Habitations

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Mathis
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Re: Habitations

Message par Mathis » sam. 3 sept. 2022 22:30

Un tourbillon de feu m'enveloppa et fit de même pour mes compagnons. J'eus à peine le temps de prendre Praline dans mes bras que nous nous élevâmes dans le ciel à une incroyable vitesse, nous n’étions, ni plus ni moins sur le dos du Phénix. Je ne pris pas le temps d'admirer le paysage, après une si longue absence de mon chez-moi, je ne pensais qu'à y retourner.

Afin de ne pas attirer trop d'attention sur lui, le Phénix nous déposa à quelques kilomètres de Kendra Kâr. Plus averti que les humains, il avait découvert que ma beauté s'avérait complète, d'âme et de corps. Il me précisa qu'une petite ménestrel m'attendait à l'auberge de la tortue guerrière, je m'y rendis et passa la soirée entière en sa compagnie, lui racontant avec verve et charisme toutes mes péripéties.

****


Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis. Semaines essentiellement de repos, si on peut appeler ainsi prendre soin de son corps (par une alimentation saine et un entrainement régulier et quotidien) ainsi que de son esprit (par de longues périodes passées à la bibliothèque à lire des ouvrages sur des sujets variés). Bref, des semaines à rester dans la maison familiale, sans affronter monstres et bandits, sans être sous les ordres d’un général ou bien parcourir du pays. Du temps rien que pour moi, pour me ressourcer.

Je venais tout juste de refermer la porte de ma demeure lorsque je vis une petite boule de feu se précipiter dans ma direction. Croyant une attaque, je fis agilement un pas de côté pour l’éviter et m’éloigner de sa trajectoire. Mais ce fut inutile, car lorsqu’elle arriva à moins de trente centimètres de moi, elle éclata pour prendre la forme d’un court texte. À la fois surpris et ébahi, je lus le message rapidement craignant qu’il ne s’éteigne avant la fin de ma lecture. Puis je restai là, songeur quelques minutes. Certes, la forme du message m’avait grandement surpris, mais c’était surtout son contenu qui me rendait pensif. Il s’agissait d’une missive envoyée par Atsuhiko, capitaine de la milice Oranienne. Il demandait de le retrouver à la milice d’Oranan, ou ce qui en restait. Il avait eu un souci avec le fluide et requérait l’aide d’aventurier qui avait connu le monde d’Aliaénon. Ma mission dans ce monde datait déjà de plusieurs années, j’étais surpris qu’on fasse appel à mes services. Mais une chose était certaine, c’est que j’allais accepter cette mission sans hésitation.

Je me remis en marche. Mais au lieu de me rendre à l'arêne comme prévu, je me dirigeai vers la forge d’Argaïe.

---> Forge d'Argaïe

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Adeliade
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Re: Habitations

Message par Adeliade » dim. 30 juil. 2023 01:52

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Je rentrais chez moi, dans le quartier proche des portes de la cité, mi-courant mi-sautillant, simplement heureuse d’avoir enfin réussi un exercice qui était resté impossible pour moi jusqu’à lors. Cette victoire personnelle inattendue avait repoussé aux oubliettes tous les soucis et les questions qui avaient jalonné cette longue journée. Je n’avais qu’une envie: relire les notes que je savais avoir prises dans mon grimoire pour les confronter enfin avec mes observations. Rien que cette impatience me donna l’impression que le trajet s’éternisait et j’accélérai autant que je le pouvais mon pas.

J’arrivai enfin devant ma maison pour y découvrir ma mère qui guettait mon retour depuis le pas de la porte. Ma “punition”... Non, il m’était difficile de voir ce que j’avais vécu aujourd’hui comme telle… Mais je ne pouvais pas non plus dire l’inverse… Rentrer si tard était bien la conséquence de mon retard ce midi. Et je compris à l’attitude de ma mère qu’elle connaissait la raison pour laquelle je n’étais pas à la maison avant la tombée de la nuit. Instinctivement, je ralentis et me calmai. Je n’aurais surement pas le temps de dire un mot avant que la déferlante des “Je te l’avais bien dit!...”, “J’aurais dû t’accompagner et m’assurer de…” et toute la rengaine dont j’avais l’habitude dans ces moments-là. Parfaitement consciente qu’il valait mieux encaisser l’orage plutôt que de tenter de l’arrêter ou l’éviter, je me rapprochai d’elle d’un pas décidé. Sans un mot, elle me laissa entrer avant de fermer la porte, après tout cela ne concernait en rien nos voisins.

Mais rien ne vint, pas un mot, pas une inquiétude, ni un reproche. Lentement, je me retournai pour faire face à ma mère qui attendait patiemment… Mais quoi?... Le regard plein d’interrogations, je la fixai sans trop savoir si c’était de bon augure ou non. Au bout d’un temps qui m’a paru être infini, je vis un sourire naître sur ses lèvres.

