois, mon esprit et sa force m'ont permis de survivre et de mieux supporter ces épreuves. Sans un mental dur comme l'acier, on sombre peu à peu dans la folie et chaque torture devient de plus en plus impossible à surmonter. "

" Je crois qu'un de ces connards à éjaculé dans ma soupe... " Hrist grimaça pensant à ce qu'elle venait d'ingurgiter, bien que tiraillée par la faim, elle se demandait si il ne valait pas mieux finir le bol malgré tout, elle préféra le vider à terre pour éloigner toute tentation commandée par son estomac.

Le vieil homme ne dit rien, si ça se trouve, lui aussi avait eu le même traitement et n'avait rien senti.
" S'ils ne peuvent briser ton corps, ils vont briser ton mental. C'est comme ça que ça marche. "
" Tu sais vieil homme, j'ai quelques atouts, bien que je sois totalement dépossédée, il me reste quelque chose d'assez intriguant. Crois-tu pouvoir prendre ma main ?

Les deux captifs s'extirpèrent de leurs paillasses et tendirent les mains afin de s'effleurer d'abord, puis parvenir à se saisir les doigts et finalement la main entière.

" Tâche de t'accrocher? " Souffla la Murène avant de laisser les fluides magiques de l'Ombre Noire traverser son corps, emportant avec elle l'esprit de son compagnon d'infortune.

Hrist employait la magie pour extraire son esprit de son corps durant les traitements trop sévères, elle reprenait possession de son corps et lorsque de nouveau, la douleur devenait trop insupportable, elle se glissait de nouveau dans le monde des ombres. Il lui fallu apprendre très vite à alterner entre ombre et chair afin de savoir si elle était sur le point de mourir ou non, mais l'alternance de son état rendait la situation plus facile à supporter et aidait largement son esprit à endurer les infâmes supplices. Il lui était impossible d'espionner les alentours, comme pour sa Faera, Cèles, elle ne pouvait pas aller bien loin, tout était noir, opaque et impénétrable mais malgré ça, elle ne ressentait plus rien. Dans un nuage noir qui tempêtait, les deux prisonniers étaient debout, libres de leurs liens et le vieil homme ragaillardit par cet aspect de son corps qu'il ignorait totalement bondit de joie. Son ombre fantomatique gesticulait et allait à gauche, à droite, puis reculait et inspectait sous toutes leurs coutures les deux corps qui semblaient endormis à même le sol. Ils ne pouvaient pas parler, seule Hrist pouvait parler avec sa Faera mais impossible pour eux de communiquer, seul le hurlement du nuage noir autour d'eux faisait un bruit de tempête.

Ils reprirent connaissance. Hrist se recula et rampa jusqu'à sa paillasse, le vieil homme quant à lui vomit toutes ses tripes, comme à chaque première fois.

Abasourdi par cette expérience hors du commun, il ne tarissait pas d'éloges quant à la jeune femme qui occupait sa cellule, il semblait plus léger, plus joyeux, moins grave et désarmé. Peut-être avait-il espoir que Hrist lui fasse partager son don, mais très tôt, la porte de la cellule s'ouvrit en un grand fracas. Deux gardes entrèrent dans la pièce et tous deux captifs qu'ils étaient furent redressés par les matons.

La Shaakt arriva, Hrist se doutait bien qu'elle viendrait la torturer jusque dans sa cellule mais son visage n'était pas celui des grands jours, elle semblait furieuse.
" Tiens, vous venez pour le dîner ? Malheureusement c'est un peu tard, mais si vous voulez connaître l'ingrédient secret du Chef, allez directement vous servir. " Lança la Tueuse d'une voix légère, ce à quoi elle reçut une gifle cinglante qui manqua de lui éclater la commissure des lèvres.

