La Côte de la Baie des Grottes

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Yuimen
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La Côte de la Baie des Grottes

Message par Yuimen » ven. 31 août 2018 21:21

La Côte de la Baie des Grottes

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La Côte de la Baie des Grottes, aussi appelée Baie de Bouhen, est une vaste côte s'étendant de part et d'autre de la frontière entre la république d'Ynorie et le royaume de Kendra Kar. La baie a reçu ce nom à cause de la multitude grottes parsemant sa côte rocailleuse sur des kilomètres. Un grande partie de ses grottes, creusées par les flots sont inondées et servent de refuge à la faune marine voulant se cacher des prédateurs, mais ce n'est pas le cas de toutes. La côte rocailleuse n'offrant presque pas de plage, il est extrêmement compliqué d'y débarquer ailleurs que dans la ville de Bouhen sans s'échouer, ce qui offre une certaine protection à la région contre ses ennemis, notamment Oaxaca. Du fait de l’impraticabilité de la côte, la plupart des grottes qu'on y trouve n'ont jamais été explorées et servent, selon les dires de la milice, de repère aux bandits, au segteks et garzoks ainsi qu'à d'autres créatures monstrueuses se terrant dans leurs profondeurs. Toutes ces histoires ne dissuadent cependant pas les enfants des alentours de s'en servir comme terrain de jeu malgré les interdits de leurs parents, mais il est une grotte que seuls les aventuriers les plus courageux osent braver et même ceux-ci, pour ceux qui en reviennent, ne racontent ce qu'ils y ont trouvés; il s'agit de la très réputée dans la région "Grotte de la confrontation".

Lieux particuliers de la Côte de la Baie des Grottes :

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Tergeist
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Re: La Côte de la Baie des Grottes

Message par Tergeist » lun. 21 oct. 2019 13:26

Dans le chapitre précédent...

Deuxième Arc : L’art de faire parler la Foudre

Chapitre XXVII : Léviathan

La journée dans la Baie des grottes progressa tranquillement : Cherock s’acharna sur son bout de peau tout en conversant avec la Faëra alors qu’Anthelia était partie chasser sous les indications d’un des membres de l’équipage qui continua à effectuer les réparations sur le navire. En milieu d’après-midi, l’enchanteur fit enfin une découverte qui donna des progrès fulgurants sur le pointage de tatoueur. Avant, lorsqu’il frappait avec le maillet, il actionnait tout son poignet pour donner l’impulsion et tenait fermement son outil en pensant que cela le rendrait plus précis. Mais c’était là une grave erreur : cela n’était pas assez précis dans le dosage de sa force, il lui fallait donner encore moins d’impulsion. Il changea donc sa façon de mouvoir le maillet : au lieu de le lever et l’abaisser à l’aide de son poignet, il calla la tête de l’outil au-dessus du chas de l’aiguille. En se servant de son index comme d’un axe autour duquel bougerait le manche, il contrôla le mouvement de balancier avec son pouce pour faire remonter la tête du maillet et le laisser chuter. L’impact fut alors moins fort que ses précédents essais, donnant un résultat qui lui convint tout de suite. En se calant sur la chute de la tête qui était toujours la même, il put obtenir un impact presque identique à chaque frappe. Quelques calibrages et essais lui permirent de modifier un peu la pression qu’exerçait son pouce pour faire remonter l’outil pour arriver à un pointage qu’il estima parfait. Ainsi, l’enchanteur progressa réellement pour la première fois depuis des jours de pratique. Il arriva à faire une ligne complète de points de la même taille, mais dont l’espacement était lui encore quelque peu irrégulier. Il s’attela donc à cette nouvelle étape, excité de voir enfin des progrès. Ne souhaitant pas perdre le momentum de son apprentissage, il interrompit sa discussion avec la Faëra, remisant à plus tard son apprentissage de sort qu’il trouvait très intéressant pour lui fournir une force de frappe dont il aurait rêvé contre le griffon qu’il avait affronté quelques semaines auparavant.
Le soleil entama sa lente chute vers l’horizon et en fin d’après-midi, Anthelia réapparut avec le fruit de sa chasse. Et quelle chasse ! Deux lapins, une poule d’eau et même une biche qu’elle n’avait pas pu ramener toute seule. Les marins poussèrent des cris de joie en pensant au délicieux repas qu’ils allaient pouvoir manger et l’Earion cuisinier se frotta les mains, heureux de pouvoir travailler sur des ingrédients frais et autres que des poissons. Il s’attela immédiatement à la tâche et après s’être un peu lavé à l’abri des regards, c’est une Anthelia aux cheveux mouillés qui vint le rejoindre.

"Tu m’avais caché ce talent pour la chasse toi ! l’accueillit Cherock en levant son regard de son cuir.

- Je ne te l’ai pas caché, tu ne me l’a juste jamais demandé. Comment crois-tu que je faisais pour manger lorsque je rejoignais Kendra-Kâr à pied ?

- C’est pas faux.

- Bon, voyons voir ou tu en es avec ces… Euh ?! "

Un air choqué peint sur le visage, Anthelia arracha la peau entre les mains de Cherock. Tour à tour, elle regarda les séries de points qu’il avait tracées et son visage, avant de le dévisager de ses yeux verts.

"Cherock… Tu peux m’expliquer ?

- De quoi ?

- Comment tu as pu réaliser ça ? Quand je suis partie y a quelques heures, tu étais incapable de faire deux points identiques et là, tu m’en fais des dizaines et d’une taille presque acceptable. T’as triché hein ? Avoue. Tu savais déjà tatouer avant ?

- Hein ? Mais non ! J’ai juste réalisé que je tenais mal mon marteau. Regarde…" dit-il en joignant le geste à la parole. Il lui expliqua comment il s’était rendu compte de l’inconstance dans le dosage de sa force et comment il avait trouvé un moyen d’y remédier. "Et voilà comment j’ai fait tout ça. Maintenant, j’essaye de faire des points avec des intervalles plus réguliers pour essayer de mieux placer l’aiguille, mais c’est pas évident.

- Sérieusement… Tu sais combien de temps j’ai mis à atteindre un niveau comme le tien ?

- Non ?

- Un mois. Et encore, je travaillais sur des peaux bien plus épaisses que ça : là où j’étais, on avait que des peaux de sanglier plus épaisses que celles-là. Ca me fait mal de l’admettre, mais tu as l’air d’être plus doué que moi pour ça. Et je parle de talent brut, pas d’expérience. Quand tu auras tatoué autant que moi, tu seras sans doute plus compétent que moi.

- J’ai encore quelques années devant moi alors, rit le jeune homme, fier de lui en entendant les louanges de la tatoueuse magique.

- Mais ne te repose pas sur tes lauriers ; c’est que le début, on va passer à des peaux plus fines et on verra comment tu progresses. Quand tu seras capable de pointer sur une peau aussi fine que celle humaine, on passera à la suite. Un petit peu d’anatomie et beaucoup, beaucoup de dessin. Et à ce moment-là on réunira toutes ces étapes pour ton premier tatouage.

