Les Collines Salées

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Yuimen
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Les Collines Salées

Message par Yuimen » sam. 3 nov. 2018 19:25

Collines Salées


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Les Collines Salées tirent leur nom de leur position proche de la mer : balayées par les vents marins, l’odeur qui y règne est celle du sel et imprègne tout ce qui s’y trouve. Ses habitants l’ont bien compris et ont donc pour la plupart décidé d’en faire leur principal commerce. Les marais salants sont donc nombreux entre les collines et la cuisine locale s’en ressent. Les locaux laissent des jambons entiers s’imprégner des vents marins avant de les faire vieillir dans des caves creusées à même dans les collines. Ces collines sont évidemment elles aussi gorgées de sel et renforcent d’autant plus le goût de la viande.
Ces collines se situent donc à mi-chemin de la mer et de la montagne et montent en pente douce vers celle-ci. Les collines ne sont pour autant pas toujours très sûres, nombre de personnes plus ou moins saines d’esprits ayant pris l’habitude d’y lâcher des Inugamis au plus profonds des collines. Il faut donc rester dans les collines les plus basses pour éviter de croiser ces mauvais esprits.
Evidemment, à cause des vents salées et de l’humidité présente, l’ensemble des habitations sont pour la plupart en pierre ou creusées à mêmes les collines, ce qui n’est pas sans rappeler les maisons des Sinaris de Shory, pourtant à l’autre bout du continent. L’hiver, les flocons ont un doux goût salé et le verglas n’est que rarement présent. L’été, dormir à la belle étoile est le gage de se réveiller avec le goût de sel sur les lèvres.

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Yliria
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Re: Les Collines Salées

Message par Yliria » jeu. 3 sept. 2020 00:33

<< Précédemment
Chats et souris

Mon repos fut loin d'être reposant et je me réveillai avec encore plus envie de dormir qu'auparavant. En m'asseyant, je regardai autour de moi, observant un peu les alentours du coin que j'avais choisi pour dormir. Il n'y avait absolument rien aux alentours et je pouvais encore sentir les embruns provenant de l'océan non loin. Les crampes me clouèrent encore au lit pendant un bon quart d'heure avant que je ne me fasse violence et ne me lève pour barboter dans le ruisseau. Je remplis mon outre d'eau après m'être lavée et m'habillai de pied en cap. Ce n'était vraiment pas agréable tout ce poids avec la douleur, mais je devais faire avec, comme à chaque fois. Une fois prête, restait à décider d'une direction. Repérant la course du soleil, je pris plein nord, puisqu'Oranan se situait dans cette direction.

(Et Luminion ? )

(Je dois déjà trouver la civilisation, et aller vers une grande ville me semble une bonne idée.)

Elle n'était pas convaincue, je n'avais pas besoin d'être devin pour le savoir, mais je n'avais de toute façon pas le choix. La journée était déjà bien avancée et j'avais perdue assez de temps comme ça, je devais me hâter. Avoir mis un navire hors course ne voulait pas dire que tout danger était écarté, loin de là. Je ne comprenais pas pourquoi ce type se donnait soudainement autant de mal pour m'atteindre alors que cela faisait plus d'un an depuis les événements de Yarthiss. J'avais tout fait pour brouiller les pistes au début, mais cela faisait des mois que je ne me donnais plus cette peine. Peut-être à tort, visiblement, mais comment aurais-je pu deviner que l'esprit de ce cinglé était autant tourné vers moi, au point d'aller jusqu'à mettre une telle prime sur ma tête ?

Je me contentai de marcher plein nord pendant des heures, longeant la côte en profitant tout de même du vent marin chargé d'iode, des cris des mouettes et de la brise parfois accompagnée de gouttelettes. Je ne savais pas pour combien de temps j'en avais, ni ce que je ferais une fois sur place, aussi m'occupai-je en interrogeant Alyah sur les fameux ynoriens et Oranan. Elle fouilla dans sa mémoire vieille de bien des âges et se lança dans des explications concernant un contexte historique compliqué avec la royaume voisin, celui de Kendrâ-Kar. Ce n'était pas vraiment ce que je voulais et elle le comprit bien vite. Je voulais surtout son avis, pas une définition encyclopédique.

(Comment dire... Ils sont très portés sur la culture, les arts, la navigation, mais c'est aussi un peuple guerrier, même avant la création de la République. Je sais qu'ils sont en guerre avec Oaxaca depuis son retour et ils ont toujours fermement combattu les races qui lui ont prêtées allégeance.)

(Shaakts y compris j'imagine...)

(Oui, mais il y a des semi-shaakts connus chez les Ynoriens. Je ne dis pas que tu seras forcément bien reçue, mais je pense que ce ne sera pas la même haine que les Sindeldi, ou encore la méfiance exagérée de Bouhen.)

(J'ai peut-être une chance de trouver un peu d'aide sur place du penses?)

(Pourquoi pas... oh, toi tu penses à quelque chose. Serait-il blond?)

(Quoi !? Non, mais je... il y a un contact de l'Opale sur place, si je peux entrer en ville je devrais trouver de l'aide non?)

(Han han...)

(Arrête ça ! Ça ne m'aide vraiment pas!)

(Tu devrais suivre les conseils de Georg et t'ouvrir un peu à ce genre de chose.)

(Comme si j'avais le temps et l'envie ! On peut se concentrer sur l'important ?)

(Mais c'est important !Tu as promis à ton père d'être heureuse...)

C'était un coup bas de sa part et je sentis mon cœur se serrer. J'inspirai calmement en fermant les yeux, chassant rapidement la vision de son visage souriant avant qu'il ne s'éteigne une fois de plus.

(Excuse-moi Yliria... Je voulais juste...)

(Je sais Alyah, je sais ce que tu essaie de me dire, mais je crois que j'ai renoncé à avoir une vie calme et simple. C'est trop tard. Si je ne le tue pas, il continuera. Si je cesse de haïr celle qui m'a mise au monde et toute cette famille, je n'aurai plus rien auquel m'accrocher. Je n'ai pas le choix...)

(C'est faux et tu le sais. Tu cherche juste des excuses. Tu n'es pas heureuse Yliria. Parfois tu as des moments agréables et tu commence à aller mieux avant que quelque chose ne te tombe dessus et ne brise tout. Tu ne pourras pas continuer comme ça.)

(Et qu'est-ce que je suis supposée faire ? Je n'ai pas demandé tout ça ! J'étais heureuse avec Papa, on m'a tout pris comme ça, d'un claquement de doigt.)

(Écoute, voilà ce qu'on va faire. Quand cette histoire avec Kisp sera réglée, car elle va se régler, je veux que tu écoutes les conseils de Georg. Que tu lâche du lest, que tu essaies, même un peu, de profiter de la vie, de t'amuser.)

(Je croyais que tu me guidais pour je ne sais quel destin intriguant, pas pour faire de ma vie un bonheur idyllique.)

(Je te guide pour ce que tu peux devenir, c'est vrai, mais je suis ton amie, Yliria, je veux juste prendre soin de toi.)

Elle dit ça avec une telle tendresse qu'une boule remonta dans ma gorge et que je sentis mes yeux s'embuer. Elle était là depuis tellement de temps, à mes côtés, que j'oubliais parfois que ce n'était pas forcément acquis. Je m'en voulus de lui avoir dit ça de cette manière, comme si elle était un monstre sans cœur qui me manipulait.

(Je suis désolée d'avoir dit ça. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.)

(N'en parlons plus, tu ne le pensais pas, je le sais. Tu promets de faire ce que j'ai dit?)

(Oui... je te le promets. D'essayer au moins.)