“Respire…” me conseilla-t-elle sur un ton un peu moqueur face à ma réaction. Surprise, je ne m’étais pas rendu compte que je retenais mon souffle dans l’expectative de ce qui allait suivre. Répondant à son sourire, je pris une bonne bouffée d’air et me détendis quelque peu.

“Je suis au courant que tu étais en retard pour les enseignements de l’après-midi. Mais un jeune acolyte est venue me prévenir que tu serais retenue car tu avais aidé un enfant en chemin. Que pourrais-je bien dire contre ça, hein?”

Un sentiment profond de soulagement m’envahit à ses mots. Heureuse de l’approbation de ma mère sur l’enchaînement d’évènements, les mots me manquaient. Alors je la pris dans mes bras pour le lui faire comprendre. Étreinte qu’elle me rendit sincèrement. Dans notre famille, on n’exprimait pas les sentiments, on les montrait. Ce moment de complicité partagé, je revins à ce qui remplissait mon esprit.

“Il t’a dit ce que j’ai réussi à faire?”

“C’est toi qui l’as soigné?” me demanda-t-elle hésitante quant à la bonne réponse que j’attendais à ma question.

“Hum… Non… Pas ça…” répondis-je, dans une moue de déception. “Je n’ai pas encore compris comment faire… MAIS!... J’ai enfin réussi à entrer en communion avec les fluides qui sont en moi!”

J’irradiais de fierté en prononçant ses mots. A me voir, on aurait pu croire que j’avais sauvé le monde d’une catastrophe imminente.

“Voilà bien ma fille! Je savais que tu pouvais le faire quoiqu’en disaient ses soutanes!”

“Papa! Tu es de retour aussi?”

“Quoi? Tu crois que c’est un fantôme devant toi?” répliqua-t-il en rigolant. “Ma patrouille a été rappelée, donc me voilà plus tôt que prévu. Qui d'autre est revenu?”

“Vin!”

Mon père se tendit en entendant la nouvelle mais la joie de le savoir de nouveau parmi nous l’emporta rapidement. Sur mon petit nuage personnel, je ne remarquai pas cette demi-seconde d’inquiétude paternelle.

“Et où est-il ce lascar? Ça fait des mois qu’on ne l’a pas vu et il ne vient pas nous saluer?”

“Il a encore des affaires à régler au temple. Maman m’a déjà dit de l’inviter à dîner quand je le verrai.”

Prenant note de mes dires, mon père hocha la tête avant de me relancer sur mes aventures. Il était mon meilleur public. J’enchaînais donc avec le récit complet de l’incident avec le cheval jusqu’à ma séance de méditation, passant sous silence mon échec cuisant pour ne m’attarder que sur mon acte “héroïque” et mon avancée “majeure”. Tandis que je parlais, j’accompagnais mes parents dans un repas convivial comme nous les partagions dès que nous en avions l’occasion. Malgré tout, à peine la dernière bouchée avalée, je pris mon assiette et commençais à faire la vaisselle. Bien que j’avais grandement apprécié cette parenthèse familiale, je n’avais pas oublié mon objectif de la soirée: me plonger dans mes notes et retenter le sort sur moi-même.

Une fois terminée, je pris congé de mes parents et montai sur la mezzanine qui me servait de chambre. J’ouvris enfin mon grimoire et le feuilletais rapidement, cherchant des notes relatives au sort de guérison. Quelques minutes passèrent ainsi et je trouvai celui que je voulais, appelé “souffle de Gaïa” par les fidèles. A la relecture de mes notes, sous l’éclairage de ce que j’avais observé à l’hospice, une nouvelle compréhension s’offrit à moi. Et je me demandais maintenant pourquoi je n’avais pas fait les liens avant. Une fois de plus, c’était une preuve pour moi que l’enseignement du temple ne me convenait pas. Je saisissais parfaitement ce qui était écrit, là n’était pas le problème. Le souci reposait dans le fait que, sans mise en pratique, mon cerveau semblait se refuser purement et simplement à retenir ce que je lisais, oubliant au fur et à mesure que d’autres connaissances lui étaient présentées.

Forte de ce savoir pleinement assimilé, je me concentrais sur mes fluides… Recherchant les mêmes sensations que lors de ma méditation… Une source de pouvoir qui pulsait, comme un cœur battant, lumineuse et bienveillante… Quand on savait ce que l’on voulait, il était bien plus facile de le trouver. Une fois cet état atteint, je guidai petit à petit cette force en moi à se conformer à ce que ma volonté lui demandait… La contrainte ne semblait pas être la réponse… Non… Surtout pas… Établir un “lien” de confiance… Oui… Une coopération… Et je sentis comme une douce chaleur entourait ma main droite, celle que je tenais au-dessus de mon bras gauche “blessé”. Alors j’ouvris les yeux et vis le halo lumineux, plus intense que celui que j’avais déjà observé quand j’utilisais le sort contre les poisons. Sur mon bras, la sensation était la même. Mais cela voulait-il dire que j’avais réussi? Je m'engueulai intérieurement de ne pas m’être au moins éraflée pour constater si, oui ou non, j’étais parvenue au résultat espéré.

