Les Bois aux Sorcières

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Yuimen
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Les Bois aux Sorcières

Message par Yuimen » jeu. 14 nov. 2019 11:41

Les Bois aux Sorcières

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Au nord du Royaume, entourant le Manoir des Belmont, se trouvent quatre bois qui formaient autrefois une terre au gibier important et à la flore épanouie. Depuis quelques siècles, la nature a perdu ses droits et la forêt s'est divisée pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui, vestige de sa gloire passée. Certains disent que le sel du proche océan a finit par stériliser le sol de la région, d'autres évoquent des raisons plus surnaturelles, mais personne ne sait quoi réellement penser de ces endroits, sauf l'idée d'en rester éloigné.

De taille plus ou moins égal, les futaies abritent toutes une source d'eau en leur centre qui leur fournit les maigres forces nécessaires pour subsister. Les arbres sont tous fins et montent suffisamment haut pour créer cette ambiance oppressante qui s'empare du moral des audacieux, regrettant bien vite leur choix. S'y perdre est souvent synonyme de traumatismes pour ceux qui parviennent à en sortir, sinon de tombe pour les plus malchanceux. Ici, le bruissement des feuilles est semblable à une complainte et le vent froid fausse les sens des forestiers les plus aguerris, souvent incapables de compter sur leur expérience. Beaucoup diront que ces bois n'ont rien de naturel et qu'il y dort des menaces insoupçonnés, mais la population du Royaume n'a pas attendu pour surnommer l'endroit "Les Bois aux Sorcières".

Si les Belmont possèdent officiellement ces terres, ils les ont désormais bien délaissés. Les voyageurs sont libres d'y pénétrer à leurs risques et périls, sans personne pour leur venir en aide. On n'y trouve ni hameaux, ni petits villages, mais certains racontent avoir aperçu une bicoque plus ou moins délabrée qui disparaît dans un brouillard lorsqu'on tente de s'en approcher pour mystérieusement réapparaître dans un autre des quatre bois.

Depuis peu, de nombreux trépassés errent dans les plaines et ses environs, s'attaquant à tous les vivants qu'ils rencontrent. Ils sont attirés par le bruit et le mouvement et chassent sans relâche des sons et des silhouettes qu'ils ont aperçu, formant ainsi des groupes toujours plus importants qui peuvent occasionnellement former des hordes. Les transports de marchandises à départ et destination d'Exech se font plus rares qu'auparavant et toujours sous bonne escorte.

Lieux particuliers :
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Fromritt Verlorgot
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Fromritt Verlorgot » lun. 17 févr. 2020 23:38

Chaleureuse était la présence du demi-elfe, au point de faire baisser d’un ton l’ombre dans Fromritt.
Bientôt, avant même que les yeux humides du Verlorgot ne le découvrent, voilà que le duo s’échappait du Manoir Maudit, où un éternel souvenir de haine et de violence resterait gravé à jamais.
Son guide l’amena, le soutint par les épaules et ses paroles afin de lui donner les forces nécessaires à leur extraction. Le tourmenté voyait son corps faiblir de seconde en seconde, mais l’encouragement ainsi que l’attention particulière de Selen le poussait de l’avant.


Quelque chose qu’hier encore n’existait pas entre eux deux les avait inéluctablement liés. Un respect mutuel doublé d’une étrange alchimie semblait les rapprocher. Peut-être le mage épéiste était un baume plus puissant encore qu’il le pensait ? Ou bien était-ce cette version de Fromritt qui avait atteint cet être à l’apparence si froide ?
Dans tous les cas, le colosse le suivait aveuglément, dut-il aller jusqu’en enfer pour se trouver près de sa voix, murmure ô combien salvateur.
Néanmoins, aussi forte était la lumière qu’il apportait à son ami, la chimère du combattant le travaillait au corps et à l’esprit. Les ténèbres environnantes se muaient en démons invisibles et le moindre bruissement de feuilles faisait faire un léger sursaut au grand gaillard.