(Fais-le ou ne le fais pas, ne te contente pas d'essayer.)

Cela me tira un sourire avant qu'il ne disparaisse lorsqu'un bruit curieux me fit froncer les sourcils. Cela était familier mais impossible de mettre le doigt sur l'origine. Ce en fut qu'en dépassant le sommet d'une petite bute que je compris et que mon estomac se tordit violemment. Un cavalier avançait à vive allure, les sabots de sa monture frappant le sol rocailleux au point que l'écho m'était parvenu. Il s'arrêta net en m'apercevant et quelques secondes passèrent sans qu'il ne bouge. Puis il éperonna sa monture et me fonça dessus. Il était seul, certes, mais j'avais la trouille. Il était à cheval....

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Yliria
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Re: Les Collines Salées

Message par Yliria » jeu. 3 sept. 2020 00:39

<< Précédemment

Je regardai avec appréhension le cavalier arriver vers moi à toute allure et jetai un regard autour, espérant trouver une cachette ou tout autre endroit susceptible de me donner un quelconque avantage si je devais me battre. Ce n'était pas forcément un ennemi, mais le voir ici était une coïncidence un peu trop grande pour ne pas me méfier un minimum. Je m'écartai prudemment de sa route, mais mes craintes se confirmèrent lorsqu'il me suivit. Je n'étais vraiment pas en pleine forme, mon ventre me faisait mal et je me sentais lourde avec mon équipement. Je tirai néanmoins ma lame et posai mon sac au sol avant de saisir mon bouclier. Je n'allais certainement pas prendre de risques et me préparai avant même qu'il ne soit sur moi.

Contre toute attente, il ralentit et s'arrêta à plusieurs mètres. Je jetai un œil méfiant à l'abomination qui le transportait avant de lever les yeux vers son visage. Il portait une armure de maille et un casque cachant en parti son visage. Une épée étrange pendait à sa ceinture, elle semblait longue, mais sans réelle garde. Il descendit de sa monture comme si de rien n'était et s'approcha , une main levée, l'autre tenant la bride de son canasson. Il essayait probablement d'être apaisant, mais je ne pouvais m'empêcher de me méfier. Il planta quelque chose dans le sol et y attacha sa monture que je surveillai d'un œil méfiant. Il finit par s'avancer à nouveau, ne s'arrêtant qu'à quelques mètres avant de poser la mains sur le manche de son arme avant de tirer la longue lame au clair. On aurait dit un sabre, mais moins courbé et porté à deux mains.

- Tu as manqué de chance d'être tombée sur moi, Yosuke Motori. Rends-toi et je te traiterai avec respect, shaakte.

J'inspirai avant de me mettre en garde. J'avais du mal à me concentrer avec la douleur perçant mon abdomen, mais je ne comptais pas me laisser capturer si facilement. L'idée même de tomber entre les mains de Kisp me donnait assez de force pour me battre. L'autre combattant ne bougea pas, se contentant de me fixer à travers les ouvertures de son casque. Puis, d'un bond, il fut sur moi, sa lame s'abattant depuis le haut. Je déviai la lame en glissant mon bouclier devan et, ma rapière fusa vers son bras. Il esquiva adroitement et se remit en garde, jambes écartées l'une devant l'autre, , tenant son arme à deux mains, la lame en biais vers moi.

- Je te le redis, si tu te rends, tu seras bien traitée.

- Comme si j'allais croire ça.

Il attaqua à nouveau d'un vif coup ascendant. Je l'évitai d'un pas en arrière avant de filer vers lui, visant son torse de mon arme. Il dévia ma lame de la sienne et frappa d'un coup de taille qui ne croisa que mon bouclier. Il força une seconde avant de reculer, se remettant à nouveau en position. J'inspirai avant de laisser mes fluides inonder mon corps. Ma lame s'enflamma tandis que mon corps se mettait à briller légèrement. Je me remis en garde et nous nous fixâmes à nouveau. Il semblait chercher une faille, mais n'en laissait aucune visible d'exploitable pour moi. Son armure était constituée de plaques de métal qui lui donnaient un aspect étrange, car elles semblaient plus mobiles que les grosses armures de plates des chevaliers. Il ne semblait pas en porter sur les bras et les jambes, mais il y avait néanmoins des protection là aussi, et son casque, accompagné d'un étrange masque, semblait lui aussi de bonne facture.

Je pris l'initiative cette fois, attaquant son flanc. Il dévia ma lame et je continuai à le harceler, l'obligeant à reculer et parer. Après une dizaine de coups de ce genre, j'arrêtai, consciente que cela ne faisait que m'épuiser sans donner quoi que ce soit de concluant. Je repris ma respiration en me remettant en garde. C'était étrange qu'il ne soit pas plus agressif. Une crampe me prit violemment et je grimaçai en me tenant le ventre. Je jurai entre mes dents. C'était vraiment la pire situation possible. Étonnamment, il n'en profita pas et resta immobile, abaissant même légèrement sa lame. La douleur reflua légèrement et je me repris en respirant autant d'air que possible, espérant faire passer la sensation. C'était vraiment le pire moment pour le pic de douleur là....

- Sauf votre respect, vous semblez souffrante, vous devriez...

- Vous devriez me laisser tranquille. Je ne sais pas combien vous comptez empocher pour ma tête, mais votre vie n'en vaut pas la chandelle.

De quoi il se mêlait, sérieusement ? Comme si j'allais écouter une ordure à la solde de Kisp ou un chasseur de prime.

- Votre tête est mise à prix ?

- Ne faites pas semblant de ne pas avoir compris... Vous bossez forcément pour lui...

- Je ne mets ma lame qu'au service de l'Ynorie, je ne suis pas un mercenaire, mais un samurai.

- Un sam... quoi ? N'essayez pas de m'embrouiller ! Pourquoi vous êtes après moi sinon ?

- Je ne peux laisser une espionne entrer en ces terres !

- Une espionne ? Vous pensez vraiment que... Ah merde....

Une nouvelle crampe me plia presque en deux. Je voulais m'allonger, je voulais dormir, je voulais qu'on me fiche la paix, cela était trop demandé ?

- S'il vous plaît... je ne suis pas une espionne...je voyage juste... Je voulais retrouver des amis à Luminion...

Il m'observa un instant, suspicieux, puis finit par ranger sa lame.

- Il n'est guère honorable d'attaquer une jeune femme malade.

- Je ne suis pas malade...

- Hmm... C'est pour ça que les femmes n'ont rien à faire au combat...

Qu'est-ce que j'en avais à faire de ses idées moi ? Rien, rien du tout ! Je rengainai ma lame, essuyant mon front couvert de sueur avant de récupérer mon sac et de reprendre la route.

- Puis-je savoir ce que vous faites ?

- Je continue de marcher...

- Dans votre état ce n'est guère raisonnable.

- Je ne vais pas m'allonger au milieu de nulle part, sans protection.

- Je comprends. Il y a une vieille masure abandonnée non loin. Suivez-moi.

J'écarquillai les yeux. Il m'aidait maintenant? Je n'allais pas cracher sur un coup de main, mais ce type ne savait pas sur quel pied danser, visiblement. Il monta sur son canasson et s'approcha en tendant la main. Je reculai, jetant une œillade au cheval et refusai.

- Cela ira plus vite qu'à pied et vous vous fatiguerez moins.

- Pas question... que je monte sur cette chose... Tenez-vous loin de moi.