- Parfait, je sais où je vais maintenant ! On y retourne ! "

Meus par une détermination nouvelle, Cherock voulu se replonger dans ses points mais la tatoueuse l’arrêta. Elle lui dit qu’il fallait qu’il se repose aussi pour reprendre des forces surtout après avoir été malade pendant plusieurs jours. Amy acquiesça pour lui avoir déjà tenu le même discours et son ventre renchérit en émettant un concert de gargouillement. L’enchanteur s’inclina devant tous ces arguments et suivit la jeune femme qui se dirigeait vers l’Earion cuisinier, Vulin. S’il n’avait aucune expérience du dépeçage, il prêta tout de même main forte à l’elfe en s’occupant des divers légumes qui allait servir pour le ragoût de chasse du soir. Il ne put s’empêcher de croquer dans un ou deux morceaux de pomme de terre avant de se faire gentiment rappeler à l’ordre par Anthelia qu’il amadoua avec un autre morceau. Les journées se rallongeant considérablement, c’est sous un soleil couchant que tout l’équipage et les invités se retrouvèrent autour d’un bol fumant, assit sur des rochers autour d’un feu timide qu’ils alimenteraient quand la lumière viendrait à manquer. Le repas se passa dans la convivialité et la bonne humeur générale monta d’un cran quand le capitaine Croane annonça que pour les récompenser d’avoir terminé les réparations le jour-même, ils profiteraient tous de la matinée du lendemain pour se reposer avant de reprendre la mer le lendemain en début d’après-midi. Cherock se joignit à la liesse générale et après avoir lentement mâché ses premières bouchées pour réhabituer son estomac à de la nourriture solide, engloutit deux bols entiers sous les rires et les boutades des marins. Narem lui offrit même une lampée de sa flasque contenant un liquide rougeâtre. Lorsqu'il porta la boisson à ses lèvres, une douce saveur de bière aux accents sucrés de fruits rouges coula dans sa gorge. Trouvant le breuvage absolument divin, l'enchanteur dut se contenir pour ne pas vider l'intégralité de la flasque. Narem lui dit qu'il s'agissait d'une bière appelée la Rougette, très prisée par le peuple de Wiehl. Il se promit de se procurer une flasque du liquide dès que possible et remercia l'elfe pour le lui avoir fait découvrir. La soirée se poursuivit à la clarté de la demi-lune en petits groupes éclatés à travers la plage. Les deux compagnons restèrent autour du feu, partageant anecdotes et histoires. Le capitaine sortit une pipe et se montra être un conteur remarquable, crachant par à-coups des volutes de fumée bleutée. Anthelia se mit à somnoler et s'adossa sur l'épaule de Cherock qui ne s'en soucia guère, plongé dans le récit de la rencontre entre le capitaine et une célèbre pirate du nom de Manantill.
La nuit aurait pu se poursuivre ainsi sans qu'aucun incident ne vienne troubler l'atmosphère détendue du bivouac. C'était sans compter le cri de terreur qui fendit la nuit et qui fit se lever toutes les personnes comme un seul homme. L'un des Kendrans demanda d'une voix tremblante.

"C'est... C'était Boris non ? Ça ressemblait à Boris."

Boris était un autre Kendran parti avec un troisième armé de torches exploré une des grottes. On racontait qu'un réseau de tunnels à moitié immergés parcourait toute la baie et que des trésors fabuleux s'y trouvait. Les deux hommes étaient donc partis explorer pour le plaisir une des grottes avec l'espoir que sur un monstrueux coup de chance, ils allaient tomber sur un de ces trésors. Mais malheureusement si le coup de chance fut effectivement monstrueux, ce n'était pas dans le bon sens : un rugissement terrifiant fini de complètement réveiller ceux qui dormaient précédemment. Une silhouette seule émergea une cinquantaine de mètres de là, une torche à la main. Boris. Son autre bras pendait le long de son bras et Cherock aurait juré qu'il était en sang. L'homme courut désespérément et hurla deux mots avant qu'une imposante silhouette ne se détache faiblement dans la lueur de la nuit.

"UN DRAKARN !"

Cherock sentit tous les marins autour de lui se tendre à ce nom et à la vu du monstre. Dans un geste désespéré, Boris envoya sa torche à la face du Drakarn, ce qui permit au fulguromancien de se figurer ce qui pouvait bien apeurer autant les marins. Un monstre recouvert d'écailles bleues sur le dessus et blanche sur le ventre. Quatre pattes massives et pourvues de griffes longues comme des dagues. Une longue queue serpentine pouvait se voir avec la lueur de la torche, balayant le sol. Un cou tout aussi serpentin se terminait par une mâchoire impressionnante garnie de crocs et surmontée de deux cornes qui terminaient la longue ligne d'écailles pointues qui hérissaient de la tête à la queue le monstre imposant.
D'une patte, il broya la torche et se fondit presque dans l'obscurité. Il poussa un rugissement terrifiant et fonça à la suite de Boris qui se dirigeait vers eux. Le capitaine Croane hurla "AUX ARMES !" , dégaina son sabre et ordonna à deux de ses hommes d'aller chercher les harpons dans la cale du navire. Les deux hommes s'exécutèrent alors que les cris de Boris se turent dans la nuit, son ombre ayant disparu sous celle du Drakarn. Cherock porta la main à sa ceinture et dégaina la Kizoku qui ne la quittait jamais. Il tendit la main et projeta un globe de foudre vers le monstre. L'impact fit mouche et une gerbe d'étincelles éclaira la mâchoire dégoulinante d'un liquide carmin de la bête. La munition n'avait probablement fait aucun dommage au léviathan qui se contenta de tourner un regard rougeoyant vers lui, ce qui lui fit se glacer le sang. Un regard vers la mer lui fit prendre conscience que les marins allaient mettre du temps à récupérer les fameux harpons.

(Je dois leur faire gagner du temps.)

"Anthelia ! Couvre-moi avec tes projectiles !

- Ca marche !

- Enfoiré de lézard ! Tu vas l'payer pour avoir boulotté mes hommes !"

Lame à la main, capitaine et voyageur s'élancèrent vers le monstre qui poussa un hurlement et chargea lui aussi. Deux shurikens de fluides fendirent l'espace entre les deux hommes, l'un fait d'eau et l'autre fait de flammes condensées. Les deux éclatèrent sans faire le moindre mal sur le béhémoth, mais le deuxième eut l'intérêt d'éclairer un peu le monstre ce qui permit au capitaine d'esquiver le puissant coup de patte qui manqua d'arracher sa tête. Il répondit par un coup qui ne fit que riper sur ses écailles et Cherock, malgré sa lame nimbée d'éclairs, n'eut pas beaucoup plus d'effets.

"Bien tentée petite ! Mais cette foutue bestiole ne craint ni les flammes ni l'eau !

- Continue de nous éclairer !"

Le Drakarn porta cette fois son attention vers Cherock en essaya de le percuter de son imposante tête. Le mouvement lourd lui permit d'esquiver facilement mais le souffle du vent qui la suivit lui donna de nouveau des sueurs froides. Le moindre impact direct lui briserait sans doute les os. Sa lame n'étant de toute évidence pas adaptée pour affronter un tel monstre, Cherock roula hors de portée du léviathan et après avoir lancé un autre orbe de foudre à la gueule du léviathan qui n'eut presque pas d'effet, il courut aussi vite que ses jambes lui permettaient dans le sable. Il se dirigea vers la petite alcôve rocheuse dans laquelle il avait dormi et là où se trouvait son marteau. Malheureusement pour lui, le Drakarn était sur ses talons et une respiration rugueuse ne tarda pas à se rapprocher dangereusement de son dos.

(Amy, dis-moi quand...)

(MAINTENANT !) hurla télépathiquement la Faëra en le coupant, prédisant ce que son maître allait lui demander. Sans attendre, Cherock plongea sur sa droite et entendit une demie-seconde plus tard le bruit de mâchoire se refermant dans le vide. Grâce à la surveillance d'Amy, Cherock avait sans doute pu s'épargner le désagrément de deux puissantes mâchoires broyant une partie de son corps. Le jeune homme se releva en titubant dans le sable et se remit en position contre le monstre qui lui barrait désormais le chemin de son précieux marteau.

(Bordel.) jura-t-il intérieurement.

Une boule de feu frappa sans faire de dégâts le poitrail du lézard et éclaira de nouveau la scène tandis que le capitaine le rejoignait, accompagné de deux de ses hommes armés de torches et de sabres. Ils éclairaient ainsi le Drakarn qui les scruta prudemment en voyant Anthelia les rejoindre, jaugeant la menace que pouvait causer cinq de ses proies. En surnombre, un plan s'échafauda en un éclair dans l'esprit du fulguromancien qui fit passer sa lame dans sa main droite et amassa des fluides foudroyants dans son autre main qui crépita.

"Anthelia, j'ai besoin de mon marteau qui est dans la grotte pour affronter ce truc. Je vais le distraire et toi tu... ATTENTION !"