" De la magie ! De la magie ! Tu emplois de la magie ! On l'a senti ! Au départ j'avais des doutes mais... Là ! Tu as employé de la magie ici, il y a peu. On a pu le sentir, comment as-tu fait ? "

" La seule chose magique ici c'est qu'on survive à votre cuisine. "

Elle écopa d'une pluie de coups au visage et sur le haut du corps. Complètement décoiffée sous cette nuée haineuse, la Sindel releva les yeux pour dévisager la Shaakt. Elle s'était penchée sur Hrist pour palper tout son corps à la recherche d'un éventuel objet magique dissimulé quand son attention s'arrêta sur le tatouage de murène à son poignet, comme à chaque fois qu'elle employait l'ombre noire avec le Muutos de vent, (-magie datant d'une quête, le Muutos est un don d'une entitée magique composée de fluide de vent qui, associé à la magie de l'ombre noire est la base de la classe tertiaire de Hrist - Plume Noire) la murène prenait une couleur vive et donnait l'impression de frétiller même quelques temps après avoir été sollicitée.

" C'est ça ? Ton tatouage est magique n'est-ce pas ? " Clama-t-elle haut et fort.
" Non, c'est un souvenir de pêche, un jour tonton Von Klaash m'a amené à la pêche et figure toi que j'ai pu attraper deux crabes et une sardine. Fallait bien fêter ça. "

La Shaakt enrageait mais cette fois-ci, aucun coup ne tomba sur la Sindel, une main noire se glissa dans la cape de la tortionnaire pour en retirer une petite lame en bec d'oiseau.
" Tu sais, certaines tribus de garzoks ont pour coutume de manger le coeur des ennemis tués en combat... On dit que ça donne la force de celui qui est tombé, à la fois un hommage et un drain de puissance. On pourrait essayer avec ça. "

Une main ferme vint alors s'enfermer sur son bras, le garde tenait fermement Hrist qui craignait de comprendre ce que mijotait la Shaakt. Elle lui entailla le bras tout autour de son tatouage de Murène et arracha la peau gravée du précieux symbole.

La Shaakt dévora la chair tatouée de Hrist devant elle, mastiquant bruyamment la peau élastique, du sang coulait le long de ses lèvres qu'elle léchait à l'image d'un animal. Hrist se mordait les lèvres de douleur mais son esprit était accroché à cette image, la Shaakt mangeait sa Murène magique pour mieux avaler sa magie. Hrist préféra taire que la magie de l'ombre noire n'était pas liée à ce tatouage mais en elle. Aussi ce geste complètement fou n'aurait servi à rien si ce n'était que de la torturer davantage.

" Je devrai t'arracher les bras pour être sûre de couper toute magie ! Tu m'entends, tu ne sortiras jamais de cette prison, jamais, jamais ! JAMAIS !"

Le garde relâcha la pression, Hrist en profita pour attraper à l'arrière du crâne de la Shaak une bonne poignée de cheveux et avant que les gardes ne puisse réagir, elle tira vers elle sa tortionnaire et lui mordit l'oreille jusqu'à ce qu'un morceau de cède et tombe sur le creux de sa langue. L'Elfe Noire cria en échappa à l'emprise de Hrist qui avala le morceau de chair à son tour. Les gardes envoyèrent la Sindel au tapis à grand coup de botte tandis que la Shaakt les insultait à cause de leur inattention.

Lorsque les coups cessèrent, Hrist releva les yeux, la Shaakt maintenait la main à son oreille mutilée, lui adressant un regard féroce qui ne laissait présager rien de bon pour la suite. Allait-elle la traîner de force jusqu'à la salle de torture ? Est-ce qu'elle préférait la laisser croupir dans la fameuse boîte dont parlait le vieil homme ? Ou l'envoyer dans cette cellule si petite qu'on n'y tenait que debout ?

Rien de tout ça n'arriva.

Hrist fut la première à rompre le silence.

" Il vaudrait mieux pour toi, en effet, que je ne sortes jamais d'ici. "
La petite plume de la Mort.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


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