Il ne comprenait visiblement pas mon refus, mais se mit finalement en route, restant à quelques mètres sur ma gauche. Il ne fallut pas plus d'une demi-heure pour atteindre les restes d'une vieille ferme construite en pierre dont le toit s'était à moitié effondré. J'y pénétrai aussitôt, jetai mon sac au sol et entrepris de défaire mon armure tandis que le type attachait son cheval. Lorsqu'il entra, je me versai de l'eau sur le visage dans l'espoir de me rafraîchir un peu. J'étais épuisée, le combat après cette journée m'avait simplement vidée de mes forces. C'était vraiment violent cette fois, je n'avais jamais été aussi faible à cause de ce genre de problème. Je voulais dormir... mais je ne faisais pas confiance à l'humain qui s'installait non loin. Pourtant j'avais du mal à garder les yeux ouverts et les idées claires. J'étais juste trop fatiguée...

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Yliria
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Re: Les Collines Salées

Message par Yliria » jeu. 3 sept. 2020 00:45

<< Précédemment

Lorsque j'ouvris les yeux, je sentis quelque chose d'humide sur mon front et ce n'était pas le sol qui me servait d'oreiller, mais mon sac de paille. Je ne me souvenais pas de l'avoir installé... à vrai dire je ne me souvenais même pas m'être préparée pour dormir. Je me sentais mieux, néanmoins, et cela me suffit. La matinée avait déjà commencé au vu de la course du soleil, j'avais donc eu une vraie nuit paisible. J'avais toujours l'abdomen douloureux, mais rien de comparable aux douleurs de la veille. Je me redressai, retirant le linge humide de mon front avant de tourner la tête. J'étais toujours dans la ferme abandonnée, installée sous l'un des rares restes du toit. Les braises encore fumantes d'un feu terminaient de se consumer à côté et je tournai à nouveau la tête en entendant des pas. Le guerrier de la veille apparut.

Son visage portait son lot de cicatrice, ses yeux sombres pétillaient pourtant de vie et ses sourcils fournis se froncèrent une seconde en me voyant redressée sur ma couche et il s'approcha sans un mot en me tendant un bol contenant une espèce de bouillie blanche parsemée d'herbes.

- Mangez, vous vous sentirez mieux.

- Je... Merci.

Ce ne fut qu'en avalant la première bouchée que je me rendis effectivement compte que j'avais faim. Tout en mangeant, je gardai un œil sur le guerrier. C'était peut-être idiot, après tout s'il avait voulu me nuire, je n'aurais rien pu faire quand j'étais inconsciente. Mes affaires étaient posées dans un coin, avec mes armes, et je pouvais m'en emparer sans trop de problèmes. Il ne semblait pas si agressif, finalement, peut-être avais-je été un peu vite en conclusion en le prenant aussitôt pour un homme de Kisp. Mais quelles étaient les chances de croiser ici un cavalier ? La fatigue n'avait en plus rien arrangé. Tout ça était un concours de circonstances assez malheureux.

(Et si tu n'étais pas une aussi grosse tête de mule aussi...)

Je grognai contre Alyah et ses maudites réflexions, attirant son rire et le regard de l'humain. Il s'approcha à nouveau et s'assit en tailleur face à moi tout en tirant une étrange pipe au manche très long, qu'il alluma avec une des braises du feu. J'écartai la tête par réflexe, mais il ne me souffla rien à la figure, ce qui était grandement apprécié. Le nuage s'étiola dans l'air tandis que je finissais mon bol et le posai au sol.

- Merci de m'avoir aidé... pourquoi l'avoir fait ?

- Vous sembliez en avoir besoin.

- Je n'étais pas une espionne ?

- J'ai inspecté vos affaires. Vous semblez bien équipée, mais rien qui ne permets de dire que vous êtes une espionne. Sinon vous seriez bien plus dissimulée que cela.

Je retins une réplique cinglante. De quel droit se permettait-il de fouiller mes affaires ainsi ? À croire que les gens se croyaient tout permis sous prétexte que je pouvais passer pour une potentielle ennemie. Ça en devenait ridicule et blessant. Il fallait que je fasse quoi pour prouver que j'étais différente ? Tuer Oaxaca ? C'était toujours la même rengaine, je commençai à en avoir assez de toujours devoir me justifier pour ma seule existence. Je me rallongeai en soupirant. J'étais lasse de tout ça et j'avais hâte de rentrer à Tulorim, là où je savais que les gens me faisaient confiance.

- Quel est votre nom ?

- Yliria.

- Et qu'est-ce qu'une shaakte comme vous fais ici, Yliria ?

- Je cherche à rentrer chez moi, mais des types m'ont pris en grippe et j'essaie de les semer.

- Quel genre de types ?

- Du genre mauvais et versant dans l'esclavage, l'extorsion et le meurtre, entre autres.

- Voilà des fréquentation fort peu recommandables...

- Je vous vois venir, mais ce ne sont pas d'anciens camarades. J'ai mis en péril leurs affaires et ils veulent se venger. Je vous ai pris pour l'un d'entre eux, hier.

Il parut à la fois offusqué et soulagé, ce qui se traduisit par une moue vexée et un affaissement de ses épaules encore tendues. Il sembla se détendre légèrement, comme s'il pouvait sentir la vérité dans mes paroles, alors qu'il aurait pu ne pas croire un traître mot de ce que je pouvais lui raconter. Le silence qui s'ensuivit fut plus paisible et j'en profitai pour me reposer un peu. Les crampes avaient diminué, mais je n'avais pas envie de risquer une sortie et de les raviver. C'était comme si l'angoisse et l'adrénaline liées au combat empiraient les douleurs. Je devais rester cachée le temps que mon corps reprenne un état plus normal.

- Il y a de quoi vous laver derrière le mur, si vous le voulez, j'y ai posé un linge propre.

Je haussai les sourcils et le fixai, partagée entre la gêne et l'étonnement. Il me répondit par un sourire compréhensif.

- J'ai deux sœurs, une mère, une femme et deux filles. Je sais très bien quel problème vous pouvez avoir, nul besoin d'être gênée.

Facile à dire, mais je n'étais pas vraiment à l'aise avec ce genre de chose lorsqu'elle venait d'un étranger, a fortiori d'un mâle, humain ou non. Je me levai tout de même en le remerciant d'un souffle. Au détour du mur encore pas trop effondré, une bassine d'eau claire et du linge blanc était effectivement posé là. Je passai un peu de temps à chauffer l'eau, histoire de ne pas me geler sous le vent provenant de la mer, me lavai finalement avec un certain soulagement, me sentant tout de suite bien mieux. Je fis flamber le linge souillé, irrécupérable, et retournai à l'intérieur d'un pas plus assuré qu'à l'aller. Un regard de l'humain me fit comprendre que quelque chose n'allait pas, cependant.

- Les types à vos trousses. Combien sont-ils ?

- Aucune idée. Leur chef est riche et puissant, donc un certain nombre. Pourquoi ?

- Il y a quatre hommes qui viennent par ici, avec un chien.

Je me baissai aussitôt, par réflexe, et jetai un œil vers l'extérieur avant de jurer. Impossible de savoir si c'étaient des hommes de Kisp envoyés à mes trousses, mais une fois de plus le coïncidence semblait trop grande. Et il y avait un chien qui semblait suivre une trace jusqu'à nous. Rien qui me semblait rassurant. Le guerrier me lança un étrange regard et posa ses yeux vers mes affaires.

- Avez-vous repris des forces ?

- Oui.. Merci.

- Je vais les distraire, profitez en pour vous éclipser.

Je le regardai, interdite, mais il ne me jeta qu'un rapide regard avant de hocher la tête, de s'équiper et de sortir de la ruine comme s'il vivait ici. Je le regardai jouer la surprise et marcher d'un pas tranquille vers les humains qui se dirigèrent vers lui. Je mis quelques instants avant de bouger, récupérai mes affaires et sortis par l'arrière de la maison. Je commençai à partir, mais j'avais un sentiment déplaisant dans la poitrine. Ce n'était pas mon genre...