Son visage apeuré se tournait vers chaque bruit, réagissant à la seconde, contrairement au reste de son corps pataud et tremblotant. Ses gestes se faisaient de plus en plus lents et imprécis, au point tel qu’il laissât la pointe de sa lame entailler la boue et les mauvaises herbes.
Ses pieds s’enfonçaient dans la gadoue, plusieurs fois il faillit choir, mais tint bon grâce à l’aide de son sauveur.
Il avait froid maintenant, des frissons apparaissaient sur les parties visibles de son corps. Ses paupières voilaient sa vision amoindrie et après s’être éloignés de quelques kilomètres, son genou droit fléchit. L’autre tomba dans la terre humide et son enveloppe corporelle aux veines bien apparentes trembla de plus belle comme gelée et incapable de faire le moindre effort supplémentaire.


Seeee… Sa voix brisée se perdait dans un sifflement malade. …len. Peux… plus… Tandis que ses yeux se fermaient, sa tête vacillait dangereusement. Déso… lé… Lâcha-t-il dans un dernier soupir, exténué et en train de chuter.

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Selen
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Selen » sam. 29 févr. 2020 17:30

Nous marchâmes loin les terres du manoir sans tarder. La nuit était encore sombre et je craignais que l’épidémie de marche-mort n’ait dépassé le clos de la propriété. Je dirigeai notre duo vers une zone boisée du Ponant, que nous ne tardâmes pas à rejoindre. J’espérais y trouver un refuge, un abri pour la nuit où je pourrais veiller sur le sommeil du Verlogot sans craindre de me faire repérer. J’avais personnellement suffisamment dormi dans l’abri des gardes du manoir : mes blessures soignées ne me faisaient plus souffrir, et mes fluides magiques avaient repris leurs forces. Dans la marche, je soutenais mon compagnon meurtris du mieux que je pouvais, l’épaulant à certains moments, le laissant à une pénible marche solitaire à d’autres, le guidant de mes pas et de ma voix feutrée.

Ces bois avaient de quoi être terrifiants, la nuit. Les arbres montaient haut et leurs troncs étaient fins, comme autant de griffes terribles s’arrachant du sol pour nous emprisonner sous sa canopée effeuillée. Le parterre de feuilles sèches crissait sous nos pas, et nous pouvions entendre quelques fois des bouts de bois craquer, des buissons frissonner, des branches grincer sous le souffle éteint d’un vent nocturne ou sous les pas et mouvements de la faune locale. Derrière moi, Fromritt était mal en point, sursautant au moindre son, boitant à chaque pas, laissant stagner sur son visage une expression de terreur épuisée. Je savais qu’il ne tiendrait guère longtemps sans un peu de repos.

Et je n’eus pas tort : bien vite, des plaintes se firent entendre de sa voix brisée. Incapable d’articuler une phrase nette, il semblait peiner à prononcer chaque mot dans un souffle sifflant. Il titubait, dodelinant de la tête : ses yeux étaient presque clos… Il était au bout du rouleau. Et alors qu’un pas de trop alla l’envoyer au tapis, je me projetai vers lui pour lui éviter la chute, l’étreignant entre mes bras pour le poser au sol avec délicatesse. Je m’agenouillai à son côté et posai sa tête sur mes cuisses, passant une main gantée dans sa chevelure, laissant mes fluides lumineux faire leur œuvre à nouveau. Je tentai de lui instiller non pas la force ou le courage de poursuivre, car je savais que seul le repos pourrait le réparer, mais je tentai de réduire, d’apaiser les troubles dans son esprit : sa peur, son angoisse, ce qui découlait d’une lourde fatigue physique et mentale. Doucement, je le berçai jusqu’à ce que ses traits soient adoucis par la magie et ma présence. Dormait-il ? Je n’en savais fichtre rien, mais il semblait paisible. Plus paisible qu’avant, en tout cas.

« Chuuut. C’est tout. Tout ça est loin désormais, loin derrière. Je nous en ai sortis… »

Je me sentais responsable de son état, bien sûr : c’est moi qui l’avais attiré là dans cette aventure, pour des envies pécuniaires que nous ne verrions jamais. Ce Belmont était un cinglé qui ne tarderait guère à trépasser, comme tout le reste de sa famille. Je n’avais plus à m’en soucier. Je ne me souciai plus que de From. Alors qu’il était inerte, je m’affairai pour faire de l’endroit de sa chute un lieu plus ou moins confortable pour passer la nuit. Je veillai que son matelas de feuille de contienne pas quelque racine lui labourant le dos, j’étendis sur lui ma cape noire, afin qu’il n’attrape pas froid.