Le monstrueux léviathan de huit mètres n'eut pas la gentillesse de lui laisser finir d'expliquer son plan : dans un rugissement, il chargea un des marins porteurs de torches qui s'était trop rapproché. Ce dernier paniqua et fit des moulinets désespérés pour tenter de repousser la bête. En vain. La charge envoya valser le malheureux et l'enchanteur jura avoir entendu un son de craquement. Le corps désarticulé vola sur plusieurs mètres et s'écrasa dans le sable où il ne bougea plus, mort ou inconscient. Le capitaine hurla sa rage de perdre un autre subordonné pendant que Cherock courrait vers le monstre qui lui présentait son côté en attaquant le marin. Les fluides sortirent de sa main gauche telles des filaments et s'enroulèrent rapidement autour les uns des autres, formant une lance vibrante d'énergie magique. S'il voulait avoir la moindre chance de distraire suffisamment le monstre, il allait devoir frapper vite et fort. C'est pourquoi il activa la Furie de Rana contenue dans la Kizoku qu'il rengaina ensuite pour être plus libre de ses mouvements. Des fluides d'air ambiant se regroupèrent autour de lui pour lui prêter un instant leur célérité. Arrivant près du flanc du monstre, il envoya la pointe de lance en foudre pure s'enfoncer dans sa carapace écailleuse. La lance ne rencontra aucune résistance et plongea dans la chair, faisant pousser un le premier vrai cri de douleur au Drakarn. Avant que ce dernier n'ait le temps de réaliser qui l'avait frappé, le fulguromancien lui avait enfoncé l'arme une deuxième fois. Si l'arme ne faisait que roussir les écailles en apparence, il pouvait bien sentir que le monstre en souffrait. Ce dernier tenta de lui porter un coup de griffe, en se retournant mais Cherock fut plus rapide et bondit sur le dos de la bête en s'aggripant à une des épines dorsales. Sur son improbable monture, il lui enfonça par deux reprises la lance dans le dos avant que cette dernière ne se désagrège dans une pluie d'étincelles. Le Drakarn rugit de douleur et de fureur et roula sur le dos pour tenter d'écraser le cavalier indésirable. Le fulguromancien abandonna son projet de décharger à bout portant deux de ses orbes et sauta de son dos, non sans qu'une des écailles ne trace une longue estafilade sanglante sur sa cuisse. L'enchanteur atterrit dans le dos de la créature et après une réception peu habile et gracieuse mais néanmoins efficace, il refit face au léviathan et chercha du regard ses compagnons de combats. Anthelia et le capitaine étaient introuvables, le marin restant toujours en vie vu que la lumière de sa torche dessinait toujours l'ombre du lézard gigantesque.

(On recommence !) S'encouragea Cherock en appelant une nouvelle fois ses fluides.

Sortant des ombres, la longue queue fouetta l'espace et cueillit le mage en pleine poitrine, vidant instantanément ses poumons d'air. L'impact le souleva de plusieurs dizaines de centimètres et l'envoya rouler contre la falaise. La paroi de pierre cogna brutalement sa tête et il sentit un filet de sang chaud couler sur son visage. Cherock vit flou pendant une poignée de secondes, avant que finalement la vue ne lui revienne, face vers le ciel. Juste à temps pour voir un massif orbe de flammes chuter avec violence sur la plage, à un emplacement qui devait être celui du Drakarn. Se relevant difficilement en respirant difficilement, il vit le léviathan noyé dans un champ de flammes provoqué par le sort qui lui était tombé dessus et malgré sa résistance naturelle au feu, cette dernière attaque ne l’avait pas laissé indemne.

"Cherock ! "

La voix d’Anthelia raisonna dans l’obscurité mais Cherock ne put lui répondre, sa bouche aspirant avec grande difficulté les goulées d’air nécessaires au fonctionnement de son cerveau. Dans la pénombre, Cherock voyait la jeune femme le chercher avec son marteau mais lui, allongé dans la semi-pénombre, ne pouvait espérer être vu aussi aisément. Il généra alors un arc entre deux de ses doigts et créa un flash lumineux qui attira la tatoueuse. La relique dans les mains, elle se précipita vers le jeune homme à terre qui parvint dans la souffrance à murmurer "Gourde…". Anthelia l’entendit et porta immédiatement la gourde du jeune homme à ses lèvres. Une des potions de soin présente, suffisante pour ressouder ses cotes fendues qui le faisaient souffrir, se déversa dans sa bouche. Rapidement, l’esprit et la vision de Cherock s’éclaircirent et il recommença à respirer normalement malgré une douleur persistante amoindrie, ce qui lui permit de se relever en essuyant le sang coulant sur son front.

"Cherock comment tu comptes affronter ce monstre ? On n’est pas de taille !

- On n'a pas le choix. Il faut tenir jusqu’à ce que les autres arrivent avec les harpons. La comète de feu, c’était toi ? Tu peux en lancer une deuxième ?

- Non, mes réserves de fluides de feu sont presque à sec, à part une petite boule de feu je ne peux rien lancer… Et encore, je n’ai jamais lancé rien de tel, mais la magie a envahi mon corps en tenant ce marteau et…

- Anthelia, c’est pas le moment ! coupa Cherock en se relevant péniblement. Là tout de suite, le capitaine Croane est seul, je vais l’aider sinon on y passera tous ! "

Sans prêter plus d’attention à la tatoueuse, l’enchanteur récupéra le marteau qu’elle lui tendait et s’appuya dessus le temps de voir la situation, peu glorieuse. Le Drakarn se remettait lentement de l’impact de flammes et acculait désormais un marin contre la falaise, à une dizaine de mètres de lui. Le capitaine se relevait lui difficilement à l’autre bout du champ de feu, visiblement encore prêt à en découdre. Et loin derrière, près du navire, des lumières commençaient à apparaître. La cavalerie était presque là... Plus qu'une vingtaine de secondes..!