(Alyah... il se bat?)

(Hmmm... ils ont sortis leurs armes et l'encerclent. Je sais à quoi tu penses.)

(Désolée...)

(Pas besoin, va l'aider. Ce n''est pas ton genre de toute façon. Pour un peu j'aurai été déçue que tu ne me fasses pas un coup de ce genre.)

Je lâchai un bref sourire et me ruai en arrière après avoir posé mon sac sur le sol. J'étudiai rapidement la situation en sortant de derrière la bâtisse. Un épéiste, un lancier qui harcelait le guerrier qui m'avait aidé, un type avec une hache et un bouclier et un autre tenant une arbalète. Je tirai ma lame et me ruai sur l'épéiste qui, alerté de justesse par son comparse, se tourna vers moi, complètement surpris alors que le lancier se figeait une seconde. Le samurai en profita pour reculer et me lancer un regard à travers son casque.

- Je vous ai permis de fuir !

- Je n'ai pas pour habitude d'abandonner des gens derrière moi alors qu'ils sont en danger. Et c'est mon problème à la base.

Et j'allais le régler.

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Re: Les Collines Salées

Message par Yliria » dim. 6 sept. 2020 19:20

<< Précédemment

Les quatre individus me fixaient avec un mélange de stupeur et de triomphe. Pas difficile de deviner pourquoi ils étaient dans les parages, mais je ne pensais pas que ce serait aussi rapide. Le plus gros danger était le type avec son arbalète et je me décalai légèrement sur le côté d'un pas simple pas, pour l'avoir en ligne de mire. Je n'aurais pas le droit à l'erreur, parce qu'un seul de ses carreaux pouvait faire des ravages. Le chien aboyait dans ma direction, mais il ne semblait pas prêt à attaquer pour le moment. A ma gauche, le samurai était en garde et son regard passait de l'un à l'autre avec une expression concentrée pétillant dans ses prunelles. Je ne savais pas si je pouvais totalement compter sur lui dans cette situation. Nous étions en infériorité numérique, mais ces types ne portait pas d'armure de grande qualité, ce n'étaient que des armures de cuir ou de la maille, rien que ma rapière ne puisse transpercer.

Probablement lassé par le silence et l'inaction, l'épéiste me fonça dessus, tenant son arme à deux mains. Les autres se mirent en mouvement et tout devint rapidement confus. Le coup de taille me rate largement, surprenant l'épéiste tandis que je passai sur son flanc en l'ignorant complètement. Je me ruai sur l'arbalétrier qui me mit en joue. Ça allait être serré. Je fixai sa main sur la gâchette de son arme et lorsque je la vis se crisper, je roulai en avant. Le trait me passa au dessus et je me relevai rapidement pour lui foncer dessus. Il lâcha son arme en jurant, sortant une masse avant de siffler. Son chien se jeta sur moi juste après ça, gueule ouverte. Au moins je savais qui était son maître. Sa gueule rencontra mon bouclier mais le choc m'arrêta net alors que son maître se ruait lui aussi sur moi. J'évitai souplement son coup de masse et bondit en arrière pour éviter un nouvel assaut de son chien.

J'eus à peine le temps de me mettre en garde que l'épéiste revint à la charge, me forçant à rouler sur le côté. Le chien en profita pour me sauter dessus, mais j'avais déjà eu à faire avec ce genre d'adversaire dans le désert de Sarnissa. Plutôt que de l'éviter, je donnai un coup de mon bouclier directement dans sa mâchoire inférieure. Un craquement suivit d'un glapissement e douleur, et le chien se roulait de douleur sur le sol alors que je prenais un peu de distance. L'épéiste ne me lâcha pas et j'aperçus fugacement le samurai aux prises avec les deux autres avant que je ne doive me concentrer pleinement sur celui qui me faisait face. Et je me rendis compte à quel point il était lent. J'avais beau m'être entraînée seule pendant un mois, j'avais encore les réflexes en me battant contre Nyllyn ou Sorinion. Celui-ci ne leur arrivait pas à la cheville.

Il attaqua à nouveau et je fis glisser ma lame le long de la sienne avant de faire un sec moulinet du poignet, tordant le sien, le forçant à l^cher son arme que j'envoyai sur le côté d'une simple poussée. Il me regarda avec des yeux ronds, surpris, mais sortit une dague et revint à la charge. Je frappai sa dague de mon bouclier tandis que ma lame se glissai sous sa garde exposée. Je lui perçai le torse et il hoqueta, une nouvelle lueur de surprise peinte dans le regard, avant de reculer en titubant et de s'effondrer en se tenant la poitrine. Son comparse à la masse, agenouillé près de son chien, me fixa un instant, ses yeux allant ensuite de son camarade à mon visage avant qu'une grimace de rage et de haine ne déforme ses traits. Il se jeta en avant, oubliant toute prudence. Sa masse ne rencontra que le vide tandis que je me dérobai derrière lui. D'un coup bref, je perforait son bras, le forçant à lâcher sa lame en criant de douleur. Il se retourna et cessa de bouger lorsque la pointe de mon arme lécha sa gorge.

- Pitié...

Je me figeai une seconde, trop surprise pour réagir correctement. De la pitié ? C'était la première fois que quelqu'un implorait pour sa vie. Mais évidemment, ce n'était qu'une ruse et me rapière perça sa gorge alors qu'il cherchait à s'emparer d'un couteau sur son flanc. Lui aussi s'effondra et je me détournai sans attendre. Le samurai semblait en difficulté et un orbe de feu vint cueillir le lancier dans le dos, le faisait crier de douleur avant qu'il ne se retourne pour constater par lui-même l'état du combat. Lui et son acolyte se regardèrent et rompirent le combat aussitôt, se mettant à courir le plus loin possible. J'hésitai un instant, mais je n'étais pas du genre à poursuivre un ennemi qui rompait le combat. Pourtant les laisser en vie voulait dire qu'il dirait que j'étais ici... Plus j'attendais, plus ils s'éloignaient, mais je finis par me détourner. Je ne voulais pas devenir comme eux. Non loin, j'entendais encore les râles d'agonies de l'épéiste et m'approchai de lui, accompagné du samurai.

- Il n'en a plus pour longtemps.

Je ne répondis pas, le regard fixé sur celui de l'homme qui mourrait devant moi. Jurant, je posai mes mains au-dessus de lui et mes mains s'illuminèrent. Lentement, presque trop, la blessure se résorba, se referma et le souffle erratique et sifflant de l'homme se fit plus calme alors qu'il fermait les yeux.

- Rien ne vous obligeait à le sauver.

- Rien ne vous obligeait à m'aider non plus, pourtant vous l'avez fait. Et je ne me voyais pas l'achever ou le regarder mourir. Vous pensez pouvoir le faire prisonnier et l'emmener avec vous ?

Il resta songeur un instant, mais acquiesça. Il ligota l'homme qu'il balança nonchalamment sur son cheval après avoir rassemblé ses affaires.

- Viendrez-vous avec moi ?

- A Oranan ? Je ne sais pas... Non, je doute d'être la bienvenue.

- Vous n'avez pas tout à fait tort. Demandez après moi en arrivant et je vous ferai entrer, si d'ordinaire vous passez par là malgré tout.

- Je n'y manquerai pas. Merci pour tout.

- Soyez prudente. En espérant vous rencontrer dans des circonstances moins pénibles la prochaine fois, Yliria.