Je voulus faire un feu, mais le bois alentours était trop humide pour tenter quoique ce soit. Je me résignai à seulement retourner vers lui, à son côté. Je m’allongeai sur le dos, tout contre lui, une main posée sur la sienne, pour toujours garder le contact. Et j’attendis que la nuit avance, que la nuit passe, et que l’humain à mon côté montre quelques signes d’une vie retrouvée…

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Fromritt Verlorgot
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Fromritt Verlorgot » jeu. 5 mars 2020 16:24

La forêt se déroba à sa vision. Tout s’écroula en un instant fatidique. Il ressentit le poids de sa carcasse, véritable fléau, chuter comme une lourde pierre. Il attendit la rencontre avec le sol boueux qui ne vint jamais.
Quelque chose, quelqu’un le maintint puis le déposa sur un lit de feuilles avec tendresse. Plus aucune force n’émanait de son enveloppe vide. Ses paupières tenaient à peine, le laissant voir un rideau obscur éclairé par la lumière de Selen. Ses doigts fins traversèrent ses cheveux gras et humides, l’apaisant d’un délicat mouvement.


Une chaleur, un noyau de bienveillance irradiait du semi-elfe. La pâleur de son visage s’était muée en un soleil et sa chevelure ébène en un ciel noir dépourvu du moindre nuage.
À la simple vue de cet être, aussi troublée était-elle, la haine qui brûlait dans le Verlorgot s’étiolait au point de ne devenir qu’un brasier couvant pour des heures plus sombres. Les cicatrices qu’avaient tracé sa hargne se résorbaient à l’intérieur de sa chair, devenant de simples lignes blanches quelque part dans son esprit.
Doucement, la douleur mentale fit place à celle de ses blessures, plus concrète, plus rassurante. Tout son côté droit délivrait une souffrance bienvenue qui pulsait dans son aisselle, son bras, à ses doigts et à sa jambe. Elle berça Fromritt en plus des mots de son sauveur, de sa voix si rassurante.


Les battements de son cœur ralentirent et se stabilisèrent, insufflant à son corps l’ordre de se reposer. Les traits de l’espadonneur se délièrent très progressivement jusqu’à être totalement détendus. La moindre étincelle d’énergie avait quittée ses muscles, faisant retomber son visage en direction du soigneur, les yeux complètement clos.


Il était assis là, en tailleur, au milieu d’un océan qui se teintait de rouge à certain moment, lorsqu’un éclair lézardait le ciel pourtant bleu. Ses rides avaient disparues, lui donnant facilement une décennie en moins. Une force tranquille découlait de lui, comme une aura protectrice semblable à un pavois tout-puissant.
Fromritt se leva et marcha sur l’onde, sans pour autant la troubler, sauf lorsque la foudre transperçait les cieux. Sur son chemin des graines poussaient comme pour lui tracer une route avant d’éclore en de magnifiques fleurs colorées. Un air déterminé s’était forgé sur ses traits implacables autant que semblait l’être son corps tout en muscles et en volonté.
Au loin se dessinaient les courbes de trois silhouettes, une plus grande flanquée de deux plus petites. À ce moment, un franc sourire creusa un sillon sur le visage du Verlorgot. Il entama une course effréné jusqu’à eux et les fleurs l’entourant se firent plus majestueuses encore. Une lueur scintillait dans son regard empli d’amour et de bonheur.
Ses jambes battaient l’eau comme des baguettes un tambour, tandis que les éclairs burinaient le firmament à une cadence affolante. À mesure qu’il avançait, les années s’écoulaient sur son faciès faisant perdre de sa pureté à ses traits autrefois immaculés. Ses pas se firent plus lent et la flore se fana, imbibée d’hémoglobine à la lumière de la foudre.
Alors qu’il arriva face à sa femme et ses enfants, ses iris ne devinrent qu’un point minuscule. Le ciel devint un maelstrom mêlant une pluie diluvienne à des éclairs incessants. En un battement de cils, le paysage était devenu apocalyptique et des vents d’une violence inouïe emportèrent sa famille. Il ne restait plus d’eux qu’un vague souvenir et un sentiment d’une chaleur magmatique.
La Vengeance.