"EH !! " hurla Cherock pour attirer l’attention du monstre qui se retourna vers lui pour voir le choc de Valyus le frapper en plein visage, laissant une sévère brûlure sous son œil. Il se retourna vers lui en rugissant et après un coup de queue dédaigneux qui assomma le marin coincé, le léviathan chargea Cherock à travers les flammes magiques qui commençaient à s'estomper. L’enchanteur envoya un autre Choc frapper le poitrail de la bête qui rugit de douleur quand les trois arcs électriques le frappèrent de plein fouet, mais ça n’interrompit pas sa course pour autant. Il se doutait bien que se faire coincer contre la paroi de pierre ou son poids était la mort assurée. Il ne pouvait pas non plus espérer faire un duel de force avec, ce serait du suicide. Aussi préféra-t-il l’esquiver et roula sur le côté au moment de l’impact. Mal lui en prit : par malchance ou parce qu’il était désormais habitué à ce type de manœuvre, le béhémoth donna un coup de patte griffu balayant la zone vers laquelle il plongeait. Deux griffes se prirent dans la maille de Faerunne, la percèrent et labourèrent le dos de Cherock avant de le projeter à terre juste devant lui. Le jeune homme hurla en sentant les deux traînées de feu brûler son dos, et il se tordit de douleur sous la violence du coup. Seul le martèlement mental d’Amy lui permit de rester lucide. Ce n’était qu’une question de temps avant que gueule de la bête juste au-dessus de lui ne descende pour l’achever. Son marteau était trop lourd à manier allongé, mais les armes faites de foudre avaient l’avantage de ne peser rien et à cette distance, louper sa cible relèverait du miracle. Une seconde lance de foudre s’agrégea dans sa main libre et dans une frappe de la dernière chance, Cherock envoya la lance se ficher dans la gueule du Drakarn qui tournait déjà son regard vers sa "pitance". La pointe de foudre traversa de part en part la mâchoire et peut être toucha le cerveau, car le Drakarn n’apprécia pas du tout ce coup qui le fit reculer de plusieurs pas, laissant la possibilité à Cherock de se relever. La lance fichée dans le corps du léviathan se dissipa rapidement et il darda un regard furieux de douleur vers le fulguromancien. Enfin, autant qu’il était capable de déceler de la colère et de la douleur dans le regard rouge sang d’un animal extrêmement agressif.
Il se remit en position face au monstre qui était de nouveau près à lui rentrer dedans quand un cri de guerre suivi du hurlement de douleur du monstre le fit se retourner. Sa queue fut éclairée par les lueurs des dernières flammes mourantes de la comète et Cherock aperçut le sabre du capitaine Croane profondément enfoncée dedans. L'enchanteur profita de cette distraction pour s’élancer vers le Drakarn. Ses prises sur le sable étaient loin d’être stables, aussi prit-il bien le soin d’enfoncer largement son pied gauche dans le sable pour ancrer sa position devant la patte avant droite du monstre. La tête du marteau décrivit alors un arc laissant une traînée de foudre, propulsé par la torsion du bassin, du buste et des épaules de Cherock. Sachant pertinemment que frapper les écailles ne servirait à rien, l’enchanteur cibla l’articulation arrière de la patte, dont l’os saillait sous la peau plus fine à cet endroit-là. L’impact se répercuta dans ses bras à travers le marteau mais lui ne retint que le craquement satisfaisant de la jointure, annonçant qu’un coup enfin décisif venait de lui être porté. Le Drakarn ne savait plus sur lequel de ses adversaires se tourner, aussi décida-t-il de se focaliser sur celui lui causant tant de souffrance et qui était de fait le plus dangereux : Cherock. Un balancement de son long coup envoya les deux cornes filer droit vers sa poitrine. Cherock eut le temps de placer le manche de son marteau à l’horizontale pour atténuer l’impact, mais la force du coup le fit assez reculer pour que la queue prenne le relai et fouette l’arrière des jambes de Cherock. Il tomba au sol, exténué. La pénombre était retombée sur la plage et seuls les grondements de douleurs du Drakarn et sa silhouette indiquait sa position. Ne pouvant se tourner à cause de sa patte blessée, le léviathan tenta d’abattre sa queue sur l’enchanteur au sol, qui esquiva en roulant sur le côté. Il vit alors derrière le monstre dont le corps ne lui cachait plus la vue la lueur des torches annonçant son salut.
La délivrance arriva enfin. Dans un cri de bataille, une boule de feu s’écrasa sur le flanc de la bête, marquant sa position. Aussitôt, plusieurs harpons se fichèrent avec force dans son flanc et ses pattes, pénétrant l’épaisse carapace. Ce nouvel assaut était perpétré par les marins venus en renfort, menés par Anthelia qui leur avait montré la voie en contournant le monstre luttant avec son ami. Plusieurs torches brûlaient, montrant les hommes armés d’au moins deux harpons chacun quand il ne portait pas de torche. Même la jeune femme se joignit à l’attaque, lançant le projectile acéré à une vitesse dont l’enchanteur n’aurait pas cru la tatoueuse capable. La mise à mort commença tandis que le monstre, sous les impacts répétés, s’était couché sur le flanc en se tordant de douleur. Refusant de mourir écrasé par la ruade du léviathan, Cherock se retourna sur le dos et rampa hors de sa portée, bien que la queue frappât une fois de plus son dos, élargissant ses plaies. Anthelia l’entendit hurler sa douleur et courut le tirer à l’écart. Dans une semi-inconscience, il assista à la fin du Drakarn qui rendit son souffle dans un râle d’agonie, un harpon plus sombre que les autres enfoncé dans sa poitrine. Alors seulement le jeune homme lâcha son marteau et se laissa aller contre la tatoueuse, dont les cris inquiets ne lui parvinrent pas.



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Yliria
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Re: La Côte de la Baie des Grottes

Message par Yliria » sam. 17 oct. 2020 19:02

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Retour de flammes


Jusqu'au lendemain, je patientai en tentant de me reposer autant que possible. J'observai Cherock occuper son temps à faire je ne savais quoi avec ses affaires. Visiblement il utilisait des sorts dessus, mais je n'en comprenais pas l'utilité et me contentai de le regarder d'un œil curieux sans rien demander à ce sujet. Alyah ne m'apprit rien, mais m'assura que la question mériterait d'être posée plus tard, lorsque nous serions tous deux sortis de cette histoire en un seul morceau. Je fermai à nouveau les yeux et laissai le sommeil me gagner. Ce poison m'épuisait, à me vider ainsi de mes réserves magiques. C'était comme si mon corps essayait de s'en défendre et dépensait énormément d'énergie pour cela. Une fois de plus, le sommeil fut agrémenté de cauchemars et de réveils intempestifs, mais je sentis néanmoins la différence après quelques heures. Cherock se débarrassa du dernier repas et me donna de l'eau claire, du pain et un citron comme repas. Frugal effectivement, mais cela serait suffisant.

Ma jambe tremblait nerveusement tandis que l'agitation croissait sur le pont au dessus de ma tête. On y était, on était arrivé ou presque et je ne pouvais empêcher d'avoir une boule d'angoisse dans le ventre à l'idée de finalement être à deux doigts de tomber entre ses mains... Cherock m'aida à descendre du tabouret pour ne pas éveiller les soupçons et je levai les yeux vers lui à sa question. Je hochai la tête, la bouche pâteuse. Je claquai des doigts de la main droite et fit apparaître une flammèche au bout de mon pouce comme preuve avant de la faire disparaître rapidement.

- Autant que je peux l'être... je me sentirai mieux une fois une lame en main...

- Très bien. On ne sait toujours pas comment ça va se dérouler, mais j'ai essayé de nous préparer au maximum. Est-ce que tu connais le sort de Transfert Magique ?

- Transfert... non, jamais entendu parler.

- Pour faire simple, c'est pouvoir stocker un sort dans un objet et l'utiliser lorsqu'on le souhaite une unique fois, sans avoir à consommer de fluides. Sans même posséder de fluides du tout même. Le sort en lui même est assez gourmand en fluides, c'est pourquoi j'essaye toujours de les remplacer dès que possible. Regarde.

Il tira son sabre et me montra un symbole gravé où était aussi incrusté une rue. Il avait placé le sort à cet endroit et je dedvais juste appuyé dessus en visant les adversaires pour que le sort se lance. En écoutant son explication, je compris aussitôt l'intérêt d'un tel sort. Placer un sort à l'avance dans un équipement allait forcément être utile et j'attrapai le yus qu'il me tendit du bout des doigts. Je fixai l'écuelle qu'il avait attrapée et fis comme il m'avait expliqué. J'Inspirai, appuyai sur la pièce et sursautai lorsqu'un éclair en jaillit pour frapper le bol. Je lâchai le yus sous la surprise, qui tomba au sol avant de rouler entre Cherock et moi.

- Waaah... ça m'a surpris. Donc il y a un sort similaire dans le manche du katana, c'est ça ? Je vais pouvoir économiser un peu mes fluides.

- Il est un peu différent de celui là, il fera apparaitre un nuage qui foudroiera jusqu'à quatre cibles de ton choix. J'aimerai te dire de ne pas hésiter à l'utiliser, mais... Je n'ai aucune foutre idée de comment ça va se dérouler là bas. Alors je te fais confiance pour l'utiliser quand tu jugeras que ce sera le bon moment.

J'aurai dû l'observer davantage lorsqu'il avait bricolé ça, parce qu'il fallait absolument que j'apprenne ce sort. Les possibilités étaient assez incroyables.

- Je doute qu'on ait beaucoup de temps, je l'utiliserai sans doute dès que j'aurai l'arme en main. Avec mon armure je serai plus sereine, mais avec cette tenue... enfin cette absence de tenue, j'irai sans doute au plus rapide... En parlant de bon moment, fais moi signe quand tu es sûr que ta mère est en sécurité. Je ne ferais rien avant.

Il sembla réfléchir un instant et je l'observai, guettant un éventuel doute de dernière minute. C'était la chose que je craignais le plus en ce moment. QAu'il doute. Mais ce ne fut pas le cas. Un simple mot franchit ses lèvres. Un mot qui me fit hausser un sourcil. un mot qui serait le signal pour que je puisse agir.

- J'espère que ça va marcher...

Je passai le reste du temps à angoisser tout en imaginant enfin pouvoir être libérée de toiut cela et relevait la tête en sursautant lorsque des hommes entrèrent finalement dans la pièce. Par sécurité j'avais terminé à même le sol, le tabouret repoussé à plusieurs mètres et bien m'en pris. Trois types entrèrent, dont le capitaine vu son accoutrement et je me retrouvai rapidement avec une lame sous la gorge alors que l'un d'entre eux s’approchait de mes bras, un trousseau de clefs à la main. Je jetai un regard neutre à Cherock alors que la pression du métal sur ma trachée se fit légèrement plus forte tandis que l'homme ouvrait la bouche.