Sur ces paroles, et avec un simple sourire comme réponse de ma part, il grimpa sur sa monture et partit plein nord, chevauchant à bonne allure, son fardeau ballottant derrière lui. Je fis de même, rassemblant mes affaires pour continuer à marcher dans la même direction.

(Pourquoi ne pas être allée avec lui?)

(Je ne sais pas... un mauvais pressentiment.)

Mon instinct me criait que quelque chose allait arriver. Si seulement j'avais compris ce que cela signifiait, j'aurai sans nul doute accepté son aide, au lieu de rester seule et vulnérable au milieu des collines.

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Yliria
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Re: Les Collines Salées

Message par Yliria » ven. 18 sept. 2020 17:22

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Prise au piège

Les choses avaient dérapé à toute vitesse. Après le départ du samurai, j'avais repris la route vers Oranan, prenant la même direction que lui. Le temps était clair, le vent vivifiant et le soleil baignait agréablement le paysage. Un périple qu'on aurait pu croire idyllique, mais les ennuis arrivèrent rapidement, le lendemain. Au détour d'une butte, un petit groupe d'hommes armés qui semblaient observer les alentours avec intérêt. Alyah m'avait prévenu de leur présence dix secondes avant que je ne franchisse la butte, m'évitant d'être repérée aussitôt. Ce n'étaient visiblement pas des soldats et leur présence ici n'avait rien d'anodine. Je les observai un moment avant de faire un détour pour les éviter, perdant un temps précieux, mais reprenant la route sans trop de difficulté après avoir bifurqué quelques lieux plus loin. Un second groupe me barra la route quelques heures plus tard alors que le soleil descendait lentement vers l'horizon.

- C'est pas vrai...

Combien d'hommes Kisp avait-il payé pour me retrouver ? Ça n'avait pas de sens de dépenser autant de temps et d'efforts d'un seul coup. Mais je ne devais pas me faire repérer ou j'allais au devant de sacrés ennuis. Oranan était probablement encore loin et ej devais trouver un lieu sûr e prendre le temps de réfléchir. Sans hésiter plus longtemps, je fis demi-tour, sur mes gardes et pris la direction de la ferme en ruine où je m'étais reposée. Quelques jours plus tôt. Je repérai deux groupes sur le chemin, mais aucun d'eux ne sembla me repérer et j'en profitai pour filer aussi vite que possible. Alyah se chargeait de surveiller les alentours, s'étant proposée elle-même au vu de la situation quelque peu inquiétante.

Tout cela m'épuisait. Je ne faisais que de très courtes pauses, dormant très peu pour voyager plus vite, de nuit comme de jour, afin de retrouver la bâtisse à demi-écroulée. Il me fallait un endroit où je pourrais me poser sans craindre d'être remarquée. Alyah pensait que c'était une mauvaise idée, puisque j'avais déjà été repérée à cet endroit, mais qui penserait que j'y serai retournée de mon plein gré ? Je n'avais pas d'autres idées, pour être honnête, et la perspective de dormir au beau milieu de nulle part sans aucun abri et aux yeux de tous étaient autrement plus dangereuse. En désespoir de cause, je devais me poser, réfléchir à un plan. Je ne pouvais pas affronter chaque groupe que je croisais, je n'en avais pas les moyens, ni le temps.

Lorsqu'enfin les murs délabrés apparurent, ce fut un soulagement. Je posai mes affaires à peine entrée et pris un peu de temps pour me laver malgré la situation. J'avais besoin d'avoir les idées claires, et l'eau froide avait au moins cet avantage, même si me rincer me faisait claquer des dents face au vent marin particulièrement fort ce jour-là. Je donnerai n'importe quoi pour un bain chaud, là tout de suite... Le soleil couchant baignait les alentours d'une douce couleur rougeâtre alors que la nuit approchait et je me pris à observer un instant la mer avant de rentrer et de manger tout en réfléchissant à mes prochaines actions.

M'enfoncer dans les terres me semblait autant une bonne qu'une mauvaise idée. Je ne connaissais pas la région et je n'étais pas certaine de l'accueil local. Le samurai avait été une aide précieuse, finalement, mais était-il la norme, ou l'exception ? Il y avait trop d'incertitudes concernant toute cette situation. Sans vraiment le remarquer, je piquai du nez, fatiguée par des jours entier aux aguets et m'enfonçai lentement dans le sommeil, réveillée en sursaut par Alyah, paniquée.

(Yliria ! Vite, réveille-toi, il faut qu'on bouge ! Vite ! Équipe-toi !)

- Quoi ?...

(Il y a des types dehors, au moins une dizaine... et des mages.)

Je me redressai aussitôt en jurant. Fort heureusement je n'avais pas fait de feu et la nuit noire ne devait pas les aider à me trouver. Je passai la tête par une ouverture, scrutant l'obscurité, apercevant de nombreuses silhouettes qui approchaient par petits groupes. Pas la moindre torche, probablement pour ne pas révéler leurs positions. Dommage que cela ne fonctionnasse pas contre moi. Je m'équipai en vitesse, mettant mon sac sur le dos, ma rapière et mon bouclier prêts à l'emploi. Il fallait que je sorte de là au plus vite, mais ils encerclaient le coin et Alyah m'avait affirmé qu'il y avait des mages.

- Où sont les mages ?

(Un sur ta gauche le groupe de trois, c'est un aquamancien, l'autre est plus loin sur la droite et... c'est un fulguromancien.)

- Je vois... Je vais me focaliser sur l'aquamancien puis prendre la direction opposée au fulguromancien, il ne devrait pas me rattraper. Je dois juste leur fausser compagnie.

(Yliria... Sois prudente, j'ai un mauvais pressentiment concernant le fulguromancien.)

Je fronçai les sourcils. Alyah n'avait que rarement ce genre de voix hésitante et clairement anxieuse. Je lui promis de ne pas m'en approcher et elle acquiesça, non sans me redemander d'être prudente. Quelque chose n'allait pas, visiblement, mais je n'avais pas le loisir de réfléchir davantage. Chaque seconde perdue laissait le temps aux hommes de Kisp de se rapprocher. Je fermai les yeux un instant puis fixai ma cible en invoquant mes fluides dans le ciel nocturne. Perçant le voile nocturne, la comète s'abattit comme une masse sur le groupe, visiblement pris par surprise au vu des cris qui me parvinrent. L'explosion illumina les alentours et j'eus le temps de voir un homme être jeté au sol avant de détourner le regard et de partir en courant. Je devais absolument me sortir de là, coûte que coûte.

Je doutais que quiconque puisse me repérer, les regards devaient se concentrer sur l'endroit de l'explosion de feu et j'en profitai. Je filai aussi vite que possible, droit vers un duo qui avait le regard fixé sur l'impact enflammé qui brûlait plus loin. Je perçus leur surprise et, plus surprenant, leur peur, lorsque je leur tombai dessus, le masque sur le visage cachant mes traits. L'un des deux recula en criant quelque chose d'intelligible, mais l'autre, me dépassant de trois têtes et portant une cotte de maille, leva sa hallebarde et chercha à me faucher d'un large coup. D'une roulade suivit d'un bond, je passai dans son dos en entendant son exclamation médusée. Je ne perdis pas de temps et plongeai ma rapière entre les mailles de sa protection, lui perçant le dos sous l'omoplate gauche. Il tomba aussitôt, et j'entendis son compagnon gémir avant de me foncer dessus, sa hache levée au dessus de sa tête. Cela aurait pu être risible, mais c'était juste énervant. Kisp pensait vraiment m'avoir en envoyant plus d'hommes de ce calibre ?