Ses paupières s’ouvrirent subitement, une surprise ainsi qu’une certaine incompréhension dansaient sur ses yeux. Une douce chaleur parsemait sa peau, une cape noire le réchauffait et Selen tenait sa main d’où émanait une sensation de bien-être étrange.
Plus important encore, il tendit l’oreille pour écouter sa voix rageuse, mais rien ne vint. Il jeta un coup d’œil autour de lui, constata le mal que s’était donné son acolyte pour qu’il puisse s’endormir. Au fur et à mesure qu’il comprenait, sa poigne se resserra et il voulut susurrer un mot qui fut finalement une parole au timbre étonnamment profond, presque puissant.


Merci d’être là, Selen. Il relâcha doucement ses doigts.


Le soleil peinait à pénétrer ces lieux, mais une lueur diffuse les éclairait avec une détermination exemplaire. Des bruits couraient un peu partout, la nature qui s’éveillait sans doute. Notre tulorien ne put réfréner des œillades inquiètes et sa faiblesse de la veille faisait encore trembler ses membres. Membres qui lui faisaient mal d’ailleurs, de quoi lui arracher un sourire fugace. Chaque serpent de douleur qui grouillait en lui, lui rappelait à quel point il était vivant.
Il dégagea précautionneusement l’habit du semi-humain et fit en sorte qu’il ne devienne pas plus sale qu’il ne l’était puis s’appuya sur son côté droit pour essayer de se relever. Il se rétama en beauté. Son tendon droit avait failli à sa tâche et une douleur aiguë à son aisselle l’avait fait instinctivement relâché toute force dans son bras.


Il se retrouva sur le ventre, des feuilles et quelques insectes sur le visage. Les maux tambourinaient ses blessures, ça piquait, brûlait et grattait au point de le faire grogner.
Il craqua.
Ce fut d’abord quelques sanglots puis des larmes chaudes qui tombèrent. Il contracta violemment son bras droit, fit fi de la douleur et se tourna sur le dos. Il cracha ce qui lui obstruait la bouche et mêla un rire malade à ses pleurs.


Hé hé hé hé hé, putain ! Il s’essuya les yeux avec son avant-bras gauche. Snif. J’comprends pas, Selen. J’entends plus ce cri, mais j’ai toujours peur. Hé hé hé. J’ai mal, mais j’m’en fous, mais là… Il tapa son sternum, là où son cœur devait être. Ça serre, ça serre horriblement et ça brûle. Ha ha ha ha ha. Ses sanglots s’accentuaient et il devait s’essuyer les yeux presque à chaque rire forcé.

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Selen
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Selen » ven. 13 mars 2020 13:32

Le Verlogot finit par s’endormir, et je veillai sur son sommeil avec l’attention d’une mère sur sa couvée fragile. Lorsqu’il s’éveilla, plusieurs heures plus tard, et que j’étais moi-même un peu gourd, somnolant sans dormir, je sentis une pression sur mes doigts qui me sortit de ma torpeur. Sa voix mâle venait de prononcer les premiers mots raisonnés et posés depuis notre escapade nocturne. Il me remerciait.

Le jour pointait ses lueurs éparses parvenant difficilement à percer la haute canopée de ces bois. From relâcha ma main et me tendit ma cape, avant de vainement tenter de se relever. Ses blessures, bien que traitées, le faisaient encore souffrir. À plat ventre dans la tourbe, il finit par se tourner pour cracher les feuilles qu’il avait en bouche. Il était en train de pleurer. Il était en train de rire, aussi. Et moi, face à ce mélange d’émotions, je restai impassible, sombre et perdu. Les mots qu’il prononça ne firent que confirmer la confusion et la détresse dans lesquelles il était. Je me relevai et ajustai ma cape, lui tendant une main secoureuse.