- Pas un mouvement brusque, sinon je te saigne comme une truie, pigé ?

Je ne lui fis pas l'honneur de lui répondre et sentis avec soulagement mes mains être libérées de leurs prison métallique. J'eus le temps d'observer mes poignets tandis qu'il enlevait aussi les fers retenant mes chevilles. La chair était meurtrie et violacée et je ne retins pas une grimace en voyant l'état tout aussi déplorable de mes chevilles. Je les bougeai tout doucement et, bien qu'un peu douloureux, je pouvais les bouger sans souffrir le martyr. Mais mon examen fut de courte durée car on attrapa mes bras et liait mes poignets dans mon dos par des cordes, brûlant un peu plus la peau déjà abîmée, me tirant un sifflement de douleur qui sembla les ravir au plus haut point. On retira le manteau que Cherock m'avait prêté et je fus à deux doigts de les attaquer aussitôt en voyant leurs regards, mais je jouais le jeu et, lorsqu'ils voulurent me relever, je m'effondrai à demi, faisant celle trop affaiblie pour bouger d'elle-même. J'entendis le capitaine jurer.

- Merde... Fioret, tu la portes, le chef attend. Ah, j'ai failli oublier...

Il s'approcha et sortit des bandes de tissus de son manteau. L'un me couvrit les yeux, ce que je trouvai parfaitement stupide, et l'autre servit à me bâillonner, me donnant une envie de vomir au vu de l'odeur. On me releva avant que je ne me sente soulevée et juchée sans effort sur une épaule. Je me tortillai un peu, pour donner le change, mais une claque sur une fesse suivit d'un rire gras me figea instantanément.

- Essaie donc, shaakte, je me ferai un plaisir de trouver une raison de finir ce que les autres ont commencé.

Je décidai de ne plus faire le moindre mouvement et sentis qu'il se mettait à marcher. J'entendis vaguement des voix discuter plus loin, mais je me concentrai sur autre chose pendant ce temps. J'inspirai et les appelait doucement. L'un après l'autre, ils se manifestèrent et j'aurai lâché un sourire sans le bâillon qu'on m'avait imposé. Une chaleur suivit d'une sensation de calme remontèrent au sein de mon corps et j'inspirai longuement. Je pouvais le faire ! Alyah semblait elle aussi rassurée et je la sentis près de moi. Un soudaine douleur me frappa la tête et je couinai à travers le bâillon, faisant rire celui qui me portait. D'après Alyah il avait fait en sorte que je me cogne la tête en tournant pour emprunter l'escalier. Je grognai de frustration. Ne perdait rien pour attendre celui-là.

Bien que totalement aveuglée, je sentis nettement lorsqu'on sortit enfin à l'air libre. La fine brise, l'odeur plus forte d'iode, le son des vagues contre la coque et les voix des marins qui emplissaient mes oreilles. Le moment fatidique approchait à grands pas et mes mains entravées commencèrent à devenir moites tandis qu'on me descendait dans ce qu'Alyah me décrivit comme une petite barque prenant la direction d'une grotte non loin. Cherock faisait parti du voyage, à mon plus grand soulagement. On m’installa au fond de la barque, coincée entre deux bancs et complètement incapable de bouger. Je ne les voyais pas, mais j'étais persuadée qu'il y avait quelques regards sur ma poitrine et je me promis de trouver de quoi m'habiller au plus vite une fois ces salopards hors-jeu. Alyah me rassura, le capitaine ayant apparemment prit soin d'emmener mes affaires avec eux. Ils étaient à la fois si précautionneux et si négligents, c'en était presque affligeant...

Je restai un moment ainsi, allongée, avant qu'on ne me redresse et ne me porte à nouveau. La lumière du jour qui filtrait à travers le bandeau sur mes yeux disparu et je supposais, avec raison selon les dires d'Alyah, que nous étions arrivés sous terre via un passage reliant la mer à un réseau de galeries. Le genre d'endroit parfait pour des contrebandiers ou toute activité criminelle qui se voulait un minimum discrète. J'eus l'impression d'évoluer pendant des heures dans les ténèbres, mais c'était seulement parce que chaque seconde devenait de plus en plus pesante et que je m'imaginais beaucoup trop de choses. Et si Kisp voulait en finir tout de suite ? Je le pensais incapable de se retenir de profiter de la situation, mais vu les efforts déployés, peut-être que je me montrais trop optimiste... Dans ce cas précis, je serai face à un dilemme que je ne voulais pas voir arriver. Agir et risquer la vie d'une innocente ou ne rien faire et mourir sans pour autant assurer la survie de la mère de Cherock...

Je fus plutôt brutalement tirée de mes pensées lorsqu'on me déposa, mes genoux heurtant le sol avec force. Je ne retins pas un légère soupir de douleur étouffé par le bâillon que l'on m'enleva assez vite, tout comme le bandeau me cachant les yeux. Je clignai, la lumière pourtant diffuse des bougies éclairant le souterrain me brûlant la rétine. La pièce était plutôt grande, bien que pas très haute, et creusée à même la roche. Il y avait du mobilier évoquant un lieu de réunion : table, chaises, un bureau avec un peu de paperasse. Mais ce qui attira davantage mon regard fut le visage bouffi et souriant du responsable de toute cette histoire. Portant toujours ses habits hors de prix et ses bijoux ostentatoires, cette ordure de Kisp me fixait d'un air satisfait.

- Ravi d'enfin te revoir, shaakte. Je suis très content de voir que tu as accepté mon invitation.

J'eus envie de lui cracher au visage avant de lui faire cramer sa sale gueule à moitié cachée par un masque d'argent, là où ma boule de feu lui avait rongé le visage. Derrière lui se tenait son majordome, le même sadique que la dernière fois avec son air arrogant . Lui aussi souriait, visiblement ravi que celle ayant blessé son patron soit enfin entre leurs mains. Je serrai les poings. Ces enfoirés j'allais les...

(Du calme, Yliria ! Je sais que tu as hâte de les faire payer – et moi aussi – mais n'oublies pas ce qui est en jeu. Reste calme et évite de les provoquer.)

Je baissai la tête, acquiesçant intérieurement aux paroles d'Alyah. Kisp et ses hommes durent prendre ça pour de l'acceptation car des ricanements se firent entendre avant que Kisp n'ordonne d'aller cherche la mère de Cherock à sa demande. Puis il s'approcha de son pas lourd et pesant et me saisit le menton pour me regarder droit dans les yeux. Je jouais la comédie et cherchais à éviter son regard, mes yeux se plantant plutôt sur la fiole qu'il souhaitait visiblement me montrer. Une fiole contenant un liquide d'un bleu clair que je n'avais jamais vu. Cela sembla enchanter Kisp.

- J'ai longtemps cherché un moyen de me venger qui soit à la hauteur de ce que tu m'as fait. Te torturer, bien sûr, je ne vais pas te tuer sans laisser mon cher majordome s'amuser un peu. Profiter de ton corps aussi, bien sûr, après tout tu en avais une peur bleue la dernière fois, ce sera un plaisir que d'honorer de force ta maigre féminité. Mais après ? Comment te tuer ? Et bien j'ai fait mes recherche et ceci m'est apparut comme une illumination.

Il sourit et déboucha la fiole pour l'approcher de mes narines. L'odeur était inexistante, mais une sensation de froid s'échappait de la bouteille, comme si la température du contenu était proche de zéro.

- Sais-tu quel est l'opposé du feu ? La glace. Alors qu'arriverait-il à une pyromancienne si elle avalait par mégarde une fiole d'un fluide complet de glace ? Hmmm ?

J'écarquillai les yeux et voulus m'écarter au plus vite de cette fiole, mais un type se tenait derrière moi et m'en empêcha en mettant sa main fermement sur ma nuque. Kisp approcha la fiole en même temps que son visage, parlant d'un voix toute aussi glacial que le fluide qu'il tenait à la main.

- Tu vas mourir dans d'atroces souffrances, déchirée de l'intérieur par les fluides contraires, par cette magie même qui t'as permis de toucher à mon visage. Tu vas hurler et supplier avant de mourir en crachant tes entrailles. Et je vais me délecter de ce spectacle.