Il s'écroula lorsque mon bouclier rencontra sa mâchoire et resta là, à gémir sur le sol, la mâchoire probablement en miette. J'hésitai une seconde, mais me détournai et partis en courant. Il avait lâché son arme, je n'avais pas de raison de le tuer. Je devrais sans doute le faire pourtant... Je secouai la tête. Je devais me reprendre. Je n'étais pas une tueuse sans âme ou remords, par Meno ! Je m'enfonçai donc simplement dans l'obscurité, courant pour échapper à tous ces types qui voulaient me livrer à un fou alors que j'entendais des cris et les hommes foncer vers la maison où je n'étais déjà plus.

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Yliria
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Re: Les Collines Salées

Message par Yliria » ven. 18 sept. 2020 17:24

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Je courais depuis une petite minute, fuyant sans me retourner la vieille ferme en ruine, avant qu'Alyah ne me mette en garde. Je regardai derrière moi et vis, médusée, une silhouette courir vers moi à une vitesse impossible. À ce rythme, il allait me rattraper en quelques secondes. Je fis volte-face en tirant ma lame, mon autre main invoquant une boule de feu qui fusa aussitôt sur l'homme. La boule de feu le toucha et sembla s'évaporer. Médusée, je perdis une précieuse seconde à réagir et criai de douleur en recevant un éclair en pleine poitrine avant qu'il ne me percute et ne me fasse choir sur le sol. Mon masque tomba sur le sol lorsque ma tête heurtait le sol. Je ne retins pas une nouvelle plainte de douleur alors que mes yeux s'embuaient après le choc qui me vrilla la tête. Sous l'impact et les spasmes liés à la foudre, j'avais lâché ma rapière, mais je saisis le manche de ma dague avant que la main de l'homme ne m'empêche de la tirer de son fourreau. Je lui jetai un regard noir avant d'écarquiller les yeux, complètement prise au dépourvue par la vision des deux iris qui me fixaient.

- Vous...

Il travaillait pour Kisp ? Je secouai la tête et m'entourai d'une aura de feu qui eu autant d'effet que mon orbe un peu plus tôt. Je jetai un œil à ma rapière tombée un peu plus loin et forçai de toutes mes forces pour le repousser, avec plus ou moins de succès avant, de manière surprenante, qu'il ne s'écarte de lui même et ne se relève en me jetant un regard que j'arrivai pas à comprendre. Était-ce du regret ? De la douleur ?

- Fuis.

- Que... Quoi ?

- Fuis avant que je ne change d'avis.

Il avait dit ça en serrant les dents, comme si cela lui coûtait énormément. Il n'était pas différent des autres, finalement, il me haïssait aussi... je me redressai en grimaçant. J'étais sûre d'avoir un truc de cassé vu la douleur que je ressentais dans mes côtes. Je ne m'en préoccupai pas aussitôt, préférant ramasser ma rapière et remettre mon masque sur mon visage. Je fixai un instant ce type, me souvenant de son prénom sans parvenir à le faire franchir la barrière de mes lèvres, avant de me détourner et partis aussi vite que je le pouvais. A peine quelque mètres et je m'écroulais, la douleur me perçant la poitrine et la jambe droite. Je me forçai à avancer encore, mais la douleur m'empêcha d'avancer plus loin et je dû prendre le temps de traiter mes blessures. La lumière irradia de mes mains et se répandit sur ma poitrine. Je sentis quelque chose bouger au sein de mon corps et la douleur fut plus vive quelques secondes, me pliant, le front contre le sol, avant qu'elle ne se dissipe, ma laissant haletante.

- C'est quoi ce bordel … ?

Je ne comprenais pas ce que tout cela signifiait. Il travaillait pour eux ou non ? Pourquoi m'attaquer pour ensuite me laisser partir ? Ça n'avait pas de sens. Ce qui en avait beaucoup plus, en revanche, ce fut le petit groupe qui profita de mon état pour me rattraper. Il y avait un archer parmi eux et il me tint en joue alors que l'un d'eux, un type équipé d'un sabre et d'un équipement bien plus onéreux que les autres, se mettait en garde, les deux autres se mettant sur mes flancs. Je me redressai péniblement, ma jambe me lançant toujours, mais fis face. J'avais eu le temps de soigner la blessure la plus dangereuse, j'avais vécu pire comme situation.

- Je suppose que tu ne va pas te rendre, pas vrai ? Kisp nous a demandé de ne pas trop t’abîmer, mais si tu te défends, je ne me retiendrai pas.

Je ne répondis même pas, ma rapière s'embrasa et j'aperçus l'archer déglutir. Celui portant un sabre, visiblement leur chef, ne sembla pas impressionner outre mesure et continua de me fixer sans ciller. Et je fis la plus grosse erreur de ma vie à ce moment-là. J'attaquai rapidement, préférant réduire au plus vite le nombre d'adversaire. Lui se contenta de pointer sa main vers moi. Il ouvrit la bouche et, soudainement, je fus incapable de bouger alors qu'une pierre dans sa main disparaissait. Une rune ! Je le fixai avec des yeux effarés avant qu'un violent coup sur le côté de ma tête ne me fasse chuter au sol. Aussitôt, je cherchai à me relever, mais on m'attrapa les bras et un type me frappa le ventre, me coupant la respiration. J'ouvris la bouche à la recherche d'air et on m'enfonça une fiole dans la gorge en me pinçant le nez. Je me débattis en entendant Alyah hurler dans mon esprit, mais fus obligée d'avaler le contenu de la fiole pour en pas mourir étouffée. Le liquide me brûla la gorge et je sentis quelque chose se répandre dans mon corps, comme un froid glacial qui me fit gémir.

Ils allaient payer ! Je toussai et crachai, mais me repris bien vite et invoquai mes fluides. Et rien ne se passa. Je clignai des yeux, hébétée alors que les hommes arboraient des sourires à la fois satisfaits et soulagés. Un nouveau coup me plia en deux et je sentis qu'on m'attachai les poignets ensemble avant de me tirer par les cheveux. La douleur était atroce, mais à chaque fois que je me débattais, je recevais un coup qui, malgré mon armure, me faisait atrocement mal. Puis on me releva et je redressai tête, faisant face à tout un groupe à la mine satisfaite et quelque peu colérique. On me délesta de toutes mes affaires et de mes armes qui furent soigneusement mises ensemble, me laissant seulement avec mon armure. Je serrai les dents, mais donnait un coup de pied dans l'entrejambe du premier type qui s'approcha pour tenter de m'ôter mes protections. Il se plia et un coup de genoux dans le nez l'envoya au sol.

Une fois de plus je cherchai à invoquer mes fluides, mais rien ne se passa et, probablement en lisant l'incompréhension sur mon visage, leur chef s'approcha et me tira par les cheveux, me forçant à me mettre sur la pointe des pieds pour être à hauteur de ses yeux. Il avait une mine satisfaite qi ne me plut pas du tout.

- Le Brise-Magie. Un poison cher, mais très efficace, qui t'empêche complètement de faire appel à ta magie. Tu n'es plus en mesure de faire quoi que ce soit, shaakte.

Je le regardai, complètement assommée par la nouvelle. Une telle horreur existait ? Il se mit à rire devant ma mine et me poussa légèrement, me faisant tomber sur les fesses, à même le sol. Je n'arrivais plus à faire de magie, j'étais complètement impuissante. Mais je n'allais pas leur laisser la satisfaction d'avoir gagné ! Je levai les yeux vers les visages mauvais des hommes présents et inspirai. Je me relevai et les défiai du regard, amusant visiblement leur chef qui fit signe à l'un deux, un colosse au crâne chauve. Il fit deux pas vers moi, puis me jeta un regard noir, plein de colère.