« Debout, Fromritt. Il n’est pas prudent de rester trop longtemps au même endroit, dans cette région. Tentons de rallier Exech au plus vite : là, tu pourras prendre du repos. Nous pourrons en prendre. »

J’étais prêt à l’épauler dans ce trajet qui s’annonçait plein de peines, mais il devait donner le premier élan.

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Fromritt Verlorgot
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Fromritt Verlorgot » jeu. 19 mars 2020 16:30

Selen remit les idées de Fromritt en place. Le pauvre avait craqué sans crier gare et même lui en semblait déboussolé. Il ragea d’être si pitoyable, la conscience qu’il avait reprit ne le rendait que plus triste de se voir en pareil état. Il serra les dents et détourna le regard en prenant la main salvatrice de son ami. Oui, dorénavant il pouvait le considérer comme tel, car après tout, il l’avait sauvé de bien des manières durant cette foutue expédition.


Ouais. Ouais, vraiment, je… Sa tête tourna de droite à gauche, comme pour chercher ses mots dans ce paysage lugubre. Vraiment désolé qu’tu m’vois comme ça.


Par mesure de précaution, il accepta l’aide de son acolyte pour commencer la marche. Sa jambe droite avait un appui incertain et dans ces lieux inhospitaliers, il valait mieux rester sur ses deux pieds.
Sa tenue, un peu plus digne, lui permit de mettre le ricasso de son espadon sur l’épaule. Fromritt avait complètement oublié qu’une épée splendide se trouvait dans son fourreau. Pour l’heure, il se sentait plus en sécurité avec sa dame de fer.


Mathias et Edgar, et Adam et Eden ils… Ils sont restés… Là-bas, c’est ça ?


Il connaissait plus ou moins la réponse, mais voulut se focaliser sur les obstacles tels les racines et troncs se trouvant çà et là dans ce bourbier infâme. Sa poitrine le serrait, il avait l’impression d’avoir commis le pire acte de trahison. Il sentit une fois de plus les larmes lui monter aux yeux, mais les retint de toutes ses forces. Cette faiblesse ne lui ressemblait pas et pour la première fois depuis… des lustres, il ressentait du dégoût pour cette mollesse d’esprit.

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Syelsa
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Re: Les Bois aux Sorcières

Message par Syelsa » mar. 8 sept. 2020 13:57

Blanche fourrure


Le forêt est devenue plus sombre. D'année en année, le sol se stérilise, les arbres meurent, les plantes dépérissent et les cours d'eau s'assèchent. La poignée de terre que j'ai ramassé ne contient pas le moindre insecte, ce n'est qu'une terre sans vie, laissée à l'abandon malgré l'amour de la forêt. Je me souviens encore de l'herbe grasse, des hauts arbres et des animaux qui vivaient ici. Une brindille craque, non loin, et je repars, prudente. Ces choses qui arpentent désormais les bois, elles ne devraient pas y être. La corruption provient de l'extérieur, j'en suis sûre, mais il m'est interdit de m'y rendre. Je dois rester ici, apprendre, comprendre, avant de penser à sortir.

- J'espère que vous avez raison, isqua.

Ce n'est mon pas genre de remettre en cause les paroles de ma mentor, mais depuis quelques temps, elle faiblit à vue d’œil. L'âge la rattrape finalement et je crains toujours que les protections qu'elle a mise en place ne tiennent plus et que le monde apprenne son existence, au cœur même de ces bois qu'elle a toujours chéri. La forêt de mes souvenirs à disparu et laissé place à cette nature à moitié morte, rongée par un mal impossible à endiguer. Les oiseaux ont déserté les arbres, plus aucun animal ne gambade gaiement entre les plantes, c'en est devenu désolant. J'espère me montrer à la hauteur pour l'aider dans sa tâche.