Il était fou, complètement fou. Et j'étais horrifiée alors qu'il attrapait ma gorge en la serrant à m'étouffer, penchant la fiole vers ma bouche. J'avais beau essayer de me débattre, sa poigne était toujours aussi forte. Je manquai d'air et je ne touchai bientôt plus le sol avant qu'il ne me lâche et que je retombe sur le sol, toussant et crachotant en aspirant autant d'air que possible. Mon regard croisa celui de Cherock avant qu'un mouvement n'attire son regard ailleurs. J'avais été à deux doigts de faire cramer ce gros sac qui s'était détourné pour approcher Cherock en me laissant là, à reprendre difficilement mon souffle. Allongée au sol, on ne faisait plus vraiment attention à moi, visiblement. Oh, comme il allait le regretter...

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Re: La Côte de la Baie des Grottes

Message par Yliria » sam. 17 oct. 2020 19:22

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Il me fallut quelques dizaines de secondes pour reprendre mon souffle et réussir à déglutir correctement. Cette ordure avait toujours la poigne aussi forte et il aurait sans aucun problème pu me briser la nuque. Mais au lieu de cela, il se pavanait, réitérant encore et toujours la même erreur qui lui avait fait perdre son bateau et la moitié de son visage. L'attention fut de nouveau détournée par l'arrivée soudaine d'un homme poussant une femme au visage caché par un sac de jute. À cette vision, mon corps sembla se préparer aussitôt. Je n'avais qu'à attendre le bon moment, le signal. J'eus juste le temps d'apercevoir le visage de la femme avant qu'elle ne soit projetée hors de ma vue et que la voix de Cherock, murmurée, me parviennent. C'était bien sa mère, visiblement. En vie et entière. Je lâchai le soupir de soulagement que j'avais inconsciemment retenu. Que ce serait-il passé si Kisp l'avait tué...

- Je serai toi, j'arrêterais de me jeter ce regard tout de suite. Et je déguerpirais tout aussi vite. A moins que ce ne soit la peur qui t'empêche de bouger ?

Je fronçai les sourcils en entendant les paroles de Kisp, mais aperçut du coin de l'oeil Cherock se relever, une main posée sur la garde de son sabre dont la lame se dénudait lentement. L'attente était insupportable. Je voulais qu'on en finisse au plus vite.

- Vous vous trompez, Kisp. Ce n'est pas la peur qui m'empêche de partir. C'est la Miséricorde.

Miséricorde ? Le signal ! Sans perdre de temps, mes fluides convergèrent vers mes mains et la corde fut rapidement rongée par le feu tandis que j'aperçus le reflet d'un lame jetée en l'air alors que Kisp et certains de ses hommes étaient projetés au sol par un probable sort de Cherock. Je ne m'attendais pas à ce qu'il fasse ça, mais je me relevai d'un bond, saisissant le katana au vol avant de me mettre en garde, les deux mains sur le manche. La sensation d'avoir une arme en main était grisante, même si je n'étais pas familière avec ce genre de lame.Un sourire orna mon visage, faisant écho à celui, froid, que je vis sur le visage de Cherock.

- Très bien gamin, on dirait que tu veux toi aussi mourir. De la miséricorde ? Et tu comptes faire quoi tout seul ici ? Tu vas me tuer ?

- C'est là où vous vous trompez Kisp. Je ne suis pas tout seul, et je ne vais pas vous tuer, vous n'en valez pas la peine. Elle, en revanche... Elle ne sera pas aussi miséricordieuse que moi.

J'enflammai la lame de la relique, attirant le regard médusé du majordome qui écarquilla davantage les yeux en comprenant que j'avais ma magie à disposition. Kisp sembla percevoir la surprise de son larbin car il se retourna et son visage blanchit aussitôt. Il se figea, une expression, mélange d'incrédulité et d'horreur, plaquée sur le visage malgré le masque qui en couvrait la moitié. Alyah ricana dans mon esprit, visiblement contente de ce retournement de situation que nous attendions avec une certaine impatience.

- Vous avez commis deux fois la même erreur Kisp. On ne joue pas avec le feu.

Et sans plus de discussion, je me ruai vers lui et mis toute mes forces dans le coup que je lui portai. Il y eut un hurlement de douleur, une odeur de sang frais et de chair brûlée, et il s'effondra au sol, le corps parcourut de spasmes tandis que son sang se répandait sur le sol. J'entendis des exclamations autour de moi et les rares qui n'avaient pas déjà tirer leurs lames le firent. Parfait. Kisp n'était pas encore mort, mais il n'irait nul part vu son état. Restait seulement à s'occuper des autres. Cherock avait déjà son marteau en main et j'aperçus sa mère, sous la table, enfiler ce qui ressemblait à une cotte de maille. Mon regard balaya la pièce rapidement, retenant les positions de chaque ordure présente. Je ne les voyais pas si nombreux, au moins une douzaine, mais je n'avais pas vraiment le choix.

Sans attendre, je bondis sur le plus proche, évitait le coup horizontal de son sabre en me baissant pour me redresser dans sa garde, le sabre suivant le même mouvement, lui tranchant le torse d'un mouvement fluide. Il s'écroula aussitôt et je fixai un court instant la lame. C'était plus qu'efficace et ça me rappelait ma première arme, même si la lame était différente. Les autres étaient sortis de leur stupeur et se ruai sur moi ou Cherock, lame au clair, visiblement déterminé à venger leur patron. Sans plus attendre, j'engageai le combat avec le plus proche, perdant Cherock de vue alors que j'entamai une danse de l'Eclipse, montrant à ses ignares qu'ils avaient attaqué la mauvaise personne.

Je parai le premier qui me fonça dessus, faisant glisser la lame de son épée le long de la mienne avant forcer son poignet à se tordre en enroulant ma lame autour de la sienne avant de l'abaisser d'un coup sec. Il lâcha son arme alors que je tranchai sa gorge d'un coup ascendant. La lame, bien plus légère et affûtée que je ne l'avais escompté, partit trop loin et trancha en partie son visage. Je fermai un œil pour en pas recevoir le sang qui giclait de l'affreuse blessure avant que le corps ne tombe au sol. A nouveau je fixai la lame, de surprise cette fois. Elle était légère, trop légère comparée à ma rapière, et je devais faire attention si je ne voulais pas que mes mouvements soient trop larges ou trop courts. Si elle était aussi légère, j'espérai qu'elle n'était pas fragile.

Je cessai bien vite de me poser la question lorsque deux types m'attaquèrent sur les flancs. Je parai le premier et évitai quasiment l'attaque du second, sa lame réussissant tout de même à entailler mon omoplate droite, me faisant siffler de douleur. Je repoussai celui me faisant face et invoquai mes fluides, m'entourant de flammes. Les types reculèrent imperceptiblement et jk'en profitai pour sauter sur celui m'ayant entailler le dos. Il leva puis abaissa sa hache, mais je me dérobai en passant sous sa lame et sa garde avant de me retrouver derrière lui. Par réflexe, je fonçai vers l'avant, la pointe visant le dos de mon adversaire. Si elle le transperça comme prévu, la résistance fut bien plus importante qu'avec ma rapière et je lâchai un seconde l'arme pour éviter un coup de taille d'un autre combattant. Jurant entre mes dents, je lui lançai une boule de feu au beau milieu du torse, le faisant reculer sous la douleur tandis que je récupérai l'arme, non sans mal.

Brièvement, j'aperçus Cherock mettre un homme à terre d'un éclair, puis je reportai mon attention sur ceux qui me faisaient face. Il en restait encore quatre, sans compter ceux attaquant Cherock. Je m'entourai de flammes pour attaquer. J'en avais presque oublié le sort contenu dans la poignée de l'arme. Je l'activai et, pous laisser el temps au nuage de se former, je fonçai sur eux, gagnant du temps en attaquant avec une vitesse que je ne pensais pas possible avec une arme de ce calibre. Du coin de l’œil, je vis le nuage tonner et je bondis en arrière avant que les quatre types ne soient foudroyés en un bel ensemble, en mettant aussitôt trois au sol tandis que le troisième semblait à deux doigts de les rejoindre. Je m'avançai vers lui et, posant ma main sur son torse, le poussai, le faisant tomber au sol, où il resta immobile, mais vivant. J'hésitai un instant puis détournai le regard. Achever un homme au sol ce n'était décidément toujours pas mon truc.