- C'est pour Geril, salope.

La dernière chose que je vis ce jour-là fut le poing de ce type fuser vers ma tête avant qu'une vive douleur ne me fasse violemment perdre connaissance. Et rien ne parvins après cela. Tout ce qui hanta mes songes, ce furent deux billes statiques, l'une bleue, l'autre brune.

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Tergeist
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Re: Les Collines Salées

Message par Tergeist » mer. 23 sept. 2020 01:28

Dans le chapitre précédent...

Troisième Arc : Encre de feu, Ancre de sang.

Chapitre IV : Deux saphirs au coeur de la nuit.

La nuit tombait progressivement quand la Cible entra dans la vieille ferme Ynorienne en ruine. Jetant un œil à sa gauche et à sa droite, il vit les différents groupes de ses poursuivants peu à peu se rassembler, maintenant qu’elle avait été menée là où ils le voulaient. Quittant un instant son point d’observation, Cherock retourna auprès des hommes où le chef de la traque était en train d’organiser ses forces. Le meneur était un type avec une gueule d’ange, une armure aussi élégante que coûteuse et un sabre Ynorien à la ceinture. L’homme n’était clairement pas de son peuple mais se pavanait avec l’arme avec une arrogance qui déplut instantanément à l’enchanteur. Une fierté un peu ridicule qui le poussait à considérer les Katanas comme l’apanage des Ynoriens et des Samouraïs en particulier, non pas de n’importe quel épéiste du dimanche. Et si l’homme en question avait l’air de s’en servir correctement à sa démarche aguerrie et son assurance, Cherock estimait qu’il n’aurait aucun mal à lui mettre une bonne raclée. Mais encore une fois, il se retint : Gueule d’ange était un des lieutenants directs de Kisp, mieux valait donc serrer les dents jusqu’à ce qu’il ait récupéré sa mère.

« Bon les gars, nous y voilà. Notre cible s’est planquée dans la ferme, comme on l’avait prévu. Elle est retournée dans ce tas de pierre qu’elle pensait sûr, mais on va pas se faire prier pour lui faire comprendre le contraire. Mais c’est pas parce qu’on l’a acculé qu’il faut sous-estimer ce monstre. Les rares groupes qui ont croisé sa route sont pour la plupart trop occupés à tailler la bavette avec Phaïtos pour nous raconter comme ils se sont fait mettre en pièces. »

Alors que Gueule d’ange racontait des récits d’hommes réduits en cendres ou taillés en pièces par une rapière aussi vive que l’éclair, l’enchanteur se rappelait la scène de bataille qu’ils avaient trouvé et son unique survivant, qui avait eu la chance de ne pas se faire repérer. Une scène qui démontrait l’ampleur de la puissance que pouvait déployer sa Cible, malgré son apparence. Il avait eu du mal à croire qu’elle pouvait être à l’origine de tout ça, elle qui paraissait si inoffensive. Enfin, pas si inoffensive, mais pas non plus violente.

« Donc voilà comment on va procéder : le groupe de Geril, vous la surprenez par la droite. L’Ynorien et moi on sera sur la gauche. Les autres, vous allez couper sa route par le chemin d’où elle vient et par lequel elle voudra sans doute s’enfuir. On l’accule, puis on la cueille comme un fruit mûr.

- Mais, on fait comment pour l’arrêter ? demanda un des hommes qui, justement fermait le chemin de la ferme.

- Notre bon « ami » l’Ynorien se chargera de l’intercepter si elle force le barrage. Geril et les autres arriveront par la droite et la pousseront vers nous. Dans le pire des cas, j’ai une petite surprise pour elle. »

Joignant le geste à la parole, il sortit une petite pierre de sa poche. Si la plupart des hommes se contentèrent de regarder le caillou avec un air dubitatif, l’enchanteur reconnu immédiatement la puissance magique caractéristique d’une rune. Et une rune qu’il connaissait bien, c’était la rune Arrêter. Avec, stopper et maîtriser la Cible serait un jeu d’enfant si son utilisation se faisait sans accroc. Une nouvelle fois, Cherock se questionna sur le déploiement de moyens de Kisp pour mettre la main sur une unique personne. Quel passé commun pouvaient-ils bien avoir ? La thèse du visage brûlé qu’avait soulevé Amy se faisait de plus en plus crédible à mesure qu’il en apprenait plus.

Après quelques derniers conseils en tout genre, les hommes se dispersèrent, rejoignant chacun leur position. Le début de la capture était prévu pour le début de soirée, profitant de l’obscurité pour approcher discrètement de la ferme. Amy déclara que c’était une monumentale erreur, leur adversaire étant sans doute nyctalope. L’enchanteur, lui, se garda bien de partager cette information. Pendant les quelques jours qu’avait duré l’établissement du piège, le doute et l’hésitation avaient commencé à lentement faire leur chemin dans son cœur. Le coût pour récupérer sa mère lui paraissait de plus en plus inconcevable. Une vie pour une vie… Surtout la sienne, qui devait encore avoir des dizaines d’années encore. Avait-il le droit de se l’approprier ? Égoïstement ? Des dilemmes qui le poussèrent à se taire et à s’en remettre au destin. Quelque part, il lui laissait une chance de s’enfuir en lui accordant un avantage. Il espérait que cela suffirait à apaiser sa culpabilité.

La nuit tomba donc et un hululement se fit entendre, lancé par Gueule d’ange. Comme un seul homme, les sbires de Kisp s’approchèrent lentement de la bâtisse plongée dans les ténèbres. Sans un bruit, Cherock vit des silhouettes émerger peu à peu de la frondaison des arbres. Puis, l’enfer commença. Une immense boule de feu apparut de nulle part au dessus d’eux, éclairant la petite clairière qui abritait la ferme délabrée. (Une comète !) reconnut instantanément Cherock. Un sort de l’école de la pyromancie qu’il avait pu observer auprès d’Anthelia : semblable à l’Obus Magique, mais d’une puissance bien plus dévastatrice. Comme le démontra l’explosion de feu qui suivit quand la Comète s’abattit à l’emplacement de Geril. Au même moment, Amy s’adressa à Cherock.

(C’est bien elle. Il n’y a plus de doute possible.)

(Valyus tout-puissant… Jamais j’aurais pensé la revoir dans des conditions pareilles.)

Le chaos prenait possession de la clairière et dans un juron, le leader hurla de se précipiter pour l’empêcher de s’enfuir. Au même moment, Cherock vit une silhouette sortir de la bâtisse comme une flèche et en une poignée de secondes, se débarrasser avec une aisance déconcertante de deux des hommes de Kisp qui tentèrent de lui barrer le chemin. L’un deux, un type qui maniait une longue arme d’Hast, aurait normalement dû avoir l’avantage face à un adversaire aussi petit. Alors que tout le monde courrait vers la maison, croyant à tort que la pyromancienne s’y trouvait, Cherock commença à courir vers sa Cible. Gueule d’ange lui cria quelque chose, mais le sifflement du vent alors qu’il prenait de plus en plus de vitesse à chaque foulée engloutit rapidement les paroles. La petite silhouette s’était engagée sur le chemin, courant de toutes ses forces. Cherock passa en trombe au-dessus des deux hommes qui avait été mis à terre, l’un gémissant et l’autre silencieux car probablement mort. Le temps qu’il les rejoigne, la silhouette était désormais suffisamment loin pour que, s’il ne connaissait pas sa présence, il aurait été incapable de la repérer.