Pour l'heure, j'ai une mission, et elle n'avance guère. Trouver une pierre pour mon bâton, je pensais que ce serait facile, mais ce ne doit pas être n'importe quelle pierre, il faut qu'elle soit spéciale. Elle ne m'en a pas dit plus, aussi me voilà à arpenter la forêt en espérant tomber par hasard sur la pierre qui me conviendrait. Celle du bâton de ma mentor est d'un vert éclatant et toutes les nuances de la forêt s'y retrouvent et flamboient lorsqu'elle invoque sa magie, mais je doute de trouver une telle merveille ici. Cela fait déjà plusieurs heures que je fouille le sous-bois sans savoir où chercher, ni quoi chercher. Les seules pierres que je trouve sont banales, de simple cailloux sans aucune propriété aucune.

J'entends soudainement un bruit. C'est léger, mais on dirait des pas, comme si un animal approchait lentement. Cela m'étonne car plus rien ou presque ne vit dans les parages, aussi je m'éloigne rapidement du bruit. Les créatures qui hantent à présent les bois, si elles laissent la chaumière tranquille, sont bien plus à l'aise dans le sous-bois et mieux vaut ne pas croiser leur route. Le bruit qui provient cette fois de ma gauche me fait tendre l'oreille. Cette fois le spas sont plus lourds, plus larges, comme si une créature massive approchait. Cela me rend curieuse, intriguée de voir ce qui peut évoluer par ici. Avisant un buisson informe de ronces, je me faufile derrière et patiente.

La première créature ne tarde pas à apparaître. Un cadavre ambulant, encore un. Rien d'intéressant ici. Ces hideuses choses arpentent avec audace la région depuis quelques temps, et je crois les gens de l'extérieur responsables de ce fait. Ils ont forcément dû faire quelque chose pour réveiller ainsi autant de morts de leur sommeil paisible. Bien peu intéressée par cette apparition, je fixe avec impatience l'endroit d'où provenait l'autre bruit. Et lorsqu'elle apparaît enfin, je retiens difficilement un cri d'excitation. Enfin quelque chose que je ne connais pas !

Devant moi se tient une bête avançant sur deux jambes. Une fourrure blanche, un immense bloc de métal à la main, couverte de cuir animal et de tissu, un épais bracelet à un bras, elle a le regard vif et jaune des prédateurs et la mâchoire qui sied à ce type d'être. D'un bond, elle se jette sur le trépassé qu'elle coupe aussitôt en deux, sans plus de cérémonie. J'observe le tout en silence, me retenant de sautiller sur place à ce spectacle. C'est si inattendue et neuf ! Je dois en parler à ma mentor, la questionner. Je me demande ce que peut être cette chose. Ce n'est pas un humain ou un elfe, trop grand pour être un thorkin ou un membre du petit peuple

- Saloperie de cadavres...

Sa voix est grave et grondante, comme un grognement guttural sortant du tréfonds de son corps. A bien l'observer, il semble fatigué. Il, parce que c'est clairement un mâle au vu de sa voix et de sa physionomie, regarde autour de lui et renifle plusieurs fois, comme s'il cherchait à sentir quelque chose. Je me retiens de sortir mon grimoire et ma plume pour le dessiner et noter ce que je vois, ce n'est vraiment pas le bon moment. Je l'examine autant que possible alors qu'il semble s'agiter de plus en plus, comme s'il était nerveux. Les bois ne sont pas vraiment un endroit accueillant et nombreux sont déjà ceux devenus fous en les arpentant, mais j'aimerais l'observer un peu plus avant que cela n'arrive...

- Hey... Je sais pas qui t'es, mais sors de là.

Ses yeux fixés sur l'endroit où je me cache ont une intensité inquiétante. Il semble prêt à bondir à l'attaque et je doute de pouvoir faire grand chose contre une telle montagne de muscles, de griffes et de crocs. Vu la manière dont il s'est occupée de l'arpenteur défunt, je pense que c'est un guerrier expérimenté et puissant. Je voulais continuer à l'observer, c'est dommage... Il avance lentement, son énorme arme brandie devant lui et je suis bien obligée d'agir. Je me relève et pars en courant entre les arbres alors que je l'entends m’interpeller.

- Attends ! Reviens !

Elle va être en colère... personne n'est supposé nous voir, mais comment pouvais-je savoir qu'il pouvait me sentir à travers un buisson au beau milieu de la forêt ? Le pire, c'est que je l'entends, derrière moi, me courir après à travers les arbres. Que suis-je supposée faire à présent ?

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