Fouillant la pièce du regard, je cherchai désespérément mes affaires lorsque la voix de Cherock me parvint. Je tournai la tête dans sa direction et m'approchai. Lui aussi c'était visiblement débarrassé de ceux lui cherchant des noises. Il devait y en avoir deux ou trois qui s'étaient enfuis, mais ce n'était pas grave. Il serrait sa mère dans ses bras lorsque je les rejoignis. Cette dernière me regarda avec inquiétude. Couverte de sang et à moitié nue, je devais avoir l'air complètement folle, il fallait l'avouer. La voix de Cherock, calme et teintée de douceur, la rassura aussitôt.

- Yliria est notre alliée pour sortir de ce pétrin. Aide là à se rhabiller s'il te plait, je vais aller dissuader les probables renforts de venir nous déloger.

Je haussai un sourcil en le voyant repartir aussi sec. Je pouvais m'habiller toute seule... La vue du baluchon non loin me fit porter mon attention dessus et je l'ouvris fébrilement, découvrant mon armure et toutes mes affaires. Un sourire éclaira mon visage et je m'empressai de fouiller pour trouver de quoi enfin m'habiller. Me rappelant que j'étais pleine de sang, je jetai un œil aux alentours et posai mes yeux sur Kisp. La vue de cette ordure me crispa et je me dirigeai vers lui. Il était mort, finalement, les yeux et la bouche grande ouverte. Ça en aurait été presque comique qu'il finisse comme ça, mais ça ne me fit rien, absolument rien. Au lieu de ça, je fouillai la pièce du regard et me mis à passer de corps en corps. Je récupérai les bijoux hors de prix de ce salopard et toutes les bourses que je pus trouver en plus de la fiole de fluide de glace avant de revenir près de mes affaires après avoir découpé du tissu propre dans une des chemises de l'un des sous-fifres étendu là.

Une fois essuyée, je soignai l'estafilade qui zébrait mon dos, soupirant de bien-être sous la sensation delal lumière réparatrice, puis je tournai mon regard vers la mère de Cherock. Elle semblait perdue et affolée, ce qui n'avait rien d'étonnant, mais son regard inquiet ne cessait de fixer la sortie par laquelle Cherock était partie. Je sortis mes affaires et commençai à m'habiller, ravie d'enfin cacher mon corps à la vue de tous. Surprenamment, ce fut la mère de Cherock qui, malgré son état d'angoisse évident, tenta de me rassurer un peu.

- Tout va bien. Cherock va s'occuper de nous sortir de là. Yliria c'est ça ? Tu veux de l'aide pour tes affaires ?

- Pas la peine, merci quand même, mais j'ai l'habitude.

Elle fixa avec étonnement l'attirail en écaille de Xiulh que j'enfilai avec une certaine aisance. Que c'était bon de retrouver ses affaires. Je lui offris une grimace contrite, à défaut d'un sourire, puis terminai de m'équiper, attachant ma ceinture, mon fourreau dans lequel reposai ma rapière, mon bouclier et, pour finir, le serre-tête que je caressai avec une léger sourire avant de le mettre dans mes cheveux, libérant mon visage des quelques mèches folles tombées devant pendant le combat. Je ramassai l'arme de Cherock , fourrai les bijoux et les bourses dans mon sac et aidai sa mère à se relever. Je notai avec une grimace qu'elle avait de beaux bleus sur le visage et la lèvre fendue. Je soupirai, la culpabilité me serrant la poitrine. J'approchai mes mains et lui demandai d'une voix douce qui se voulait rassurante :

- Ne bougez pas.

Mes mains s'illuminèrent et les bleus se résorbèrent tandis que sa lèvre retrouvait un aspect normal. Elle se tâta le visage et me remercia d'un voix encore enrouée. Sans plus attendre, je lui fis signe d'avancer vers là où Cherock était partie. Ne nous restait maintenant plus qu'à sortir de cet enfer, avec une femme à protéger face à je ne savais combien d'autres sous-fifres aux alentours. Je n'aimais pas ce genre de défis...

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Re: La Côte de la Baie des Grottes

Message par Yliria » sam. 17 oct. 2020 19:33

<< Précédemment


Je retrouvai Cherock un peu plus loin et j'entendis sa mère pousser un léger soupir de soulagement alors qu'elle me suivait, bientôt suivi d'une légère exclamation surprise et angoissée. Il n'était pas beau à voir, honnêtement. Les quelques cadavres sur le chemin lui avaient visiblement donné plus de mal que je ne l'aurai cru, il était couvert de sang et son bras saignait abondamment. Je lui tendis aussitôt la Kizoku Rana.

- Merci de me l'avoir prêtée. Je te la rends, elle ne convient pas vraiment.

Je ne savais pas vraiment l'expliquer, mais je n'étais pas totalement à l'aise en l'utilisant. C'était suffisant pour défaire ses enfoirés, mais guère plus. Je préférai le contact habituel de ma rapière. Je jetai un œil à la galerie qui s'étendait devant nous et tirai ma lame tout en prenant mon bouclier dans l'autre main.

- Je passe devant, ma lame est plus indiquée pour les combats en milieu confinée et je pense que ta mère sera plus rassurée à tes côtés. Une idée de la direction à prendre ? Le trajet aller m'a laissé peu de repère, je dois bien l'avouer... et... montre-moi tes blessures, je préfère m'en occuper maintenant plutôt qu'elles ne te vident de tes forces.

Il voulut argumenter, mais sa mère le força à accepter et je m'occupai de la blessure qu'il avait reçu au bras. Un soulagement évident apparut sur ses traits, mais il refusa que je m'occupe du reste, arguant que j'avais besoin d'économiser ma magie. Je hochai la tête. Il n'avait pas tort et mieux valait ne pas traîner ici trop longtemps. Nous repartîmest juste après, Cherock avalant tout de même une potion sous le regard vigilant de sa mère, me tirant un rictus presque amusé. A peine quelques mètres plus loin, un épéiste nous barra la route et fonça vers nous. Je me mis sur son chemin et sa lame ne fit qu'être déviée par mon bouclier avant qu'une volée d'éclairs ne frappe l'épéiste à ma plus grande surprise. Je n'aimais pas trop que ces trucs passent aussi près de moi. Mais alors que je me retournai pour lui dire que lui aussi pouvait économiser sa magie, il me prit de court.

- Kisp, dans tout ça ?

- Mort. Avec deux ans de retard, mais bel et bien mort si c'est ce tu voulais savoir.

Je me retournai sans rien ajouter de plus. Ce n'était pas vraiment le moment pour en discuter, si tant est qu'un jour j'avais envie d'en parler à nouveau. Il était mort, fin de l'histoire, problème réglé. Restait juste à oublier. Et juste lorsque je pensais ça, voilà que le géant qui m'avait assommée et dont les compagnons avaient essayé de me violer apparut, une masse à la main, visiblement de mauvais poil. Je le fixai sans rien dire, mais resserrait ma prise sur ma rapière, tournant juste assez la tête pour que Cherock m'entende sans que je ne perde le colosse de vue.

- Celui-là j'en fais mon affaire.

J'avançai aussitôt vers lui, réduisant la distance alors qu'il se ruait vers moi. Il tenta de me frapper violemment d'un coup vertical, visant visiblement ma tête. Je n'essayai même pas de faire semblant. Je tournai le buste, esquivai sa masse avant de lui encastrer la tranche de mon bouclier dans la mâchoire. Il y eut un craquement, quelques dents volèrent et il poussa un cri de douleur, suivit d'un autre lorsque je lui perçait le bras portant la masse avec ma rapière. Il me fixa, le regard emplit de haine avant que ma rapière ne lui chatouille la gorge. Il se figea alors, louchant sur ma main armée et leva les mains, en signe de reddition.

- Je... j'ai perdu.. je me rends...