Les foulées de Cherock s’allongèrent et les bottes de Foudre remplirent leur office, démultipliant la vitesse de leur porteur. Et, tout aussi rapidement qu’elle avait presque disparue, l’ombre de sa cible grossit dans son champ de vision. Mue par un avertissement dont le fulguromancien se doutait bien de la provenance, la pyromancienne se retourna, lame au clair. La boule de feu qui l’éclaira une fraction de seconde révéla un masque de bois presque effrayant au sommet d’un mélange d’ocre et de pourpre qui formait l’équipement de la pyromancienne. La boule de feu partie. Elle percuta de plein fouet Cherock, explosant en une infinité de flammèches qui, grâce à son manteau et la protection runique qu’il contenait, ne lui firent rien. Il ne le vit pas, mais pouvait sans peine imaginer le visage juvénile derrière le masque emprunt d’une surprise effarée. Pour éviter d’être blessé par son arme qu’elle brandissait, Cherock tendit la main vers elle et activa le sort qu’il avait incrusté dans sa cotte d’écailles de Drakarn. Un orbe de foudre en sortit, fusa vers la silhouette et une fois dans son corps, les vignes de l’Électrocution paralysèrent rapidement ses muscles, la figeant sur place.

Cherock eut alors la présence d’esprit de ralentir avant de la plaquer : vu la différence de gabarit, un choc à sa vitesse maximale avait une chance de lui causer de sérieux dommages, voir même de la tuer sur le coup par malchance. L’impact fut néanmoins rude : il entendit une voix féminine étouffée par le masque gémir de douleur et il se retrouva au-dessus d’elle. Aussi bien le masque que la rapière avait volés lors de la chute et à cette distance, Cherock confirma de ses propres yeux la vérité qu’il souhaitait refuser jusqu’au bout.

Une peau mate. Un visage qui portait encore les courbes de l’enfance. Une longue chevelure blanche striée d’une unique mèche noire. Et enfin, deux prunelles de saphir qui le regardait avec un mélange d’incompréhension et de colère.

« Vous… »

Lui. Elle. La jeune semi-shaakte rencontrée par hasard dans cette auberge de Bouhen, à une époque qui lui semblait désormais si lointaine. Elle qui était l'une des rares détentrices de Faëra. Elle, enfin, qu’il avait su apprécier lors des rares paroles échangées. Elle, Yliria. La fille que cherchait avec tant de hargne Kisp.

(Par tous les Dieux, pourquoi elle…)

La complainte marquée de regret d’Amy, le jeune homme n’y fit presque pas attention. Maintenant qu’elle était dans son emprise, à sa merci, luttant désespérément pour se libérer, les doutes qui l’assaillaient se firent encore plus forts.

Une vie pour une vie.

La vie d’Elena contre celle d’Yliria.

Comment pourrait-il regarder sa mère en face en ayant troqué la vie d’une jeune fille pour la sienne ? Au fond de lui, il était persuadé qu’elle n’aurait jamais voulu ça. La gentillesse naturelle de l’Ynorienne aurait préféré que sa liberté ne coûte pas celle de quelqu’un d’autre, et à plus forte raison celle d’une jeune fille. Peu importe ce qu’elle avait pu faire.

Lentement, Cherock libéra la semi-shaakte de son étreinte. Avec beaucoup de douleur et en proie à un conflit intérieur intense, il ouvrit difficilement ses lèvres.

« Fuis.

- Que… Quoi ?! bafouilla avec incrédulité Yliria.

- Fuis avant que je ne change d’avis. »

Plus il regardait la jeune fille, et plus il sentait sa conviction vaciller. Sa mère lui manquait terriblement, et il n’avait qu’à stopper cette fille. Qu’il connaissait à peine. Il n’avait qu’à…
Il serra les dents, les poings, et contracta tout son corps sous la tension, pour éviter de bouger et de faire quoi que ce soit. Il regarda Yliria se relever en grimaçant de douleur et en se tenant les côtes, en souffrant certainement à cause du plaquage qu’elle avait subie à une vitesse tout de même élevée. Il la regarda disparaître dans la forêt et quand il n’entendit plus rien, relâcha toute la pression accumulée.

(Elle va en direction de l’autre type au sabre…)

(Amy… J’ai déjà refusé de la capturer moi-même. Malgré mon envie de revoir maman. C’est tout ce que je peux m’autoriser à faire. Seule la chance peut la sauver maintenant.)

Amy ne dit rien de plus. Elle avait assisté au dilemme intérieur qui avait consumé son Maître pendant ses derniers jours. Elle comprenait ses sentiments et quelque part, les partageait. C’est pourquoi, quand Cherock s’engagea néanmoins d’un pas hésitant sur les traces d’Yliria malgré ce qu’il avait pu dire, elle n’ajouta rien. Et il la remercia intérieurement.

Une poignée de minutes plus tard à errer à l’aveuglette parmi les arbres, l’enchanteur entendit des brides de voix et s’orienta dans leur direction. Il entendit alors une conversation qui le perturba et lui glaça le sang.

« … poison cher, mais très efficace, qui t'empêche complètement de faire appel à ta magie. Tu n'es plus en mesure de faire quoi que ce soit, shaakte. »

Gueule d’ange se tenait devant Yliria, la toisant de toute sa hauteur et une fiole vide à la main. Cette dernière était assise sur le sol, visiblement rouée de coups à sa lèvre tuméfiée éclairée par la torche d’un des types qui accompagnait l’organisateur de toute cette traque. Lorsqu’elle se leva péniblement pour défier ses agresseurs, désarmée et privée de sa magie, Cherock fut impressionné malgré lui par la détermination et le courage dont elle faisait preuve. Il fut ensuite interdit devant le violent crochet qui la frappa et l’envoya rouler au sol. Il se précipita vers elle et constata avec un goût amer dans la bouche la conscience lentement s’évanouir dans les yeux d’un bleu profond de la semi-shaakte, étrangement fixés sur les siens. Il constata qu’elle avait perdu connaissance et jeta un regard noir au gaillard chauve qui l’avait frappé.

« Tu voulais la tuer, espèce de tocard ?

- C’est qu’un simple coup de poing. Et elle l’avait mérité. Cette salope a buté Geril.

- Et alors ?! rugit Cherock. C’est une gamine ! Utilise ton putain de cerveau, les battoirs qui te servent de mains peuvent facilement lui ouvrir le crâne en deux !

- Fermez-la tous les deux, intervint d’un ton sec Gueule d’ange. Hodor, tue la et je te promets que Kisp sera le dernier de tes soucis car je te ferai la peau avant. Et toi l’Ynorien, je peux savoir ce que tu foutais ?

- À ton avis ? Sans le groupe de Geril, il fallait bien quelqu’un pour la rabattre ici. Et c’est une semi-shaakte, alors elle voit dans le noir. Elle m’a semé dans la forêt avant de vous tomber dessus. »

Un mensonge lâché du bout des lèvres qui fit marquer une pause son interlocuteur, scrutant le visage de Cherock à la recherche de la vérité derrière ses propos, sans doute. Un claquement de langue agacé marqua son abandon et il fit signe à ses hommes et à Cherock de le suivre. Le dénommé Hodor cracha par terre en emboîtant le pas et l’enchanteur laissa un des autres hommes porter le corps inconscient de la semi-shaakte pendant que l’autre empaquetait ses affaires. La crinière blanche ballotante de la semi-shaakte disparue progressivement dans la nuit, en route vers un destin peu enviable. Cherock, lui, resta un instant seul à ruminer de sombres pensées avant de rejoindre à contre-cœur les ravisseurs de sa mère qui gagnaient désormais un nouveau titre, celui d’enleveurs d’adolescents.

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