Dans un soupir exaspéré envers moi-même, je cherchais autour de moi un objet qui pourrait me servir dans ce but. J’avisai alors une épingle à cheveux, la pris sans réfléchir plus longtemps avant de m’égratigner le poignet. Et je recommençai… La plongée en moi, vers cette pulsation… La coopération… Puis tout s’arrêta… Le lien s’était rompu. En voulant aller trop vite, l’aide mutuelle était devenue contrainte… Je pris le temps d’inspirer et d’expirer plusieurs fois, pour me calmer avant de réessayer. La plongée… Le cœur lumineux… Et un voisin choisit cet instant pour pousser la chansonnette dans la rue, visiblement ivre. Déconcentrée, les fluides m’échappèrent.

(Peut pas se taire oui?!...)

Enervée, je coulais un regard mauvais vers la fenêtre comme si le bougre pouvait en avoir conscience. Sans attendre, je retentais une nouvelle fois mais ce ne fut guère payant. L’énervement ressenti et non apaisé avait peut-être interféré, qu’est-ce que j’en savais… Comment faisaient les guérisseurs comme mon père? En plein combat, il parvenait bien à soutenir ses compagnons d'armes. Je supposais que dans de tels moments, demeurer calme et serein n’était pas possible. Ce ne devait donc pas être requis dans la réussite du sort. Jetant un œil au rez-de-chaussée, je vis qu’il était encore là, le nez dans un rapport a priori. Nulle trace de ma mère, qui devait déjà être allée se coucher. J’en profitai et redescendis pour aller poser cette question à mon père.

“Tu ne dors toujours pas?”

“Non… Je relisais mes notes et j’essayais de lancer le “souffle de Gaïa”…”

“Ca t’a marqué ce qu’il s’est passé avec cet enfant hein?”

D’un simple hochement de tête, j'acquiesçais.

“Tu veux en parler?”

“Hum… Non… Mais ce soir j’ai remarqué que je ne dois pas être déconcentrée si je veux entrer en communion avec mes fluides… Je me demandais… Comment tu fais pour réussir à lancer des sorts en plein combat?”

Il me regarda sérieusement, comme pesant le pour et le contre quant à la réponse qu’il devait me donner. Finalement, il sembla se décider en parlant de sa propre expérience et de ce qu’il avait pu observer par rapport aux autres guérisseurs qu’il avait croisés sur les champs de bataille. Il m’expliqua qu’il s’était simplement entraîné et que la vie l’y avait obligé mais que d’une manière cela dépendait aussi de celui qui lançait le sort. Certains, comme lui, pouvaient se battre et y parvenir, tandis que d’autres paraissaient avoir un blocage et avaient besoin d’être en sécurité plutôt qu’au calme. Mais une chose était sûre, ils étaient souvent les plus jeunes ou les derniers arrivés. Il ajouta qu’il n’avait pas fait exception au début, il n’exerçait que dans les lignes arrières. C’était juste que le temps passant, certains se défaisaient de cette entrave, d’autres pas.

“Qu’en penses-tu?”

“L’expérience… Et l’habitude… J’ai compris, il faut savoir marcher avant d’essayer d’apprendre à courir. Merci papa.”

Je lui souhaitai de nouveau une bonne nuit et retournai vers ma chambre pour m’installer et continuer à m’entraîner. Avec un dernier regard vers mon père avant de monter, je le vis me regarder m’éloigner en souriant, visiblement plus confiant en mes capacités que je ne l’étais moi-même. Une fois sur mon lit, je me remis en position, calme et déterminée. La plongée dans la lumière pulsatile… L’entente… Une volonté commune… Et enfin la douce chaleur revint entourer ma main… Caresser mon bras… Apaiser le tiraillement au niveau de mon éraflure. En ouvrant les yeux, je pus constater que je n’avais plus aucune marque sur mon poignet. Mais avant même que je ne pus vraiment savourer la joie d’avoir réussi, je ressentis une fatigue étrange, impérative. C’était comme si j’étais sommée de me reposer sans plus attendre. Mon but atteint, rien ne m’empêchait de répondre à ce besoin impérieux. Je m’allongeai directement sur le lit et me laissai doucement glisser dans le sommeil. Je ne me rendis pas compte que mon père avait assisté à ma réussite, m’observant de la table où il était encore assis. Il monta à son tour, silencieusement, pour étendre une couverture sur moi avant d’aller lui aussi se coucher. Il arborait un sourire empli de fierté que je ne pus voir.

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