Je baissai ma lame et m'écartai, pas dupe pour autant. Au moment ou je commençai à me retourner, il se rua vers moi. Je me fendis sur le côté et perçai sa gorge de toute la longueur de ma rapière. Il crachota en se tenant le cou et je retirai ma lame avant qu'il ne s'effondre en suffoquant, se vidant peu à peu de son sang jusqu'à ce que ses yeux ne se voilent définitivement. Je le fixai sans rien dire avant de tourner mon regard vers Cherock et sa mère, restés en retrait. J'aurai voulu ne pas les inquiéter mais je ne trouvais pas les mots justes.

- Je... rien, continuons. Et essaie de garder ta magie Cherock, je peux m'occuper de ceux qui viennent de face.

A peine me retournai-je qu'une autre silhouette émergea dans le corridor. Je reconnus aussitôt celui qui avait utilisé la rune contre moi afin de m'empêcher de me défendre. Avant même que je ne puisse dire faire quoi que ce soit. Cherock s'avança en disant qu'il était à lui. Puis, il le bombarda d'éclair. Il en jaillissait de ses mains de manière ininterrompu jusqu'à ce que son adversaire, malgré ses esquives et la lame de son sabre se mettant en travers, ne finisse au sol, inerte. Je fixai Cherock, incrédule. Quel genre de réserves magiques possédait-il pour se permettre autant d'assauts foudroyants à un tel cadence ? J'eus ma réponse presque aussitôt, une fois qu'il tourna la tête vers moi.

- Je peux encore en tirer des dizaines de salves, alors tant que je me limite à ça mes réserves ne sont pas un souci.

- Je vois...

Cela ressemblait un peu à de la triche son histoire. Je n'avais jamais entendu parler d'un mage pouvait utiliser sa magie de manière illimitée comme cela. Je n'avais pas rencontrer tant de mages que ça, mais j'en avais combattu suffisamment pour savoir que ce genre de pouvoir ne courrait pas les rues. Je le fixai un instant, perplexe, puis reprit le chemin, enjambant les deux corps pour continuer dans le couloir. Après plusieurs longues minutes d'une marche silencieuse, nous parvinrent à une large et haute caverne connectée à la mer. Quelques barques étaient amarrées là et il restait quelques hommes qui semblaient hésiter sur la marche à suivre en nous voyant débarquer. Je jetai un œil à Cherock. Je voulais juste sortir d'ici, je n'avais pas besoin de tous les massacrer, mais je n'étais pas certaine qu'il soit de cet avis.

- Je serai d'avis de partir au plus vite...

- Cela me va. Mais il va falloir s'assurer qu'ils ne tentent rien.

Je hochai la tête, mais, comme pour lui donner raison, trois archers et un arbalétriers nous mirent en joue et tirèrent. Je me protégeai derrière mon bouclier en me baissant, mais aucun trait ne nous atteignit. Au lieu de ça, ils s'arrêtèrent au vol et repartirent directement vers leurs tireur, les forçant à se cacher. Je jetai unregard à Cherock probable responsable de cela et vis avec surprise un épais nuage noir se former près du plafond. Ne sachant pas bien ce qu'il comptait faire, je mis ma main sur le manche de mon arme, au cas où le combat était inévitable. Ce ne fut heureusement pas le cas car son nuage gronda violemment et, comme pris de panique, les hommes de Kisp se dispersèrent, certains fuyant par les tunnels, d'autres empruntant les barques présentes dans la grotte, ramant aussi vite que possible pour échapper à la fureur du fulguromancien.

- Ça devrait les calmer pendant un moment, alors profitons en.

Alors ça pour les occuper... je regardai les alentours et approchai d'une barque lorsque j'entendis Cherock discuter avec quelqu'un qui se révéla être un jeune homme visiblement paniqué qui proposait son aide à l'Ynorien en échange de la sienne. Je me rapprochai et jetai un regard au petit bateau possédant une unique voile. Il ferait l'affaire si le fameux marin n'essayait pas de nous faire nous échouer sur les récifs ou contre une falaise. Je lui jetai un regard suspicieux mais suivit le mouvement, n’ayant pas vraiment le choix de toute façon. Je grimpai derrière la mère de Cherock, refusant la main tendue du jeune marin qui souhaitait m'aider à monter. Je l'ignorai et m'installai sur le bord gauche du bateau, surveillant les alentours tandis que nous nous éloignons doucement à la force des bras des deux rameurs.

(Tu pourrais les aider!)

(J'ai autre chose à faire.)

Joignant le geste à la parole télépathique, je défis mes protections d'avant-bras et observai mes poignets avec une grimace. La peau étai violacée et entaillée par endroit. J'avais utiliser mes fluides pour ne pas que la douleur me gène, mais elle commençait à revenir et je préférais traiter ça avant que ça ne s'infecte. Un poignet après l'autre, je soignai les entailles et les contusions, ma peau redevenant presque comme neuve. Je sentais encore une petit gène, mais la seule douleur que je sentais était celle de mes muscles. Je m'étirai et sentis mes épaules craquer, me faisant lâcher un soupir de contentement. Ces quelques jours passés enchaînée et inactive ne m'avait vraiment pas fait du bien, j'allais rapidement reprendre mes entraînements quotidien. Mais avant cela, il fallait régler quelque chose avant que nous ne sortions de la grotte pour accoster sur la côte.

- Cherock, qu'est-ce que tu comptes faire par la suite ? Je... Je te dois la vie, j'aimerais t'aider en retour.

- Sans vouloir te vexer... Yliria... je préférerai que tu surveilles nos alentours. On n'est pas encore tiré d'affaires... on en parlera plus tard.

J'ouvris la bouche puis la refermai en haussant les épaules juste avant qu'on ne quitte enfin les ténèbres de la grotte. Je pus enfin voir la lumière du jour après ce qui me semblait être une éternité. Je tournai la tête et fermai les yeux un instant en sentant le soleil me caresser la peau de sa douce chaleur et le vent apporter avec force l'odeur des embruns. Un léger soupir de contentement m'échappa avant que je ne rouvre les yeux pour surveiller les alentours. Non loin, une des barques transportant quelques hommes de Kisp avait fait demi-tour et se dirigeait droit sur nous. J'aurai préféré que la tuerie s'arrête là et ce pour un moment, mais visiblement ces types voulaient absolument venger leur ordure de chef. Cherock étant occuper à ramer avec le jeune marin, nommé Fred apparemment, je me levai, prenant un peu de hauteur en me hissait sur le banc. La mère de Cherock me fixa et parla d'une voix qui m'aurait fait sourire dans d'autres circonstances. Une voix maternelle autoritaire et inquiète.

- Tu risques de tomber !

- Non,je ne risque rien, ne vous en faites pas.

J'avalai une potion de mana, sentant avec une certaine délectation mes réserves se remplirent à nouveau, avant de faire converger mes fluides. Je fixai un instant la barque et lançai le sort qui perça le ciel avec fureur avant de percuter la barque, provoquant une explosion de flamme qui envoya hommes par dessus-bord en hurlant et chaloupe au fond de l'océan dans un fracas de fin du monde. La mer se referma et le bruit assourdissant laissa place à un silence seulement brisé par les rames qui percutaient l'eau. Je me rassis ensuite, évitant de regarder les autres occupant du petit bateau pour fixer la côte, impatiente d'enfin laisser tout ça derrière moi. Alyah se faisait discrète, mais je sentais sa présence rassurante à mes côtés et c'était bien le seul réconfort que je pouvais avoir. Quelque chose enflait peu à peu au fond de moi et je voulais au plus vite m'éloigner d'eux pour pouvoir exploser à l'écart, seule. J'entendais la respiration difficile du jeune marin et me tournai vers lui. Il avait le visage rougi par l'effort et transpirait à grosses gouttes. Nous étions assez loin de la grotte à présent et aucun bateau ne semblait décider à nous approcher après ce qui était arriver à celui ayant essayé. Je l’interpellai.

- Je prends ta place, tu es le seul à pouvoir gérer la voile.

Il me fixa, incrédule, mais finit par obtempérer. Il fallait que j'occupe mon esprit plutôt que divaguer sur autre chose et un exercice physique allait m'être utile pour ça. Il manœuvra pour échanger de place avec moi et commença à s'occuper de la voile tandis que je calai mon rythme sur celui de Cherock, ramant de concert avec lui pour atteindre la côte aussi vite qu'on le pouvait.

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